Review: Gritty debut novel 'Nowhere' follows a teen runaway to some very real places
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Clenched fists and AK-47s
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Decoding the Heavens: Solving the Mystery of the World's First Computer by Jo Marchant review
It may sound like faint praise to say that Nami Mun writes with strong verbs, but given the overwrought, undercooked prose of the 'literary' novels that all too often emerge from today's creative writing programs, a simple, inventive verb choice is a

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Contes Francais written by Douglas Labaree Buffum

D >> Douglas Labaree Buffum >> Contes Francais

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et dont la mine insolente et fiere prouvait la conscience
d'appartenir a une maison considerable et a une personne
de la plus haute qualite. Notre amoureux, en regardant
ces epaisses murailles, fit de vains efforts pour decouvrir
[5]de quel cote se trouvaient les appartements d'Ayesha. Il
ne put y parvenir: la grande porte, formee par un arc
decoupe en coeur, etait muree au fond, ne donnait acces
dans la cour que par une porte laterale, et ne permettait
pas au regard d'y penetrer. Mahmoud-Ben-Ahmed fut
[10]oblige de se retirer sans avoir fait aucune decouverte;
l'heure s'avancait et il aurait pu etre remarque. Il se
rendit donc chez Bedredin, auquel il fit, pour se le rendre
favorable, des emplettes assez considerables d'objets dont
il n'avait aucun besoin. Il s'assit dans la boutique,
[15]questionna le marchand, s'enquit de son commerce, s'il
s'etait heureusement defait des soieries et des tapis apportes
par la derniere caravane d'Alep, si ses vaisseaux
etaient arrives au port sans avaries; bref, il fit toutes les
lachetes habituelles aux amoureux; il esperait toujours
[20]voir paraitre Ayesha; mais il fut trompe dans son attente:
elle ne vint pas ce jour-la. Il s'en retourna chez lui, le
coeur gros, l'appelant deja cruelle et perfide, comme si
effectivement elle lui eut promis de se trouver chez Bedredin
et qu'elle lui eut manque de parole.

[25]En rentrant dans sa chambre, il mit ses babouches dans
la niche de marbre sculpte, creusee a cote de la porte pour
cet usage; il ota le caftan d'etoffe precieuse qu'il avait
endosse dans l'idee rehausser sa bonne mine et de
paraitre avec tous ses avantages aux yeux d'Ayesha, et
[30]s'etendit sur son divan dans un affaissement voisin du
desespoir. Il lui semblait que tout etait perdu, que le
monde allait finir, et il se plaignait amerement de la

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fatalite; le tout, pour ne pas avoir rencontre, ainsi qu'il
l'esperait, une femme qu'il ne connaissait pas deux jours
auparavant.

Comme il avait ferme les yeux de son corps pour mieux
[5]voir le reve de son ame, il sentit un vent leger lui rafraichir
le front; il souleva ses paupieres, et vit, assise a cote de
lui, par terre, Leila qui agitait un de ces petits pavillons
d'ecorce de palmier, qui servent, en Orient, d'eventail et
de chasse-mouche. Il l'avait completement oubliee.

[10]"Qu'avez-vous, mon cher seigneur? dit-elle d'une voix
perlee et melodieuse comme de la musique. Vous ne
paraissez pas jouir de votre tranquillite d'esprit; quelque
souci vous tourmente. S'il etait au pouvoir de votre
esclave de dissiper ce nuage de tristesse qui voile votre
[15]front, elle s'estimerait la plus heureuse femme du monde,
et ne porterait pas envie a la sultane Ayesha elle-meme,
quelque belle et quelque riche qu'elle soit."

Ce nom fit tressaillir Mahmoud-Ben-Ahmed sur son
divan, comme un malade dont on touche la plaie par
[20]hasard; il se souleva un peu et jeta un regard inquisiteur
sur Leila, dont la physionomie etait la plus calme du
monde et n'exprimait rien autre chose qu'une tendre
sollicitude. Il rougit cependant comme s'il avait ete
surpris dans le secret de sa passion. Leila, sans faire
[25]attention a cette rougeur delatrice et significative,
continua a offrir ses consolations a son nouveau maitre:

"Que puis-je faire pour eloigner de votre esprit les
sombres idees qui l'obsedent? un peu de musique dissiperait
peut-etre cette melancolie. Une vieille esclave qui
[30]avait ete odalisque de l'ancien sultan m'a appris les secrets
de la composition; je puis improviser des vers et m'accompagner
de la guzla!"

