Review: Gritty debut novel 'Nowhere' follows a teen runaway to some very real places
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Decoding the Heavens: Solving the Mystery of the World's First Computer by Jo Marchant review
It may sound like faint praise to say that Nami Mun writes with strong verbs, but given the overwrought, undercooked prose of the 'literary' novels that all too often emerge from today's creative writing programs, a simple, inventive verb choice is a

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Contes Francais written by Douglas Labaree Buffum

D >> Douglas Labaree Buffum >> Contes Francais

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"Eh, mon Dieu! non, monsieur, je ne suis pas fiere. Si
vous aviez seulement cent mille ecus, je vous epouserais
tres-volontiers."

[30]Telle fut la reponse que la femme de chambre rapporta
sur-le-champ a Croisilles, qui lui donna encore un louis
pour sa peine.

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V

Cent mille ecus, comme dit le proverbe, ne se trouvent
pas dans le pas d'un ane; et si Croisilles eut ete defiant, il
eut pu croire, en lisant la lettre de mademoiselle Godeau,
qu'elle etait folle ou qu'elle se moquait de lui. Il ne pensa
[5]pourtant ni l'un ni l'autre; il ne vit rien autre chose, sinon
que sa chere Julie l'aimait, qu'il lui fallait cent mille ecus,
et il ne songea, des ce moment, qu'a tacher de se les
procurer.

Il possedait deux cents louis comptant, plus une maison
[10]qui, comme je l'ai dit, pouvait valoir une trentaine de
mille francs. Que faire? Comment s'y prendre pour que
ces trente-quatre mille francs en devinssent tout a coup
trois cent mille? La premiere idee qui vint a l'esprit du
jeune homme fut de trouver une maniere quelconque de
[15]jouer a croix ou pile toute sa fortune; mais, pour cela, il
fallait vendre la maison. Croisilles commenca donc par
coller sur sa porte un ecriteau portant que sa maison etait
a vendre; puis, tout en revant a ce qu'il ferait de l'argent
qu'il pourrait en tirer, il attendit un acheteur.

[20]Une semaine s'ecoula, puis une autre; pas un acheteur
ne se presenta. Croisilles passait ses journees a se desoler
avec Jean, et le desespoir s'emparait de lui, lorsqu'un
brocanteur juif sonna a sa porte.

--Cette maison est a vendre, monsieur. En etes-vous
[25]le proprietaire?

--Oui, monsieur.

--Et combien vaut-elle?

--Trente mille francs, a ce que je crois; du moins je
l'ai entendu dire a mon pere.

[30]Le juif visita toutes les chambres, monta au premier,

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descendit a la cave, frappa sur les murailles, compta les
marches de l'escalier, fit tourner les portes sur leurs gonds
et les clefs dans les serrures, ouvrit et ferma les fenetres;
puis enfin, apres avoir tout bien examine, sans dire un mot
[5]et sans faire la moindre proposition, il salua Croisilles et
se retira.

Croisilles, qui, durant une heure, l'avait suivi le coeur
palpitant, ne fut pas, comme on pense, peu desappointe
de cette retraite silencieuse. Il supposa que le juif avait
[10]voulu se donner le temps de reflechir, et qu'il reviendrait
incessamment. Il l'attendit pendant huit jours, n'osant
sortir de peur de manquer sa visite, et regardant a la
fenetre du matin au soir; mais ce fut en vain: le juif ne
reparut point. Jean, fidele a son triste role de raisonneur,
[15]faisait, comme on dit, de la morale a son maitre, pour le
dissuader de vendre sa maison d'une maniere si precipitee
et dans un but si extravagant. Mourant d'impatience,
d'ennui et d'amour, Croisilles prit un matin ses deux cents
louis et sortit, resolu a tenter la fortune avec cette somme,
[20]puisqu'il n'en pouvait avoir davantage.

