'Serena'
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Book Review: The Haunted Observatory
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Book Review: The Houdini Box
Serena is Ron Rashs fourth novel. For those unfamiliar with the elegantly fine-tuned voice of this Appalachian poet and storyteller, a writer whose reputation has been largely regional despite an O. Henry Prize and other honors, it will prompt instant

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Comte du Pape written by Hector Malot

H >> Hector Malot >> Comte du Pape

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Elle y alla.

Mais madame Pretavoine ne voulut rien entendre.

--C'est un delai que vous me demandez; je n'en ai jamais accorde un
quand j'etais dans les affaires; pour moi, ce qui est dit une fois l'est
pour toujours.

--Mais, madame...

--Vous voulez voir le directeur de la banque pour obtenir de lui que la
plainte ne soit pas deposee; il n'est pas a Rome, parce que je n'ai pas
voulu qu'il y fut. Si a quatre heures je n'ai pas votre consentement,
c'est moi qui ferai deposer cette plainte; cela me regarde seule.

Madame de la Roche-Odon s'abaissa jusqu'a prier, jusqu'a supplier;
poliment madame Pretavoine lui repondit qu'elle etait obligee de sortir
et qu'elle aurait l'honneur de l'attendre a trois heures.

Quand Michel apprit ce resultat, il entra dans une colere terrible.

--Voulez-vous que cette vieille sorciere depose la plainte?
s'ecria-t-il. Elle a raison, la vieille devote, de tenir a ce qu'elle
a dit: en quoi ce mariage est-il effrayant? ne nous tire-t-il pas
d'embarras, au contraire, non-seulement dans le present, mais encore
dans l'avenir, puisqu'il parait que ce vieux gredin de comte ne veut
pas mourir; toi plus que moi encore; les enfants ne doivent-ils pas des
aliments a leurs parents?

Si brutales que fussent ces paroles, elles avaient cependant un fond de
verite, et madame de la Roche-Odon en etait arrivee a le reconnaitre.

Oui, cela etait vrai, ce mariage les tirait d'embarras, puisque, suivant
le mot de son fils, le comte ne voulait pas mourir.

Cependant elle ne se rendit pas, et jusqu'a deux heures elle resta
hesitante, voulant et ne voulant pas.

Mais a deux heures, ce fut Michel lui-meme qui vint l'arracher a ses
angoisses.

--Vas-tu donc laisser deposer la plainte?

Elle fut presque heureuse de ceder a cette violence.

Les formalites a remplir a la legation furent plus longues qu'elle
n'avait pense, et ce fut a trois heures quarante-cinq minutes seulement
qu'elle arriva chez madame Pretavoine.

--J'allais partir pour deposer la plainte, dit celle-ci, qui, ayant vu
madame de la Roche-Odon arriver, s'etait depechee de mettre son chapeau
et de revetir son manteau.

Sans rien dire, madame de la Roche-Odon tendit le consentement et les
27,500 francs en billets de banque.

Madame Pretavoine prit le consentement, mais elle repoussa les billets:

--Non, dit-elle, telles ne sont pas nos conventions, j'ai parle d'une
reconnaissance, et c'est une reconnaissance que je vous prie de
m'ecrire, car si ce mariage se fait, comme je l'espere, elle sera
dechiree.

Madame de la Roche-Odon se mit au bureau que lui montra madame
Pretavoine et ecrivit cette reconnaissance sous la dictee de celle-ci.

Cela fait, elle se leva et tendit la main a madame Pretavoine pour
recevoir en echange le terrible cheque.

Mais celle-ci ne donna pas le cheque qui lui etait ainsi demande.

--Ce cheque est ma garantie que vous ne reviendrez pas sur ce
consentement.

--Et moi, madame, ou est ma garantie que vous ne deposerez pas cette
plainte?

