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Book Review: The Houdini Box
Serena is Ron Rashs fourth novel. For those unfamiliar with the elegantly fine-tuned voice of this Appalachian poet and storyteller, a writer whose reputation has been largely regional despite an O. Henry Prize and other honors, it will prompt instant

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Jim l\'indien written by Gustave Aimard and Jules Berlioz d\'Auriac

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Gustave Aimard -- Jules Berlioz d'Auriac

JIM L'INDIEN
(1867)

Table des matieres

CHAPITRE PREMIER SUR L'EAU.
CHAPITRE II LEGENDES DU FOYER
CHAPITRE III UNE VISITE
CHAPITRE IV CROQUIS, BOULEVERSEMENTS, AVENTURES.
CHAPITRE V UN AMI PROPICE.
CHAPITRE VI INDECISION.
CHAPITRE VII L'OEUVRE INFERNALE.
CHAPITRE VIII QUESTION DE VIE OU DE MORT.
CHAPITRE IX JIM L'INDIEN EN MISSION.
CHAPITRE X UNE NUIT DANS LES BOIS.
CHAPITRE XI PERIPETIES.
CHAPITRE XII AMIS ET ENNEMIS.
EPILOGUE

CHAPITRE PREMIER
_SUR L'EAU._

Par une brulante journee du mois d'aout 1862 un petit steamer
sillonnait paisiblement les eaux brunes du Minnesota. On pouvait
voir entasses pele-mele sur le pont, hommes, femmes, enfants,
caisses, malles, paquets, et les mille inutilites indispensables
a l'emigrant, au voyageur.

Les bordages du paquebot etaient couronnes d'une galerie mouvante
de tetes agitees, qui toutes se penchaient curieusement pour
mieux voir la contree nouvelle qu'on allait traverser.

Dans cette foule aventureuse il y avait les types les plus
variees: le speculateur froid et calculateur dont les yeux
brillaient d'admiration lorsqu'ils rencontraient la grasse
prairie au riche aspect, et les splendides forets bordant le
fleuve; le Francais vif et anime; l'Anglais au visage solennel;
le pensif et flegmatique Allemand; l'ecossais a la mine resolue,
aux vetements barioles de jaune; l'Africain a peau d'ebene. --
Une marchandise de contrebande, comme on dit maintenant. -- Tous
les elements d'un monde miniature s'agitaient dans l'etroit
navire, et avec eux, passions, projets, haines, amours, vice,
vertus.

Sur l'avant se tenaient deux individus paraissant tout
particulierement sensibles aux beautes du glorieux paysage
deploye sous leurs yeux.

Le premier etait un jeune homme de haute taille dont les regards
exprimaient une incommensurable confiance en lui-meme. Un large
Panama ombrageait coquettement sa tete; un foulard blanc,
suspendu avec une savante negligence derriere le chapeau pour
abriter le cou contre les ardeurs du soleil, ondulait
moelleusement au gre du zephyr; une orgueilleuse chaine d'or
chargee de breloques s'etalait, fulgurante, sur son gilet; ses
mains, gantees finement, etaient plongees dans les poches d'un
leger et adorable paletot en coutil blanc comme la neige.

Il portait sous le bras droit un assez gros portefeuille rempli
d'esquisses artistiques et Croquis executes d'apres nature, au
vol de la vapeur.

Ce beau jeune homme, si aristocratique, se nommait M. Adolphus
Halleck, dessinateur paysagiste, qui remontait le Minnesota dans
le but d'enrichir sa collection de vues pittoresques.

Les glorieux travaux de Bierstadt sur les paysages et les moeurs
des Montagnes Rocheuses avait rempli d'emulation le jeune
peintre; il brillait du desir de visiter, d'observer avec soin
les hautes terres de l'Ouest, et de recueillir une ample moisson
d'etudes sur les nobles montagnes, les plaines majestueuses, les
lacs, les cataractes, les fleuves, les chasses, les tribus
sauvages de ces territoires fantastiques.