Les tripots, dans ce temps-la, n'etaient pas publics, et
l'on n'avait pas encore invente ce raffinement de civilisation
qui permet au premier venu de se ruiner a toute heure,
des que l'envie lui en passe par la tete. A peine Croisilles
[25]fut-il dans la rue qu'il s'arreta, ne sachant ou aller risquer
son argent. Il regardait les maisons du voisinage, et les
toisait les unes apres les autres, tachant de leur trouver
une apparence suspecte et de deviner ce qu'il cherchait.
Un jeune homme de bonne mine, vetu d'un habit magnifique,
[30]vint a passer. A en juger par les dehors, ce ne
pouvait etre qu'un fils de famille. Croisilles l'aborda
Poliment.

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--Monsieur, lui dit-il, je vous demande pardon de la
liberte que je prends. J'ai deux cents louis dans ma poche
et je meurs d'envie de les perdre ou d'en avoir davantage.
Ne pourriez-vous pas m'indiquer quelque honnete endroit
[5]ou se font ces sortes de choses?

A ce discours assez etrange, le jeune homme partit d'un
eclat de rire.

--Ma foi! monsieur, repondit-il, si vous cherchez un
mauvais lieu, vous n'avez qu'a me suivre, car j'y vais.
[10]Croisilles le suivit, et au bout de quelques pas ils
entrerent tous deux dans une maison de la plus belle apparence,
ou ils furent recus le mieux du monde par un vieux gentilhomme
de fort bonne compagnie. Plusieurs jeunes gens
etaient deja assis autour d'un tapis vert: Croisilles y prit
[15]modestement une place, et en moins d'une heure ses deux
cents louis furent perdus.

Il sortit aussi triste que peut l'etre un amoureux qui se
croit aime. Il ne lui restait pas de quoi diner, mais ce
n'etait pas ce qui l'inquietait.

[20]--Comment ferai-je a present, se demanda-t-il, pour
me procurer de l'argent? A qui m'adresser dans cette
ville? Qui voudra me preter seulement cent louis sur
cette maison que je ne puis vendre?

Pendant qu'il etait dans cet embarras, il rencontra son
[25]brocanteur juif. Il n'hesita pas a s'adresser a lui, et, en
sa qualite d'etourdi, il ne manqua pas de lui dire dans
quelle situation il se trouvait. Le juif n'avait pas grande
envie d'acheter la maison; il n'etait venu la voir que par
curiosite, ou, pour mieux dire, par acquit de conscience,
[30]comme un chien entre en passant dans une cuisine dont
la porte est ouverte, pour voir s'il n'y a rien a voler; mais
il vit Croisilles si desespere, si triste, si denue de toute

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ressource, qu'il ne put resister a la tentation de profiter de
sa misere, au risque de se gener un peu pour payer la maison.
Il lui en offrit donc a peu pres le quart de ce qu'elle:
valait. Croisilles lui sauta au cou, l'appela son ami et son
[5]sauveur, signa aveuglement un marche a faire dresser les
cheveux sur la tete, et, des le lendemain, possesseur de quatre
cents nouveaux louis, il se dirigea derechef vers le tripot
ou il avait ete si poliment et si lestement ruine la veille.
En s'y rendant, il passa sur le port. Un vaisseau allait
[10]en sortir; le vent etait doux, l'Ocean tranquille. De
toutes parts, des negociants, des matelots, des officiers de
marine en uniforme, allaient et venaient. Des crocheteurs
transportaient d'enormes ballots pleins de marchandises.
Les passagers faisaient leurs adieux; de legeres
[15]barques flottaient de tous cotes; sur tous les visages on
lisait la crainte, l'impatience ou l'esperance; et, au milieu
de l'agitation qui l'entourait, le majestueux navire se
balancait doucement, gonflant ses voiles orgueilleuses.

