'Serena'
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Book Review: The Haunted Observatory
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Book Review: The Houdini Box
Serena is Ron Rashs fourth novel. For those unfamiliar with the elegantly fine-tuned voice of this Appalachian poet and storyteller, a writer whose reputation has been largely regional despite an O. Henry Prize and other honors, it will prompt instant

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Comte du Pape written by Hector Malot

H >> Hector Malot >> Comte du Pape

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Cependant elle avait renonce a cette idee, en se disant que la police
romaine, dirigee maintenant par les spoliateurs, n'autoriserait sans
doute pas ces trompettes, et puis en se disant encore que les cent
cinquante mille francs exposes ainsi au grand jour pourraient bien etre
pilles par la canaille. Que fallait-il pour cela? Au milieu de la foule
le brancard porte sur les epaules de ses quatre hommes pouvait etre
renverse; l'or roulait a terre; et il y avait de grandes probabilites
pour qu'elle ne retrouvat pas son compte.

De cette ceremonie imposante elle n'avait garde que la partie qui ne
presentait pas de dangers, la promenade du modele.

Si une police audacieuse prenait dans la force le droit d'interdire
les trompettes, elle ne pouvait pas s'opposer a ce que des porteurs
traversassent Rome avec un brancard sur lequel serait expose le modele
de l'eglise d'Hannebault: les rues sont libres, meme pour les objets
religieux.

D'ailleurs, a reduire ainsi sa conception premiere, elle trouvait un
avantage, qui etait d'entrer enfin en relations avec cet aide de chambre
du Vatican, ce Lorenzo Picconi, ce cousin de Baldassare, employe dans la
domesticite du pape.

Pourquoi ne reussirait-elle pas, avec lui et par lui, aupres du
Saint-Pere, comme elle allait reussir par Emma aupres de madame de la
Roche-Odon? Les petits ont du bon, on ne les voit pas agir.

D'ailleurs elle commencait a accuser Mgr de la Hotoie d'indifference a
son egard, et elle etait bien aise de chercher un autre point d'appui.
Peut-etre meme n'avait-elle que trop attendu.

Plusieurs fois deja, elle avait essaye de connaitre ce Lorenzo
Picconi, mais toujours Baldassare, auquel elle n'avait pas pu adresser
ouvertement sa demande, avait feint de ne pas comprendre ce qu'elle
desirait.

Mais cette fois l'occasion etait telle qu'il lui etait permis de parler
franchement et que Baldassare ne pouvait la refuser.

Cependant elle avait si peu confiance dans la franchise et elle aimait
si peu cette maniere de proceder, qu'elle s'arrangea de facon a se faire
offrir les services de Lorenzo Picconi par Mgr de la Hotoie.

--Son embarras etait extreme; elle aurait besoin au Vatican d'un homme
qui pourrait l'aider a placer les 150,000 fr. dans le modele; il fallait
un homme en qui elle put avoir pleine confiance, et qui parlat francais
(elle savait par Baldassare que Lorenzo Picconi avait ete au service
d'un prelat francais); sans doute elle pouvait offrir ces 150,000 fr.
en billets de banque et en agissant ainsi elle ferait meme un joli
benefice; la piece d'or valant en ce moment 22 fr., elle pouvait, rien
que par l'operation du change, gagner 15,000 fr.; mais elle ne voulait
pas se livrer a une pareille operation; plutot que de faire un benefice
sur Sa Saintete, elle aimerait mieux en mettre de nouveau de sa poche;
seulement il n'etait pas facile a elle de porter ces 150,000 fr., car
cette somme fait 7,500 louis, lesquels pesent pres de 50 kilogrammes, ce
qui est un poids pour une femme et meme pour un homme; enfin une fois
que les 150,000 fr. seraient au Vatican, il lui faudrait quelqu'un
d'adroit pour l'aider a arranger ces 7,500 louis dans l'interieur du
modele, car elle serait tellement emue a la pensee de paraitre bientot
devant Sa Saintete qu'elle serait incapable de rien faire ni de rien
ordonner; ce quelqu'un etait-il introuvable?

