Review: Gritty debut novel 'Nowhere' follows a teen runaway to some very real places
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Clenched fists and AK-47s
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Decoding the Heavens: Solving the Mystery of the World's First Computer by Jo Marchant review
It may sound like faint praise to say that Nami Mun writes with strong verbs, but given the overwrought, undercooked prose of the 'literary' novels that all too often emerge from today's creative writing programs, a simple, inventive verb choice is a

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Contes Francais written by Douglas Labaree Buffum

D >> Douglas Labaree Buffum >> Contes Francais

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"Je vis Babet la glaneuse, qui, en glanant, pour avoir
[15]plus vite noue sa gerbe, puisait a poignees aux gerbiers.

"Je vis maitre Grapasi, qui huilait si bien la roue de sa
brouette.

"Et Dauphine, qui vendait si cher l'eau de son
puits.

[20]"Et le Tortillard, qui, lorsqu'il me rencontrait portant
le bon Dieu, filait son chemin, la barrette sur la tete et la
pipe au bec... et fier comme Artaban... comme s'il
avait rencontre un chien.

"Et Coulau avec sa Zette, et Jacques, et Pierre, et
[25]Toni...

...........................................................

Emu, bleme de peur, l'auditoire gemit, en voyant, dans
l'enfer tout ouvert, qui son pere et qui sa mere, qui sa
grand'mere et qui sa soeur...

--Vous sentez bien, mes freres, reprit le bon abbe,

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Martin, vous sentez bien que ceci ne peut pas durer. J'ai
charge d'ames, et je veux, je veux vous sauver de l'abime
ou vous etes tous en train de rouler tete premiere. Demain
je me mets a l'ouvrage, pas plus tard que demain.
[5]Et l'ouvrage ne manquera pas! Voici comment je m'y
prendrai. Pour que tout se fasse bien, il faut tout faire
avec ordre. Nous irons rang par rang, comme a Jonquieres
quand on danse.

"Demain lundi, je confesserai les vieux et les vieilles.
[10]Ce n'est rien.

"Mardi, les enfants. J'aurai bientot fait.

"Mercredi, les garcons et les filles. Cela pourra etre
long.

"Jeudi, les hommes. Nous couperons court.

[15]"Vendredi, les femmes. Je dirai: Pas d'histoires!

"Samedi, le meunier!... Ce n'est pas trop d'un jour
pour lui tout seul...

"Et, si dimanche nous avons fini, nous serons bien
heureux.

[20]"Voyez-vous, mes enfants, quand le ble est mur, il faut
le couper; quand le vin est tire, il faut le boire. Voila
assez de linge sale, il s'agit de le laver, et de le bien laver.

"C'est la grace que je vous souhaite. _Amen!_

......................................................

Ce qui fut dit fut fait. On coula la lessive.

[25]Depuis ce dimanche memorable, le parfum des vertus
de Cucugnan se respire a dix lieues a l'entour.

Et le bon pasteur M. Martin, heureux et plein d'allegresse,
a reve l'autre nuit que, suivi de tout son troupeau,
il gravissait, en resplendissante procession, au milieu des
[30]cierges allumes, d'un nuage d'encens qui embaumait et

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des enfants de choeur qui chantaient _Te Deum_, le chemin
eclaire de la cite de Dieu.

Et voila l'histoire du cure de Cucugnan, telle que m'a
ordonne de vous le dire ce grand gueusard de Roumanille,
[5]qui la tenait lui-meme d'un autre bon compagnon.

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LE SOUS-PREFET AUX CHAMPS

M. le sous-prefet est en tournee. Cocher devant, laquais
derriere, la caleche de la sous-prefecture l'emporte
majestueusement au concours regional de la Combe-aux-Fees.
Pour cette journee memorable, M. le sous-prefet a
[5]mis son bel habit brode, son petit claque, sa culotte
collante a bandes d'argent et son epee de gala a poignee de
nacre... Sur ses genoux repose une grande serviette en
chagrin gaufre qu'il regarde tristement.