--Quelle admirable chose, pensa Croisilles, que de
[20]risquer ainsi ce qu'on possede, et d'aller chercher au dela
des mers une perilleuse fortune! Quelle emotion de regarder
partir ce vaisseau charge de tant de richesses, du
bien-etre de tant de familles! Quelle joie de le voir revenir,
rapportant le double de ce qu'on lui a confie, rentrant
[25]plus fier et plus riche qu'il n'etait parti! Que ne
suis-je un de ces marchands! Que ne puis-je jouer ainsi
mes quatre cents louis! Quel tapis vert que cette mer
immense, pour y tenter hardiment le hasard! Pourquoi
n'acheterais-je pas quelques ballots de toiles ou de
[30]soieries? qui m'en empeche, puisque j'ai de l'or? Pourquoi
ce capitaine refuserait-il de se charger de mes marchandises?
Et qui sait? au lieu d'aller perdre cette pauvre et

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unique somme dans un tripot, je la doublerais, je la triplerais
peut-etre par une honnete industrie. Si Julie m'aime
veritablement, elle attendra quelques annees, et elle me
restera fidele jusqu'a ce que je puisse l'epouser. Le commerce
[5]procure quelquefois des benefices plus gros qu'on
ne pense; il ne manque pas d'exemples, en ce monde, de
fortunes rapides, surprenantes, gagnees ainsi sur ces flots
changeants; pourquoi la Providence ne benirait-elle pas
une tentative faite dans un but si louable, si digne de sa
[10]protection? Parmi ces marchands qui ont tant amasse
et qui envoient des navires aux deux bouts de la terre, plus
d'un a commence par une moindre somme que celle que
j'ai la. Ils ont prospere avec l'aide de Dieu; pourquoi ne
pourrais-je pas prosperer a mon tour? Il me semble qu'un
[15]bon vent souffle dans ces voiles, et que ce vaisseau inspire
la confiance. Allons! le sort en est jete, je vais m'adresser
a ce capitaine qui me parait aussi de bonne mine, j'ecrirai
ensuite a Julie, et je veux devenir un habile negociant.

Le plus grand danger que courent les gens qui sont
[20]habituellement un peu fous, c'est de le devenir tout a
fait par instants. Le pauvre garcon, sans reflechir davantage,
mit son caprice a execution. Trouver des marchandises
a acheter lorsqu'on a de l'argent et qu'on ne s'y
connait pas, c'est la chose du monde la moins difficile.
[25]Le capitaine, pour obliger Croisilles, le mena chez un
fabricant de ses amis qui lui vendit autant de toiles et de
soieries qu'il put en payer; le tout, mis dans une charrette,
fut promptement transporte a bord. Croisilles, ravi et
plein d'esperance, avait ecrit lui-meme en grosses lettres
[30]son nom sur ses ballots. Il les regarda s'embarquer avec
une joie inexprimable; l'heure du depart arriva bientot,
et le navire s'eloigna de la cote.

Page 276

VI

Je n'ai pas besoin de dire que, dans cette affaire, Croisilles
n'avait rien garde. D'un autre cote, sa maison etait
vendue; il ne lui restait pour tout bien que les habits qu'il
avait sur le corps; point de gite, et pas un denier. Avec
[5]toute la bonne volonte possible, Jean ne pouvait supposer
que son maitre fut reduit a un tel denument; Croisilles
etait, non pas trop fier, mais trop insouciant pour le dire;
il prit le parti de coucher a la belle etoile, et, quant aux
repas, voici le calcul qu'il fit: il presumait que le vaisseau
[10]qui portait sa fortune mettrait six mois a revenir au Havre;
il vendit, non sans regret, une montre d'or que son pere
lui avait donnee, et qu'il avait heureusement gardee; il
en eut trente-six livres. C'etait de quoi vivre a peu pres
six mois avec quatre sous par jour. Il ne douta pas que
[15]ce ne fut assez, et, rassure par le present, il ecrivit a
mademoiselle Godeau pour l'informer de ce qu'il avait fait;
il se garda bien, dans sa lettre, de lui parler de sa detresse;
il lui annonca, au contraire, qu'il avait entrepris une operation
de commerce magnifique, dont les resultats etaient
[20]prochains et infaillibles; il lui expliqua comme quoi la
Fleurette, vaisseau a fret de cent cinquante tonneaux, portait
dans la Baltique ses toiles et ses soieries; il la supplia
de lui rester fidele pendant un an, se reservant de lui en
demander davantage ensuite, et, pour sa part, il lui jura
[25]un eternel amour.