--Dans mon interet. Comment voulez-vous que j'accuse de faux le
beau-frere de mon fils, le frere de ma bru; le jour du mariage, ce
cheque vous sera remis; il n'irait aux mains de la justice que si, par
votre fait, ce mariage venait a manquer. Mais cela ne sera pas, j'en
suis certaine; votre presence ici est la preuve que vous avez compris
qu'il doit avoir lieu. Dans quelques jours j'irai vous rendre votre
visite avec mon fils, qui, bien entendu, ignorera toujours comment
votre consentement a ete obtenu; et aura pour vous les sentiments de
gratitude, de tendresse et de respect qu'un fils doit a une mere qui a
assure son bonheur.



LI

Si occupee qu'eut ete madame Pretavoine du cote de madame de la
Roche-Odon, elle n'avait pas pour cela neglige l'aide de chambre du
Vatican, et plusieurs fois par semaine Lorenzo Picconi venait lui rendre
compte de la marche des negociations qui devaient faire de M. Aurelien
Pretavoine un comte du pape.

Malheureusement ces negociations qui tout d'abord avaient paru
devoir reussir assez facilement, rencontraient des obstacles qui les
entravaient et les arretaient.

Quand tant d'autres Francais, diplomates, militaires, avocats,
negociants avaient obtenu du Saint-Pere des titres de comte ou de baron
en n'ayant pour ainsi dire qu'a faire demander ces titres par quelque
personnage de la cour papale, on opposait aux efforts de ceux qui
s'occupaient d'Aurelien une resistance inexplicable.

Evidemment madame Pretavoine avait des ennemis ou tout au moins des
adversaires au Vatican; quels etaient-ils? Lorenzo n'avait pu les
decouvrir, mais on lui avait affirme leur existence.

Bien que madame Pretavoine n'eut plus confiance en Mgr de la Hotoie,
elle crut que dans ces circonstances il fallait encore s'adresser a lui,
et par son entremise rechercher quels etaient ces adversaires.

Elle le pressa donc de realiser ses promesses en lui rappelant ses
paroles: "Si nous reussissons pour Guillemittes, votre succes est
assure; l'un entrainera l'autre." On avait reussi pour l'abbe
Guillemittes; et maintenant qu'il etait eveque, c'etait au tour
d'Aurelien d'etre fait comte, puisque le succes de l'un devait entrainer
le succes de l'autre. Le temps s'ecoulait, des affaires imperieuses la
rappelaient a Conde, elle le priait, elle le suppliait d'user de toute
son influence pour obtenir enfin ce titre.

Bien entendu, elle n'avait pas parle de Lorenzo Picconi; c'etait de Mgr
de Nyda qu'elle attendait cette insigne faveur, de lui seul, de sa seule
influence, de sa seule gracieusete; c'etait a lui, a lui seul qu'elle
voulait devoir une reconnaissance qui ne s'eteindrait en ce monde
qu'avec sa vie.

A cette demande, Mgr de la Hotoie avait repondu avec une parfaite
affabilite que les choses n'avaient pas marche comme il l'avait espere.
Au lieu de se tenir pour battus les adversaires de l'abbe Guillemittes,
c'est-a-dire les amis et les protecteurs de l'abbe Fichon, s'etaient
tournes contre celle a laquelle ils attribuaient leur echec, et en
voyant qu'elle-meme demandait une grace, ils avaient, par un esprit de
basse vengeance, entrepris de la combattre. L'abbe Fichon avait transmis
sur elle (au moins, on supposait que c'etait l'abbe Fichon), des
renseignements d'apres lesquels il resulterait que la _Banque des
campagnes_, en attribuant 2 000 aux membres du clerge qui lui
procuraient des affaires, avait nui a la consideration de ce clerge dans
le diocese de Conde, ainsi que dans les dioceses environnants, et meme
qu'elle avait gravement compromis la cause sacree de notre sainte
religion. Dans ces conditions, le Saint-Pere pouvait-il conferer un
titre de comte au fils de celle qui avait organise et dirige cette
banque?

Madame Pretavoine indignee, avait voulu prouver que cette _Banque des
campagnes_ etait au contraire une institution qui avait rendu et qui
rendait les plus importants services a la cause religieuse, mais
l'eveque de Nyda ne l'avait pas laissee entreprendre ce panegyrique.

