Book Review: The Case Against Adolescence by Doug French
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Abelard, Tome I. written by Charles de Remusat

C >> Charles de Remusat >> Abelard, Tome I.

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ABELARD

PAR

CHARLES DE REMUSAT.

1845

Spero equidem quod gloriam eorum
qui nunc sunt posteritas celebrabit.

Jean de SALISBURY, disciple d'Abelard.
_Metalogicus in prologo_.



TOME PREMIER




PREFACE.

On se propose dans cet ouvrage de faire connaitre la vie, le caractere,
les ecrits et les opinions d'Abelard, et de recueillir tout ce qu'il
est utile de savoir pour marquer sa place dans l'histoire de l'esprit
humain.

Abelard est moins connu qu'il n'est celebre, et sa renommee semble
romanesque plutot qu'historique. On sait vaguement qu'il fut un
professeur, un philosophe, un theologien, qu'il se fit une grande
reputation dans les ecoles du moyen age, et qu'il exerca une puissante
influence sur les etudes et les idees de son temps. Mais dans quel sens
dirigea-t-il les esprits, quel etait le fond de ses doctrines, quelle
la nature de son talent, quels les titres de ses ouvrages, quel role
joua-t-il dans les lettres et dans l'Eglise, voila ce qu'on ignore; et
le vulgaire meme raconte la fatale histoire de ses amours. C'est par ce
souvenir que le nom d'Abelard est reste populaire.

Peut-etre a la faveur de ce souvenir, le tableau que j'entreprends de
tracer inspirera-t-il quelque curiosite. Peut-etre souhaitera-t-on
de mieux connaitre l'homme dont on a si souvent entendu rappeler
les aventures, et l'amant servira-t-il a recommander le philosophe.
Moi-meme, je l'avouerai, ce n'est point par l'histoire que j'ai commence
avec lui. C'est dans le monde de l'imagination que je l'avais cherche
d'abord, et l'etude de la philosophie n'a pas donne naissance a cet
ouvrage.

Le lecteur me permettra-t-il de lui en retracer brievement l'histoire?

Il y a quelques annees qu'en reflechissant sur un sujet que la reflexion
n'epuisera pas, sur ce que devient la nature morale de l'homme dans les
temps ou l'intelligence prevaut sur tout le reste, je fus conduit a
me demander s'il n'y aurait pas moyen de concevoir un ouvrage ou la
puissance de l'esprit, devenue superieure a celle du caractere, serait
mise en presence des plus fortes realites du monde social, des epreuves
de la destinee, des passions meme de l'ame. La lutte de l'esprit tout
seul avec la vie tout entiere me paraissait interessante a decrire
encore une fois, et je cherchais dans quel temps, sur quelle scene,
par quels personnages, il serait bon de la representer. Pour que cette
peinture fut frappante et vive, en effet, il ne me semblait pas qu'elle
dut avoir pour cadre un sujet imaginaire. Un heros ideal qui a une
epoque indeterminee se mesure avec des etres d'invention, ne saurait
offrir un exemple qui saisisse et qui emeuve; si vraisemblable qu'on
s'attache a le faire, il parait toujours hors du vrai, et la situation
ou on le place est prise pour une combinaison de fantaisie. La pensee
morale que j'aspirais a mettre en action, ne pouvait prendre tout son
relief et produire tout son effet que sur un fond de realite.

Je revais a tout cela, lorsqu'il m'arriva un de ces hasards qui ne
manquent guere aux auteurs preoccupes d'une idee. Un jour, mes yeux
s'arreterent sur l'affiche d'un theatre ou se lisait le nom que j'ecris
aujourd'hui au titre de cet ouvrage. Seulement ce nom etait suivi
d'un autre que la philosophie seule a le triste courage d'en separer.
Soudain, la pensee qui flottait dans mon esprit se fixa, pour ainsi
dire; elle s'unit au nom d'Abelard, et prit des lors une forme
distincte: le sujet necessaire me parut trouve. Et prenant dans
l'histoire les faits et les situations, dans les moeurs et dans les
hommes du XIIe siecle, les traits et les couleurs, je composai avec une
sorte d'entrainement un ouvrage en forme de roman dramatique, qui, lui
aussi, s'appelle Abelard.

