Le General Dourakine written by Comtesse de Segur
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Comtesse de Segur >> Le General Dourakine
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Tous s'etablirent donc a l'Ange-gardien. Jacques et Paul reprirent avec
bonheur leur ancienne chambre; Mme Derigny voulut aussi habiter la
sienne; Moutier et sa femme etaient au rez-de-chaussee et pouvaient.
sans se deranger, abandonner les chambres du premier a leur soeur et a sa
famille. Ils menerent pendant un mois une vie heureuse et calme qui leur
permit de mettre Elfy et Moutier au courant des moindres evenements qui
s'etaient passes pendant leur separation.
Moutier et Derigny ne cesserent, pendant ce mois, de chercher a combler
les voeux du general en lui trouvant une grande propriete avec une belle
habitation. Enfin Moutier en trouva une a une lieue de Loumigny; elle
fut mise en vente de la maniere la plus imprevue, par suite de la mort
subite du proprietaire, le baron de Crezusse, ex-banquier, fort riche,
qui venait de terminer l'ameublement de ce magnifique chateau pour
l'habiter et s'y reposer de ses fatigues. Elfy ecrivit au general pour
l'en informer, et profita de l'occasion pour lui renouveler mille
tendresses reconnaissantes dont la gaiete assaisonnait le sentiment.
Le general repondit: "Mon enfant, j'arrive jeudi; n'oubliez pas le diner
a quatre heures.
"Le general reconnaissant."
Effectivement, trois jours apres cette lettre laconique, une berline
et une caleche arriverent au grand galop de leurs huit chevaux et
s'arreterent devant l'auberge de l'Ange-gardien. Natasha sauta au bas de
la berline et se jeta au cou d'Elfy en l'appelant par son nom.
"Vous voyez, ma chere Elfy, que je vous connais, que je suis votre amie,
et que vous me devez un peu de l'amitie, que vous avez pour grand-pere."
Natasha tendit ensuite les deux mains a Moutier, qui s'inclina
profondement en les serrant, et qui s'elanca au secours du general, que
Romane ne parvenait pas a degager des coussins de la voiture. Le poignet
vigoureux de Moutier l'eut bientot enleve; il sauta presque a terre et
tomba, moitie par la secousse, moitie par affection, dans les bras de
Moutier, qui eut de la peine a ne pas toucher terre avec sa charge. Mais
il s'y attendait, il ne broncha pas, et il serra le general contre son
coeur avec des larmes dans les yeux. Le general aussi sentit les siens se
mouiller; il s'empara d'Elfy pour l'embrasser plus d'une fois. Elfy lui
baisait les mains, riait, pleurait tout a la fois. Mme Dabrovine et le
prince Romane furent presentes par le general.
"Ma petite Elfy, voici la fille de mon coeur et le fils de mes vieux
jours. Aimez-les comme vous m'aimez."
La profonde reverence d'Elfy fut interrompue par Mme Dabrovine, qui
embrassa tendrement cette jeune amie de son vieil oncle. Le prince
Romane lui serra la main avec effusion.
Moutier recut aussi des poignees de main affectueuses de Mme Dabrovine,
du prince Romane et d'Alexandre et Michel.
"Mon cher monsieur Moutier, dit Alexandre, vous nous raconterez bien en
detail comment vous avez trouve dans les bois le pauvre Jacques et son
frere.
Moutier: "Tres volontiers, messieurs; vous les aimerez davantage apres
ce recit; mon bon petit Jacques est le modele des freres et des fils:
ils sont restes ce qu'ils etaient.
Le General: "N'avez-vous pas quelque chose a nous donner pour notre
diner, ma petite menagere? Nous avons une faim terrible."
Elfy, souriant: "Je croyais que vous n'aimiez plus ma pauvre cuisine et
mes maigres poulets, general."
Le General: "Comment, petite rancuneuse, vous vous souvenez de ce detail
de votre diner de noces? Nous allons donc mourir de faim, si vous n'avez
rien prepare."
Elfy: "Soyez tranquille, general, tout est pret, nous vous attendions
pour servir."
Le general entra et se mit a table; le couvert etait mis. Elfy engagea
tout le monde a s'asseoir; il fallut l'ordre expres du general pour que
les Derigny et les Moutier se missent a table.
Le General: "Je ne pensais pas que vous eussiez si vite oublie nos
bonnes habitudes, ma petite Elfy et mon grand Moutier! Nous etions si
bons amis, jadis!"
Moutier: "Et nous le sommes encore, mon general; pour vous le prouver,
nous vous obeissons sans plus de resistance. Viens, Elfy; obeis comme
jadis."
Le General: "A la bonne heure! Ici, a ma droite, Elfy; Moutier, pres:
de ma niece Dabrovine; Natasha, a la gauche de Moutier; Romane, pres de
Natasha; Mme Derigny, a ma gauche; Alexandre, Michel, Jacques et Paul,
ou vous voudrez; Je ne me mele pas de vous placer."