Et comme Mgr de la Hotoie allait prononcer un nom, elle se hata de
parler de celui qu'elle voulait qu'on lui proposat.

--Est-ce que Baldassare n'avait pas un parent, un ami, parmi les
domestiques du palais? Elle croyait se rappeler vaguement, mais
tres-vaguement, qu'il avait prononce le nom de cet ami; mais elle avait
oublie ce nom.

--Lorenzo Picconi.

--Peut-etre, mais elle ne se rappelait pas.

Le lendemain, Lorenzo Picconi s'etait presente chez les soeurs Bonnefoy,
et madame Pretavoine l'avait recu avec les bonnes graces qu'elle
deployait toujours pour ceux dont elle avait besoin.

Longuement elle lui avait explique ce qu'elle attendait de sa
complaisance, puis en causant tout bonnement, car elle n'etait pas
fiere, elle lui avait dit dans quel but elle etait venue a Rome. Tout
d'abord c'etait pour offrir cette somme au Saint-Pere, et puis c'etait
pour obtenir un titre de comte en faveur de son fils; assurement, jamais
titre n'avait ete si bien merite; cependant elle saurait reconnaitre
le service que lui rendraient ceux qui, directement ou indirectement,
hateraient le moment ou le Saint-Pere daignerait leur accorder cette
grace; elle ne voulait pas des maintenant fixer une somme, mais ce
serait une grosse somme que se partageraient les intermediaires.

Elle n'en avait pas dit davantage, laissant la reflexion et l'interet
agir.

Enfin le modele etait arrive, et l'heure si impatiemment attendue par
madame Pretavoine avait sonne.

A midi, elle avait quitte la maison des demoiselles Bonnefoy pour se
rendre au Vatican.

Une de ses grandes inquietudes avait ete de savoir si le temps serait
beau; heureusement l'aimable Providence lui avait ete favorable, et elle
avait pu realiser son dessein, c'est-a-dire se rendre au Vatican a
pied, marchant dans les rues sans boue et sans poussiere avec la soeur
Sainte-Julienne derriere ses quatre porteurs charges du modele de
l'eglise d'Hannebault, dont les cuivres brillaient dans cette claire
lumiere de Rome; immediatement sur ses pas venait une voiture dans
laquelle se trouvait Aurelien avec les cent cinquante mille francs.

Ce n'etait pas tout a fait la pompe qu'elle avait revee; cependant ces
quatre porteurs charges de cette eglise scintillante, cette femme en
noir, la tete couverte du voile bien connu des Romains et qui dit qu'on
se rend a une audience du pape; cette voiture marchant au pas, tout cela
frappait les passants; et dans les rues ou elle passait, la via del
Tritone, la place d'Espagne (elle prenait le plus long), la via
Condotti, la via della Fontanella, le pont Saint-Ange, le Burgo
nuovo, on s'arretait pour regarder ce defile et l'on s'interrogeait
curieusement.

L'effet qu'elle avait voulu etait produit,--meme sans trompettes.

Dans la cour Saint-Damase, elle trouva parmi ceux qui l'attendaient
Lorenzo Picconi, et on la conduisit dans la salle Mathilde, ou se
donnent le plus souvent les audiences particulieres; la, ses porteurs
ayant ete renvoyes, elle put, avec l'aide d'Aurelien et de Picconi
placer les 7,500 louis dans l'interieur du modele, puis cela fait, elle
n'eut plus qu'a attendre.

Depuis longtemps, elle s'etait preparee a cette audience, se demandant
ce qu'elle dirait, et apres avoir pese le pour et le contre, elle avait
decide, avec Mgr de la Hotoie, de ne rien dire et de laisser celui-ci
parler.

A cela il y avait plusieurs avantages.

D'abord, elle ne demandait rien elle-meme, ce qui, alors qu'elle
apportait une offrande si considerable, eut eu quelque chose de
grossier.