--Ce que vous me dites, chere madame, c'est ce que j'ai moi-meme
repondu; vous n'avez donc pas a me convaincre; mais ces accusations,
quoique fausses et absurdes, n'ont pas moins produit un effet
desastreux; de la l'opposition que nous rencontrons.

--Alors que faut-il faire pour repousser ces accusations?

--Directement rien, car vous savez aussi bien que moi que contre des
bruits calomnieux tout est inutile; indirectement, au contraire il y
aurait beaucoup a faire.

--Mais quoi?

--Je ne saurais trop preciser, mais il me semble que maintenant il ne
faudrait que quelque action d'eclat qui confessat votre foi et affirmat
votre devouement au Saint-Siege d'une maniere si triomphante que vos
adversaires fussent reduits au silence.

--Quelle action d'eclat?

--C'est a chercher... j'etudierai la question, et j'aurai l'honneur de
vous revoir.

En disant que c'etait a chercher, Mgr de la Hotoie pensait a madame
Pretavoine et non a lui.

Il commencait a croire qu'il avait assez fait pour elle, tandis
qu'elle-meme n'avait fait que fort peu de chose. Sans doute elle avait
habilement mis en pratique les indications qu'il lui avait donnees.
Mais, au point de vue de curiosite artistique ou il s'etait place, il
trouvait que cela manquait d'originalite, il aurait voulu quelque chose
de neuf, d'imprevu, et comme il ignorait par quelles combinaisons madame
Pretavoine avait obtenu le consentement de madame de la Roche-Odon,
comme il ignorait aussi la mise en action de Lorenzo Picconi, il se
disait que cette mere et son fils n'etaient decidement pas ce qu'il
avait pense tout d'abord: intelligents, oui assurement, delies, retors,
insidieux meme: tout cela dans une moyenne mesure et non avec des
qualites superieures qui forcent l'interet.

Se tireraient-ils a leur avantage des difficultes que l'abbe Fichon
venait de soulever devant eux?

C'etait a voir.

Si madame Pretavoine avait encore ete au temps de son arrivee a Rome,
elle se serait contentee de la promesse de Mgr de la Hotoie, "d'etudier
la question", et elle aurait tranquillement attendu qu'il lui fit
connaitre le resultat de cette etude.

Mais son aventure, a la remise du modele de l'eglise d'Hannebault, lui
avait donne de l'experience, et maintenant elle comprenait qu'il valait
mieux qu'elle etudiat elle-meme cette question, plutot que la laisser a
la sollicitude de l'eveque de Nyda.

Une action d'eclat qui confessat sa foi et affirmat son devouement au
Saint-Siege!

Que pouvait-elle faire de plus que ce qu'elle avait deja fait?

N'avait-elle point deja paye assez de sa personne et de sa bourse?

Et le total de ses depenses se dressait devant elle comme un remords.

Mais precisement parce qu'elle avait beaucoup depense, elle etait
entrainee a depenser encore: sa situation etait celle du creancier qui
se ruine pour ne pas perdre ce qu'il a avance.

Encore un effort, et puis apres celui-la un autre encore, et toujours.

Elle chercha, et bientot elle trouva.

Tous ceux qui ont visite Rome il y a quelques annees ont remarque une
croix qui se dressait dans le Colisee.

Cette croix avait ete elevee au milieu du dix-huitieme siecle, par
Benoit XIV, dans le but d'arracher le Colisee aux devastations. Voulant
empecher les grands seigneurs de continuer a prendre la, comme dans une
carriere, les pierres necessaires a la construction ou a la reparation
de leurs palais (les palais de Venise, Farnese, Barberini, etc., sont
construits avec des materiaux enleves au Colisee), ce pape n'avait
trouve d'autre moyen que de placer le cirque de Vespasien et de Titus
sous la protection de la religion et il avait fait eriger cette croix.
Tous les vendredis les confreres des amants et des amantes de Jesus
venaient faire devant ces oratoires les stations du Calvaire et les
terminaient au pied de cette croix qu'on baisait devotement, a baisers
redoubles; car par chaque baiser donne au pied de la croix on gagnait
deux cents jours d'indulgence.