Jacques: "Moi, pres de mon bon Moutier."
Moutier: "La place est prise par les dames, mon ami; va ailleurs."
Les quatre garcons se placerent en groupe tous ensemble. Elfy prouva au
general qui ni elle ni sa soeur n'avaient perdu leur talent pour la soupe
aux choux, la fricassee de poulet, la matelote d'anguilles, le gigot a
l'ail, la salade a la creme, les pommes de terre frites et les crepes.
Le general, ne se lassait pas de redemander encore et encore de chaque
plat. Le vin etait bon, le cafe excellent, l'eau-de-vie vieille et vrai
cognac. Le prince; Romane joignit ses eloges a ceux du general, et,
quoique ses demonstrations fussent moins energiques, il lui arriva deux
fois de redemander des plats servis et accommodes par les deux soeurs.
Apres le repas et apres une promenade dans les domaines d'Elfy et de
Moutier, on se dirigea vers l'auberge du General reconnaissant. Natasha,
ses freres et leurs amis couraient en avant et admirerent avec une
gaiete bruyante l'effigie rubiconde du vieux general. Toute le societe
entra dans la maison de Derigny, qui avait ete preparee pour recevoir
le general et sa famille; les domestiques et les femmes de chambre y
etaient deja et rangeaient les effets de leurs maitres. L'auberge etait
grande; chacun eut une chambre spacieuse et confortable; le general eut
son salon; Mme Dabrovine eut egalement le sien; Natasha, Alexandre,
Michel et meme le prince Romane, virent avec grand plaisir un billard
dans une piece pres de la salle a manger et du salon.
Des le jour meme, aide d'Elfy et de Derigny, le general s'installa
avec les siens dans cette auberge si bien montee. Les Derigny s'y
transporterent egalement. Le lendemain, le general, inquiet de ses
repas, apprit avec une joie extreme que Derigny avait deja installe a
la cuisine un excellent chef venu de Paris, et son garcon de cuisine,
excellent patissier. Ce soin touchant de bien-etre mit le comble a la
reconnaissance du general; ses inquietudes etaient finies, son bonheur
devenait complet; dans sa joie, il pleura comme un enfant.
Un jour, une lettre du prince Negrinski annonca au general la mort de sa
niece Papofski et les penibles evenements qui avaient amene cette fin
prematuree. Cette nouvelle impressionna peniblement le general, sa
famille et ses amis; mais ce sentiment s'effaca promptement par le
bonheur dont ils jouissaient. Leur vie a tous etait douce et gaie;
Natasha allait tous les jours passer quelques heures chez son amie Elfy:
elle l'aidait a faire sa cuisine, a laver son linge, a le raccommoder,
a faire son menage; Alexandre et Michel passaient leur recreations avec
Jacques et Paul, a becher le jardin, a ratisser les allees, arroser les
legumes, etc.; le prince Romane et Moutier y mettaient aussi la
main; Mme Dabrovine et le general venaient souvent se meler a leurs
occupations, rire de leurs jeux, s'amuser de leurs plaisirs. Le
lendemain de son arrivee, le general et sa niece allerent voir le
chateau a vendre tout y etait joli et magnifique; la terre etait
considerable; les bois etaient superbes; le prix en etait peu eleve pour
la beaute de la propriete: deux millions payes comptant rendirent le
general possesseur de cette terre si bien placee pour leur agrement a
tous. Ils s'y transporterent quinze jours apres leur arrivee a Loumigny,
et ils y passerent gaiement et agreablement l'automne, l'hiver et le
printemps. Derigny etait reste pres du general. Il etait regisseur de la
terre et de toute la fortune du general; sa femme surveillait le linge
et fut etablie femme de charge. Mme Dabrovine reprenait petit a petit
sa gaiete; elle voyait souvent le bon cure, que le general aimait aussi
beaucoup, et qui devint le confesseur et le directeur de toute le
famille; Natasha etait heureuse; elle chantait et riait du matin au
soir. Le prince Romane etait devenu un membre indispensable de la
famille. On voyait sans cesse les Moutier, soit chez eux, soit au
chateau.
XXIII
TOUT LE MONDE EST HEUREUX. CONCLUSION
L'annee suivante, au commencement de l'ete, Moutier vint annoncer un
matin qu'Elfy avait une belle petite fille. Le general en fut tres
content.
"C'est moi qui suis parrain, dit-il.
--Et moi, je serai marraine", dit Mme Dabrovine. Moutier remercia et
courut porter la bonne nouvelle a Elfy. La marraine donna a sa filleule
Marie une charmante et utile layette. Le parrain lui donna vingt mille
francs et une foule de presents pour le pere, la mere et l'enfant.
