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Book Review: The Case Against Adolescence by Doug French
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Opener -- Vladeck 28 (1): 287 -- QUICK SEARCH: Author: Keyword(s): Year: Vol: Page: , 28, no. 1 (2009): 287-288 doi: 10.1377/hlthaff.28.1.287 2009 by New Online This Article Services Google Scholar PubMed Book Reviews BOOK REVIEWS Assume A Can Opener

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Portraits litteraires, Tome II. written by C. A. Sainte Beuve

C >> C. A. Sainte Beuve >> Portraits litteraires, Tome II.

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"Dans une premiere formation, tous les esprits different. Mon opinion
est qu'il ne faut pas nommer pendant plusieurs annees les conseillers
ordinaires.

"Il faut attendre que l'Universite soit organisee comme elle doit
l'etre.

"Trente conseillers dans une premiere formation ne produiraient que
desordre et qu'anarchie.

"On a voulu que cette tete opposat une force d'inertie et de resistance
aux fausses doctrines et aux systemes dangereux.


"Il ne faut donc composer successivement cette tete que d'hommes qui
aient parcouru toute la carriere et qui soient au fait de beaucoup de
choses.

"Les premiers choix sont en quelque sorte faits comme on prend des
numeros a la loterie.

"Il ne faut pas s'exposer aux chances du hasard. Dans les premieres
seances d'un Conseil ainsi nomme, je le repete, tous les esprits
different; chacun apporte sa theorie et non son experience.

"On ne peut etre bon conseiller qu'apres une carriere faite.

"C'est pourquoi j'ai fait moi-meme voyager mes conseillers d'Etat
avant de les fixer aupres de moi. Je leur ai fait amasser beaucoup
d'observations diverses avant d'ecouter les leurs.

"Les inspecteurs, dans ce moment, sont donc vos ouvriers les plus
essentiels. C'est par eux que vous pouvez voir et toucher toute votre
machine. Ils rapporteront au Conseil beaucoup de faits et d'experience,
et c'est la votre grand besoin. Il faut donc les faire courir a franc
etrier dans toute la France, et leur recommander de sejourner au moins
quinze jours dans les grandes villes. Les bons jugements ne sont que la
suite d'examens repetes.

"Souvenez-vous que tous les hommes demandent des places.

"On ne consulte que son besoin, et jamais son talent.

"Peut-etre meme vingt conseillers ordinaires, c'est beaucoup; cela
compose la tete du Corps d'elements heterogenes. Le veritable esprit
de l'Universite doit etre d'abord dans le petit nombre. Il ne peut se
propager que peu a peu, que par beaucoup de prudence, de discretion et
d'efforts perseverants.

"... Fontanes, savez-vous ce que j'admire le plus dans le monde?...
C'est l'impuissance de la force pour organiser quelque chose.

"Il n'y a que deux puissances dans le monde, le sabre et l'esprit.

"J'entends par l'esprit les institutions civiles et religieuses... A la
longue, le sabre est toujours battu par l'esprit."

Est-il besoin de faire ressortir tout ce qu'a de prophetique, dans une
telle bouche, cet aveu, ce cri eclatant, soudain, jete la comme en
_post-scriptum_, sans qu'on nous en donne la liaison avec ce qui
precede, sans qu'il y ait eu d'autre liaison peut-etre! vraies paroles
d'oracle!

O vous tous, Puissants, qui vous croiriez forts sans l'esprit,
rappelez-vous toujours qu'en ses heures de miracle, entre Iena et
Wagram, c'est ainsi que le sabre a parle[139].