Depuis son installation a Rome, madame Pretavoine qui ne manquait aucune
occasion de manifester publiquement sa piete, s'etait fait recevoir
dans cette confrerie des _amantes de Jesus_, et elle venait tous les
vendredis faire ces stations de la croix dans le Colisee.

Quelle sut au juste pourquoi ce lieu etait sacre, cela n'etait pas bien
prouve, pas plus qu'il n'etait prouve qu'elle comprenait un mot aux
sermons du capucin qu'elle ecoutait precher avec de beates extases, les
yeux perdus dans le ciel bleu, ou attaches sur un arbuste pousse tout en
haut de ces ruines, entre deux pierres; mais peu importait, elle etait
la, on la remarquait, cela suffisait: elle n'etait ni secouee ni ecrasee
par le grandiose de cette image vivante de la puissance romaine; et
ce qu'elle voyait, ce n'etait point les pouces releves de cent mille
spectateurs demandant la mort du gladiateur abattu et appuye sur sa
main; ce n'etait point Titus, ce n'etait point Domitien, ce n'etait
point les martyrs chretiens livres aux betes, c'etait une seule femme,
une jeune fille, Berengere de la Roche-Odon, qui bientot allait etre
comtesse Pretavoine; c'etait pour elle, pour elle seule, qu'elle venait
la.

Mais en ces derniers temps ces processions et ces stations avaient ete
interdites.

Un savant archeologue avait obtenu du gouvernement italien qu'on ferait
des fouilles dans l'arene du Colisee, afin de rechercher quels etaient
les dessous de ce theatre et comment il etait machine.

Pour faire ces fouilles il avait fallu naturellement enlever la croix
qui se trouvait au milieu du cirque.

De la une certaine emotion dans le monde devot, ou plus justement dans
les confreries des _amants_ et des _amantes de Jesus_.

Ces fouilles etaient un sacrilege; devait-on, dans l'interet de la
science ou d'un savant, profaner le sol arrose du sang des martyrs;
c'etait l'abomination de la desolation, et l'on se repandait en plaintes
contre les oppresseurs, contre les spoliateurs qui autorisaient ces
fouilles.

Mais les oreilles des gouvernements ne sont pas, dans tous les pays,
sensibles de la meme maniere aux plaintes des devots; il y a des pays
dans lesquels un devot n'a qu'a pousser un leger cri pour qu'aussitot
les ministres croient leur portefeuille perdu; il y en a d'autres, au
contraire, ou les ministres ont l'oreille plus dure.

Tel etait le cas du ministere qui, a ce moment, dirigeait les affaires
italiennes; il n'avait point entendu les lamentations des _amants_ et
des _amantes de Jesus_, ou si elles etaient parvenues jusqu'a lui il
n'en avait pas pris souci: les fouilles avaient continue et l'arene
bouleversee avait ete interdite aux pieuses processions.

C'etait sur cette interdiction que madame Pretavoine comptait pour
accomplir l'action d'eclat conseillee par Mgr de la Hotoie, confesser
publiquement sa foi, affirmer son devouement au Saint-Siege, et gagner
enfin ce titre de comte qu'on lui marchandait si miserablement.



LII

Les _amants_ et les _amantes de Jesus_ ne s'etaient pas contentes de
plaintes.

Ils avaient voulu faire des manifestations, et pour cela ils avaient
organise des processions; le vendredi, en costume, avec croix et
bannieres, ils venaient faire le tour du Colisee en chantant.