Quelques personnes pourront se souvenir d'en avoir entendu parler.
J'avais ecrit sous l'empire d'une sorte de passion pour mon sujet, pour
mon idee, mais avec le sentiment d'une independance absolue. La science,
la foi et l'amour, l'ecole, le gouvernement et l'Eglise, j'avais essaye
de tout peindre, sans rien ecarter, sans rien adoucir, sans rien
menager, ne supposant pas meme un moment qu'un si etrange tableau
put jamais passer sous les yeux du public. Mais qui ne connait les
faiblesses paternelles? Quel auteur ne prend confiance dans l'ouvrage
dont la composition l'a charme? J'ai donc un jour songe a livrer aux
perils de la publicite ce premier Abelard. Cependant il s'agissait d'une
oeuvre qui contient sans doute une pensee serieuse et morale, mais sous
les formes les plus libres de la realite et de l'imagination, ou dans
le cadre des moeurs grossieres du XIIe siecle, la lutte violente des
croyances, des idees et des passions est representee avec une franchise
qui peut paraitre excessive, avec un abandon qui peut blesser les
esprits severes. C'est une de ces oeuvres enfin qui n'ont qu'une excuse
possible, celle du talent.

Je me figurai quelque temps que je pourrais lui en creer une autre;
c'est alors que je concus le projet d'opposer l'histoire au roman, et
de racheter le mensonge par la verite. A des fictions dramatiques,
je resolus de joindre un tableau de philosophie et de critique ou le
raisonnement et l'etude prissent la place de l'imagination. Changeant de
but et de travail, je m'occupai alors de mieux connaitre l'Abelard de la
realite, d'apprendre sa vie, de penetrer ses ecrits, d'approfondir ses
doctrines; et voila comme s'est fait le livre que je soumets en ce
moment au jugement du public. Destine a servir d'accompagnement et
presque de compensation a une tentative hasardeuse, il parait seul
aujourd'hui. Des illusions temeraires sont a demi dissipees; une sage
voix que je voudrais ecouter toujours, me conseille de renoncer aux
fictions passionnees, et de dire tristement adieu a la muse qui les
inspire:

Abi
Quo blandae juvenum te revocant preces.

Ce recit servira du moins a temoigner de mes consciencieux efforts pour
rendre cet ouvrage moins indigne du sujet. Plus je tenais a expier en
quelque sorte une composition d'un genre moins severe, plus je devais
tacher de donner a celle-ci les merites qui dependent de l'etude, de
la patience et du travail. Je n'ai rien neglige pour savoir tout le
necessaire, pour ne parler qu'en connaissance de cause, et dans la
partie historique j'espere m'etre approche de la parfaite exactitude.
L'etendue de mes recherches, et plus encore la revision de quelques
savants amis m'ont donne confiance dans ma fidelite d'historien.

On trouvera donc ici une biographie d'Abelard plus complete qu'aucune
autre, aussi complete peut-etre que permet de la faire l'etat des
monuments connus jusqu'a ce jour. Quant a l'interet du recit, il me
parait, a moi, tres-vif dans les faits memes. Qui sait s'il ne se sera
pas evanoui sous ma main?

Mais tout n'est pas histoire dans cet ouvrage. Apres la premiere partie,
qui renferme la vie d'Abelard et qui peut aussi donner une vue generale
de son talent et de ses idees, il me restait a faire connaitre ses
ecrits. A l'exception de quelques lettres sur ses malheurs, ils sont
tous philosophiques ou theologiques: j'ai donc joint au livre premier,
un livre sur la philosophie, un livre sur la theologie d'Abelard. Cette
partie de mon travail, pour etre la plus neuve, n'etait pas la plus
attrayante, et j'ignore si ce n'est point une temerite que d'avoir
voulu rendre de l'interet a la science si longtemps decriee sous le nom
desastreux de scolastique.