M. le sous-prefet regarde tristement sa serviette en
[10]chagrin gaufre; il songe au fameux discours qu'il va falloir
prononcer tout a l'heure devant les habitants de la
Combe-aux-Fees:

--Messieurs et chers administres...

Mais il a beau tortiller la soie blonde de ses favoris et
[15]repeter vingt fois de suite:

--Messieurs et chers administres... la suite du discours
ne vient pas.

La suite du discours ne vient pas... Il fait si chaud
dans cette caleche!... A perte de vue, la route de la
[20]Combe-aux-Fees poudroie sous le soleil du Midi...
L'air est embrase... et sur les ormeaux du bord du
chemin, tout couverts de poussiere blanche, des milliers
de cigales se repondent d'un arbre a l'autre... Tout a
coup M. le sous-prefet tressaille. La-bas, au pied d'un
[25]coteau, il vient d'apercevoir un petit bois de chenes verts
qui semble lui faire signe.

Le petit bois de chenes verts semble lui faire signe:

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--Venez donc par ici, monsieur le sous-prefet; pour
composer votre discours, vous serez beaucoup mieux sous
mes arbres...

M. le sous-prefet est seduit; il saute a bas de sa caleche
[5]et dit a ses gens de l'attendre, qu'il va composer son
discours dans le petit bois de chenes verts.

Dans le petit bois de chenes verts il y a des oiseaux, des
violettes, et des sources sous l'herbe fine... Quand ils
ont apercu M. le sous-prefet avec sa belle culotte et sa
[10]serviette en chagrin gaufre, les oiseaux ont eu peur et se
sont arretes de chanter, les sources n'ont plus ose faire de
bruit, et les violettes se sont cachees dans le gazon.
Tout ce petit monde-la n'a jamais vu de sous-prefet, et se
demande a voix basse quel est ce beau seigneur qui se
[15]promene en culotte d'argent.

A voix basse, sous la feuillee, on se demande quel est
ce beau seigneur en culotte d'argent... Pendant ce
temps-la, M. le sous-prefet, ravi du silence et de la fraicheur
du bois, releve les pans de son habit, pose son claque
[20]sur l'herbe et s'assied dans la mousse au pied d'un jeune
chene; puis il ouvre sur ses genoux sa grande serviette de
chagrin gaufre et en tire une large feuille de papier
ministre.

--C'est un artiste! dit la fauvette.

[25]--Non, dit le bouvreuil, ce n'est pas un artiste, puisqu'il
a une culotte en argent; c'est plutot un prince.

--C'est plutot un prince, dit le bouvreuil.

~-Ni un artiste, ni un prince, interrompt un vieux rossignol,
qui a chante toute une saison dans les jardins de
[30]la sous-prefecture... Je sais ce que c'est: c'est un
sous-prefet!

Et tout le petit bois va chuchotant:

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--C'est un sous-prefet! c'est un sous-prefet!

--Comme il est chauve! remarque une alouette a grande
huppe.

Les violettes demandent:

[5]--Est-ce que c'est mechant?

--Est-ce que c'est mechant? demandent les violettes.

Le vieux rossignol repond:

--Pas du tout!

Et sur cette assurance, les oiseaux se remettent a
[10]chanter, les sources a courir, les violettes a embaumer,
comme si le monsieur n'etait pas la... Impassible au
milieu de tout ce joli tapage, M. le sous-prefet invoque
dans son coeur la Muse des comices agricoles, et, le crayon
leve, commence a declamer de sa voix de ceremonie:

[15]--Messieurs et chers administres...

--Messieurs et chers administres, dit le sous-prefet de
sa voix de ceremonie...

Un eclat de rire l'interrompt; il se retourne et ne voit
rien qu'un gros pivert qui le regarde en riant, perche sur
[20]son claque. Le sous-prefet hausse les epaules et veut
continuer son discours; mais le pivert l'interrompt encore
et lui crie de loin:

--A quoi bon?

--Comment! a quoi bon? dit le sous-prefet, qui devient
[25]tout rouge; et, chassant d'un geste cette bete
effrontee, il reprend de plus belle:

--Messieurs et chers administres...

--Messieurs et chers administres..., a repris le sous-prefet
de plus belle.