Et puis elle pouvait, en gardant le silence, s'abandonner a une emotion
qui, selon elle, devait produire un bon effet sur le Saint-Pere, le
flatter et meme le toucher.

Lorsque la porte du salon s'ouvrit devant le pape, qui parut entoure de
quelques personnes de sa suite, parmi lesquelles se trouvait l'eveque de
Nyda, madame Pretavoine se prosterna sur le tapis.

Comme il avait ete convenu a l'avance, ce fut Mgr de la Hotoie qui prit
la parole et fit la presentation.

Mais ce fut bien plus celle de l'eglise de l'abbe Guillemittes et des
150,000 francs que de madame Pretavoine qui, dans son petit discours, ne
vint que d'une facon incidente et ne tint qu'une place secondaire, celle
qu'on accorde a un intermediaire, a un commissionnaire. Tout, eglise,
offrande, fut ramene par lui a l'abbe Guillemittes, dont il celebra la
piete et surtout le devouement au Saint-Siege.

--Et moi, et moi! se disait a chaque parole madame Pretavoine.

Mais son tour ne vint pas, il y avait tant de choses a dire sur l'abbe
Guillemittes qu'on ne pouvait vraiment point parler d'elle.

Dans sa reponse ce fut aussi de l'abbe Guillemittes que le pape parla.

Faisant a madame Pretavoine l'accueil le plus gracieux par le sourire
et par les manieres, il examina longuement le modele de l'eglise
d'Hannebault, declara que c'etait une vraie magnificence, et se tournant
vers l'eveque de Nyda, il dit qu'il remercierait directement le cure
d'Hannebault, dont il benissait la paroisse avec la plus paternelle
affection.

--Et moi! et moi! se disait madame Pretavoine.

Elle aussi fut benie; mais elle avait voulu, elle avait espere, il avait
ete convenu qu'elle obtiendrait davantage.



XXXIX

Madame Pretavoine sortit du Vatican exasperee, la rage au coeur.

Les sentiments qu'elle eprouvait etaient de meme nature que ceux qui
l'avaient enfievree apres sa premiere visite a M. de la Roche-Odon,
alors que pour la premiere fois de sa vie, elle avait pense qu'on
pouvait prendre plaisir a guillotiner ces gens-la.

Nobles, pretres, ils etaient les memes.

Il fallait se sacrifier pour eux; cela leur etait du; ils n'avaient pas
a vous en remercier.

Cet eveque de Nyda s'etait-il bien moque d'elle! et elle ne s'etait
doute de rien.

Elle avait eu la simplicite de s'imaginer qu'il serait un instrument
entre ses mains, et c'etait elle qui en avait ete un entre les siennes.

Dupe! Elle dupe!

Elle resolut de s'expliquer avec lui, et le lendemain de l'audience elle
se rendit a son palais.

--Eh bien, chere madame, dit Mgr de la Hotoie en prenant les devants,
avez-vous ete heureuse de voir notre Saint-Pere? Jamais accueil n'a ete
plus affable, plus gracieux!

--Je viens vous adresser mes remerciements en mon nom et au nom de M.
l'abbe Guillemittes.

--Je pense qu'il sera satisfait; je l'ai mis en pleine lumiere, vous
laissant vous meme jusqu'a un certain point dans l'ombre; et, en parlant
ainsi, j'ai cru aller au-devant de vos desirs; vous avez toujours ete si
bonne, si devouee pour ce pauvre Guillemittes; d'ailleurs cette facon
d'agir etait commandee par la faveur dont jouit ici M. l'abbe Fichon,
qui est tres-appuye, tres-recommande par des personnes puissantes: c'est
une lutte, entre lui et Guillemittes, pleine d'interet; si Guillemittes
etait battu vous succomberiez, vos causes sont solidaires.

--J'ai senti cela.