A la fin du dernier siecle, une telle entreprise aurait paru insensee.
Le temps meme n'est pas loin ou le courage m'aurait manque pour
l'accomplir. Mais de nos jours, le tombeau du moyen age a ete rouvert
avec encore plus de curiosite que de respect. On s'est plu a y
contempler les grands ossements que les annees n'avaient pas detruits,
a y recueillir les joyaux grossiers ou precieux qui brillaient encore
meles a de froides poussieres. Les monuments ou ces reliques languirent
oubliees si longtemps, sont devenus l'objet d'une admiration passionnee,
comme s'ils etaient retrouves d'hier, et que la terre les eut jadis
enfouis dans son sein. Ne pouvant inventer le neuf, on s'est epris du
plaisir de comprendre le vieux. L'enthousiasme du passe est venu colorer
la critique, echauffer l'erudition. A juger severement notre epoque, on
pourrait dire que les faits reels reveillent seuls en elle l'imagination
et qu'elle ne retourne a la poesie que par l'histoire.

A-t-il ete presomptueux d'esperer que le gout d'antiquaire qui s'attache
aux moeurs, aux formes, aux edifices des ages gothiques, s'etendrait
jusqu'a leurs idees, et qu'on aimerait a connaitre la science
contemporaine de l'art qu'on admire?

Il ne faut rien dissimuler, ce livre est tres-serieux. Nous ne nous
sommes point arrete a la surface. Rassembler en passant quelques traits
de la physionomie d'un homme et d'une epoque, offrir de rares extraits,
piquants par leur singularite, choisis a plaisir dans les debris d'une
litterature a demi barbare, aurait suffi peut-etre pour donner a
quelques pages un interet de curiosite. Ce n'etait pas assez pour nous.
Notre ambition a ete de faire connaitre, avec les ouvrages d'Abelard, le
fond et les details de ses doctrines, les procedes de son esprit, les
formes de son style, d'eclairer ainsi, a sa lumiere, toute une periode
encore obscure de la vie intellectuelle de la societe francaise. Qu'on
ne s'attende donc point a trouver seulement ici des fragments epars
de philosophie ou de theologie; mais bien une philosophie, mais une
theologie, chacune avec ses principes, sa methode et son langage,
chacune telle qu'un vieux passe l'a connue, admiree, celebree, alors que
l'ecole etait pour nos aieux ce que la presse est devenue pour leurs
enfants. Au lieu de presenter des considerations generales sur l'esprit
de notre philosophe, nous suivrons cet esprit dans sa marche, nous le
decrirons dans ses monuments. Ce ne sera pas une simple critique, mais,
s'il est possible, une reproduction du genie d'un homme. Ce sera en meme
temps, si nos forces ne trahissent pas nos desseins, une introduction
utile a l'etude de la scolastique, et par consequent a l'histoire de
l'esprit humain dans le moyen age.

Cet ouvrage devra toute son originalite a son exactitude, et rien
n'y paraitra nouveau que ce qui sera scrupuleusement historique.
L'intelligence et le savoir affectaient jadis des formes si differentes
de celles qui nous semblent aujourd'hui les plus naturelles, peut-etre
parce qu'elles nous sont les plus familieres; le caractere des
questions, le choix des arguments, la portee des solutions, tout est si
etrange chez les scolastiques, que la raison meme, dans leurs livres,
n'est pas toujours reconnaissable, et que le bon sens y prend
quelquefois une tournure de paradoxe. La scolastique produit aujourd'hui
l'effet d'une science en desuetude qui etonne et ne persuade plus.
Cependant, pour qui ne s'en tient pas a l'apparence, pour qui brise
l'enveloppe que pretaient a la pensee le gout et l'erudition du temps,
la scolastique contient dans son sein, elle offre dans son cours et les
problemes de tous les siecles et quelquefois les idees du notre. C'est
que les formes de la science peuvent varier, mais le fond est invariable
comme l'esprit humain. Les Grecs n'ont presque rien dit a la maniere
des modernes, et cependant ils ont connu tous les systemes, toutes les
hypotheses dont les modernes se sont vantes. Je ne sais pas meme une
erreur dans laquelle ils ne nous aient devances. Quand on lit les
Dialogues de Platon, on y voit figurer, sous des noms antiques, Hobbes,
Locke, Hume et Kant lui-meme. Ainsi chez les maitres de la scolastique,
nous reconnaissons des Euthydeme et des Protagoras, quelquefois
Democrite, Empedocle ou Parmenide, ca et la des idees de Platon, partout
le souvenir et l'imitation d'Aristote. Sans doute le moyen age morcelait
la philosophie; mais toutes les parties s'en tiennent si etroitement
qu'on ne peut longtemps en isoler une, et des voies differentes y
ramenent au meme point. L'esprit humain n'innove guere que dans les
methodes, et les methodes diversifient, mais ne detruisent pas son
identite. Les idees sur lesquelles porte la philosophie se presentent
comme d'elles-memes a la reflexion. Des que l'esprit se regarde, il les
retrouve. C'est un heritage substitue de generation en generation, comme
ces pierres precieuses qui se perpetuent dans les familles, et dont
la disposition seule change suivant la mode et le gout des diverses
epoques. Indestructibles, et inalterables, ces idees demeurent dans
l'esprit humain comme des symboles de l'eternelle verite.