[Note 139: Contradiction et illusion! En meme temps qu'il proclamait
cette victoire definitive de l'esprit, Napoleon meconnaissait l'esprit
dans sa propre essence, et il croyait que, pour le produire, il suffit
de le commander. Je trouve dans les papiers de Fontanes la note
suivante, dictee par l'Empereur a Bordeaux le 12 avril 1808, et adressee
au ministre de l'interieur. M. Halma, bibliothecaire de l'Imperatrice,
avait demande, par une note a l'Empereur, d'etre nomme le continuateur
de Velly, Villaret et Garnier; il s'etait propose, en outre, pour
continuer l'_Abrege chronologique_ du president Henault. L'Empereur
avait renvoye cette proposition au ministre de l'interieur. M. Cretet
avait repondu que la demande de M. Halma ne pouvait etre accueillie,
par la raison que ce n'etait pas au gouvernement a intervenir dans une
semblable entreprise; qu'il fallait la laisser a la disposition des gens
de lettres, et qu'il convenait de reserver les encouragements pour des
objets d'un plus vaste interet. Informe de cette reponse, l'Empereur
prend feu, et dicte la Note secrete que voici:

"Je n'approuve pas les principes enonces dans la note du ministre de
l'interieur. Ils etaient vrais il y a vingt ans, ils le seront dans
soixante: mais ils ne le sont pas aujourd'hui. Velly est le seul auteur
un peu detaille qui ait ecrit sur l'histoire de France; l'_Abrege
chronologique_ du president Henault est un bon livre classique: il est
tres-utile de les continuer l'un et l'autre. Velly finit a Henri IV, et
les autres historiens ne vont pas au dela de Louis XIV. _Il est de la
plus grande importance_ de s'assurer de l'_esprit_ dans lequel ecriront
les continuateurs. La _jeunesse_ ne peut bien juger les faits que
d'apres la maniere dont ils lui seront presentes. _La tromper_ en lui
retracant des souvenirs, c'est lui preparer des erreurs pour l'avenir.
J'ai charge le ministre de la police de veiller a la continuation de
Millot, et je desire que les deux ministres se concertent pour faire
continuer Velly et le president Henault. Il faut que ce travail soit
confie non-seulement a des auteurs d'un vrai talent, mais encore a des
hommes attaches, qui presentent les faits sous leur veritable point de
vue, et qui preparent une instruction saine, en prenant ces historiens
au moment ou ils s'arretent et en conduisant l'histoire jusqu'en l'an
VIII.

"_Je suis bien loin de compter la depense pour quelque chose_. Il est
meme dans mon intention que le ministre fasse comprendre qu'il n'est
_aucun_ travail qui puisse _meriter davantage_ ma protection.

"Il faut faire sentir a chaque ligne l'influence de la cour de Rome, des
billets de confession, de la revocation de l'Edit de Nantes, du ridicule
mariage de Louis XIV avec madame de Maintenon, etc. Il faut que la
faiblesse qui a precipite les _Valois_ du trone, et celle des _Bourbons_
qui ont laisse echapper de leurs mains les renes du gouvernement,
excitent les memes sentiments.

"On doit etre juste envers Henri IV, Louis XIII, Louis XIV et Louis XV,
mais sans etre adulateur. On doit peindre les massacres de _septembre_
et les horreurs de la Revolution du meme pinceau que l'Inquisition et
les massacres des _Seize_. Il faut avoir soin d'eviter toute reaction en
parlant de la Revolution. Aucun homme ne pouvait s'y opposer. Le blame
n'appartient ni a ceux qui ont peri, ni a ceux qui ont survecu. Il
n'etait pas de force individuelle capable de changer les elements et de
prevenir les evenements qui naissaient de la nature des choses et des
circonstances.

"Il faut faire remarquer le desordre perpetuel des finances, le chaos
des assemblees provinciales, les pretentions des parlements, le defaut
de regle et de ressorts dans l'administration; cette France bigarree,
sans unite de lois et d'administration, etant plutot une reunion de
vingt royaumes qu'un seul Etat; de sorte qu'on _respire_ en arrivant
a l'epoque ou l'on a joui des bienfaits dus a l'unite des lois,
d'administration et de territoire. Il faut que la faiblesse constante
du gouvernement sous Louis XIV meme, sous Louis XV et sous Louis XVI,
inspire _le besoin de soutenir l'ouvrage nouvellement accompli_ et la
preponderance acquise. Il faut que le retablissement du culte et des
autels inspire la crainte de l'influence d'un _pretre_ etranger ou d'un
confesseur ambitieux, qui pourraient parvenir a detruire le repos de la
France.