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En disant ces mots, elle detacha du mur la guzla au
ventre de citronnier, cotele d'ivoire, au manche incruste
de nacre, de burgau et d'ebene, et joua d'abord avec une
rare perfection la tarabuca et quelques autres airs arabes.

[5]La justesse de la voix et la douceur de la musique eussent,
en toute autre occasion, rejoui Mahmoud-Ben-Ahmed,
qui etait fort sensible aux agrements des vers et
de l'harmonie; mais il avait le cerveau et le coeur si
preoccupes de la dame qu'il avait vue chez Bedredin, qu'il ne
[10]fit aucune attention aux chansons de Leila.

Le lendemain, plus heureux que la veille, il rencontra
Ayesha dans la boutique de Bedredin. Vous decrire sa
joie serait une entreprise impossible; ceux qui ont ete
amoureux peuvent seuls la comprendre. Il resta un
[15]moment sans voix, sans haleine, un nuage dans les yeux.
Ayesha, qui vit son emotion, lui en sut gre et lui adressa
la parole avec beaucoup d'affabilite; car rien ne flatte les
personnes de haute naissance comme le trouble qu'elles
inspirent. Mahmoud-Ben-Ahmed, revenu a lui, fit tous
[20]ses efforts pour etre agreable, et comme il etait jeune, de
belle apparence, qu'il avait etudie la poesie et s'exprimait
dans les termes les plus elegants, il crut s'apercevoir qu'il
ne deplaisait point, et il s'enhardit a demander un rendez-vous
a la princesse dans un lieu plus propice et plus sur
[25]que la boutique de Bedredin.

"Je sais, lui dit-il, que je suis tout au plus bon pour etre
la poussiere de votre chemin, que la distance de vous a
moi ne pourrait etre parcourue en mille ans par un cheval
de la race du prophete toujours lance au galop; mais
[30]l'amour rend audacieux, et la chenille eprise de la rose ne
saurait s'empecher d'avouer son amour."

Ayesha ecouta tout cela sans le moindre signe de

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courroux, et, fixant sur Mahmoud-Ben-Ahmed des yeux
charges de langueur, elle lui dit:

"Trouvez-vous demain a l'heure de la priere dans la
mosquee du sultan Hassan, sous la troisieme lampe; vous
[5]y rencontrerez un esclave noir vetu de damas jaune. Il
marchera devant vous, et vous le suivrez."

Cela dit, elle ramena son voile sur sa figure et sortit.

Notre amoureux n'eut garde de manquer au rendez-vous:
il se planta sous la troisieme lampe, n'osant s'en
[10]ecarter de peur de ne pas etre trouve par l'esclave noir,
qui n'etait pas encore a son poste. Il est vrai que
Mahmoud-Ben-Ahmed avait devance de deux heures le moment
indique. Enfin, il vit paraitre le negre vetu de damas jaune;
il vint droit au pilier contre lequel Mahmoud-Ben-Ahmed
[15]se tenait debout. L'esclave l'ayant regarde attentivement,
lui fit un signe imperceptible pour l'engager a le suivre.
Ils sortirent tous deux de la mosquee. Le noir marchait
d'un pas rapide, fit faire a Mahmoud-Ben-Ahmed une
infinite de detours a travers l'echeveau embrouille et
[20]complique des rues du Caire. Notre jeune homme une
fois voulut adresser la parole a son guide; mais celui-ci,
ouvrant sa large bouche meublee de dents aigues et
blanches, lui fit voir que sa langue avait ete coupee
jusqu'aux racines. Ainsi il lui eut ete difficile de
[25]commettre des indiscretions.