Lorsque mademoiselle Godeau recut cette lettre, elle
etait au coin de son feu, et elle tenait a la main, en guise
d'ecran, un de ces bulletins qu'on imprime dans les ports,
qui marquent l'entree et la sortie des navires, et en meme
[30]temps annoncent les desastres. Il ne lui etait jamais.

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arrive, comme on peut penser, de prendre interet a ces
sortes de choses, et elle n'avait jamais jete les yeux sur
une seule de ces feuilles. La lettre de Croisilles fut cause
qu'elle lut le bulletin qu'elle tenait; le premier mot qui
[5]frappa ses yeux fut precisement le nom de la Fleurette; le
navire avait echoue sur les cotes de France dans la nuit
meme qui avait suivi son depart. L'equipage s'etait sauve
a grand'peine, mais toutes les marchandises avaient ete
perdues.

[10]Mademoiselle Godeau, a cette nouvelle, ne se souvint
plus que Croisilles avait fait devant elle l'aveu de sa
pauvrete; elle en fut aussi desolee que s'il se fut agi d'un
million; en un instant, l'horreur d'une tempete, les vents
en furie, les cris des noyes, la ruine d'un homme qui
[15]l'aimait, toute une scene de roman, se presenterent a sa
pensee; le bulletin et la lettre lui tomberent des mains;
elle se leva dans un trouble extreme, et, le sein palpitant,
les yeux prets a pleurer, elle se promena a grands
pas, resolue a agir dans cette occasion, et se demandant
[20]ce qu'elle devait faire.

Il y a une justice a rendre a l'amour, c'est que plus les
motifs qui le combattent sont forts, clairs, simples,
irrecusables, en un mot, moins il a le sens commun, plus la
passion s'irrite, et plus on aime; c'est une belle chose sous
[25]le ciel que cette deraison du coeur; nous ne vaudrions pas
grand'chose sans elle. Apres s'etre promenee dans sa
chambre, sans oublier ni son cher eventail, ni le coup d'oeil
a la glace en passant, Julie se laissa retomber dans sa
bergere. Qui l'eut pu voir en ce moment eut joui d'un
[30]beau spectacle: ses yeux etincelaient, ses joues etaient en
feu; elle poussa un long soupir et murmura avec une joie
et une douleur delicieuses:

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--Pauvre garcon! il s'est ruine pour moi!

Independamment de la fortune qu'elle devait attendre
de son pere, mademoiselle Godeau avait, a elle appartenant,
le bien que sa mere lui avait laisse. Elle n'y avait
[5]jamais songe; en ce moment, pour la premiere fois de sa
vie, elle se souvint qu'elle pouvait disposer de cinq cent
mille francs. Cette pensee la fit sourire; un projet bizarre,
hardi, tout feminin, presque aussi fou que Croisilles lui-meme,
lui traversa l'esprit; elle berca quelque temps son
[10]idee dans sa tete, puis se decida a l'executer.

Elle commenca par s'enquerir si Croisilles n'avait pas
quelque parent ou quelque ami; la femme de chambre
fut mise en campagne. Tout bien examine, on decouvrit,
au quatrieme etage d'une vieille maison, une tante a demi
[15]percluse, qui ne bougeait jamais de son fauteuil, et qui
n'etait pas sortie depuis quatre ou cinq ans. Cette pauvre
femme, fort agee, semblait avoir ete mise ou plutot laissee
au monde comme un echantillon des miseres humaines.
Aveugle, goutteuse, presque sourde, elle vivait seule dans
[20]un grenier; mais une gaiete plus forte que le malheur et
la maladie la soutenait a quatre-vingts ans et lui faisait
encore aimer la vie; ses voisins ne passaient jamais devant
sa porte sans entrer chez elle, et les airs surannes qu'elle
fredonnait egayaient toutes les filles du quartier. Elle
[25]possedait une petite rente viagere qui suffisait a
l'entretenir; tant que durait le jour, elle tricotait; pour le reste,
elle ne savait pas ce qui s'etait passe depuis la mort de
Louis XIV.

