'Serena'
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Book Review: The Haunted Observatory
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Book Review: The Houdini Box
Serena is Ron Rashs fourth novel. For those unfamiliar with the elegantly fine-tuned voice of this Appalachian poet and storyteller, a writer whose reputation has been largely regional despite an O. Henry Prize and other honors, it will prompt instant

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Comte du Pape written by Hector Malot

H >> Hector Malot >> Comte du Pape

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Et, pour madame Pretavoine, ce mot suffisait. Quant au reste, elle
n'avait pas a en prendre souci.

La seule question inquietante qui se presentait, etait de savoir si,
apres etre ainsi sorti sous l'impulsion d'une juste fureur, lord Harley
ne reviendrait pas ramene par la lachete de la passion.

Mais c'etait la une question insoluble et meme insondable pour le
present; l'avenir seul pouvait la decider.

Et, rentree dans sa chambre, madame Pretavoine se coucha avec la douce
satisfaction d'avoir bien employe sa soiree.

Le lendemain matin, de bonne heure, elle entra dans la chambre
d'Aurelien avant que celui-ci fut eveille, et ce fut le bruit de sa
porte qui lui fit ouvrir les yeux.

--Je desire que vous vous arrangiez pour voir le prince Michel
aujourd'hui; dit-elle.

--Ah! et pourquoi?

--Pour le voir.

--Et c'est tout?

--C'est le principal, surtout si vous l'observez bien.

--Dans quel sens?

Madame Pretavoine n'aimait point a parler de ce qu'elle avait entrepris,
avant de l'avoir mene a bonne fin; mais, dans le cas present, elle etait
obligee de manquer a cette regle de conduite, et de s'ouvrir jusqu'a un
certain point a son fils, si elle voulait que celui-ci lui vint en aide
d'une maniere efficace.

--J'ai tout lieu de supposer, dit-elle, que lord Harley a rompu avec
madame de la Roche-Odon.

--C'est impossible! Il y a trois jours encore ils etaient au mieux, je
puis vous l'assurer.

--Trois jours, c'est bien loin.

--Et quand aurait eu lieu cette rupture, alors?

--Cette nuit a minuit.

--Vous etes sortie deja ce matin?

--Non.

--Vous avez vu quelqu'un?

--Personne, ce matin.

--Cependant...

--Vous savez que je ne parle jamais a la legere; je suis sortie hier a
minuit, et j'ai appris ce que je viens de vous dire.

Aurelien regarda sa mere avec stupefaction.

--Et pourquoi voulez-vous que j'observe Michel? demanda-t-il.

--Pour voir l'effet que cette rupture a produit sur lui.

--Je ne peux pas l'interroger?

--Assurement, non; d'ailleurs, interroger les gens est un mauvais moyen
pour apprendre ce qu'ils ont interet a cacher; je suis certaine de la
rupture, mais j'ignore, bien entendu, si elle ne sera pas suivie d'un
rapprochement; voila pourquoi je vous demande d'observer attentivement
le prince Michel; si la rupture persiste, elle se traduira dans sa
mauvaise humeur; si au contraire un rapprochement se produit, cette
mauvaise humeur disparaitra.

--Michel est toujours de mauvaise humeur.

--Plus ou moins, c'est pour vous, qui devez maintenant le bien
connaitre, une affaire de mesure; de plus, je vous demande de ne pas lui
donner d'argent s'il veut vous en emprunter.

--Cela serait difficile avec les habitudes que je lui ai laisse prendre.

--Vous direz que vous etes a court.

--Il me demandera de lui donner un cheque sur la banque de Rome.

--Vous repondrez que votre credit est epuise; au reste, il s'agit de lui
faire tirer la langue pendant quelques jours seulement; c'est un moyen
pour moi plus sur qu'un interrogatoire de savoir ou en sont les
choses; dans quelques jours vous mettrez de nouveau notre bourse a sa
disposition et plus largement que jamais, de facon qu'il soit bien
certain a l'avance d'obtenir de vous tout ce qu'il voudra, et qu'il
compte sur vous comme sur son banquier, s'il en avait un.

--Comme il a deja cette confiance, c'est ce qui rend un refus difficile;
mais il sera fait ainsi que vous desirez.