--N'est-ce pas? d'ailleurs je n'avais pas besoin que vous me le disiez,
je n'en ai pas doute un instant; averti au dernier moment qu'on venait
de faire une tentative en faveur du vicaire general de Conde, je
n'ai pas pu vous prevenir, mais j'ai pense qu'en me voyant appuyer
Guillemittes si chaudement, vous devineriez que j'avais une raison
imperieuse pour le faire; je vois que mon pressentiment ne m'avait pas
trompe. Si nous reussissons pour Guillemittes, votre succes est assure;
l'un entrainera l'autre. Nos adversaires battus n'oseront rien contre
vous. Au contraire, si nous avions commence par vous, cela eut eveille
leur defiance et nous aurions echoue sur toute la ligne, aussi bien de
votre cote que de celui de Guillemittes.

--Est-ce curieux! les raisons que vous me donnez en ce moment sont
precisement celles que j'imaginais en venant vous remercier, car c'est
une visite de remerciement que je vous fais.

--Je ne la recois pas; dans quelque temps ce sera different.

Il etait impossible de mettre plus d'affabilite, plus de courtoisie dans
les paroles et dans les manieres qu'ils n'en deployaient l'un et l'autre
dans cet entretien, mais les mots qu'ils murmuraient tout bas au fond
du coeur n'etaient pas les memes que ceux que leurs levres prononcaient
avec de gracieux sourires.

--Essayez donc de vous facher, disait l'eveque de Nyda.

--Vous me payerez tout cela plus tard, repliquait madame Pretavoine.

Et ils continuaient a se sourire, madame Pretavoine appuyant de plus en
plus fort sur sa gratitude, Mgr de la Hotoie se refusant de plus en plus
a l'accepter.

--Non, disait-il, pas dans ces termes, je vous prie; plus tard.

--Alors a plus tard, dit madame Pretavoine de guerre lasse.

Et ce fut sur ce mot qu'ils se separerent.

Mgr de la Hotoie souriant toujours.

Madame Pretavoine se confondant en respects et en genuflexions.

Mais de son education premiere, au temps ou elle courait les rues
d'Hannebault avec les gamins de son age, il lui etait reste des facons
de penser et de s'exprimer qui, malgre la tenue qu'elle s'imposait
maintenant, l'emportaient quelquefois.

A peine avait-elle descendu une dizaine de marches de l'escalier qu'elle
se retourna vers la porte fermee, et, lui montrant le poing:

--Canaille! murmura-t-elle, canaille!

Et elle continua son chemin en proie a une colere furieuse, qui de temps
en temps lui arrachait des cris etouffes.

Sur son chemin, les gens de son quartier, qui vivent en grand nombre
assis ou accroupis devant leur porte, la regardaient passer, et se
demandaient si cette femme noire etait une folle ou si ce n'etait pas le
diable.

Elle ne retrouva un peu de calme qu'en pensant a Lorenzo Picconi.

Ah! comme elle avait eu bonne idee de s'adresser a cet aide de chambre.

Celui-la n'etait point un personnage, c'etait un simple domestique; mais
il savait calculer, il savait voir ou etait son interet, et, par cela
seul qu'en la servant il se servirait lui-meme, il y avait tout lieu de
croire qu'il agirait.

D'ailleurs, elle le stimulerait.

Elle lui avait donne rendez-vous pour le lendemain, afin de pouvoir le
remercier du service qu'il lui avait rendu.

Il fut exact, et la remuneration qu'il recut le disposa a l'epanchement.

--Relativement a l'affaire dont on l'avait entretenu, il en avait
parle a quelqu'un, qui l'avait communique a une personne, qui l'avait
recommande a un personnage en situation de la faire reussir. On
connaissait le nom de madame Pretavoine; on savait quelle etait sa
piete, et l'on etait au courant des charites qu'elle distribuait
mysterieusement. Malgre tout le soin qu'elle prenait de se cacher, ces
charites etaient connues, car Rome est une ville ou tout se sait, le
bien comme le mal. Ce personnage avait promis de s'interesser a cette
affaire. Seulement...

Et il s'etait arrete, mais madame Pretavoine lui avait rendu la parole
en lui disant que s'il s'agissait d'argent il ne devait pas etre
embarrasse, attendu que, comme elle le lui avait deja explique, elle
etait disposee a reconnaitre tres-largement le service qu'on lui aurait
rendu, et a le reconnaitre pour tous ceux qui y auraient travaille.