Il etait beau garcon; son visage un peu pale, colore sur les
joues, d'un ovale distingue annoncait une complexion delicate
mais aristocratique, On n'aurait pu le considerer comme un
gandin, cependant il affichait de grandes pretentions a
l'elegance, et possedait au grand complet les qualites sterling
d'un gentleman.

La jeune lady qui etait proche de sir Halleck etait une charmante
creature, aux yeux animes, aux traits reguliers et gracieux, mais
petillant d'une expression malicieuse. Evidemment, c'etait un de
ces esprits actifs, piquants, dont la saveur bizarre et originale
les destine a servir d'epices dans l'immense ragout de la
societe.

Miss Maria Allondale etait cousine de sir Adolphus Halleck.

-- Oui, Maria, disait ce dernier, en regardant par dessus la tete
de la jeune fille, les rivages fuyant a toute vapeur; oui,
lorsque je reviendrai a la fin de l'automne, j'aurai collectionne
assez de croquis et d'etudes pour m'occuper ensuite pendant une
demi-douzaine d'annees.

-- Je suppose que les paysages environnants vous paraissent
indignes des efforts de votre pinceau, repliqua la jeune fille en
clignant les yeux.

-- Je ne dis pas precisement cela... tenez, voici un effet de
rivage assez correct; j'en ai vu de semblables a l'Academie. Si
seulement il y avait un groupe convenable d'Indiens pour garnir
le second plan, ca ferait un tableau, oui.

-- Vous avez donc conserve vos vieilles amours pour les sauvages?

-- Parfaitement. Ils ont toujours fait mon admiration, depuis le
premier jour ou, dans mon enfance, j'ai devore les interessantes
legendes de Bas-de-Cuir, j'ai toujours eu soif de les voir face a
face, dans leur solitude native, au milieu de calmes montagnes ou
la nature est sereine, dans leur purete de race primitive,
exempte du contact des Blancs!

-- Oh ciel! quel enthousiasme! vous ne manquerez pas d'occasions,
soyez-en sur; vous pourrez rassasier votre "soif" d'hommes
rouges! seulement, permettez-moi de vous dire que ces poetiques
visions s'evanouiront plus promptement que l'ecume de ces eaux
bouillonnantes.

L'artiste secoua la tete avec un sourire:

-- Ce sont des sentiments trop profondement enracines pour
disparaitre aussi soudainement. Je vous accorde que, parmi ces
gens-la, il peut y avoir des gredins et des vagabonds; mais n'en
trouve-t-on pas chez les peuples civilises? Je maintiens et je
maintiendrai que, comme race, les Indiens ont l'ame haute, noble,
chevaleresque; ils nous sont meme superieurs a ce point de vue.

-- Et moi, je maintiens et je maintiendrai qu'ils sont perfides,
traitres, feroces!... c'est une repoussante population, qui
m'inspire plus d'antipathie que des tigres, des betes fauves, que
sais-je! vos sauvages du Minnesota ne valent pas mieux que les
autres!

Halleck regarda pendant quelques instants avec un sourire
malicieux, sa charmante interlocutrice qui s'etait
extraordinairement animee en finissant.

-- Tres bien! Maria, vous connaissez mieux que moi les Indigenes
du Minnesota. Par exemple, j'ose dire que la source ou vous avez
puise vos renseignements laisse quelque chose a desirer sur le
chapitre des informations; vous n'avez entendu que les gens des
frontieres, les _Borders_, qui eux aussi, sont sujets a caution.
Si vous vouliez penetrer dans les bois, de quelques centaines de
milles, vous changeriez bien d'avis.

-- Ah vraiment! moi, changer d'avis! faire quelques centaines de
milles dans les bois! n'y comptez pas, mon beau cousin! Une seule
chose m'etonne, c'est qu'il y ait des hommes blancs, assez fous
pour se condamner a vivre en de tels pays. Oh! je devine ce qui
vous fait rire, continua la jeune fille en souriant malgre elle;
vous vous moquez de ce que j'ai fait, tout l'ete, precisement ce
que je condamne. Eh bien! je vous promets, lorsque je serai
revenue chez nous a Cincinnati, cet automne, que vous ne me
reverrez plus traverser le Mississipi. Je ne serais point sur
cette route, si je n'avais promis a l'oncle John de lui rendre
une visite; il est si bon que j'aurais ete desolee de le
chagriner par un refus.