--Tout en frequentant le prince Michel, le plus qu'il vous sera possible
aujourd'hui et pendant quelques jours encore, vous verrez aussi votre
ami, M. de Vaunoise, et vous ecouterez attentivement tout ce qu'il vous
racontera; enfin vous ecouterez de la meme facon tous ceux avec qui vous
etes en relations; il est impossible que la rupture de lord Harley avec
la vicomtesse de la Roche-Odon ne souleve pas un scandale dans Rome, et
il est impossible que la rupture de Corda avec la vicomtesse d'une part,
et d'autre part avec Rosa Zampi...

--Cerda, Rosa Zampi, la vicomtesse!...

--Oui, dit madame Pretavoine en souriant, c'etait une echeance.

Et enchantee de sa plaisanterie, elle se mit a rire d'un petit rire sec,
en se frottant doucement les deux paumes des mains l'une contre l'autre.

Puis reprenant la parole:

--Vous comprenez, n'est-ce pas, que tout cela va soulever un beau tapage
et dans la societe etrangere et dans le monde du theatre; ce que je vous
demande, c'est de recueillir avec soin tout ce qui aura rapport a ces
divers personnages; seulement, si vous devez ecouter, vous ne devez pas
parler. Vous ne savez rien, et vous ne saurez que ce qu'on vous aura
raconte dix fois. Si vous commettiez aujourd'hui une indiscretion, ou
meme si vous laissiez paraitre sur votre visage quelque chose qui put
donner a croire que vous connaissez les evenements de cette nuit,
nous serions exposes a perdre les avantages de cette rupture, et ces
avantages seront considerables, puisqu'ils vous feront obtenir le
consentement de madame de la Roche-Odon a votre mariage avec Berengere.

--Un mot seulement, une question?... cette rupture, c'est vous qui...

--Moi!

--Mais...

--Croyez-vous donc que Dieu ne fait rien pour ceux qui sont les siens?
Cette rupture est l'oeuvre de la Providence.

--Sans doute, mais...

--C'est le ciel, mon cher enfant, qui veut votre mariage, et rien de ce
que nous entreprenons ne reussirait si le ciel n'etait pas avec nous;
comment voulez-vous que moi, etrangere dans cette ville; qui ne connais
pas le chanteur Cerda, qui ne connais pas Rosa Zampi, qui ne connais pas
lord Harley, qui connais a peine la vicomtesse de la Roche-Odon, comment
voulez-vous que j'aie accompli ces ruptures? C'est a Dieu que nous
devons adresser nos remerciements, et pendant que vous allez vous
promener dans la ville pour recueillir les fruits de la grace qui nous
est accordee, je vais avec la bonne soeur Sainte-Julienne allumer un
cierge pour vous et un pour moi a Saint-Jean de Latran, a Sainte-Marie
Majeure, a Saint-Paul, a Saint-Sebastien, a Saint-Laurent et a
Sainte-Croix de Jerusalem.



XLII

Madame Pretavoine ne s'etait pas trompee en disant que ce qui venait de
se passer chez la vicomtesse de la Roche-Odon, allait soulever dans Rome
du scandale et du tapage.

Apres avoir quitte sa mere, Aurelien se rendit, comme tous les matins,
au Gesu pour y entendre la messe.

Au moment ou il arrivait devant la grande porte de cette eglise, il
rencontra un de ses amis du cercle des Echecs.

Ils s'arreterent et se serrerent la main.

--Vous savez la nouvelle? demanda le jeune Italien.

--Quelle nouvelle?

--Un grand scandale.

--Au Quirinal?

--Non, la il est a perpetuite.

--Alors?...

--Alors si vous ne savez rien, je ne puis rien vous dire.

--Si je savais quelque chose il me semble que ce serait justement le cas
de ne rien me dire, repliqua Aurelien en souriant.

--Je n'ai pas vu, je ne sais que vaguement, par oui-dire; je ne peux pas
me faire le porte-voix d'un scandale, qui peut-etre ne repose sur rien
de fonde; et puis, d'autre part, comme il s'agit d'un grand nom de la
noblesse francaise, le cas demande des menagements particuliers.

--Cela est tres-juste, repliqua Aurelien; au reste, je crois que je ne
pourrais pas entendre votre recit, sans nous exposer a etre en retard
pour la messe.