Peu de temps apres la ceremonie du bapteme, qui fut suivie d'un repas
excellent et d'une abondante distribution de dragees et d'objets de
fantaisie, le general appela Natasha.
"Mon enfant, lui dit-il, sais-tu que je suis vieux?"
Natasha: "Je le sais, grand-pere; mais votre sante est bonne, et vous
vivrez longtemps encore."
Le General: "Mon enfant, sais-tu que je serais bien heureux si Romane ne
nous quittait jamais?"
Natasha: "Et moi aussi, grand-pere, je voudrais qu'il restat toujours
avec nous."
Le General: "S'il nous quittait, ce serait bien triste!"
Natasha: "Oh oui! bien triste; c'est lui qui anime tout, qui dirige
tout; mes freres et moi, nous ne faisons rien sans le consulter."
Le General: "Tu l'aimes donc?"
Natasha: "Je crois bien, que je l'aime! Je l'aime autant que vous,
grand-pere."
Le general sourit, baisa le front de Natasha.
Le General: "Eh bien, mon enfant, il depend de toi de faire rester
Romane pres de nous toujours."
Natasha: "De moi? Dites vite, grand-pere; que faut-il-faire?"
Le General: "Une chose bien simple: devenir sa femme, pour qu'il
devienne le fils de ta mere et le mien!"
Natasha, riant: "Moi? devenir sa femme! Oh! grand-pere, vous plaisantez
sans doute! Il ne voudrait pas de moi, qui suis si jeune et si folle!"
Le General: "Tu vas avoir dix-huit ans dans six mois, Natasha, et lui en
a vingt-huit; ce n'est pas..."
Natasha: "Mais il a tant souffert, grand-pere! C'est comme s'il en avait
quarante. Non, non, il est trop raisonnable pour vouloir m'epouser."
Le General: "Crois-tu qu'il ne t'aime pas?"
Natasha: "Au contraire, grand-pere, il m'aime beaucoup! Je le vois et
je le sens! Il pense toujours a moi, a mon bonheur, a mon plaisir;
il trouve bien tout ce que je dis, tout ce que je fais. Et meme,
grand-pere, je vous avouerai que je ris quelquefois de sa vivacite a me
defendre quand on m'accuse, de sa colere contre ceux qui me trouvent en
faute, de son aveuglement a mon egard; car, enfin, je parle et j'agis
souvent tres mal, et lui trouve toujours que j'ai raison. Oh oui! il
m'aime bien! Et moi aussi je l'aime bien!"
Le General: "Mais alors, pourquoi ne veux-tu pas l'epouser?"
Natasha, vivement: "Mais, moi, je ne demande pas mieux, grand-pere;
c'est lui qui ne voudra pas!
--C'est ce que nous allons voir, dit le general, riant et se frottant
les mains. Derigny, Derigny, aller me chercher Romane, et amenez-le-moi
vite, vite!"
Natasha: "Et moi, grand-pere, je me sauve..."
Le General: "Du tout, du tout, reste pres de moi."
Natasha: "C'est que je le generai pour refuser. Pauvre homme! ce sera
desagreable pour lui!"
Le General: "Ce sera sa punition, s'il refuse."
Natasha, rougissant: "Grand-pere, c'est que..., c'est que..."
Le General: "Quoi donc? Parle, mon enfant."
Natasha: Grand-pere, c'est que... je n'y pensais pas du tout avant que
vous m'en eussiez parle; mais, a present, s'il refuse, cela me fera de
la peine, et j'ai peur qu'il ne le voie; il est si bon! Il consentirait
alors, par pitie pour moi, et il serait tres malheureux!"
Natasha appuya sa tete sur l'epaule du general et pleura. Au meme moment
le prince entra."
Le General: "Viens, mon ami, mon bon Romane; viens m'aider a consoler ma
pauvre Natasha. Tu vois, elle pleure amerement, la, sur mon epaule, et
c'est toi qui la fais pleurer.
--Moi! s'ecria Romane en s'avancant precipitamment vers Natasha, en
retirent doucement une de ses mains de dessus l'epaule du general.
Natasha, ma chere enfant, comment ai-je pu faire couler vos pleurs, moi
qui donnerais ma vie pour vous voir heureuse!"
Natasha releva la tete et sourit; son visage etait baigne de larmes.
"C'est la faute de grand-pere, dit-elle."
Le General, riant: "Ah bien, voila une bonne invention, par exemple!
Romane, je vais te dire pourquoi elle se desole. Je sais qu'elle
t'aime, je sais que tu l'aimes! Elle a bientot dix-huit ans, tu en as
vingt-huit: je lui propose de devenir ta femme.
--Et elle ne veut pas? dit Romane en palissant et en laissant retomber
la main de Natasha."