Enfin ils arriverent dans un endroit de la ville tout a
fait desert et que Mahmoud-Ben-Ahmed ne connaissait
pas, quoiqu'il fut natif du Caire et qu'il crut en connaitre
tous les quartiers: le muet s'arreta devant un mur blanchi
[30]a la chaux, ou il n'y avait pas apparence de porte. Il
compta six pas a partir de l'angle du mur, et chercha avec
beaucoup d'attention un ressort sans doute cache dans

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l'interstice des pierres. L'ayant trouve, il pressa la detente,
une colonne tourna sur elle-meme, et laissa voir un passage
sombre, etroit, ou le muet s'engagea, suivi de
Mahmoud-Ben-Ahmed. Ils descendirent d'abord plus de cent
[5]marches, et suivirent ensuite un corridor obscur d'une
longueur interminable. Mahmoud-Ben-Ahmed, en tatant
les murs, reconnut qu'ils etaient de roche vive, sculptes
d'hieroglyphes en creux et comprit qu'il etait dans les
couloirs souterrains d'une ancienne necropole egyptienne
[10]dont on avait profite pour etablir cette issue secrete. Au
bout du corridor, dans un grand eloignement, scintillaient
quelques lueurs de jour bleuatre. Ce jour passait a travers
des dentelles d'une sculpture evidee faisant partie de la
salle ou le corridor aboutissait. Le muet poussa un autre
[15]ressort, et Mahmoud-Ben-Ahmed se trouva dans une
salle dallee de marbre blanc, avec un bassin et un jet
d'eau au milieu, des colonnes d'albatre, des murs revetus
de mosaiques de verre, de sentences du Coran entremelees
de fleurs et d'ornements, et couverte par une voute
[20]sculptee, fouillee, travaillee comme l'interieur d'une ruche
ou d'une grotte a stalactites, d'enormes pivoines ecarlates
posees dans d'enormes vases mauresques de porcelaine
blanche et bleue completaient la decoration. Sur une
estrade garnie de coussins, espece d'alcove pratiquee dans
[25]l'epaisseur du mur, etait assise la princesse Ayesha, sans
voile, radieuse, et surpassant en beaute les houris du
quatrieme ciel.

"Eh bien! Mahmoud-Ben-Ahmed, avez-vous fait d'autres
vers en mon honneur?" lui dit-elle du ton le plus
[30]gracieux en lui faisant signe de s'asseoir.

Mahmoud-Ben-Ahmed se jeta aux genoux d'Ayesha et
tira son papyrus de sa manche, et lui recita son ghazel

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du ton le plus passionne; c'etait vraiment un remarquable
morceau de poesie. Pendant qu'il lisait, les joues de la
princesse s'eclairaient et se coloraient comme une lampe
d'albatre que l'on vient d'allumer. Ses yeux etoilaient et
[5]lancaient des rayons d'une clarte extraordinaire, son corps
devenait comme transparent, sur ses epaules fremissantes
s'ebauchaient vaguement des ailes de papillon.
Malheureusement Mahmoud-Ben-Ahmed, trop occupe de la
lecture de sa piece de vers, ne leva pas les yeux et ne
[10]s'apercut pas de la metamorphose qui s'etait operee.
Quand il eut acheve, il n'avait plus devant lui que la
princesse Ayesha qui le regardait en souriant d'un air
ironique.

Comme tous les poetes, trop occupes de leurs propres
[15]creations, Mahmoud-Ben-Ahmed avait oublie que les
plus beaux vers ne valent pas une parole sincere, un regard
illumine par la clarte de l'amour.--Les peris sont comme
les femmes, il faut les deviner et les prendre juste au
moment ou elles vont remonter aux cieux pour n'en plus
[20]descendre.--L'occasion doit etre saisie par la boucle
de cheveux qui lui pend sur le front, et les esprits de
l'air par leurs ailes. C'est ainsi qu'on peut s'en rendre
maitre.

"Vraiment, Mahmoud-Ben-Ahmed, vous avez un talent
[25]de poete des plus rares, et vos vers meritent d'etre affiches
a la porte des mosquees, ecrits en lettres d'or, a cote des
plus celebres productions de Ferdoussi, de Saadi et d'Ibnn-Ben-Omaz.
C'est dommage qu'absorbe par la perfection
de vos rimes alliterees, vous ne m'avez pas regardee tout
[30]a l'heure, vous auriez vu... ce que vous ne reverrez
peut-etre jamais plus. Votre voeu le plus cher s'est accompli
devant vous sans que vous vous en soyez apercu.