Et sans un mot de plus, ils entrerent tous les deux dans l'eglise, et
ils allerent s'agenouiller devant la statue en argent du bienheureux
saint Ignace.

Aurelien ne tenait pas du tout aux renseignements de son discret ami,
il suffisait que celui-ci lui eut parle d'une grande nouvelle et
d'un scandale, pour que dans la journee il put aborder les gens de
connaissance qu'il rencontrerait en leur disant:

--Le comte Algardi m'a parle tout a l'heure d'un scandale sans vouloir
me le conter; de quoi donc et de qui s'agit-t-il?

Puisque ce scandale etait connu du comte Algardi, il devait l'etre
d'autres personnes.

Ce raisonnement etait juste; Aurelien ne tarda pas a rencontrer des gens
moins timores que le comte Algardi.

Dans le Corso on n'entendait que les noms de Cerda, de la vicomtesse de
la Roche-Odon et de lord Harley, chacun racontant l'histoire de la nuit
a sa maniere.

Avant deux heures de l'apres-midi, Aurelien avait plus de dix versions
de cette histoire, quelques-unes entierement contradictoires.

Selon la recommandation de sa mere il ecoutait tout sans rien dire, ou,
s'il se permettait un mot, c'etait pour poser une question:

--Et lord Harley?

--Et madame de la Roche-Odon?

--Et Rosa Zampi?

A ces questions, chacun, bien entendu, avait sa reponse.

--Lord Harley avait quitte Rome.--Il etait retourne a Ardea.--Il
attendait la nuit pour rentrer chez la vicomtesse et lui demander
pardon.--Rosa avait donne un coup de couteau a Cerda.

Et nombreux etaient les gens qui terminaient la conversation en disant:

--Je ne manquerai pas demain la representation de Cerda... s'il chante.

Vers deux heures, Aurelien s'en alla a l'ambassade.

--Eh bien! s'ecria Vaunoise des qu'il l'apercut, Rosa nous trompait tous
les deux.

--Est-ce que c'est vrai?

--Comment, si c'est vrai; rien n'est plus vrai.

Et a son tour Vaunoise raconta l'histoire de la nuit, qu'Aurelien ecouta
comme s'il l'entendait pour la premiere fois.

Ce fut seulement a la fin qu'il se permit quelques questions:

--Enfin, comment tout cela est-il arrive? Ce n'est pas le hasard qui a
amene en meme temps lord Harley et Rosa Zampi chez la vicomtesse.

--A minuit, cela n'est pas probable.

--Alors?

--Alors madame de la Roche-Odon a des ennemies intimes.

--Je comprends cela; mais ce que je ne comprends pas, c'est cette
concordance dans l'arrivee de Rosa et de lord Harley, juste au moment ou
Cerda se trouvait a souper avec madame de la Roche-Odon.

--Ni moi non plus, mais enfin cela s'est passe ainsi.

--Et la suite?

--Lord Harley a quitte Rome.

--Pour retourner a Ardea?

--Pour aller a Naples; on l'a vu prendre le train de neuf heures et
demander un billet pour Naples.

--Alors, c'est une vrai rupture?

--Cela l'indique; mais lord Harley aime si passionnement la vicomtesse
qu'il n'a peut-etre pas ete plus loin qu'Albano; ce ne serait pas le
premier qui aurait voulu s'eloigner d'une femme meprisable et qui ne
l'aurait pas pu.

--Ce serait une lachete.

--Peut-etre; mais n'en commet pas qui veut.

--Et Cerda?

--Cerda est rentre chez lui avec pas mal de cheveux en moins et les
ongles de mademoiselle Rosa imprimes sur la figure.

--Cela vaut mieux qu'un coup de couteau.

--A son premier amant, Rose a joue du couteau; au second, des ongles; au
troisieme, elle prendra les choses avec une douce philosophie.

--Et madame de la Roche-Odon, comment-va-telle prendre les choses? On
disait qu'elle etait folle de Cerda.

--J'avoue que ce qui m'intrigue le plus, c'est de savoir comment Michel
Berceau va les prendre: il etait bien certain que c'etait lord Harley,
qui lui fournissait l'argent necessaire a ses pertes de jeu, non pas en
le lui donnant directement, mais par les mains de la vicomtesse; comment
va-t-il jouer maintenant?