Ainsi encourage, il avait continue:

--C'etait precisement d'argent qu'il s'agissait, et il en faudrait
beaucoup, non pour le personnage en question, il etait incapable de
recevoir de l'argent, mais pour son entourage qui n'avait pas les memes
scrupules que lui.

--Je donnerai ce qu'il faudra.

--Il serait facheux que madame put croire qu'a Rome les choses justes
ne s'obtiennent qu'avec de l'argent, mais depuis la spoliation des
Piemontais la misere est grande.

Et alors il avait longuement explique qu'avant cette spoliation il y
avait des personnages qui subvenaient aux besoins de leur maison avec
les produits des hautes charges qu'ils occupaient. Mais, depuis la
spoliation, ces produits avaient ete supprimes et les personnages qui
n'avaient pas voulu renvoyer de vieux serviteurs s'etaient trouves bien
embarrasses pour les payer. C'etait leur charite, leur bonte qui faisait
leur gene. Fallait-il blamer des serviteurs qui tachaient de soulager
leur detresse?

Assurement ce n'etait pas madame Pretavoine qui porterait un pareil
blame: cette detresse arrangeait trop bien ses affaires pour qu'elle ne
trouvat pas toutes naturelles les exigences de ceux qui voulaient la
soulager.

Car ses idees avaient change depuis qu'elle avait quitte Conde, et
maintenant qu'elle etait dans la Ville eternelle, elle ne la voyait plus
avec cette aureole de la saintete devant laquelle pendant si longtemps
elle s'etait inclinee de loin, respectueusement.

Le respect s'en etait alle.

Elle avait vu que dans ce monde de pretres et de cardinaux on etait en
proie a l'envie, a la jalousie, a la haine ni plus ni moins que dans le
monde profane.

Elle avait constate que ce n'etait point du tout le royaume de la paix
et qu'on y vivait dans un etat de guerre intestine, se dechirant, se
calomniant, s'assassinant pour de mesquines querelles aussi bien que
pour de hautes rivalites.

Elle avait entendu raconter des histoires scandaleuses sur certains
cardinaux, non par des profanes, non par des ennemis de l'Eglise,
mais par des pretres, meme par des cardinaux medisant de leurs amis,
calomniant leurs ennemis.--Celui-ci etait de moeurs peu austeres et le
pape riait lui-meme en lisant les entrefilets de la _Capitale_ dans
lesquels on disait: "Hier le cardinal ***** est entre au numero **** du
Corso, a deux heures, il n'en est sorti qu'a cinq heures; qu'a-t-il pu
faire pendant ces trois heures? trois heures!!!"--Celui-la passait son
temps a faire la cuisine et on le trouvait chez lui le bonnet de coton
blanc sur la tete, en place de la calotte rouge;--l'un a fait une
fortune honteuse dans les speculations des chemins de fer;--l'autre a
des intelligences avec le roi et trahit la papaute.

De meme sur la _famiglia nobile_, c'est-a-dire sur les personnages qui
composent la maison particuliere du pape, elle avait reuni toutes
sortes de renseignements fort peu edifiants: l'un etait d'une rapacite
feroce;--l'autre etait une nullite;--aupres de celui-ci on reussissait
par les femmes;--aupres de celui-la en gagnant l'un de ses domestiques
auquel il ne refusait rien.

C'etait d'apres ces observations, ces recits, ces renseignements qu'elle
avait bati son plan de conduite a l'egard de l'aide de chambre du
Vatican.

Que la detresse dont il parlait fut vraie ou fausse, qu'elle fut une
excuse valable ou un simple pretexte, peu importait; elle permettait de
demander et de recevoir, cela suffisait.