"_Il n'y a pas de travail plus important_. Chaque passion, chaque parti,
peuvent produire de longs ecrits pour egarer l'opinion; mais un ouvrage
tel que Velly, tel que l'_Abrege chronologique_ du president Henault, ne
doit avoir qu'un seul continuateur. Lorsque cet ouvrage, bien fait et
ecrit dans une bonne direction, aura paru, personne n'aura la volonte et
la patience d'en faire un autre, surtout quand, loin d'etre encourage
par la police, on sera _decourage_ par elle.--L'_opinion_ exprimee par
le ministre, et qui, si elle etait suivie, abandonnerait un tel travail
a l'industrie particuliere et aux speculations de quelques libraires,
n'est pas bonne et ne pourrait produire que des resultats facheux.

"Quant a l'individu qui se presente, la seule question a examiner
consiste a, savoir s'il a le talent necessaire, s'il a un bon esprit, et
si l'on peut compter sur les sentiments qui guideraient ses recherches
et conduiraient sa plume."

Tout ce qu'il y a de profondement vrai et de radicalement faux dans
cette Note memorable serait matiere a longue meditation. Napoleon
decrete l'_esprit_ de l'histoire; c'est heureux qu'il ne decrete pas
aussi le talent et la capacite de l'historien. Qu'en dirait Tacite? _Il
faut... il faut..._ Ce Tacite aurait ete _decourage_ par la police. On
a souvent cite une reponse de Napoleon a Fontanes, quand celui-ci
recommandait un jeune homme de haute promesse, en disant: "C'est un beau
talent dans un si beau nom!"--"Eh! pour Dieu! monsieur de Fontanes,
aurait reparti Napoleon, laissez-nous au moins la republique des
lettres!" Je ne sais si le mot a ete dit: il a ete mainte fois repete,
et avec variantes: ce sont de ces citations commodes. Mais de quel cote
donc (cela fait sourire) _la republique des lettres_ etait-elle en
danger, je vous prie?]

M. de Fontanes, en vue des generations survenantes, tendait a faire
entrer dans l'Universite l'esprit moral, religieux, conservateur, et la
plupart de ses choix furent en ce sens. Il proposa ainsi M. de Bonald
a l'Empereur comme conseiller a vie, et, durant plus d'un an, il eut a
defendre la nomination devant l'Empereur impatient, et presque contre M.
de Bonald lui-meme qui ne bougeait de Milhaud. Il eut moins de peine
a faire agreer l'excellent M. Eymery de Saint-Sulpice. Il fit nommer
conseiller encore le Pere Ballan, oratorien, son ancien professeur de
rhetorique; M. Deseze, frere du defenseur de Louis XVI, fut recteur
d'academie a Bordeaux. Ces noms en disent assez sur l'esprit des
choix. Ceux de M. de Fontanes n'etaient pas d'ailleurs exclusifs; sa
bienveillance, par instants quasi naive, les etendait a plaisir, et
lui-meme proposa deux fois a la signature de l'Empereur la nomination de
M. Arnault, assez peu reconnaissant: "Ah! c'est vous, vous, Fontanes,
qui me proposez la nomination d'Arnault, fit l'Empereur a la seconde
insistance; allons, a la bonne heure[140]!" Quand M. Frayssinous vit
interdire ses conferences de Saint-Sulpice, et se trouva momentanement
sans ressources, M. de Fontanes, sur la demande d'une personne amie, le
nomma aussitot inspecteur de l'Academie de Paris. Sa generosite n'eut
pas meme l'idee qu'il put y avoir inconvenient pour lui-meme a venir
ainsi en aide a ceux que l'Empereur frappait. La vie de M. de Fontanes
est pleine de ces traits, et cela rachete amplement quelques faiblesses
publiques d'un langage, lequel encore, si l'on veut bien se reporter au
temps, eut toujours ses reserves et sa decence.