--Tu sais que je ne croirai jamais cela? dit Aurelien, voulant prendre
la defense de celle qui serait bientot sa belle-mere.

--Qu'est-ce que tu ne veux pas croire?

--Que la vicomtesse acceptait de l'argent de lord Harley.

--Alors d'ou lui venaient les deux ou trois cent mille francs qu'elle
depensait chaque annee?

--Cela, je n'en sais, rien; mais jamais, je n'admettrai qu'une femme
telle que la vicomtesse a accepte une pareille existence.

--Crois ce que tu voudras, et si tu as tant d'estime pour elle va la
consoler.

De cet entretien avec son ami Vaunoise, il resultait que lord Harley
etait parti pour Naples, et c'etait la un renseignement d'une grande
importance.

Voulant en obtenir d'autres encore, et poursuivre son enquete, Aurelien
retourna dans le Corso, ou il etait sur de rencontrer vingt personnes
qui lui parleraient de cette aventure.

Un peu avant d'arriver a la place Colonna, il apercut Michel; qui se
tenait devant l'entree du club de la _Caccia_, la tete haute, toisant
avec un air d'insolence et de defi les gens qui le regardaient.

Il alla a lui et l'aborda comme a l'ordinaire:

--Comment allez-vous, mon cher prince?

--Pourquoi me demandez-vous cela? repliqua Michel, plus rogue et plus
brutal qu'il ne l'avait jamais ete.

Sans se facher; Aurelien lui prit le bras:

--Voulez-vous que nous fassions un tour dans le Corso?

--Si vous voulez.

Au fond Michel etait heureux du secours qui lui arrivait, car il se
sentait isole et perdu au milieu des regards curieux qui de tous cotes
se fixaient sur lui, mais il ne convenait pas a sa fierte ni a sa honte
d'etre sensible a l'offre d'Aurelien: de la son air rogue, de la sa
reponse brutale.

Mais eut-elle ete plus grossiere encore, cette reponse, Aurelien ne
s'en serait pas fache; en effet jamais moment plus favorable ne s'etait
presente pour gagner le coeur de son futur beau-frere, au cas ou
celui-ci aurait un coeur, ce qui etait assez problematique, en tous cas
pour plaire a son orgueil blesse.

Ils se mirent donc a marcher cote a cote dans le Corso, Aurelien causant
joyeusement de choses sans importance; Michel repondant de temps en
temps par un oui ou par un non.

Jamais il n'avait porte la tete plus haut, les yeux a quinze pas, le nez
au vent, le chapeau legerement incline sur le cote, en tout l'attitude
provocante de ceux qui se croient meprises et qui esperent s'imposer par
l'intimidation.

De temps en temps Aurelien, qui le tenait par le bras, sentait ce bras
fremir; c'etait le regard, c'etait le sourire d'un passant, c'etait le
salut d'un homme de son monde qui avait provoque ce fremissement.

Ils allerent ainsi jusqu'a la place du Peuple sans que personne les
arretat pour leur adresser la parole; on les regardait, quelquefois on
les saluait, d'autres fois on detournait la tete comme si on ne les
avait pas vus, mais personne ne leur parlait.

Et cependant c'etait l'heure ou le monde de Rome se trouve dans le
Corso, se rendant au Pincio et a la villa Borghese, ou bien en revenant.

Aurelien avait cru que Michel s'arreterait a la place du Peuple et
qu'ils se separeraient la; il commencait a etre inquiet du role qu'il
jouait, car il suffisait d'un sourire ou d'un mot pour que Michel
souffletat celui qui se serait permis cette marque de mepris, et la
perspective d'etre temoin dans un pareil duel n'etait pas faite pour le
rassurer.

Mais Michel voulait se montrer au Pincio et il etait trop heureux
d'avoir un second pour l'abandonner ainsi.

--Montons au Pincio, dit-il.

Au Pincio l'attitude de Michel fut la meme que dans le Corso, avec
quelque chose de plus provoquant encore, car la reunion d'un grand
nombre de personnes dans cet emplacement restreint rendait l'echange des
saluts plus frequent.