"L'oncle John Brainerd" n'etait pas, en realite, parent aux deux
jeunes gens. C'etait un ami d'enfance du pere de Maria Allondale;
et toute la famille le designait sous le nom d'oncle.

Apres s'etre retire dans la region de Minnesota en 1856, il avait
exige la promesse formelle, que tous les membres de la maison
d'Allondale viendraient le voir ensemble ou separement, lorsque
son _settlement_ serait bien etabli.

Effectivement, le pere, la mere, tous les enfants maries ou non,
avaient accompli ce gai pelerinage: seule Maria, la plus jeune,
ne s'etait point rendue encore aupres de lui. Or, en juin 1862,
M. Allondale l'avait amenee a Saint-Paul, l'avait embarquee, et
avait avise l'oncle John de l'envoi du gracieux colis; ce dernier
l'attendait, et se proposait de garder sa gentille niece tout le
reste de l'ete.

Tout s'etait passe comme on l'avait convenu; la jeune fille avait
heureusement fait le voyage, et avait ete recue a bras ouverts.
La saison s'etait ecoulee pour elle le plus gracieusement du
monde; et, parmi ses occupations habituelles, une correspondance
reguliere avec son cousin Adolphe n'avait pas ete la moins
agreable.

En effet, elle s'etait accoutumee a l'idee de le voir un jour son
mari, et d'ailleurs, une amitie d'enfance les unissait tous deux.
Leurs parents etaient dans le meme negoce; les positions des deux
familles etaient egalement belles; relations, education, fortune,
tout concourait a faire presager leur union future, comme
heureuse et bien assortie.

Adolphe Halleck avait pris ses grades a Yale, car il avait ete
primitivement destine a l'etude des lois. Mais, en quittant les
bancs, il se sentit entraine par un gout passionne pour les
beaux-arts, en meme temps qu'il eprouvait un profond degout pour
les grimoires judiciaires.

Pendant son sejour au college, sa grande occupation avait ete de
faire des charges, des pochades, des caricatures si drolatiques
que leur envoi dans sa famille avait obtenu un succes de rire
inextinguible; naturellement son pere devint fier d'un tel fils;
l'orgueil paternel se communiqua au jeune homme; il fut propose
par lui, et decrete par toute la parente qu'il serait artiste; on
ne lui demanda qu'une chose: de devenir un grand homme.

Lorsque la guerre abolitionniste eclata, le jeune Halleck bondit
de joie, et, a force de diplomatie, parvint a entrer comme
dessinateur expeditionnaire dans la collaboration d'une
importante feuille illustree. Mais le sort ne le servit pas
precisement comme il l'aurait voulu; au premier engagement, lui,
ses crayons et ses pinceaux furent faits prisonniers.
Heureusement, il se rencontra, dans les rangs ennemis, avec un
officier qui avait ete son camarade de classe, a Yale. Halleck
fut mis en liberte, et revint au logis, bien resolu a chercher
desormais la gloire partout ailleurs que sous les drapeaux.

Les pompeuses descriptions des glorieux paysages du Minnesota que
lui faisait constamment sa cousine, finirent par decider le jeune
artiste a faire une excursion dans l'Ouest. -- Mais il fit tant
de stations et chemina a si petites journees, qu'il mit deux mois
a gagner Saint-Paul.

Cependant, comme tout finit, meme les flaneries de voyage,
Halleck arriva au moment ou sa cousine quittait cette ville,
apres y avoir passe quelques jours et il ne trouva rien de mieux
que de s'embarquer avec elle dans le bateau par lequel elle
effectuait son retour chez l'oncle John.

Telles etaient les circonstances dans lesquelles nos jeunes gens
s'etaient reunis, au moment ou nous les avons presentes au
lecteur.