[30]Mais alors, voila, les petites violettes qui se haussent
vers lui sur le bout de leurs tiges et qui lui disent
doucement:

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--Monsieur le sous-prefet, sentez-vous comme nous
sentons bon?

Et les sources lui font sous la mousse une musique divine;
et dans les branches, au-dessus de sa tete, des tas
[5]de fauvettes viennent lui chanter leurs plus jolis airs; et
tout le petit bois conspire pour l'empecher de composer
son discours.

Tout le petit bois conspire pour l'empecher de composer
son discours... M. le sous-prefet, grise de parfums, ivre
[10]de musique, essaye vainement de resister au nouveau
charme qui l'envahit. Il s'accoude sur l'herbe, degrafe
son bel habit, balbutie encore deux ou trois fois:

--Messieurs et chers administres... Messieurs et
chers admi... Messieurs et chers...

[15]Puis il envoie les administres au diable; et la Muse des
comices agricoles n'a plus qu'a se voiler la face.

Voile-toi la face, o Muse des comices agricoles!... Lorsque,
au bout d'une heure, les gens de la sous-prefecture,
inquiets de leur maitre sont entres dans le petit bois, ils
[20]ont vu un spectacle qui les a fait reculer d'horreur...
M. le sous-prefet etait couche sur le ventre, dans l'herbe,
debraille comme un boheme. Il avait mis son habit bas;
...et, tout en machonnant des violettes, M. le sous-prefet
faisait des vers.

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LE PAPE EST MORT

J'ai passe mon enfance dans une grande ville de province
coupee en deux par une riviere tres-encombree, tres-remuante,
ou j'ai pris de bonne heure le gout des voyages
et la passion de la vie sur l'eau. Il y a surtout un coin de
[5]quai, pres d'une certaine passerelle Saint-Vincent, auquel
je ne pense jamais, meme aujourd'hui, sans emotion.
Je revois l'ecriteau cloue au bout d'une vergue: _Cornet_,
bateaux de louage, le petit escalier qui s'enfoncait dans
l'eau, tout glissant et noirci de mouillure, la flottille de
[10]petits canots fraichement peints de couleurs vives s'alignant
au bas de l'echelle, se balancant doucement bord a
bord, comme alleges par les jolis noms qu'ils portaient a
leur arriere en lettres blanches: _l'Oiseau-Mouche,
l'Hirondelle_.

[15]Puis, parmi les longs avirons reluisants de ceruse qui
etaient en train de secher contre le talus, le pere Cornet
s'en allant avec son seau a peinture, ses grands pinceaux,
sa figure tannee, crevassee, ridee de mille petites fossettes
comme la riviere un soir de vent frais... Oh! ce pere
[20]Cornet. C'a ete le satan de mon enfance, ma passion
douloureuse, mon peche, mon remords. M'en a-t-il fait
commettre des crimes avec ses canots! Je manquais
l'ecole, je vendais mes livres. Qu'est-ce que je n'aurais
pas vendu pour une apres-midi de canotage!

[25]Tous mes cahiers de classe au fond du bateau, la veste
a bas, le chapeau en arriere, et dans les cheveux le bon
coup d'eventail de la brise d'eau, je tirais ferme sur mes
rames, en froncant les sourcils pour bien me donner la

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tournure d'un vieux loup de mer. Tant que j'etais en
ville, je tenais le milieu de la riviere, a egale distance des
deux rives, ou le vieux loup de mer aurait pu etre reconnu.
Quel triomphe de me meler a ce grand mouvement de
[5]barques, de radeaux, de trains de bois, de mouches a
vapeur qui se cotoyaient, s'evitaient, separes seulement
par un mince lisere d'ecume! Il y avait de lourds bateaux
qui tournaient pour prendre le courant, et cela en
deplacait une foule d'autres.

[10]Tout a coup les roues d'un vapeur battaient l'eau pres
de moi; ou bien une ombre lourde m'arrivait dessus,
c'etait l'avant d'un bateau de pommes.