Arrivant seule a Rome et sans la recommandation de l'abbe Guillemittes
pour Mgr de la Hotoie, elle n'eut pas eu l'idee de s'adresser a un
cardinal ou a un prelat de la _Famiglia pontificia_, mais elle eut
cherche a entrer en relations avec le domestique d'un de ces prelats, et
elle eut trouve, secretaire, cuisinier ou valet de chambre, celui qui
pouvait inscrire Aurelien sur le livre de la noblesse pontificale.

Avec ses belles paroles, Mgr de la Hotoie lui avait fait perdre un temps
precieux, que Picconi par bonheur allait regagner.

Si elle n'avait pas ose s'expliquer franchement avec l'eveque de Nyda,
elle n'eut pas la meme retenue avec l'abbe Guillemittes.

Elle lui ecrivit une lettre a coeur ouvert,--au moins elle le
disait,--et lui expliqua comment Mgr de la Hotoie l'avait sacrifiee;
sans doute elle avait ete, elle etait heureuse de pouvoir contribuer a
son elevation, et il savait trop combien elle lui etait devouee pour
insister la-dessus, mais enfin elle avait des devoirs a remplir envers
son fils et elle le priait de lui faciliter cette tache.

Qu'il mit en oeuvre tous les moyens dont il disposait pour presser
maintenant la demission de Mgr Hyacinthe, et il y avait tout lieu
d'esperer qu'il serait prefere a M. l'abbe Fichon.

Aussitot nomme au siege episcopal de Conde, il serait bon qu'il
organisat un pelerinage national de Condeens a Rome, et qu'il vint
lui-meme a la tete de ce pelerinage presenter ses remerciements a Sa
Saintete.

Elle esperait bien qu'a cette epoque, elle aurait enfin obtenu l'insigne
faveur qu'elle demandait; mais enfin, si par extraordinaire elle avait
ete encore retardee, il pourrait l'aider personnellement.

Car maintenant, c'etait son aide personnelle qu'elle reclamait,
qu'elle implorait, et non des recommandations auxquelles on repondait
obligeamment, gracieusement, mais qui restaient sans effet.

Quelle satisfaction pour elle de le voir alors a la tete de ce
pelerinage!

Tout cela etait assez decousu; mais c'etait l'habitude de madame
Pretavoine, qui avait a un si haut point l'esprit de suite dans les
idees, d'ecrire avec incoherence; c'etait chez elle un systeme auquel
elle trouvait l'avantage de rendre sa vraie pensee plus difficile a
saisir.

Or, dans le cas present, elle avait une pensee, une esperance qu'elle ne
voulait pas dire a son confident: c'etait, si ce pelerinage avait lieu,
qu'il tournat non a la gloire de l'abbe Guillemittes, mais a celle
d'Aurelien.

Quel prestige pour celui-ci, si on pouvait le montrer aux personnes les
plus notables du diocese de Conde, comme le protege du Saint-Pere.



XL

Les choses etant ainsi disposees de ce cote, madame Pretavoine put
revenir a madame de la Roche-Odon, a Cerda et a Rosa Zampi.

Il n'y avait pas de temps a perdre avec ces marionnettes, dont elle
tenait les fils dans sa main.

En effet, Rosa Zampi pouvait se brouiller avec son amant.

De son cote, la vicomtesse pouvait se facher avec Cerda.

Et si l'un ou l'autre de ces resultats se produisait, c'en etait fait de
toutes ses combinaisons; il fallait trouver autre chose pour amener une
rupture entre madame de la Roche-Odon et lord Harley.

Il y avait donc urgence a agir, ou plus justement a faire agir
mademoiselle Rosa Zampi, principal personnage de la piece qui allait se
jouer.

Madame Pretavoine avait longuement reflechi a la facon dont elle devait
imprimer l'impulsion a cette marionnette.

Sans doute, la chose en soi ne presentait pas de grandes difficultes.

En ecrivant a Rosa Zampi une lettre anonyme que copierait le premier
ecrivain public venu, et en disant dans cette lettre que Cerda etait
l'amant de madame de la Roche-Odon, il etait bien certain que la
jalousie de cette Transteverine, prompte aux coups de couteau, lui
ferait faire quelque eclat.