-- D'apres vos lettres, l'oncle John jouit d'une sante
merveilleuse? reprit l'artiste, apres une courte pause.

-- Oui, il est etonnant. Vous savez les craintes que nous
concevions a son egard, lorsque apres ses desastres financiers,
il forma le projet d'emigrer, il y a quelques annees? Mon pere
lui offrit des fonds pour reprendre les affaires; mais l'oncle
persista dans ses idees de depart, disant qu'il etait trop age
pour recommencer cette vie la, et assez jeune pour devenir un
"homme des frontieres." Il a pourtant cinquante ans passes, et
sur sept enfants, il en a cinq de maries; deux seulement sont
encore a la maison, Will et Maggie.

-- Attendez un peu..., il y a quelque temps que je n'ai vu
Maggie, ca commence a faire une grande fille. Et Will aussi... il
y a deux ans c'etait presque un homme.

-- Maggie est dans ses dix-huit ans; son frere a quatre ans de
plus qu'elle.

Sans y songer, Adolphe regarda Maria pendant qu'elle parlait; il
fut tout surpris de voir qu'elle baissa les yeux et qu'une
rougeur soudaine envahit ses joues. Ces symptomes d'embarras ne
durerent que quelques secondes; mais Halleck les avait surpris au
passage; cela lui avait mis en tete une idee qu'il voulut
eclaircir.

-- Il y a un piano chez l'oncle John, je suppose? demanda-t-il.

-- Oh oui! Maggie n'aurait pu s'en passer. C'est un vrai bonheur
pour elle.

-- Naturellement... Ces deux enfants-la n'ont pas a se plaindre;
ils ont une belle existence en perspective. Will a-t-il
l'intention de rester-la, et de suivre les traces de son pere?

-- Je ne le sais pas.

-- Il me semble qu'il a du vous en parler.

Tout en parlant, il regarda Maria en face et la vit rougir, puis
baisser les yeux. L'artiste en savait assez; il releva les yeux
sur le paysage, d'un air reveur, et continua la conversation.

-- Oui, le petit Brainerd est un beau garcon; mais, a mon avis,
il ne sera jamais un artiste. A-t-il fini son temps de college?

-- Dans deux ans seulement.

-- Quel beau soldat cela ferait! notre armee a besoin de pareils
hommes.

-- Will a fait ses preuves. Il a passe bien pres de la mort a la
bataille de Bullrun. La blessure qu'il a recue en cette occasion
est a peine guerie.

-- Diable! c'etait serieux! quel etait son commandant; Stonewal,
Jackson, ou Beauregard?

-- Adolphe Halleck!!

L'artiste baissa la tete en riant, pour esquiver un coup de
parasol que lui adressait sa cousine furieuse.

-- Tenez, Maria, voici ma canne, vous pourriez casser votre
ombrelle.

-- Pourquoi m'avez-vous fait cette question?

-- Pour rien, je vous l'assure...

La jeune fille essaya de le regarder bravement, Sans rire et sans
rougir; mais cette tentative etait au-dessus de ses forces, elle
baissa la tete d'un air mutin.

--Allons! ne vous effarouchez pas, chere! dit enfin le jeune
homme avec un calme sourire. Ce petit garcon est tout a fait
honorable, et je serais certainement la derniere personne qui
voudrait en medire. Mais revenons a notre vieux theme, les
sauvages. En verrai-je quelque peu, pendant mon sejour chez
l'oncle John?

-- Cela depend des quantites qu'il vous en faut pour vous
satisfaire. Un seul, pour moi, c'est beaucoup trop. Ils rodent
sans cesse dans les environs; vous ne pourrez faire une promenade
sans les rencontrer.

-- Alors, je pourrai en portraicturer deux ou trois?

-- Sur ce point, voici un renseignement precis. Prenez un des
plus horribles vagabonds des rues de New York; passez-lui sur le
visage une teinte de bistre cuivre; mettez-lui des cheveux blonds
retrousses en plumet et lies par un cordon graisseux; affublez-le
d'une couverture en guenilles; vous aurez un Indien Minnesota pur
sang.