"Gare donc, moucheron!" me criait une voix enrouee;
et je suais, je me debattais, empetre dans le va-et-vient
[15]de cette vie du fleuve que la vie de la rue traversait
incessamment par tous ces ponts, toutes ces passerelles qui
mettaient des reflets d'omnibus sous la coupe des avirons.
Et le courant si dur a la pointe des arches, et les remous,
les tourbillons, le fameux trou de la Mort-gui-trompe!
[20]Pensez que ce n'etait pas une petite affaire de se guider
la-dedans avec des bras de douze ans et personne pour
tenir la barre.

Quelquefois j'avais la chance de rencontrer la chaine.
Vite je m'accrochais tout au bout de ces longs trains de
[25]bateaux qu'elle remorquait, et, les rames immobiles,
etendues comme des ailes qui planent, je me laissais aller a
cette vitesse silencieuse qui coupait la riviere en longs
rubans d'ecume et faisait filer des deux cotes les arbres,
les maisons du quai. Devant moi, loin, bien loin, j'entendais
[30]le battement monotone de l'helice, un chien qui
aboyait sur un des bateaux de la remorque, ou montait
d'une cheminee basse un petit filet de fumee; et tout cela

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me donnait l'illusion d'un grand voyage, de la vraie vie
de bord.

Malheureusement, ces rencontres de la chaine etaient
rares. Le plus souvent il fallait ramer et ramer aux heures
[5]de soleil. Oh! les pleins midis tombant d'aplomb sur la
riviere, il me semble qu'ils me brillent encore. Tout
flambait, tout miroitait. Dans cette atmosphere aveuglante
et sonore qui flotte au-dessus des vagues et vibre a
tous leurs mouvements, les courts plongeons de mes rames,
[10]les cordes des haleurs soulevees de l'eau toutes ruisselantes
faisaient passer des lumieres vives d'argent poli.
Et je ramais en fermant les yeux. Par moments, a la
vigueur de mes efforts, a l'elan de l'eau sous ma barque,
je me figurais que j'allais tres-vite; mais en relevant la
[15]tete, je voyais toujours le meme arbre, le meme mur en
face de moi sur la rive.

Enfin, a force de fatigues, tout moite et rouge de chaleur,
je parvenais a sortir de la ville. Le vacarme des bains
froids, des bateaux de blanchisseuses, des pontons
[20]d'embarquement diminuait. Les ponts s'espacaient sur la
rive elargie. Quelques jardins de faubourg, une cheminee
d'usine, s'y refletaient de loin en loin. A l'horizon
tremblaient des iles vertes. Alors, n'en pouvant plus, je venais
me ranger contre la rive, au milieu des roseaux tout
[25]bourdonnants; et la, abasourdi par le soleil, la fatigue,
cette chaleur lourde qui montait de l'eau etoilee de larges
fleurs jaunes, le vieux loup de mer se mettait a saigner du
nez pendant des heures. Jamais mes voyages n'avaient
un autre denoument. Mais que voulez-vous? Je trouvais
[30]cela delicieux.

Le terrible, par exemple, c'etait le retour, la rentree.
J'avais beau revenir a toutes rames, j'arrivais toujours

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trop tard, longtemps apres la sortie des classes. L'impression
du jour qui tombe, les premiers becs de gaz dans
le brouillard, la retraite, tout augmentait mes transes,
mon remords. Les gens qui passaient, rentrant chez eux
[5]bien tranquilles, me faisaient envie; et je courais la tete
lourde, pleine de soleil et d'eau, avec des ronflements de
coquillages au fond des oreilles, et deja sur la figure le
rouge du mensonge que j'allais dire.

Car il en fallait un chaque fois pour faire tete a ce
[10]terrible "d'ou viens-tu?" qui m'attendait en travers de la
porte. C'est cet interrogatoire de l'arrivee qui m'epouvantait
le plus. Je devais repondre la, sur le palier, au
pied leve, avoir toujours une histoire prete, quelque
chose a dire, et de si etonnant, de si renversant, que la
[15]surprise coupat court a toutes les questions. Cela me
donnait le temps d'entrer, de reprendre haleine; et pour en
arriver la, rien ne me coutait. J'inventais des sinistres, des
revolutions, des choses terribles, tout un cote de la ville
qui brulait, le pont du chemin de fer s'ecroulant dans la
[20]riviere. Mais ce que je trouvai encore de plus fort, le voici:

Ce soir-la, j'arrivai tres en retard. Ma mere, qui m'attendait
depuis une grande heure, guettait, debout, en haut
de l'escalier.