Elles ne manquent donc a aucune grande philosophie; et elles peuvent
etre decouvertes sous tous les voiles que les caprices du raisonnement
leur ont pretes. Il est curieux et piquant parfois de les reconnaitre,
malgre les deguisements dont les revetent la philosophie et la theologie
de nos peres. Cet interet nous soutenait dans la tache ingrate de
penetrer au fond de ces deux sciences, d'en reproduire les idees et les
expressions, de leur rendre, s'il nous etait possible, la vie et la
lumiere. Cette restauration etait une oeuvre assez nouvelle. Depuis
quelques annees, on a bien su ressaisir avec sagacite le sens intime de
toutes les doctrines, on les a traduites avec succes dans une langue
commune, celle de la critique contemporaine. Mais a peine a-t-on ose,
dans de courts passages, faire revivre l'enseignement original des
maitres du passe. A peine celui qui a le premier parmi nous entrepris de
retirer la scolastique d'un oubli de deux siecles, a-t-il ose lui rendre
a certains moments et ses formes et son style. Par le choix de notre
sujet, par l'etendue de notre travail, nous avons du nous jeter
audacieusement dans cette oeuvre de restitution scientifique. Nous
sommes rentre dans la nuit du moyen age, pour y marcher le flambeau a
la main. Un historien dont la science profonde est vivifiee par une
puissante imagination, a su ranimer les sentiments et les moeurs de
la societe de ces temps-la. Il a remis sur ses pieds le Germain, le
Gaulois, le Saxon, le Normand. Ce qu'il a si habilement fait pour
l'homme moral, pour l'homme politique, serait-il chimerique de le tenter
pour l'homme intellectuel? A cote du guerrier franc, du magistrat
communal, du serf des cites ou des champs, en face du roi, du leude et
du pretre, reprenant a sa voix la parole et l'action, ne pourrait-on
faire revivre l'ecrivain et le philosophe, aux luttes des races opposer
les combats des ecoles, aux jeux de la force, les guerres de l'esprit?
Est-il impossible de convoquer encore pour un instant les hommes du XIXe
siecle autour d'une de ces chaires eloquentes ou la raison humaine,
essayant sa puissance, begayant des verites timides, preparait, il y a
sept cents ans, la lointaine emancipation du monde?


PREUVES ET AUTORITES

DE

L'HISTOIRE D'ABELARD.


On a beaucoup ecrit sur Abelard, mais on s'est beaucoup repete, et il
faut bien choisir les autorites, quand on parle de lui. Parmi celles que
nous allons citer, les unes, qui sont originales, et ce que les anciens
editeurs appelaient _testimonia_, datent de son temps ou viennent
de ceux qui avaient pu connaitre ses contemporains; les autres sont
posterieures et n'ont qu'une valeur relative a l'instruction, a la
veracite, a la sagacite de l'ecrivain.


I.

AUTORITES DU XIIe SIECLE ET DU SUIVANT.