[Note 140: M. Arnault, conseiller de l'Universite et a la fois
secretaire du Conseil, fut a meme de desservir de tres-pres le
Grand-Maitre et de preter secours sous main a la resistance de Fourcroy.
Il faut dire pourtant que, dans les Cent-Jours, devenu president du
Conseil, il se conduisit bien et avec egards pour les amis de M. de
Fontanes dans l'Universite. Il a parle de lui, un peu du bout des
levres, mais avec convenance, dans ses _Souvenirs d'un Sexagenaire_,
tome I, pages 291-292.]

Un jour, a propos des choix trop religieux et royalistes de M. de
Fontanes dans l'Universite, l'Empereur le traita un peu rudement devant
temoins, comme c'etait sa tactique, puis il le retint seul et lui dit en
changeant de ton: "Votre tort, c'est d'etre trop presse; vous allez
trop vite; moi, je suis oblige de parler ainsi pour ces regicides qui
m'entourent. Tenez, ce matin, j'ai vu mon architecte; il est venu me
proposer le plan du _Temple de la Gloire_. Est-ce que vous croyez que je
veux faire un _Temple de la Gloire_...? dans Paris?... Non, je veux une
eglise, et dans cette eglise il y aura une chapelle expiatoire, et l'on
y deposera les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Mais il
me faut du temps, a cause de ces gens (_il disait un autre mot_) qui
m'entourent." Je donne les paroles: les prendra-t-on maintenant pour
sinceres? La politique de Bonaparte etait la: tenir en echec les uns
par les autres. Le dos tourne a Berlier et au cote de la Revolution, il
jetait ceci a l'adresse de Fontanes et des _monarchiens_.

En 1811, dans cet intervalle de paix, il s'occupa beaucoup d'Universite.
Un jour, dans un conseil preside par l'Empereur, Fontanes, en presence
de conseillers d'Etat qu'il jugeait hostiles, eut une prise avec
Regnault de Saint-Jean-d'Angely, et il s'emporta jusqu'a briser une
ecritoire sur la table du conseil. L'Empereur le congedia immediatement:
il rentra chez lui, se jugeant perdu et songeant deja a Vincennes. La
soiree se passa en famille dans des transes extremes, dont on n'a plus
idee sous les gouvernements constitutionnels. Mais, fort avant dans la
soiree, l'Empereur le fit mander et lui dit en l'accueillant d'un air
tout aimable: "Vous etes un peu vif, mais vous n'etes pas un mechant
homme."--Il se plaisait beaucoup a la conversation de Fontanes, et il
lui avait donne les petites entrees. Trois fois par semaine, le soir,
Fontanes allait causer aux Tuileries. Au retour dans sa famille, quand
il racontait la soiree de tout a l'heure, sa conversation si nette, si
pleine de verve, s'animait encore d'un plus vif eclat[141]. Il ne pouvait
s'empecher pourtant de trouver, a travers son admiration, que, dans le
potentat de genie, percait toujours au fond le soldat qui trone, et il
en revenait par comparaison dans son coeur a ses reves de Louis XIV et
du bon Henri, au souvenir de ces vieux rois qu'il disait formes d'un
sang _genereux et doux_.

[Note 141: L'Empereur, dans ces libres entretiens, aimait fort a
parler litterature, theatre, et il attaquait volontiers Fontanes sur ces
points. Un jour qu'on vantait Talma dans un role: "Qu'en pense Fontanes?
dit l'Empereur; il est pour les anciens, lui!"--"Sire, repartit le
spirituel contradicteur, Alexandre, Annibal et Cesar ont ete
remplaces, mais Le Kain ne l'est pas." Cette severite pour Talma est
caracteristique ehez Fontanes, et tient a l'ensemble de ses jugements;
il ne voulait pas qu'on brisat trop le vers tragique, non plus que les
allees des jardins. Il avait vu Le Kain dans sa premiere jeunesse, et en
avait garde une impression incomparable. Il convenait pourtant que, dans
l'_Oreste_ et l'_Oedipe_ de Voltaire, Talma etait superieur a Le Kain;
ce qui, de sa part, devenait le supreme aveu. Faut-il ajouter qu'il en
voulait a Talma d'etre l'objet de je ne sais quelle, phrase de madame de
Stael, ou elle disait qu'il avait dans les yeux l'_apotheose du regard_?
Et puis Talma s'est beaucoup varie sur les dernieres annees, et a grandi
dans des roles modernes. M. de Fontanes, qui s'en tenait aux anciens,
s'irritait surtout qu'on en vint a _causer_ comme de la prose le beau
vers racinien _un peu chante_.--Souvent, dans ces conversations du soir,
l'Empereur indiquait a Fontanes et developpait a plaisir d'etonnants
canevas de tragedies historiques; le poete en sortait tout rempli.]