"D'ou viens-tu?" me cria-t-elle.

[25]Dites-moi ce qu'il peut tenir de diableries dans une tete
d'enfant. Je n'avais rien trouve, rien prepare. J'etais
venu trop vite... Tout a coup il me passa une idee folle.
Je savais la chere femme tres-pieuse, catholique enragee
comme une Romaine, et je lui repondis dans tout
[30]l'essoufflement d'une grande emotion:

"O maman... Si vous saviez!...

--Quoi donc?...Qu'est-ce qu'il y a encore?...

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--Le pape est mort.

--Le pape est mort!..." fit la pauvre mere, et elle
s'appuya toute pale contre la muraille. Je passai vite
dans ma chambre, un peu effraye de mon succes et de
[5]l'enormite du mensonge; pourtant, j'eus le courage de le
soutenir jusqu'au bout. Je me souviens d'une soiree funebre
et douce; le pere tres-grave, la mere atterree. ..On
causait bas autour de la table. Moi, je baissais les yeux;
mais mon escapade s'etait si bien perdue dans la desolation
[10]generale que personne n'y pensait plus.

Chacun citait a l'envi quelque trait de vertu de ce pauvre
Pie IX; puis, peu a peu, la conversation s'egarait a
travers l'histoire des papes. Tante Rose parla de Pie VII,
qu'elle se souvenait tres-bien d'avoir vu passer dans le
[15]Midi, au fond d'une chaise de poste, entre des gendarmes.
On rappela la fameuse scene avec l'empereur: _Comediante!
...tragediante_!... C'etait bien la centieme fois que je
l'entendais raconter, cette terrible scene, toujours avec
les memes intonations, les memes gestes, et ce stereotype
[20]des traditions de famille qu'on se legue et qui restent la,
pueriles et locales, comme des histoires de couvent.

C'est egal, jamais elle ne m'avait paru si interessante.

Je l'ecoutais avec des soupirs hypocrites, des questions,
un air de faux interet, et tout le temps je me disais:

[25]"Demain matin, en apprenant que le pape n'est pas
mort, ils seront si contents que personne n'aura le courage
de me gronder."

Tout en pensant a cela, mes yeux se fermaient malgre
moi, et j'avais des visions de petits bateaux peints en
[30]bleu, avec des coins de Saone alourdis par la chaleur, et
de grandes pattes d'argyronetes courant dans tous les sens
et rayant l'eau vitreuse, comme des pointes de diamant.

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UN REVEILLON DANS LE MARAIS
CONTE DE NOEL

M. Majeste, fabricant d'eau de Seltz dans le Marais,
vient de faire un petit reveillon chez des amis de la place
Royale, et regagne son logis en fredonnant... Deux
heures sonnent a Saint-Paul. "Comme il est tard!" se
[5]dit le brave homme, et il se depeche; mais le pave glisse,
les rues sont noires, et puis dans ce diable de vieux quartier,
qui date du temps ou les voitures etaient rares, il y a
un tas de tournants, d'encoignures, de bornes devant les
portes a l'usage des cavaliers. Tout cela empeche d'aller
[10]vite, surtout quand on a deja les jambes un peu lourdes,
et les yeux embrouilles par les toasts du reveillon...
Enfin M. Majeste arrive chez lui. Il s'arrete devant un
grand portail orne, ou brille au clair de lune un ecusson,
dore de neuf, d'anciennes armoiries repeintes dont il a fait
[15]marque de fabrique:

HOTEL CI-DEVANT DE NESMOND
MAJESTE JEUNE
FABRICANT D'EAU DE SELTZ

Sur tous les siphons de la fabrique, sur les bordereaux,
[20]les tetes de lettres, s'etalent ainsi et resplendissent les
vieilles armes des Nesmond.