Comme ils etaient arretes pour regarder le defile des voitures qui
tournaient autour de la musique, ils apercurent madame de la Roche-Odon
seule dans sa caleche.

Elle se tenait a demi renversee et elle promenait sur la foule des yeux
dans lesquels il n'y avait pas de regard: ceux qui ne savaient rien de
l'aventure de la nuit precedente pouvaient croire a son indifference
et a son calme; mais ceux qui etaient au courant de cette histoire
devinaient qu'elle s'etait mis un masque sur la figure de meme qu'elle
avait mis du rouge sur ses joues et sur son front.

--Voici ma mere, dit Michel, il faut que je vous presente a elle; lies
comme nous le sommes, il est ridicule que vous ne soyez pas recu chez
elle.

Et de la main faisant un signe au cocher, il arreta la voiture.

A la presentation faite par son fils, madame de la Roche-Odon qui avait
tout d'abord paru sortir d'un reve, repondit en invitant Aurelien a la
venir voir bientot.

--Ou vas-tu? demanda Michel en s'adressant a sa mere.

--A la villa Borghese.

--Veux-tu nous donner place dans ta voiture, nous irons avec toi, et tu
nous rameneras.

--Mais avec plaisir.



XLIII

Quand madame de la Roche-Odon ramena Aurelien a la porte des demoiselles
Bonnefoy, madame Pretavoine, suivie de la soeur Sainte-Julienne,
marchant derriere elle comme son ombre; rentrait justement de ses
stations dans les saintes basiliques ou elle avait ete allumer des
cierges pour remercier le bon Dieu et la tres-sainte Vierge du succes
qu'elle avait obtenu.

Venant en sens contraire de la caleche, elle arriva en meme temps
qu'elle devant la madone des soeurs Bonnefoy.

--Aurelien dans la caleche de la vicomtesse! Quel etait ce miracle?

Mais ce n'etait point l'habitude de madame Pretavoine de se laisser
aller a la surprise.

Elle avait mieux a faire pour le moment d'ailleurs; vivement elle
s'avanca pour saluer madame de la Roche-Odon et s'informer de sa sante.

--Mere, c'est madame Pretavoine, dit Michel.

Et de nouveau la vicomtesse, qui n'avait guere parle pendant la
promenade, parut sortir de son reve; sa figure contractee s'anima, ses
yeux eurent un eclair, ses levres eurent un sourire; on eut dit d'une
comedienne avertie par le regisseur que c'etait a elle d'entrer en
scene, et qui se faisait rapidement la tete de son role.

Avec la meilleure grace du monde elle reprocha a madame Pretavoine de ne
pas l'avoir vue plus souvent, et elle exprima l'esperance que desormais
elle voudrait bien accompagner son fils dans ses visites.

Puis, cela dit en aussi peu de mots que possible, elle fit signe a
Michel d'avertir le cocher de continuer son chemin.

Et avant que les chevaux se fussent remis en route, elle reprit sa
physionomie accablee, son regard morne.

Aussitot madame Pretavoine se tourna vers son fils:

--Vous montez?

--Assurement.

--Alors je vous suis.

Mais avant de rejoindre son fils, qui avait pris les devants, madame
Pretavoine fut arretee en chemin.

En son absence, mademoiselle Emma etait venue pour la voir; elle
reviendrait dans la soiree.

La vicomtesse d'un cote, Emma de l'autre, la situation se dessinait;
mais avant de se preoccuper de la femme de chambre et de sa visite, il
fallait vider la question de la maitresse.

--Eh bien, demanda madame Pretavoine lorsqu'elle se fut enfermee avec
Aurelien, ne m'expliquerez-vous pas comment je vous retrouve dans la
voiture de madame de la Roche-Odon?

Aurelien donna ces explications longues, detaillees, completes; en
racontant tout ce qu'il avait fait et tout ce qu'il avait entendu dans
sa journee, sans que sa mere l'interrompit une seule fois, sans meme
qu'elle fit un signe d'approbation ou de blame.

Lorsqu'il fut arrive au bout de son recit, elle garda le silence.

Alors les craintes d'Aurelien lui revinrent, et la question qu'il
s'etait posee souvent en donnant le bras a Michel ou en s'asseyant a
cote de la vicomtesse se representa a son esprit.