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Adieu, Mahmoud-Ben-Ahmed, qui ne vouliez aimer
qu'une peri."

La-dessus Ayesha se leva d'un air tout a fait majestueux,
souleva une portiere de brocart d'or et disparut.

[5]Le muet vint reprendre Mahmoud-Ben-Ahmed, et le
reconduisit par le meme chemin jusqu'a l'endroit ou il
l'avait pris. Mahmoud-Ben-Ahmed, afflige et surpris
d'avoir ete ainsi congedie, ne savait que penser et se
perdait dans ses reflexions, sans pouvoir trouver de motif a
[10]la brusque sortie de la princesse: il finit par l'attribuer a un
caprice de femme qui changerait a la premiere occasion;
mais il eut beau aller chez Bedredin acheter du benjoin et
des peaux de civette, il ne rencontra plus la princesse
Ayesha; il fit un nombre infini de stations pres du troisieme
[15]pilier de la mosquee du sultan Hassan, il ne vit plus
reparaitre le noir vetu de damas jaune, ce qui le jeta dans une
noire et profonde melancolie.

Leila s'ingeniait a mille inventions pour le distraire:
elle lui jouait de la guzla; elle lui recitait des histoires
[20]merveilleuses; ornait sa chambre de bouquets dont les
couleurs etaient si bien mariees et diversifiees, que la vue
en etait aussi rejouie que l'odorat; quelquefois meme elle
dansait devant lui avec autant de souplesse et de grace
que l'almee la plus habile; tout autre que Mahmoud-Ben-Ahmed
[25]eut ete touche de tant de prevenances et d'attentions;
mais il avait la tete ailleurs, et le desir de retrouver
Ayesha ne lui laissait aucun repos. Il avait ete bien
souvent errer a l'entour du palais de la princesse; mais il
n'avait jamais pu l'apercevoir; rien ne se montrait derriere
[30]les treillis exactement fermes; le palais etait comme
un tombeau.

Son ami Abdul-Maleck, alarme de son etat, venait le

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visiter souvent et ne pouvait s'empecher de remarquer
les graces et la beaute de Leila, qui egalaient pour le
moins celles de la princesse Ayesha, si meme elles ne les
depassaient, et s'etonnait de l'aveuglement de
[5]Mahmoud-Ben-Ahmed; et s'il n'eut craint de violer les saintes lois
de l'amitie, il eut pris volontiers la jeune esclave pour
femme. Cependant, sans rien perdre de sa beaute, Leila
devenait chaque jour plus pale; ses grands yeux s'alanguissaient;
les rougeurs de l'aurore faisaient place sur ses
[10]joues aux paleurs du clair de lune. Un jour
Mahmoud-Ben-Ahmed s'apercut qu'elle avait pleure, et lui en
demanda la cause:

"O mon cher seigneur, je n'oserais jamais vous la dire:
moi, pauvre esclave recueillie par pitie, je vous aime; mais
[15]que suis-je a vos yeux? je sais que vous avez forme le voeu
de n'aimer qu'une peri ou qu'une sultane: d'autres se
contenteraient d'etre aimes sincerement par un coeur
jeune et pur et ne s'inquieteraient pas de la fille du calife
ou de la reine des genies: regardez-moi, j'ai eu quinze
[20]ans hier, je suis peut-etre aussi belle que cette Ayesha
dont vous parlez tout haut en revant; il est vrai qu'on ne
voit pas briller sur mon front l'escarboucle magique, ou
l'aigrette de plume de heron; je ne marche pas accompagnee
de soldats aux mousquets incrustes d'argent et de
[25]corail. Mais cependant je sais chanter, improviser sur la
guzla, je danse comme Emineh elle-meme, je suis pour
vous comme une soeur devouee, que faut-il donc pour
toucher votre coeur?"