-- Et les femmes, en est-il de meme

-- Les femmes!... des squaws, voulez-vous dire! Leur portrait est
exactement le meme.

-- Cependant nous sommes dans "la region des Dacotahs, le pays
des Beaute", dont parle le poete Longfellow dans son ouvrage
intitule Hiawatha.

-- Il est bien possible que ce soit le pays auquel vous faites
allusion. Dans tous les cas, c'est pitoyable qu'il ne l'ait pas
visite avant d'ecrire son poeme, -- Neanmoins, poursuivit la
jeune fille, pour etre juste, je dois apporter une restriction a
ce que je viens de vous dire; les Indiens convertis au
christianisme sont tout a fait differents, ils ont laisse de
cote, leurs allures et vetements sauvages, pour adopter ceux de
la civilisation; ils sont devenus des creatures passables. J'en
ai vu plusieurs, et, le contraste frappant qu'ils offrent en
regard de leurs freres barbares, m'a porte a en dire du bien. Je
pourrais vous en nommer: Chaskie, Paul, par exemple, qui seraient
dignes de servir de modeles a beaucoup d'hommes blancs.

-- Ainsi, vous admettrez qu'il se trouve parmi eux des etres
humains?

-- Tres certainement. Il y en a un surtout qui vient parfois
rendre visite a l'oncle John. Il est connu sous le nom de Jim
Chretien; je peux dire que c'est un noble garcon. Je ne
craindrais point de lui confier ma vie en toute circonstance,

-- Mais enfin, Maria, parlant serieusement, ne pensez-vous pas
que ces memes hommes rouges dont vous faites si peu de cas, ne
sont devenus pervers que par la fatale et detestable influence
des Blancs. Ces trafiquants!... Ces agents!...

-- Je ne puis vous le refuser. Il est tout-a-fait impossible aux
missionnaires de lutter contre les machinations de ces vils
intrigants. Pauvres, bons missionnaires! voila des hommes
devoues! Je vous citerai le docteur Williamson qui a fourni une
longue et noble carriere, au milieu de ces peuplades farouches,
se heurtant sans cesse a la mort, a des perils pires que la mort!
tout cela pour leur ouvrir la voie qui mene au ciel! Et le Pere
Riggs, qui, depuis trente-cinq ans, erre autour du Lac qui parle,
ou Jyedan, comme les Indiens l'appellent. C'est un second apotre
saint Paul; dans les bois, dans les eaux, dans le feu, en mille
occasions sa vie a ete en peril; un jour sa miserable hutte brula
sur sa tete; il ne put s'echapper qu'a travers une pluie de
charbons ardents. Eh bien! il benissait le ciel d'avoir la vie
sauve, pour la consacrer encore au salut de ses cheres ouailles

-- Je suppose que ces pauvres missionnaires sont releves et
secourus de temps en temps, dans ces postes perilleux?

-- Pas ceux-la, du moins! Ils se croiraient indignes de
l'apostolat s'ils faiblissaient un seul instant; cette lutte
admirable, ils la continueront jusqu'a la mort. Pour savoir ce
que c'est que le sublime du devouement, il faut avoir vu de pres
le missionnaire Indien!

-- Ah! voici un changement de decor, a vue, dans le paysage;
regardez-moi ca! s'ecrie le jeune artiste en ouvrant son album et
taillant ses crayons; je vais croquer ce site enchante.

-- Vous n'aurez pas le temps, mon cousin. Regardez par-dessus la
rive, a environ un quart de mille; voyez-vous une voiture qui est
proche d'un bouquet de sycomores; elle est attelee d'un cheval;
un jeune homme se tient debout a cote.

Adolphe implanta gravement son lorgnon dans l'oeil droit, et
inspecta les bords du fleuve pendant assez longtemps avant de
repondre.

-- J'ai quelque idee d'avoir apercu ce dont vous me parlez. Quel
est le proprietaire, est-ce l'oncle John?... dit-il enfin.

-- Oui; et je pense que c'est Will qui m'attend. Un petit temps
de galop a travers la prairie, et nous serons arrives au terme de
notre voyage.