Apres le portail, c'est la cour, une large cour aeree et
claire, qui dans le jour en s'ouvrant fait de la lumiere a
toute la rue. Au fond de la cour, une grande batisse tres
[25]ancienne, des murailles noires, brodees, ouvragees, des
balcons de fer arrondis, des balcons de pierre a pilastres,

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d'immenses fenetres tres-hautes, surmontees de frontons,
de chapiteaux qui s'elevent aux derniers etages comme
autant de petits toits dans le toit, et enfin sur le faite, au
milieu des ardoises, les lucarnes des mansardes, rondes,
[5]coquettes, encadrees de guirlandes comme des miroirs.
Avec cela un grand perron de pierre, ronge et verdi par
la pluie, une vigne maigre qui s'accroche aux murs, aussi
noire, aussi tordue que la corde qui se balance la-haut a
la poulie du grenier, je ne sais quel grand air de vetuste et
[10]de tristesse... C'est l'ancien hotel de Nesmond.

En plein jour, l'aspect de l'hotel n'est pas le meme. Les
mots: Caisse, Magasin, Entree des ateliers eclatent partout
en or sur les vieilles murailles, les font vivre, les
rajeunissent. Les camions des chemins de fer ebranlent
[15]le portail; les commis s'avancent au perron la plume a
l'oreille pour recevoir les marchandises. La cour est
encombree de caisses, de paniers, de paille, de toile
d'emballage. On se sent bien dans une fabrique... Mais avec
la nuit, le grand silence, cette lune d'hiver qui, dans le
[20]fouillis des toits compliques, jette et entremele des ombres,
l'antique maison des Nesmond reprend ses allures seigneuriales.
Les balcons sont en dentelle; la cour d'honneur
s'agrandit, et le vieil escalier, qu'eclairent des jours
inegaux, vous a des recoins de cathedrale, avec des niches
[25]vides et des marches perdues qui ressemblent a des autels.

Cette nuit-la surtout, M. Majeste trouve a sa maison
un aspect singulierement grandiose. En traversant la
cour deserte, le bruit de ses pas l'impressionne. L'escalier
lui parait immense, surtout tres lourd a monter. C'est le
[30]reveillon sans doute... Arrive au premier etage, il
s'arrete pour respirer, et s'approche d'une fenetre. Ce
que c'est que d'habiter une maison historique! M. Majeste

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n'est pas poete, oh! non; et pourtant, en regardant cette
belle cour aristocratique, ou la lune etend une nappe de
lumiere bleue, ce vieux logis de grand seigneur qui a si
bien l'air de dormir avec ses toits engourdis sous leur
[5]capuchon de neige, il lui vient des idees de l'autre monde:

"Hein?... tout de meme, si les Nesmond revenaient..."

A ce moment, un grand coup de sonnette retentit. Le
portail s'ouvre a deux battants, si vite, si brusquement,
que le reverbere s'eteint; et pendant quelques minutes il
[10]se fait la-bas, dans l'ombre de la porte, un bruit confus de
frolements, de chuchotements. On se dispute, on se
presse pour entrer. Voici des valets, beaucoup de valets,
des carrosses tout en glaces miroitant au clair de lune,
des chaises a porteurs balancees entre deux torches qui
[15]s'avivent au courant d'air du portail. En rien de temps,
la cour est encombree. Mais au pied du perron, la confusion
cesse. Des gens descendent des voitures, se saluent,
entrent en causant comme s'ils connaissaient la
maison. Il y a la, sur ce perron, un froissement de soie,
[20]cliquetis d'epees. Rien que des chevelures blanches,
alourdies et mates de poudre; rien que des petites voix
claires, un peu tremblantes, des petits rires sans timbre,
des pas legers. Tous ces gens ont l'air d'etre vieux, vieux.
Ce sont des yeux effaces, des bijoux endormis, d'anciennes
[25]soies brochees, adoucies de nuances changeantes, que la
lumiere des torches fait briller d'un eclat doux; et sur
tout cela flotte un petit nuage de poudre, qui monte des
cheveux echafaudes, roules en boucles, a chacune de ces
jolies reverences, un peu guindees par les epees et les
[30]grands paniers... Bientot toute la maison a l'air d'etre
hantee. Les torches brillent de fenetre en fenetre, montent
et descendent dans le tournoiement des escaliers, jusqu'aux