Mahmoud-Ben-Ahmed, en entendant ainsi parler Leila,
[30]sentait son coeur se troubler; cependant il ne disait rien
et semblait en proie a une profonde meditation. Deux
resolutions contraires se disputaient son ame: d'une part,

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il lui en coutait de renoncer a son reve favori; de l'autre,
il se disait qu'il serait bien fou de s'attacher a une femme
qui s'etait jouee de lui et l'avait quitte avec des paroles
railleuses, lorsqu'il avait dans sa maison, en jeunesse et
[5]en beaute, au moins l'equivalent de ce qu'il perdait.

Leila, comme attendant son arret, se tenait agenouillee,
et deux larmes coulaient silencieusement sur la figure pale
de la pauvre enfant.

"Ah! pourquoi le sabre de Mesrour n'a-t-il pas acheve
[10]ce qu'il avait commence!" dit-elle en portant la main a
son cou frele et blanc.

Touche de cet accent de douleur, Mahmoud-Ben-Ahmed
releva la jeune esclave et deposa un baiser sur son
front.

[15]Leila redressa la tete comme une colombe caressee, et,
se posant devant Mahmoud-Ben-Ahmed, lui prit les
mains, et lui dit:

"Regardez-moi bien attentivement; ne trouvez-vous
pas que je ressemble fort a quelqu'un de votre
[20]connaissance?"

Mahmoud-Ben-Ahmed ne put retenir un cri de surprise:

"C'est la meme figure, les memes yeux, tous les traits
en un mot de la princesse Ayesha. Comment se fait-il
que je n'aie pas remarque cette ressemblance plus
[25]tot?

--Vous n'aviez jusqu'a present laisse tomber sur votre
pauvre esclave qu'un regard fort distrait, repondit Leila
d'un ton de douce raillerie.

--La princesse Ayesha elle-meme n'enverrait maintenant
[30]son noir a la robe de damas jaune, avec le selam
d'amour, que je refuserais de le suivre.

--Bien vrai? dit Leila d'une voix plus melodieuse que

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celle de Bulbul faisant ses aveux a la rose bien-aimee.
Cependant, il ne faudrait pas trop mepriser cette pauvre
Ayesha, qui me ressemble tant."

Pour toute reponse, M~oud-Ben-Ahmed pressa la
[5]jeune esclave sur son coeur. Mais quel fut son etonnement
lorsqu'il vit la figure de Leila s'illuminer, l'escarboucle
magique s'allumer sur son front, et des ailes, semees
d'yeux de paon, se developper sur ses charmantes epaules!
Leila etait une peri!

[10]"Je ne suis, mon cher Mahmoud-Ben-Ahmed, ni la
princesse Ayesha, ni Leila l'esclave. Mon veritable nom
est Boudroulboudour. Je suis peri du premier ordre,
comme vous pouvez le voir par mon escarboucle et par
mes ailes. Un soir, passant dans l'air a cote de votre
[15]terrasse, je vous entendis emettre le voeu d'etre aime d'une
peri. Cette ambition me plut; les mortels ignorants,
grossiers et perdus dans les plaisirs terrestres, ne songent
pas a de si rares voluptes. J'ai voulu vous eprouver, et
j'ai pris le deguisement d'Ayesha et de Leila pour voir si
[20]vous sauriez me reconnaitre et m'aimer sous cette
enveloppe humaine. Votre coeur a ete plus clairvoyant que
votre esprit, et vous avez eu plus de bonte que d'orgueil.
Le devouement de l'esclave vous l'a fait preferer a la
sultane; c'etait la que je vous attendais. Un moment
[25]seduite par la beaute de vos vers, j'ai ete sur le point de
me trahir; mais j'avais peur que vous ne fussiez qu'un
poete amoureux seulement de votre imagination et de vos
rimes, et je me suis retiree, affectant un dedain superbe.
Vous avez voulu epouser Leila l'esclave, Boudroulboudour
[20]la peri se charge de la remplacer. Je serai Leila pour tous,
et peri pour vous seul; car je veux votre bonheur, et le
monde ne vous pardonnerait pas de jouir d'une felicite

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superieure a la sienne. Toute fee que je sois, c'est tout au
plus si je pourrais vous defendre contre l'envie et la
mechancete des hommes."