CHAPITRE II
_LEGENDES DU FOYER._

Apres avoir fait des tours et des detours sans nombre, le petit
steamer vira de bord se rangea sur le rivage, mouilla son ancre,
raidit une amarre, jeta son petit pont volant, et nos deux jeunes
passagers debarquerent.

-- Ah! Will! c'est toi?... Comment ca va, vieux gamin?...

Cette exclamation d'Halleck s'adressait a un robuste et beau
garcon, bronze par le soleil et le hale du desert, mais qui
demeura tout interdit, ne reconnaissant pas son interlocuteur.

-- Mais, Will! vous ne voyez donc pas notre cousin Adolphe?
demanda Maria en riant.

-- Ha! ha! le soleil me donnait donc dans l'oeil de ce cote-la!
repondit sur le champ le jeune _settler_; ca va bien, Halleck?...
je suis ravi de vous voir! vous etes le bienvenu chez nous,
croyez-le.

-- Je vous crois, mon ami, repondit Halleck en echangeant une
cordiale poignee de main; sans cela, je ne serais point venu. Ah!
mais! ah mais! vous avez change, Will! Peste! vous voila un
homme! je vous ai tenu au bout de mon lorgnon pendant dix
minutes, et, jamais je n'aurais soupconne votre identite, n'eut
ete Maria qui n'a su me parler que de vous.

-- Est-il impertinent! mais vous etes un monstre! Vingt fois j'ai
eu mon ombrelle levee sur votre tete pour vous corriger, mais je
vais vous punir une bonne fois!

-- Prenez ma cane, cousine, ce sera mieux que votre parasol.

Chacun se mit a rire, on emballa valise, portefeuille, album et
boites de peinture dans le caisson; puis on songea au depart.

-- Crois-moi, Will, prend place a cote de moi, laissons-la
conduire si elle y consent; cet exercice lui occupera les deux
mains, de cette facon j'aurai peut-etre quelque chance de pouvoir
causer en paix avec toi. Y connait-elle quelque chose, aux renes?

-- Je vais vous demontrer ma science! s'ecria malicieusement la
jeune fille, pendant que Will Brainerd s'asseyait derriere elle,
a cote d'Adolphe.

-- Je vous ai en grande estime sur tous les points, commenca ce
dernier, mais vous etes peut-etre presomptueuse au-dela... -- Ah!
mon Dieu!

L'artiste ne put continuer, il venait de tomber en arriere dans
la voiture, renverse par le brusque depart de l'ardent trotteur
auquel la belle ecuyere venait de rendre la main. Apres avoir
telegraphie quelques instants des pieds et des mains, Halleck se
releva, non sans peine, en se frottant la tete; son calme
imperturbable ne l'avait point abandonne, il se reinstalla sur la
banquette fort adroitement et soutint sans sourciller le feu de
la conversation.

Cependant ses tribulations n'etaient pas finies; miss Maria avait
lance le cheval a fond de train, et lui faisait executer une
vraie course au clocher par-dessus pierres, troncs d'arbres,
ruisseaux et ravins; tellement que pour n'etre pas lance dans les
airs comme une balle, Adolphe se vit oblige de se cramponner a
deux mains aux courroies du siege: en meme temps la voiture
faisait, en roulant, un tel fracas, que pour causer il fallait
litteralement se livrer a des vociferations.

Au bout d'un mille, a peine, l'album sauta hors du caisson, ses
feuilles s'eparpillerent a droite et a gauche, dans un desordre
parfait. On mit bien un grand quart d'heure pour ramasser les
croquis indisciplines et les paysages voltigeants; puis,
lorsqu'ils furent dument emballes, on recommenca la meme course
folle.

Cependant la nuit arrivait, on avait deja laissee bien des milles
en arriere; le terme du voyage n'apparaissait pas.

-- Peut-on esperer d'atteindre aujourd'hui le logis de l'oncle
John? demanda Halleck entre deux cahots qui avaient failli lui
faire rendre l'ame.