I.--_Historia calamitatum_, ou l'_Epistola prima_. Ce sont les Memoires
de sa vie ecrits par lui jusque vers l'annee 1135. Cette lettre a ete
donnee pour la premiere fois dans ses Oeuvres, par Duchesne, qui y a
joint d'excellentes notes. Le meilleur texte, bien qu'incomplet, a ete
revu sur le manuscrit 2923 de la Bibliotheque Royale, et insere dans
le Recueil des historiens des Gaules et de la France (t. XIV, p. 278).
Turlot, qui l'a reproduit en presque totalite, dit que le manuscrit
a appartenu a Petrarque et contient des notes de lui. (_Abail. et
Heloise_, p. 4.) La bibliotheque de Troyes possede un manuscrit sous le
n'o 802, qui a ete collationne avec l'imprime a la demande de M. Cousin;
il contient de nombreuses differences assez peu importantes, sauf une
seule qui sera indiquee.

II.--Les lettres d'Heloise et d'Abelard, souvent reimprimees et
traduites. La premiere traduction est celle de Jean de Meung, le
manuscrit en existe a la Bibliotheque du Roi. La premiere edition
du texte est celle qui fait partie des Oeuvres deja citees: _Petri
Abaelardi filosofi et theologi abbatis ruyensis et Heloisae conjugis
ejus primae paracletensis abbatissae Opera, nunc primum edita ex Mss.
codd. V. Illus. Francisci Amboesii_, etc., in-4 deg.. Paris, 1616. Cette
edition des Oeuvres d'Abelard, la premiere et la seule qui porte ce
titre, est appelee indifferemment l'edition d'Amboise ou de Duchesne;
elle contient les lettres d'Abelard et d'Heloise, des lettres de saint
Bernard, du pape Innocent II, de Pierre le Venerable, de Berenger de
Poitiers, de Foulque de Deuil, etc., toutes pieces importantes pour
l'histoire d'Abelard, ainsi que plusieurs de ses ouvrages theologiques
qui ne sont encore imprimes que la. Les principaux sont: 1 deg. le
Commentaire sur l'epitre aux Romains; 2 deg. l'Introduction a la theologie;
3 deg. les Sermons. Voyez sur cette edition Bayle, _Dict. crit_., art. _Fr.
d'Amboise_, et l'_Histoire litteraire de la France_, par les benedictins
de Saint-Maur et l'Institut, t. XII, p. 149.

La seconde edition complete des lettres, contenant toutes celles que
d'Amboise a donnees; _P. Abaelardi abbatis ruyensis et Heloissae
abbatissae paracletensis Epistolae, edit. cur. Ricardi Rawlinson_,
in-8 deg.. Londres, 1718. Le texte a ete revu avec soin, mais corrige avec
trop de hardiesse, d'apres un manuscrit d'une existence douteuse.

III.--Les autres ouvrages d'Abelard, savoir:

_Petri Abaelardi Theologia christiana.--Ejusdem Expositio in Hexameron_.
(Durand et Martene, Thesaur. nov. anedoct., t. V, p. 1139 et 1361.)

_Petri Abaelardi Ethica, seu liber dictus: SCITO TE IPSUM_. (Bernard
Pez, Thesaur. anecdot. noviss., t. III, pars II, p. 626.)

_Petri Abaelardi Dialogus inter philosophum, judaeum et christianum_.
(Frid. Henr. Rheinwald, Anecdot. ad histor. ecclesiast. pertin., partie.
I, Berolini, 1831.)

_Petri Abaelardi Epitome theologiae christianae_, (F. H. Rheinwald, meme
recueil, partie II, 1835.)

Ouvrages inedits d'Abelard, pour servir a l'histoire de la philosophie
scolastique en France, publies par M. Victor Cousin. Les principaux
ouvrages sont: 1 deg. _Petri Abaelardi Sic et Non_; 2 deg. _Ejusdem Dialectica_;
3 deg. _Ejusdem fragmentum de Generibus et Speciebus_. (Documents inedits
relat. a l'Hist. de France, publies par ordre du gouvernement, in-4 deg.,
1836, p. 3, 173 et 507.) _Petri Abaelardi tractatus de Intellectibus_.
(Cousin, Fragm. philos. 1840, t. III, Append. XI, p. 448.)