Ces conditions furent acceptees avec transport par
[5]Mahmoud-Ben-Ahmed, et les noces furent faites comme
s'il eut epouse reellement la petite Leila.


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BALZAC

UN DRAME AU BORD DE LA MER

_A Madame la Princesse Caroline Gallitzin de Genthod
nee Comtesse Walewska

Hommage et souvenir de l'auteur_

Les jeunes gens ont presque tous un compas avec lequel
ils se plaisent a mesurer l'avenir; quand leur volonte
s'accorde avec la hardiesse de l'angle qu'ils ouvrent, le
monde est a eux. Mais ce phenomene de la vie morale
[5]n'a lieu qu'a un certain age. Cet age, qui, pour tous les
hommes, se trouve entre vingt-deux et vingt-huit ans, est
celui des grandes pensees, l'age des conceptions premieres,
parce qu'il est l'age des immenses desirs, l'age ou l'on ne
doute de rien: qui dit doute, dit impuissance. Apres cet
[10]age rapide comme une semaison, vient celui de l'execution.
Il est en quelque sorte deux jeunesses, la jeunesse
durant laquelle on croit, la jeunesse pendant laquelle
on agit; souvent elles se confondent chez les hommes
que la nature a favorises, et qui sont, comme Cesar,
[15]Newton et Bonaparte, les plus grands parmi les grands
hommes.

Je mesurais ce qu'une pensee veut de temps pour se
developper; et, mon compas a la main, debout sur un
rocher, a cent toises au-dessus de l'Ocean, dont les lames
[20]se jouaient dans les brisants, j'arpentais mon avenir en le
meublant d'ouvrages, comme un ingenieur qui, sur un
terrain vide, trace des forteresses et des palais. La mer

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etait belle, je venais de m'habiller apres avoir nage.
J'attendais Pauline, mon ange gardien, qui se baignait dans
une cuve granit pleine d'un sable fin, la plus coquette
baignoire que la nature ait dessinee pour ses fees marines.
[5]Nous etions a l'extremite du Croisic, une mignonne
presqu'ile de la Bretagne; nous etions loin du port, dans un
endroit que le fisc a juge tellement inabordable, que le
douanier n'y passe presque jamais. Nager dans les airs
apres avoir nage dans la mer! ah! qui n'aurait nage dans
[10]l'avenir? Pourquoi pensais-je? pourquoi vient un mal?
qui le sait? Les idees vous tombent au coeur ou a la tete
sans vous consulter. Nulle courtisane ne fut plus fantasque
ni plus imperieuse que ne l'est la conception pour les
artistes; il faut la prendre comme la fortune, a pleins
[15]cheveux, quand elle vient. Grimpe sur ma pensee comme
Astolphe sur son hippogriffe, je chevauchais donc a travers
le monde, en y disposant de tout a mon gre. Quand
je voulus chercher autour de moi quelque presage pour
les audacieuses constructions que ma folle imagination me
[20]conseillait d'entreprendre, un joli cri, le cri d'une femme
qui sort d'un bain, ranimee, joyeuse, domina le murmure
des franges incessamment mobiles que dessinaient le flux
et le reflux sur les decoupures de la cote. En entendant
cette note jaillie de l'ame, je crus avoir vu dans les
[25]rochers le pied d'un ange qui, deployant ses ailes, s'etait
ecrie:--Tu reussiras! Je descendis, radieux, leger; je
descendis en bondissant comme un caillou jete sur une
pente rapide. Quand elle me vit, elle me dit:--Qu'as-tu?
Je ne repondis pas, mes yeux se mouillerent. La
[30]veille, Pauline avait compris mes douleurs, comme elle
comprenait en ce moment mes joies, avec la sensibilite
magique d'une harpe qui obeit aux variations de