Ce fut chez cette respectable personne que Julie se fit
[30]conduire en secret. Elle se mit pour cela dans tous ses
atours; plumes, dentelles, rubans, diamants, rien ne fut
epargne: elle voulait seduire; mais sa vraie beaute en cette

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circonstance fut le caprice qui l'entrainait. Elle monta
l'escalier raide et obscur qui menait chez la bonne dame,..
et, apres le salut le plus gracieux, elle parla a peu pres
ainsi:

[5]--Vous avez, madame, un neveu nomme Croisilles, qui
m'aime et qui a demande ma main; je l'aime aussi et
voudrais l'epouser; mais mon pere, M. Godeau, fermier
general de cette ville, refuse de nous marier, parce que
votre neveu n'est pas riche. Je ne voudrais pour rien au
[10]monde etre l'occasion d'un scandale, ni causer de la peine
a personne; je ne saurais donc avoir la pensee de disposer
de moi sans le consentement de ma famille. Je viens vous
demander une grace que je vous supplie de m'accorder; il
faudrait que vous vinssiez vous-meme proposer ce mariage
[15]a mon pere. J'ai, grace a Dieu, une petite fortune qui est
toute a votre service; vous prendrez, quand il vous plaira,
cinq cent mille francs chez mon notaire, vous direz que
cette somme appartient a votre neveu, et elle lui appartient
en effet; ce n'est point un present que je veux lui faire,
[20]c'est une dette que je lui paye, car je suis cause de la ruine
de Croisilles, et il est juste que je la repare. Mon pere ne
cedera pas aisement; il faudra que vous insistiez et que
vous ayez un peu de courage; je n'en manquerai pas de
mon cote. Comme personne au monde, excepte moi, n'a
[25]de droit sur la somme dont je vous parle, personne ne
saura jamais de quelle maniere elle aura passe entre vos
mains. Vous n'etes pas tres riche non plus, je le sais, et
vous pouvez craindre qu'on ne s'etonne de vous voir doter
ainsi votre neveu; mais songez que mon pere ne vous
[30]connait pas, que vous vous montrez fort peu par la ville,
et que par consequent il vous sera facile de feindre que
vous arrivez de quelque voyage. Cette demarche vous

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coutera sans doute, il faudra quitter votre fauteuil et
prendre un peu de peine; mais vous ferez deux heureux,
madame, et, si vous avez jamais connu l'amour; j'espere
que vous ne me refuserez pas.

[5]La bonne dame, pendant ce discours, avait ete tour a
tour surprise, inquiete, attendrie et charmee. Le dernier
mot la persuada.

--Oui, mon enfant, repeta-t-elle plusieurs fois, je sais
ce que c'est, je sais ce que c'est!

[10]En parlant ainsi, elle fit un effort pour se lever; ses
jambes affaiblies la soutenaient a peine; Julie s'avanca
rapidement, et lui tendit la main pour l'aider; par un
mouvement presque involontaire, elles se trouverent en
un instant dans les bras l'une de l'autre. Le traite fut
[15]aussitot conclu; un cordial baiser le scella d'avance, et
toutes les confidences necessaires s'ensuivirent sans peine.

Toutes les explications etant faites, la bonne dame tira
de son armoire une venerable robe de taffetas qui avait
ete sa robe de noce. Ce meuble antique n'avait pas moins
[20]de cinquante ans, mais pas une tache, pas un grain de
poussiere ne l'avait deflore; Julie en fut dans l'admiration.
On envoya chercher un carrosse de louage, le plus beau qui
fut dans toute la ville. La bonne dame prepara le discours
qu'elle devait tenir a M. Godeau; Julie lui apprit de quelle
[25]facon il fallait toucher le coeur de son pere, et n'hesita pas
a avouer que la vanite etait son cote vulnerable.