Mais ils ne penetraient point dans l'arene, attendu qu'un poste de
police en defendait l'entree; on stationnait devant ces entrees, on
se groupait, on s'echauffait en paroles plus ou moins violentes, en
lamentations plus ou moins eloquentes; puis, apres s'etre ainsi bien
excites les uns les autres, on rentrait tranquillement chez soi avec la
conscience satisfaite du devoir accompli. Ce n'est pas d'aujourd'hui
que les Romains ont pris l'habitude de ceder a la force, et, pour les
entrainer a quelque acte de violence, il aurait fallu que quelqu'un de
resolu se mit a leur tete, et, jusqu'a ce jour, ce quelqu'un ne s'etait
point trouve parler, oui, agir, non.

Madame Pretavoine decida qu'elle serait ce quelqu'un: ou trouver une
plus belle occasion pour confesser sa foi!

Pendant plusieurs jours, elle visita les membres de la confrerie chez
lesquels elle pouvait se presenter, et dans la conversation il ne fut
bien entendu question que du sacrilege qui s'accomplissait en ce moment
dans le Colisee.

--Le laisserait-on s'accomplir ainsi jusqu'au bout!

--Que faire? ils ont la force pour eux.

--A la force opposer la force.

--Ils sont capables de tout.

--Eh bien! nous aussi nous devons etre capables de tout, meme du
martyre, pour confesser notre foi.

Quelques-uns approuvaient; d'autres blamaient. "Il fallait etre
prudent." C'etait le plus grand nombre; mais qu'on fut pour l'action
ou pour l'attente peu importait. On parlait, et c'etait ce que madame
Pretavoine avait voulu.

Cela prepare, elle ecrivit a l'abbe Guillemittes ou plus justement, a
Mgr Hubert, le nouvel eveque de Conde, pour le presser d'intervenir:
on se moquait d'elle, notamment l'eveque de Nyda; il fallait qu'il la
soutint energiquement; elle avait travaille pour lui, sans s'epargner; a
lui maintenant de travailler pour elle, de meme. Ce qu'il avait a faire,
elle n'avait pas a le lui dire; mais ce qu'elle allait faire, elle le
lui expliqua. Ne voudrait-il pas battre L'abbe Fichon?

Quand elle ecrivait aux etrangers, elle employait une ecriture
illisible, impossible, qui escamotait les difficultes orthographiques;
mais avec lui, son confesseur, elle n'avait point de ces hontes
pudiques, et ce qu'elle voulait dire, elle le disait en toutes lettres,
du moins celles qui lui paraissaient necessaires.

Si apres cet appel le nouvel eveque n'agissait pas, c'est qu'alors, lui
aussi, etait un traitre; mais cela, elle ne voulait pas le croire; il
aurait encore besoin d'elle; et voulut-il etre traitre, il ne l'oserait
pas.

Les visites de madame Pretavoine et les commerages qui les avaient
suivies avaient ravive l'emotion autour de la Croix du Colisee.

Qu'allait-il se passer?

Le vendredi qui suivit ces visites, la reunion des _amants_ et des
_amantes de Jesus_ fut nombreuse; on voulait voir ce qui allait arriver
et ce que ferait cette Francaise.

On partit en procession croix en tete, chacun ayant revetu le costume:
longue robe et capuche. Suivie de la soeur Sainte-Julienne, madame
Pretavoine se faufilait de groupe en groupe, excitant le zele des
fideles par l'entremise de la soeur qui traduisait ses paroles
enflammees, mais, il faut le dire, en les affaiblissant; car, etant de
caractere doux et d'humeur placide, elle n'etait nullement faite pour
prendre le clairon qui sonne la bataille.

On arriva devant le Colisee.

Le mot d'ordre donne par madame Pretavoine etait qu'il fallait entrer.

On se presenta a la porte orientale, celle qui s'ouvre vis-a-vis la rue
conduisant a Saint-Jean de Latran; mais devant les gardiens on s'arreta,
et un mouvement d'hesitation s'etant produit, on continua la procession
en longeant les murs du Colisee comme on l'avait deja fait les vendredis
precedents.