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l'atmosphere. La vie humaine a de beaux moments! Nous
allames en silence le long des greves. Le ciel etait sans
nuages, la mer etait sans rides; d'autres n'y eussent vu
que deux steppes bleus l'un sur l'autre; mais nous, nous
[5]qui nous entendions sans avoir besoin de la parole, nous
qui pouvions faire jouer entre ces deux langes de l'infini
les illusions avec lesquelles on se repait au jeune age, nous
nous serrions la main au moindre changement que presentaient,
soit la nappe d'eau, soit les nappes de l'air, car
[10]nous prenions ces legers phenomenes pour des traductions
materielles de notre double pensee. Qui n'a pas savoure
dans les plaisirs ce moment de joie illimitee ou l'ame semble
s'etre debarrassee des liens de la chair, et se trouver
comme rendue au monde d'ou elle vient? Le plaisir n'est
[15]pas notre seul guide en ces regions. N'est-il pas des heures
ou les sentiments s'enlacent d'eux-memes et s'y elancent,
comme souvent deux enfants se prennent par la main et se
mettent a courir sans savoir pourquoi? Nous allions ainsi.
Au moment ou les toits de la ville apparurent a l'horizon
[20]en y tracant une ligne grisatre, nous rencontrames
un pauvre pecheur qui retournait au Croisic; ses pieds
etaient nus, son pantalon de toile etait dechiquete par le
bas, troue, mal raccommode: puis, il avait une chemise
de toile a voile, de mauvaises bretelles en lisiere, et pour
[25]veste un haillon. Cette misere nous fit mal, comme si
c'eut ete quelque dissonance au milieu de nos harmonies.
Nous nous regardames pour nous plaindre l'un a l'autre
de ne pas avoir en ce moment le pouvoir de puiser dans les
tresors d'Aboul-Casem. Nous apercumes un superbe
[30]homard et une araignee de mer accroches a une cordelette
que le pecheur balancait dans sa main droite, tandis
que de l'autre il maintenait ses agres et ses engins. Nous

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l'accostames, dans l'intention de lui acheter sa peche, idee
qui nous vint a tous deux et qui s'exprima dans un sourire
auquel je repondis par une legere pression du bras que je
tenais et que je ramenai pres de mon coeur. C'est de ces
[5]riens dont plus tard le souvenir fait des poemes, quand
aupres du feu nous nous rappelons l'heure ou ce rien nous
a emus, le lieu ou ce fut, et ce mirage dont les effets n'ont
pas encore ete constates, mais qui s'exerce souvent sur les
objets qui nous entourent dans les moments ou la vie est
[10]legere et ou nos coeurs sont pleins. Les sites les plus
beaux ne sont que ce que nous les faisons. Quel homme
un peu poete n'a dans ses souvenirs un quartier de roche
qui tient plus de place que n'en ont pris les plus celebres
aspects de pays cherches a grands frais! Pres de ce
[15]rocher, de tumultueuses pensees; la, toute une vie employee;
la, des craintes dissipees; la, des rayons d'esperance
sont descendus dans l'ame. En ce moment, le soleil,
sympathisant avec ces pensees d'amour ou d'avenir, a
jete sur les flancs fauves de cette roche une lueur ardente;
[20]quelques fleurs des montagnes attiraient l'attention; le
calme et le silence grandissaient cette anfractuosite sombre
en realite, coloree par le reveur; alors elle etait belle
avec ses maigres vegetations, ses camomilles chaudes, ses
cheveux de Venus aux feuilles veloutees. Fete prolongee,
[25]decorations magnifiques, heureuse exaltation des forces
humaines! Une fois deja le lac de Bienne, vu de l'ile
Saint-Pierre, m'avait ainsi parle; le rocher du Croisic
sera peut-etre la derniere de ces joies. Mais alors, que
deviendra Pauline?

[30]--Vous avez fait une belle peche ce matin, mon brave
homme? dis-je au pecheur.

--Oui, monsieur, repondit-il en s'arretant et en nous

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montrant la figure bistree des gens qui restent pendant
des heures entieres exposes a la reverberation du soleil
sur l'eau.

Ce visage annoncait une longue resignation, la patience
[5]du pecheur et ses moeurs douces. Cet homme avait une
voix sans rudesse, des levres bonnes, nulle ambition, je ne
sais quoi de grele, de chetif. Toute autre physionomie
nous aurait deplu.

--Ou allez-vous vendre ca?

[10]--A la ville.

--Combien vous payera-t-on le homard?

--Quinze sous.

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