Ce qu'il fallait a madame Pretavoine, ce n'etait pas un coup de couteau
donne dans le _spaccio di vino_ de M. Zampi pere; que lui importait en
effet que Cerda recut ou ne recut pas des coups de couteau?

Pour elle, pour ses interets, il n'y avait qu'une chose utile, c'etait
que le scandale, si scandale il y avait, ou le coup de couteau (ce qui
etait meilleur), eussent pour theatre l'appartement meme de madame de
la Roche-Odon, de telle sorte que lord Harley ne put pas conserver le
moindre doute ni la plus legere illusion sur ce qui se serait passe.

Mais comment ouvrir l'appartement de la vicomtesse a mademoiselle Rosa
Zampi?

La etait la difficulte,--le point delicat,--l'inconnue a degager et a
trouver.

Tout d'abord il etait evident qu'une seule personne pouvait ouvrir cet
appartement, et cette personne c'etait mademoiselle Emma.

En dehors d'elle, ce qu'on chercherait serait peu pratique ou dangereux,
et madame Pretavoine etait de caractere aussi prudent que peu
romanesque; sa regle etant de s'avancer, par un chemin sur, vers un but
qu'elle apercevait des le depart, et que, dans sa route, elle ne voulait
pas perdre de vue.

Puisque c'etait Emma qui devait etre l'instrument de la rupture entre la
vicomtesse et lord Harley, c'etait par Emma qu'il fallait mettre Rosa
Zampi en action.

Une fois arretee a cette idee, madame Pretavoine ne perdit pas de temps
pour entreprendre cette negociation.

Elle avait un pretexte pour se presenter, ses medailles, car prevenue
par Emma que ces saintes medailles n'etaient pas perdues et qu'elles
avaient ete retrouvees sur la table meme ou elles avaient inutilement
furete ensemble, elle n'avait eu garde d'aller les reprendre, reservant
cette occasion pour un moment favorable.

--Eh bien, dit Emma en la recevant, vous n'avez guere mis d'empressement
a venir chercher ces medailles, et je vous les aurais renvoyees si vous
ne m'aviez tant recommande de ne les confier a personne.

--Savez-vous pourquoi j'ai tarde ainsi?

--Non.

--Vous ne devinez pas?

--Vous avez ete occupee par votre reception au Vatican.

--Ah! vous avez su?

--Nous avons vu cela dans les journaux.

--Et qu'a dit madame la vicomtesse?

--Que vouliez-vous qu'elle dit!

--C'est juste; je pensais a Conde en parlant ainsi, mais madame la
vicomtesse ne s'interesse pas a notre cher diocese. Je vous demandais
donc si vous ne deviniez pas pourquoi je n'etais pas venue chercher mes
medailles.

--Eh bien, non, je ne devine pas.

--C'etait parce que j'esperais que mes prieres seraient exaucees et
qu'alors vous vous decideriez enfin a coudre ces medailles dans les
robes de madame la vicomtesse.

Emma se mit a rire comme elle l'avait fait la premiere fois que madame
Pretavoine lui avait communique sa pieuse idee.

--Est-ce que mes saintes medailles seraient inutiles aujourd'hui?
demanda madame Pretavoine.

--Elles n'auraient jamais ete plus utiles, au contraire.

A de pareilles paroles, il n'y avait qu'a repondre: "Eh bien! prenez-les
alors." Et c'eut ete ce que madame Pretavoine eut repondu si elle avait
sincerement voulu les voir cousues dans les robes de madame de la
Roche-Odon, mais tel n'etait pas son but.

--Alors cela dure toujours? dit-elle.

--Plus que jamais.

--Et l'idee ne vous est pas venue de tenter quelque chose pour rompre
cette liaison et rendre la liberte a cette pauvre vicomtesse?

--Oh! si, bien des fois!

--C'est ce que je me disais en pensant a cette malheureuse situation. Il
est impossible qu'un jour ou l'autre mademoiselle Emma, qui est si bonne
pour madame de la Roche-Odon, ne la sauve pas.

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