--Si vous pouviez imaginer, dit-elle, un moyen de
flatter ce penchant, nous aurions partie gagnee.

La bonne dame reflechit profondement, acheva sa
[30]toilette sans mot dire, serra la main de sa future niece,
et monta en voiture. Elle arriva bientot a l'hotel Godeau;
la, elle se redressa si bien en entrant, qu'elle semblait

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rajeunie de dix ans. Elle traversa majestueusement le
salon ou etait tombe le bouquet de Julie, et, quand la
porte du boudoir s'ouvrit, elle dit d'une voix ferme au
laquais qui la precedait:

[5]--Annoncez la baronne douairiere de Croisilles.
Ce mot decida du bonheur des deux amants; M. Godeau
en fut ebloui. Bien que les cinq cent mille francs lui
semblassent peu de chose, il consentit a tout pour faire de sa
fille une baronne, et elle le fut; qui eut ose lui en contester
le titre? A mon avis, elle l'avait bien gagne.

FIN





NOTES




The figures enclosed in bold tags (...) refer to the pages;
the ordinary figures refer to the lines.

PROSPER MERIMEE

Paris, 1803-Cannes, 1870

Merimee was at first identified with the Romantic movement, but his
hatred of exaggeration and his cynicism caused him to turn to a simpler
manner. His clear, concise narrative style and his objective manner of
treatment, combined with a grasp of human character, pathos, delicate
analysis, satire and an ability to portray local color and to omit
non-essentials may be said to be his chief characteristics. His test
work is seen in the short stories and in the _nouvelles_.

Important works (the dates refer to the year of publication): _Theatre
de Clara Gazul_ (1825), _La Jacquerie_ (1828), _Chronique du Regne de
Charles IX_ (1829), _Nouvelles_ (including: _Tamango, Colomba, Venus
d'Ille_, and other shorter stories; from 1830 to 1841), _Carmen_ (1847),
_Lokis_ (1869), _Dernieres Nouvelles_ (1873); besides works on travel,
history, archeology, literature and translations (especially from the
Russian). _L'Enlevement de la Redoute_ was written in 1829 (for _La
Revue Francaise_) and _Le Coup de Pistolet_ in 1856 (for _Le Moniteur_).
Edition: Calmann Levy.

Criticism: Advanced students should consult Lanson, _Histoire de la
litterature francaise_ (Hachette, Paris); others may consult Wright's
_History of French Literature_ (Oxford Press). Bibliographies may be
found in both of these works, further details can be found in the
special bibliographies published by Lanson and by Thieme.


L'ENLEVEMENT DE LA REDOUTE

1.--1. un militaire de mes amis. Compare _un de mes amis_,
a friend of mine; _un mien ami_ also occurs in popular style. Merimee
refers to Henri Beyle (Stendhal), French novelist and soldier under
Napoleon, by whom this story was related to him (1783-1843).

8. apres avoir lu. Note the use of the perfect infinitive, not
the present, after _apres_.

9. general B * * *. General Berthier, Major-General of Napoleon's
army which invaded Russia; he became Prince and Marshal of France
(1753-1815).--il changea de manieres. _De_ is used after
_changer_ when the object is changed for another of the same kind (if
the object is preceded by a modifier, such as a possessive pronoun,
_changer_ alone is used).

15. sa croix. The cross of the Legion of Honor; the cross is not
usually worn, but in its stead a small bow of ribbon.

21. ecole de Fontainebleau. The reference is not to the present
military school (artillery and engineers) at Fontainebleau, which
was founded in 1871, but to the school which was moved from there to
Saint-Cyr in 1806, and which corresponds to the school at West Point in
the United States.