Deux prefaces inedites d'Abailard, publiees par M. Lenoble dans les
Annales de philosophie chretienne, janvier 1844.

Les poesies qui se trouvent disseminees dans divers recueils, savoir:

1 deg. l'edition des Oeuvres donnee par d'Amboise, p. 1136;

2 deg. _Veterum scriptorum et monumentorum amplissima Collectio_, t. IX, p.
1091;

3 deg. _Gallia Christiana_, t. VII, p. 595;

4 deg. _Les Fragments philosophiques_ de M. Cousin, 1840, t. III, p. 440;

5 deg. _Spicilegium vaticanum. Beitraege zur naehern Kenntniss der
Vatikanischen Bibliothek fuer deutsche Poesie des Mittelalters, von Carl
Greith._, Frauenfield, 1838;

6 deg. _Bibliotheque de l'ecole des Chartes_, t. III, 2e livr. 1842.

Le dernier recueil a fait connaitre les hymnes decouverts dans un
manuscrit de Bruxelles, dont nous avons eu sous les yeux une copie et un
specimen par M. Th. Oehler, et qui est intitule: _P. Ab. sequentiae et
hymni per totum anni circulum in virginum monast. paraclet_.

IV.--Les ouvrages de controverse des contemporains d'Abelard, savoir:

Les lettres de saint Bernard, _S. Bernardi Opera omnia_, edition de
Mabillon, 1690, vol. I, _passim_. Les lettres directement relatives a
Abelard se retrouvent dans le recueil de ses Oeuvres par d'Amboise.

Les lettres de Pierre le Venerable, _Vita S. Petri Vener. et Epistolae_.
(Bibliotheca cluniacensis, p. 553 et 621; edition de Duchesne avec des
notes, 1614.)

La lettre de Guillaume de Saint-Thierry contre Abelard et la
dissertation annexee, _Disputatio adversus P. Abaelardum_. (Bibliotheca
patrum cistercensium, par Tissier, 1660-1669, t. IV, p. 112.)

La dissertation d'un abbe anonyme (Geoffroy d'Auxerre?) contre le meme,
_Disputatio anonymi abbatis adversus dogmata P. Abaelardi_. (Meme
recueil, t. IV, p. 228.)

La lettre de Gautier de Mortagne a Abelard, _Epistola Gualteri de
Mauritania, episcopi laudunensis_. (Spicilegium, sive Collectio veterum
aliquot scriptorum, D. Luc. d'Achery, edition de de la Barre, 1723, t.
III, p. 520.)

Les lettres de Hugues Metel adressees a Innocent II, a Abelard, a
Heloise, _Hugon. Metelli Epist._ IV, V, XVI et XVII. (Car. Lud. Hugo,
Sacr. antiquit. Monum., t. II, p. 330 et 348.)

L'ouvrage de Gautier de Saint-Victor contre les theologiens
dialecticiens de son temps, ecrit vers 1180, _Liber M. Walteri prior.
S. Vict. Parisius contra manifestas et damnatas etiam in conciliis
haereses_, manuscrit de l'abbaye de Saint-Victor, et dont on trouve
de longs extraits dans Duboulai. (Hist. univ. parisiens., t. II, p.
629-660.)

V.--Les recits ecrits par les contemporains ou dans le XIIIe siecle.

Les vies de saint Bernard ecrites de son temps, _Ex vita et rebus
gestis S. Bernardi, lib. III, a Gaufrido autissiod. seu claraeval.
monach.--Epistola ejusdem ad episcopum albanensem, ex vit. S. Bernardi_,
ab Alano, episc. autissiod. (Recueil des historiens des Gaules et de la
France, t. XIV, p. 327, 370 et suiv.)

_Johannis Saresberensis Metalogicus_, lib. I, cap. I et V; lib. II, cap.
X et _passim_. Jean de Salisbury avait entendu les lecons d'Abelard et
frequente les principales ecoles des Gaules.--_Ejusdem Policraticus,
sive de Nugis curialium, cui accedit Metalog._, 1 vol. in-12, 1639, lib.
II, cap. XXII, et lib. VII, cap. XII. (Voyez les extraits de cet auteur
dans le Recueil des histor., t. XIV, p. 300 et suiv.)