Contrairement a ce qu'on attendait, madame Pretavoine, ou plus justement
comme on disait "la Francaise", n'avait fait aucune tentative serieuse
pour forcer l'entree de l'arene: bien qu'elle fut aux premiers rangs du
cortege, elle avait suivi l'impulsion donnee sans faire de resistance.

--Elle n'avait donc de l'audace qu'en parole.

Mais elle avait parfaitement prevu ce mouvement, et avant d'intervenir
elle avait voulu qu'il fut bien constate que personne n'avait ose se
mettre en avant.

Cette constatation faite et bien faite, elle intervint et passant en
tete du cortege, elle prit la croix de bois noir de la confrerie qui
portait d'un cote l'eponge et de l'autre la lance et la couronne
d'epines.

Une fois qu'elle la tint entre ses mains nerveuses, elle releva la tete
et se retournant vers les membres de la confrerie qui la suivaient,
elle leur fit comprendre d'un seul regard que celle qui maintenant les
conduisait ne reculerait pas.

Un fremissement courut dans le cortege, et plus d'une des _amantes de
Jesus_ regrettant deja d'etre venue se demanda quelle bonne raison on
pourrait invoquer pour s'en aller discretement.

Bientot on arriva a la porte qui regarde le mont Palatin et madame
Pretavoine tenant la croix droite, se presenta pour passer.

Ce qui s'etait produit deja a la porte orientale se repeta, on barra le
passage au cortege.

Mais cette fois celle qui tenait la tete de ce cortege n'etait pas
d'humeur a se retirer docilement. Inclinant la croix en avant comme elle
eut fait d'une lance, elle la presenta a ceux qui lui faisaient obstacle
et ils reculerent de quelques pas; peut-etre eussent-ils fonce sur une
lance, mais pour un Italien mettre la main sur une croix est une grande
affaire.

Profitant de ce moment d'hesitation, madame Pretavoine avanca vivement
et celles qui etaient derriere elle enhardies, la suivirent.

Il y eut un mouvement de bagarre et de confusion; malheureusement dans
ce pele-mele madame Pretavoine avait redresse la croix; alors l'homme de
police ne voyant plus devant son visage ce signe saint, reprit courage
et en meme temps le sentiment de la consigne; s'avancant a son tour il
mit la main sur l'epaule de madame Pretavoine.

D'autres gens de police etaient accourus et l'entree se trouvait barree.

--Osez-vous porter la main sur une chretienne, s'ecria madame Pretavoine
en se servant de sa langue maternelle, sur une Francaise!

--Il est defendu d'entrer, vous n'entrerez pas, repondit en italien
l'homme de la police.

--Que dit-il? demanda madame Pretavoine a la soeur Sainte-Julienne.

Celle-ci traduisit les quelques mots qui venaient d'etre prononces.

--J'entrerai, s'ecria madame Pretavoine, de bonne volonte ou de force.

Et se tournant vers son armee:

--Suivez-moi, s'ecria-t-elle en brandissant sa croix d'une main.

Mais elle etait solidement tenue par le bras, et elle ne put se degager;
d'autre part l'impulsion qu'elle attendait de sa troupe ne se produisit
pas.

On parlait fort, on gesticulait avec vehemence, mais on ne se
precipitait pas en avant comme elle l'avait espere.

Un autre homme de police etait survenu, et celui-la paraissait avoir un
grade; il entendait et parlait le francais.

--Allons, madame, dit-il a madame Pretavoine, retirez-vous, il est
defendu d'entrer, vous ne pouvez pas passer.

--Vous n'avez pas le droit d'arreter une chretienne.

--Je ne vous arrete pas, madame, je vous prie de vous retirer.

--C'est un sacrilege, c'est une persecution

--Allons, madame, retirez-vous.

Et de la main il fit signe a son subalterne de lacher madame Pretavoine.

Celle-ci ne fut pas plus tot libre qu'elle se precipita en avant, mais
elle ne put pas ecarter le barrage vivant qui s'etait forme devant elle.

Des bras s'etendirent pour la repousser, alors tombant a genoux:

--Tuez-moi, s'ecria-t-elle, sur la terre arrosee du sang des martyrs, je
mourrai pour ma foi.