2.--5. Cheverino. "Le 5 septembre un combat se livra pour
la possession d'une redoute russe sur le tertre de Chevardino, et fit
perdre aux Francais 4 ou 5000 hommes, aux Russes 7 ou 8000. Il annoncait
du moins que les Russes avaient pris position et se disposaient, pour
sauver leur capitale, a livrer bataille." Lavisse et Rambaud, _Histoire
generale du IVe siecle a nos jours_, vol. IX, p. 787. The battle of
Borodino, known also as the battle of the Moscova, was fought two days
later, September 7, 1812, and Napoleon arrived at Moscow on September
14. On account of the other references in the text to Napoleon the
following note may be found convenient.--Born in Corsica in 1769, he
first distinguished himself by driving the English from Toulon (1793).
He became General-in-Chief of the Army of Italy, and won the celebrated
battles of Arcola (1796), Rivoli (1797), etc.; became First Consul in
1799 and Emperor in 1804; victor in the battles of Austerlitz (1805),
Iena (1806), Eylau (1807), Friedland (1807), Wagram (1809), he became
the ruler of western Europe. He led the Grande-Armee into Russia in
1812-1813, and never recovered from this disastrous campaign. Europe
rose against him; he was deposed in 1814 and sent to the Island of Elba,
whence he escaped to France in 1815 and ruled, during the Hundred Days,
until he was finally defeated at Waterloo, June 18, 1815. Banished to
Saint Helena, he died there in 1821.

12. aupres duquel. _Aupres de_ expresses a relation nearer than
that expressed by _pres de_.

14. il en coutera bon. _En_ is often added to _couter_ when the
latter is used impersonally.

3.--5. la fatigue l'avait emporte. In this idiom the
pronoun refers to an unexpressed noun (_prix, choix_, etc.).

25. aussitot que l'ordre...eut ete donne. The past anterior is a
literary tense; it is used to express completed action after certain
temporal conjunctions and _a peine...que_, also with _encore, plus tot,
sitot_, when they are negative and followed by _que_ and when the period
of time is mentioned (_il eut bientot fait son devoir_); in all these
cases the pluperfect is used if the action is repeated. The past
anterior is not used in conversation.

30. eprouvasse. The imperfect subjunctive is a literary tense and
is to be avoided in conversation; it may be so avoided by using the
present subjunctive and thus violating the rule for the sequence of
tenses or by using a circumlocution (particularly obnoxious to
a Frenchman's ear are all the forms of this tense in the first
conjugation, except the third person singular).

4. -4. madame de B * * *. Possibly Merimee was thinking cf
his friend Madame la comtesse de Beaulaincourt, with whom he
corresponded. The _Revue des Deux Mondes_ (August 15, 1879) published a
collection of eleven letters written to her by Merimee (see also Filon,
_Merimee et ses Amis_, 2e ed., Paris, 1909). More probably he refers to
Madame de Boigne, who lived in the street mentioned; he used to read his
stories in her Salon.

7. en voir de grises. For the use of a feminine adjective
referring to no expressed noun compare: _j'ai echappe belle_, I had a
narrow escape; _il se remit a courir de plus belle_, he began to run
harder than ever, etc. The feminine adjective in such phrases cannot
always be explained by saying that _maniere, occasion, chose_, etc.,
have been omitted. Similar phrases occur in Italian, Spanish, Old French
and Romanian. Meyer-Luebke, _Grammaire des langues romanes_, vol. III, Sec.
88, suggests _res, causa_, or a similar substantive as omitted in the
primitive Latin construction. In certain French phrases the reference
seems to be to _balle_, an expression borrowed from play--_donner la
balle belle_, then _la donner_ (or _bailler_) _belle a quelqu'un_, to
impose on anyone.

30. ajouta-t-il. The letter _t_ which occurs in such
interrogative forms is not introduced for the sake of euphony, nor is
it a survival of the Latin _t_ of the third person. It arose by analogy
with such forms as _est-il, sont-ils, donnent-ils_, where the letter
forms a part of the verb.

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