_Otto Frisingensis, de gestis Friderici I Caesaris Augusti_, lib. I, cap.
XLVI, XLVII et seq. Othon, abbe de Morimond, de l'ordre de Citeaux, puis
eveque de Frisingen (Freising, en Baviere), neveu de l'empereur Henri
V, a compose une chronique de l'empereur Frederic Barberousse, dont
il etait oncle paternel, et il y raconte la vie et la condamnation
d'Abelard, son contemporain. (1 vol. in-folio, Basil., 1569, et Recueil
des histor., t. XIII, p. 654.)

_Ex vita S. Gosvini aquicinctensis abbatis_ lib. I, cap. IV et XVIII.
Gosvin, abbe d'Anchin, fut un des adversaires actifs d'Abelard; sa vie a
ete ecrite par des moines de son couvent, ses contemporains.(Recueil des
histor., t. XIV, p. 442.)

Extraits de diverses chroniques composees au XIIe siecle ou dans les
suivants; les plus importants sont tires de:

1 deg. Guillaume de Nangis, _Ex Chronic. Guillielm. de Nangiaco_. (Recueil
des histor., t. XX, p. 731, ou _Spicilegium_ de d'Achery, t. III, p.
1-6.)

2 deg. Robert d'Auxerre, _Ex Chronologia Roberti monach. S. Marian.
altissiod._ (Recueil des histor., t. XII, p. 293.)

3 deg. La Chronique d'un anonyme, _Ex Chronico ab initio mundi usque ad A.C.
1160_. (_Id., ibid._, p. 120.) 4 deg. Richard de Poitiers, moine de Cluni,
_Ex Chronic. Richardi pict._ (_id., ibid._, p. 415.)

5 deg. L'appendice a la chronique de Sigebert, par Robert, _Ex Roberti
proemonstr. appendice ad Sigeberti chronographiam._ (_id._, t. XIII,
p. 330, ou dans le recueil intitule: Illustrium veterum scriptorum qui
rerum a Germ. gest., etc., t. I, p. 626; 2 vol. in-folio, Francfort,
1573.)

6 deg. Alberic, moine de Trois-Fontaines, _Ex Chronic. Alberici Trium
Fontium monachi._ (Recueil des histor., t. XIII, p. 700.)

7 deg. Guillaume Godelle, moine de Saint-Martial de Limoges, _Ex Chronic.
Willelm. Godelli, mon. S. Mart. lemov._ (_id., ibid._, p. 675.)

_Vincentius Burgundus proesul bellovacensis_. (Bibliotheca Mundi, 4 vol.
in-folio, 1624.--T. IV, _Specul. historial._, lib. XXVII, cap. XVII.)
Vincent de Beauvais vivait au milieu du XIIIe siecle.

Il y a encore dans d'autres chroniques, comme dans quelques cartulaires,
des lignes isolees ou Abelard est nomme, et dont l'historien peut faire
son profit, mais qui ne meritent point d'etre rappelees. Je ne fais
que mentionner un chant funebre sur la mort d'Abelard, rapporte par M.
Carriere dans son edition allemande des lettres (voyez ci-apres, page
262), et une curieuse chanson bretonne en dialecte de Cornouaille, ou
Heloise, _Loiza_, raconte qu'instruite par son clerc, _ma o'hloarek, ma
dousik Abalard_, elle est devenue, grace a la connaissance des langues,
une sorciere semblable aux druidesses celtiques. (_Barzas-Breiz_, Chants
populaires de la Bretagne, publies par M. Th. de la Villemarque, t. I,
p. 93. Paris, 1839.)


II.

AUTORITES POSTERIEURES AU XIIIe SIECLE.

1.--Un grand nombre d'historiens qui ne s'occupaient point specialement
d'Abelard, ont ete conduits par leur sujet a ecrire sa vie ou a en
donner le sommaire, particulierement d'apres l'_Historia calamitatum_ et
Othon de Frisingen.

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