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lucarnes des mansardes qui ont leur etincelle de fete et
de vie. Tout l'hotel de Nesmond s'illumine, comme si un
grand coup de soleil couchant avait allume ses vitres.
"Ah! mon Dieu! ils vont mettre le feu!..." se dit M.
[5]Majeste. Et, revenu de sa stupeur, il tache de secouer
l'engourdissement de ses jambes et descend vite dans la
cour, ou les laquais viennent d'allumer un grand feu clair.
M. Majeste s'approche; il leur parle. Les laquais ne lui
repondent pas, et continuent de causer tout bas entre eux,
[10]sans que la moindre vapeur s'echappe de leurs levres dans
l'ombre glaciale de la nuit, M. Majeste n'est pas content,
cependant une chose le rassure, c'est que ce grand feu qui
flambe si haut et si droit est un feu singulier, une flamme
sans chaleur, qui brille et ne brule pas. Tranquillise de
[15]ce cote, le bonhomme franchit le perron et entre dans ses
magasins.

Ces magasins du rez-de-chaussee devaient faire autrefois
de beaux salons de reception. Des parcelles d'or terni
brillent encore a tous les angles. Des peintures
[20]mythologiques tournent au plafond, entourent les glaces, flottent
au-dessus des portes dans des teintes vagues, un peu
ternes, comme le souvenir des annees ecoulees. Malheureusement
il n'y a plus de rideaux, plus de meubles.
Rien que des paniers, de grandes caisses pleines de siphons
[25]a tetes d'etain, et les branches dessechees d'un vieux lilas
qui montent toutes noires derriere les vitres. M. Majeste,
en entrant, trouve son magasin plein de lumiere et de
monde. Il salue, mais personne ne fait attention a lui.
Les femmes aux bras de leurs cavaliers continuent a
[30]minauder ceremonieusement sous leurs pelisses de satin. On
se promene, on cause, on se disperse. Vraiment tous ces
vieux marquis ont l'air d'etre chez eux. Devant un

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trumeau peint, une petite ombre s'arrete, toute tremblante:
"Dire que c'est moi, et que me voila!" et elle regarde en
souriant une Diane qui se dresse dans la boiserie,--mince
et rose, avec un croissant au front.

[5]"Nesmond, viens donc voir tes armes!" et tout le monde
rit en regardant le blason des Nesmond qui s'etale sur une
toile d'emballage, avec le nom de Majeste au-dessous.

"Ah! ah! ah!... Majeste!... Il y en a donc encore des
Majestes en France?"

[10]Et ce sont des gaietes sans fin, de petits rires a son de
flute, des doigts en l'air, des bouches qui minaudent...

Tout a coup quelqu'un crie:

"Du champagne! du champagne!

--Mais non...

[15]--Mais si!... si, c'est du champagne... Allons,
comtesse, vite un petit reveillon."

C'est de l'eau de Seltz de M. Majeste qu'ils ont prise
pour du champagne. On le trouve bien un peu evente;
mais bah! on le boit tout de meme; et comme ces pauvres
[20]petites ombres n'ont pas la tete bien solide, peu a peu
cette mousse d'eau~de Seltz les anime, les excite, leur donne
envie de danser. Des menuets s'organisent. Quatre fins
violons que Nesmond a fait venir commencent un air de
Rameau, tout en triolets, menu et melancolique dans sa
[25]vivacite. Il faut voir toutes ces jolies vieilles tourner
lentement, saluer en mesure d'un air grave. Leurs atours
en sont rajeunis, et aussi les gilets d'or, les habits broches,
les souliers a boucles de diamants. Les panneaux eux-memes
semblent revivre en entendant ces anciens airs.
[30]La vieille glace, enfermee dans le mur depuis deux cents
ans, les reconnait aussi, et tout, eraflee, noircie aux angles,
elle s'allume doucement et renvoie aux danseurs leur

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