-- Mais oui! nous ne sommes plus qu'a un mille ou deux de la
maison. Regardez la-bas, a, gauche; voyez-vous cette lumiere a
travers les feuillages?

-- Ah! ah! Tres bien; j'apercois.

-- C'est la case; nous y serons dans quelques instants.

-- Si vous le permettez, je prendrai les renes? j'ai peur, mais
reellement peur qu'il lui arrive quelque accident.

-- J'ai pris sur moi la responsabilite de l'attelage, et je ne
m'en considererai comme dechargee que lorsque je l'aurai amene
jusqu'a la porte.

-- Eh bien! Maria, souffrez que je vous donne un conseil d'ami
pendant le trajet qui nous reste a faire d'ici a la maison.
Mefiez-vous de votre science en sport; l'ete dernier, je
promenais une dame a Central Park, elle a eu la meme lubie que
vous; celle de prendre les renes et de conduire a fond de
train... vlan! elle jette la roue sur une borne! et patatras!
voila le tilbury en l'air; il est retombe en dix morceaux, nous
deux compris... Cout, vingt dollars!... Le cheval abattu,
couronne, hors de service... Cout, trente dollars!... Total,
cinquante: c'etait un peu cher pour une fantaisie feminine!

Tout en parlant, riant, se moquant, nos trois voyageurs finirent
par arriver.

L'hospitaliere maison de l'oncle John, quoique dependant
actuellement du comte de Minnesota, avait ete originairement
construite dans l'Ohio.

Transportee ensuite vers l'Ouest, a, la recherche d'un site
convenable, elle avait un peu subi le sort du temple de Salomon,
tout y avait ete fait par pieces et par morceaux; a tel point que
les accessoires en etaient devenus le principal. Finalement,
d'additions en additions, les batiments etaient arrives a
representer une masse imposante. Dans ce pele-mele de toits
ronds, plats, pointus, de hangars, de murailles en troncs
d'arbres, de cours, de ruelles, de galeries, d'escaliers, on
croyait voir un village; on y trouvait assurement le confortable,
le luxe, l'opulence sauvage.

Lorsque la voiture s'arreta, au bout de sa course bruyante, la
lourde et large porte s'ouvrit en grincant sur ses gonds; un flot
de lumiere en sortit, dessinant en clair-obscur la silhouette
d'un homme de grande taille, coiffe d'un chapeau bas et large, en
manches de chemise, et dont la posture indiquait l'attente.

Des que ses regards eurent penetre dans les profondeurs du
vehicule, et constate que trois personnes l'occupaient, il fut
fixe sur leur identite et se repandit en joyeuses exclamations.

-- Whoa! Polly! Whoa! cria-t-il d'une voix de stentor; viens
recevoir le wagon. Est-ce vous, Adolphe? poursuivit-il, en
prenant le cheval par la bride.

-- D'abord, affirmez-moi, cher oncle, que vous tenez solidement
cet animal endiable; bon! Maintenant, je m'empresse de repondre;
oui, c'est moi, qui me rejouis de vous rendre visite.

-- Ah! toujours farceur! Ravi de te voir, mon garcon! Allons,
saute en bas, et courons au salon. La, donne la main; voila ta
valise; en avant, marche! Je vous suivrai tous lorsque Polly sera
arrive.

Les trois voyageurs furent prompts a obeir et en entrant dans le
parloir, furent cordialement accueillis par leur excellente et
digne tante, _mistress_ Brainerd. Maggie quitta avec empressement
le piano pour courir au-devant de son frere et de sa cousine;
mais elle recula timidement a l'aspect inattendu d'un etranger.
Cependant elle reconnut bien vite Adolphe qui avait ete son
compagnon d'enfance, et ne lui laissa pas le temps de dire son
nom.

-- Eh quoi! c'est vous, mon cousin? s'ecria-t-elle avec un
charmant sourire; quelle frayeur vous m'avez faite!

-- Je m'empresse de la dissiper; repliqua l'artiste en lui
tendant la main avec son sans facon habituel; touchez-la!
cousine, je suis un revenant, mais en chair et en os.

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