--Il n'est pas question de mort ni de martyre, retirez-vous, voila ce
qu'on vous demande; allons, allons, obeissez.

--Je ne me retirerai pas.

--Ne m'obligez pas a la rigueur.

--Oseriez-vous porter la main sur une Francaise?

--J'ai une consigne, je la ferai respecter.

Tout cela n'etait pas bien tragique, cependant l'exasperation commencait
a gagner madame Pretavoine, d'ailleurs il etait dans son plan de pousser
les choses a l'extreme.

--La France va bientot vous mettre a la raison et vous chasser de Rome.

Le patriote italien se facha cette fois, et il fit un signe a
ses hommes, qui, prenant madame Pretavoine chacun par le bras,
l'entrainerent au dehors.

--Vous tous soyez temoins! s'ecriait la prisonniere vers son armee.

Mais le moment de la debandade etait venu: que faire contre la force?

La soeur Sainte-Julienne, bien qu'epouvantee, n'avait cependant pas
abandonne madame Pretavoine, et elle marchait pres d'elle en l'engageant
doucement a se calmer.

Se calmer! il etait vraiment bien question de cela. Au contraire elle
resistait.

--Allez prevenir mon fils, dit madame Pretavoine, afin qu'il previenne
lui-meme notre ambassadeur.

Puis, s'adressant aux gens de police:

--Vous savez que c'est a une Francaise que vous avez affaire?

Assurement les martyrs chretiens qui dix-huit cents ans plus tot avaient
passe a cette meme place, entraines vers le cirque ou ils allaient etre
livres aux betes pour la plus grande joie du peuple romain, n'avaient
pas une attitude plus triomphante que celle de madame Pretavoine
marchant entre ses deux agents de police, la tete haute, les yeux perdus
dans le ciel qui s'entr'ouvrait pour elle; et si la Providence avait
permis que les eleves de l'Academie de France fussent la, ils auraient
certainement vu au-dessus de sa tete ce limbe brillant qu'on appelle
l'aureole des martyrs. Malheureusement ils n'avaient pas ete prevenus,
et ils ne jouirent point de ce spectacle curieux qui bien probablement
ne se reproduira pas dans notre siecle d'impiete; il n'y avait que
des Anglais qui, leur Guide a la main, cherchaient les vestiges de
la _maison Doree_ de Neron, de vulgaires curieux ou des Romains
indifferents qui regardaient passer cette dame que conduisaient des
agents de police.

Ils ne la conduisirent pas bien loin; sur un geste de leur chef, ils
s'arreterent et lacherent leur prisonniere:

--Vous etes libre, madame, dit le chef; je vous engage a rentrer chez
vous.

--Mais...

Mais ils lui avaient deja tourne le dos, et en riant ils retournaient
vers le Colisee.

Madame Pretavoine pensa a courir apres eux, mais elle ne pouvait pas
cependant les arreter pour qu'a leur tour ils l'arretassent.

Au surplus, l'effet qu'elle avait cherche etait produit.



LIII

Il fut considerable, cet effet, grace au bruit que firent les journaux
devoues au Vatican, autour de cette arrestation.

L'_Osservatore romano_, la _Voce della verita_, la _rusta_, le
_Vessilloicattolsco_, partirent en guerre avec un ensemble parfait:
c'etait la persecution religieuse qui commencait; a Paris, l'_Univers_,
le _Monde_, l'_Union_, la _Gazette de France_, demanderent si le
gouvernement n'allait pas enfin se concerter avec les puissances
etrangeres afin de retablir le Souverain Pontife dans les conditions
necessaires du libre gouvernement de l'Eglise catholique, qui seul
pouvait proteger la religion menacee. A Rome, a Paris, les journaux
liberaux intervinrent, et dans le _Siecle_ notamment parut un article
du correspondant romain de ce journal, qui racontait tout au long
l'incident avec une ironie douce et une politesse legerement
dedaigneuse.

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