--Ai-je eu tort?

Madame Pretavoine le regarda un moment sans rien dire, puis tout a coup
se levant et lui prenant la tete dans ses deux mains, elle l'embrassa
sur le front.

--Le bon Dieu est avec nous, dit-elle, Berengere sera votre femme.

--Alors j'ai bien fait d'accompagner Michel?

--N'est-il pas deja votre beau-frere; non-seulelement vous avez bien
fait de l'accompagner, mais maintenant il faut le defendre partout,
ainsi que la vicomtesse qui est la mere de votre femme; on peut croire
d'etrangers ce qu'on ne croit pas des siens; maintenant il me parait
tres-possible que madame de la Roche-Odon soit une pauvre calomniee par
la malignite publique.

--C'est ce que j'ai deja repondu a Vaunoise.

--Ah! mon cher fils, comme nous nous entendons; rien n'est plus doux
pour mon coeur que cette entente.

Maintenant ce qui inquietait madame Pretavoine, c'etait la visite de
mademoiselle Emma. Pourquoi la femme de chambre de mademoiselle de la
Roche-Odon voulait-elle la voir? Avait-elle des soupcons?

Ce fut a neuf heures que mademoiselle Emma arriva: madame Pretavoine
l'attendait seule dans sa chambre, Aurelien etait sorti et la soeur
Sainte-Julienne s'etait retiree chez elle.

Au premier coup d'oeil, madame Pretavoine vit que l'entretien allait
etre serieux, et ce fut une raison pour elle de redoubler de politesse
et d'affabilite, mais avec une nuance de tristesse.

--Vous savez ce qui s'est passe? dit mademoiselle Emma.

--Lorsque je suis rentree ce soir, mon fils m'a parle de certains bruits
qui couraient dans Rome; seraient-ils vrais?

--Quels bruits?

--Une scene aurait eu lieu chez madame la vicomtesse, entre ce chanteur
et cette fille; lorsque j'ai appris cela, je n'ai ete qu'a moitie
surprise, pensant que vous aviez sans doute execute votre idee. J'avoue
cependant que je ne croyais pas que vous vous y decideriez, car s'il y
avait de bonnes raisons pour faire ecrire cette lettre, il y en avait
tant d'autres pour ne pas l'envoyer! Mais ce qui m'a stupefiee, c'est
ce qu'on m'a dit au sujet de lord Harley. Comment lord Harley se
trouve-t-il mele a cette affaire? Je n'y comprends absolument rien.

--Ni moi non plus, repondit Emma en regardant madame Pretavoine dans les
yeux.

--Ne m'aviez-vous pas dit qu'il ne revenait jamais d'Ardea sans prevenir
madame la vicomtesse?

--Il n'etait jamais revenu.

--Alors il avait donc des soupcons?

--Il faut croire.

--Comment lui etaient-ils venus?

--C'est justement ce que je cherche.

--Supposez-vous qu'il ait ete prevenu par quelqu'un?

--J'en suis sure.

--Par qui?

Il y avait tant de simplicite, tant d'ignorance, tant de candeur, tant
de bonne foi dans le ton de madame Pretavoine que mademoiselle Emma fut
un moment deconcertee.

Mais bientot elle reprit:

--Une seule personne savait avec moi que cette Rosa Zampi devait se
rencontrer hier, a minuit, chez madame la vicomtesse avec Cerda.

--Cela est grave.

--N'est-ce pas?

--J'entends si cette personne avait interet a prevenir lord Harley;
connaissez-vous cet interet?

--Je le cherche.

--Est-ce que cette personne pouvait etre ou etait une rivale?

--Non.

--Alors ce serait une vengeance.

Emma resta un moment sans repondre; puis, tout a coup, comme si elle
prenait son elan pour se jeter au milieu d'un danger:

--Il vaut mieux, s'ecria-t-elle, que je vous nomme tout de suite cette
personne.

--Je la connais?

--Mais, c'est vous, madame!

--Moi! s'ecria madame Pretavoine.

--Vous seule saviez que je devais faire ecrire a Rosa Zampi de venir
surprendre Cerda chez madame.