Le General: "Tu n'y es pas elle veut bien; elle serait enchantee...
--Mais alors... pourquoi?... dit Romane, dont le visage exprima le plus
vif bonheur.
--Parce que mademoiselle pretend qu'elle est trop jeune, trop folle;
que tu ne voudras pas d'elle; que tu ne l'accepterais que par pitie, et
cette crainte la fait pleurer."
Romane reprit vivement la main de Natasha, s'agenouilla devant le
general et dit d'une voix emue:
"Mon cher et excellent ami, je vous demande a genoux la main de cette
chere et aimable enfant, qui fera mon bonheur comme je ferai le sien;
recevez-moi dans votre famille, a moins que Natasha ne me repousse, moi
pauvre et proscrit.
--Que je refuse, moi! s'ecria Natasha en se jetant dans les bras de son
grand-pere. Grand-pere, dites oui, pour le rassurer.
--Que Dieu vous benisse, mes enfants! dit le general les yeux pleins
de larmes et les serrant tous deux contre son coeur. Tous mes voeux sont
combles. Romane, mon fils, prends ce tresor charmant que toi seul es
digne de posseder; allez, mes enfants, trouver votre mere, qui attend le
resultat de notre conversation. Va, ma Natasha, va presenter a ta mere
le fils qu'elle desire depuis longtemps."
Natasha et Romane embrasserent tendrement le vieux general, et allerent
tous deux se jeter dans les bras de Mme Dabrovine, qui les embrassa et
les benit en pleurant.
La nouvelle du mariage de Natasha fut portee par elle-meme aux Derigny
et au bon cure, qui etaient depuis longtemps dans le secret; puis a Elfy
et a Moutier.
Le general demanda qu'on hatat la ceremonie.
"Je n'aime pas a attendre, dit-il. Vous vous connaissez bien, n'est-ce
pas? A quoi bon attendre? Attendre quoi?"
Romane sourit et regarda Natasha, qui sourit aussi.
"Eh bien! personne ne repond? dit le general.
--A quand fixez-vous le noce, mon pere? dit Mme Dabrovine. Le General:
"A une quinzaine, pour avoir largement le temps de tout organiser."
Madame Dabrovine: "Largement! une quinzaine! Mais, mon pere, je n'ai pas
le temps d'avoir le trousseau de Natasha."
Le General: "Eh bien, Romane la prendra sans trousseau! N'est-ce pas,
Romane?"
Pour toute reponse, Romane proposa d'aller de suite porter la bonne
nouvelle au cure et aux Moutier. Le general, Mme Dabrovine, les enfants,
les Derigny, voulurent etre de la partie, on y alla en deux voitures. Le
general annonca a tous les gens du pays qu'il rencontra que le mariage
de sa petite-fille aurait lieu dans quinze jours, et les invita a la
noce, y compris le repas.
Derigny se mit en campagne pour organiser une fete qui laissat de bons
et glorieux souvenirs dans le pays. Le general fit venir le notaire.
"Je donne, dit-il, quatre millions a ces enfants, dont deux a Romane et
deux a Natasha. Le reste de mes treize millions sera pour la mere et
pour les garcons, sauf quelques legs a mes amis."
Le temps fut superbe le jour du mariage, tout le pays etait invite a la
noce; on dressa des tables sous des tentes dans la prairie devant le
chateau; le repas fut magnifique. Natasha et Romane avaient demande
au general que les pauvres eussent une large part dans la depense;
cinquante familles recurent par l'entremise du cure des sommes
considerables qui les tirerent de la misere; les pauvres de la commune
furent particulierement favorises. Apres le repas, on dansa jusqu'au
lendemain, comme aux noces d'Elfy, mais le general, devenu plus vieux,
ne dansa ni ne valsa.
Ils vivent tous ensemble et restent tendrement unis. Le general rend
tous les jours de ferventes actions de graces a Dieu du bonheur dont
jouissent Natasha et Romane, et du calme revenu dans le coeur de Mme
Dabrovine. Romane veut terminer l'education de ses jeunes beaux-freres.
"Et ils seront, dit le general, des chretiens fervents et des jeunes
gens accomplis. Et ils feront de bons mariages; quant a Jacques, il
epousera la fille d'Elfy; Paul epousera la seconde fille...
Natasha: "Mais Elfy n'en a qu'une, grand-pere!"
Le General: "Cela ne fait rien! Elle en aura une seconde! Jacques sera
mon regisseur avec son pere; Paul restera avec Moutier; Derigny et sa
femme ne me quitteront jamais; et je mourrai, vous leguant a tous des
sommes considerables, entoure de mes enfants et petits-enfants, dans les
bras de notre bon cure, qui restera toujours notre confesseur et notre
directeur a tous; et je reposerai dans le tombeau de famille, ou vous me
rejoindrez un jour."
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