Madame Pretavoine joignit les deux mains et levant ses bras vers une
madone qui etait accrochee vis-a-vis d'elle:

--O sainte Vierge! s'ecria-t-elle; o Marie concue sans peche!

Et elle resta ainsi assez longtemps, semblant demander une inspiration a
cette madone.

Sans doute la madone repondit, car bientot, se levant, madame Pretavoine
vint se placer devant mademoiselle Emma.

--Savez-vous ce que mon fils et moi nous sommes venus faire a Rome?
dit-elle.

Emma fit un signe negatif.

--Non, n'est-ce pas; eh bien, je vais vous l'expliquer; mais avant il
faut que je vous confie un secret. Vous savez, n'est-ce pas, que nous
sommes de l'intimite du vieux comte de la Roche-Odon. Dans cette
intimite mon fils n'a pu voir mademoiselle Berengere sans l'aimer, et
il a concu pour elle une veritable passion. Quand j'ai connu cet amour,
j'en ai tout d'abord ete malheureuse, car il y a entre mademoiselle
Berengere et mon fils l'obstacle de la naissance; mais, comme la fortune
de mon fils est superieure a celle que mademoiselle Berengere aura un
jour, j'ai pense que cet obstacle de la naissance pouvait etre aplani,
et alors nous sommes venus a Rome. Dans quel but, ne le devinez-vous
point?

--Non, madame.

--Dans le but de demander a madame la vicomtesse de la Roche-Odon de
consentir au mariage de sa fille avec mon fils. Et voila pourquoi j'ai
cherche a me rapprocher d'elle. Voila pourquoi, froidement accueillie,
j'ai cherche a me creer des relations qui me missent en rapport avec
elle. Enfin, voila pourquoi j'ai si vivement insiste aupres de vous
pour amener un mariage entre lord Harley et madame la vicomtesse de la
Roche-Odon, mais qui etait la belle-mere de mon fils. Ce mariage faisait
cesser un etat que, comme chretienne, je deplorais, et que comme parente
je ne pouvais tolerer. Comprenez-vous maintenant?

--Ce que vous vouliez s'est realise; cet etat a cesse.

--Il est vrai, et en meme temps qu'il prenait fin, notre projet a pris
fin aussi. Cet amour, je vous l'ai dit, etait le bonheur pour mon fils,
c'etait l'esperance de sa vie. Mais mon fils et moi nous sommes avant
tout chretiens. Apres le scandale epouvantable qui vient de se produire,
nous renoncons a ce mariage. Je ne sais si mon fils se consolera jamais
de la grande douleur qui vient de le frapper; mais, dut-il en mourir,
il offrirait sa vie en sacrifice, plutot que se laisser entrainer dans
l'abime de honte que ce scandale vient d'ouvrir. Les paroles que je
prononce en ce moment sont celles-la memes que j'ai fait entendre a mon
fils quand il m'a parle de cette catastrophe. Tout d'abord son coeur
s'est revolte; mais j'espere qu'avec la grace de Dieu, il trouvera des
consolations dans notre sainte religion. Voila, quant a nous, ce qu'a
fait l'indiscretion de cette personne que vous cherchez: notre malheur,
la vie de mon fils brisee.

--Madame...

--Oh! je ne vous adresse pas de reproches, je ne me plains meme pas;
l'exces du malheur rend injustes les ames qui ne sont point eclairees
par la foi; et le votre aussi bien que celui de votre maitresse que vous
aimez et servez avec tant de devouement, est si grand qu'il explique les
injustices les plus invraisemblables. Continuez donc vos recherches.
Mais si j'ai un conseil a vous donner, que ce soit avec discretion. Car
vous pouvez ne pas toujours tomber sur une femme qui, comme moi, ait
fait du pardon des injures, la regle de sa vie. Que serait-il arrive
si je m'etais abandonnee a la colere? Une seule chose, il me semble.
J'aurais ete trouver madame de la Roche-Odon et je lui aurais dit la
verite. Mon Dieu, je sais bien que vous n'avez agi que dans l'interet
de madame la vicomtesse. Mais enfin, croyez-vous que celle-ci
vous pardonnerait jamais, surtout apres ce qui s'est passe, votre
intervention dans ses affaires, intervention qui devait la sauver et qui
l'a perdue! irremissiblement perdue.

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