Ce que nous tachons la de saisir et d'exprimer dans son melange en pur
esprit de verite, ce que Napoleon tout le premier sentait et rendait si
parfaitement lorsqu'il ecrivait de Fontanes a M. de Bassano: "Il veut
de la royaute, mais pas la notre: il aime Louis XIV et ne fait que
consentir a nous," la suite des vers qu'on possede aujourd'hui le dit et
l'acheve mieux que nous ne pourrions. Car le haut dignitaire de l'Empire
ne cessa jamais d'etre poete, et comme ce berger a la cour, que la fable
a chante, et a qui il se compare, il eut toujours sa musette cachee pour
confidente. Eh bien! qu'on lise, qu'on se laisse faire! l'explication,
l'excuse naturelle naitra. Dans ses vers, si les griefs exprimes contre
Bonaparte resterent secrets, les eloges, prodigues tout a cote, ne
devinrent pas publics. S'il se garda bien de divulguer l'_Ode au Duc
d'Enghien_, il s'abstint aussi de publier l'_Ode sur les Embellissements
de Paris_. C'est une consolation pour ceux qui jugent les eloges de ses
discours exageres, de les retrouver dans ses poesies, ou ils ont certes
deux caracteres parfaitement nobles, la conviction et le secret.
Fontanes, sous son manteau d'orateur imperial, n'etait pas une nature
de courtisan et de flatteur, comme on l'a tant cru et dit. Un jour,
l'Empereur lui demandait de lui reciter des vers, il desirait la piece
sur _les Embellissements de Paris_ dont il avait entendu parler:
Fontanes lui recita des vers de _la Grece sauvee_ qui etaient plutot
republicains.--Un affide de l'Empereur vint un jour et lui dit: "Vous
ne publiez rien depuis longtemps, publiez donc des vers, des vers ou il
soit question de l'Empereur: il vous en saurait gre, il vous enverrait
100,000 francs, je gage!" Ces sortes de gratifications etaient d'usage
sous l'Empire, et elles ne venaient jamais hors de propos a cause
des frais enormes de representation qui absorbaient les plus gros
appointements. Fontanes raconta l'insinuation a une personne amie, qui
lui dit: "Vous pourriez publier les vers sur _les Embellissements
de Paris_; ils sont faits, et l'eloge porte juste."--"Oh! je m'en
garderais bien, s'ecria-t-il en se frottant les mains comme un enfant;
ils seraient trop heureux dans les journaux de pouvoir tomber sur le
Grand-Maitre en une occasion qui leur serait permise!"--Il ne publia
donc pas _les Embellissements de Paris_, mais il fit imprimer les
Stances _a M. de Chateaubriand_, lequel etait peu en agreable odeur[142].

[Note 142: Lors du fameux discours de reception que M. de
Chateaubriand ne put prononcer a l'Academie, la contenance de Fontanes
fut d'un ami ferme et fidele. On peut lire, au tome II du _Memorial de
Sainte-Helene_, la scene dont il fut l'objet a cette occasion, car
c'est de lui qu'il s'agit, bien qu'on ne le nomme pas. Dans la suite du
_Memorial_, l'auteur a juge a propos d'en venir a l'injure; mais, comme
preuve, il ne trouve a citer qu'un trait genereux. Esmenard, qui avait
eu, disait-on, de graves torts envers Fontanes, visait a l'Academie. Un
academicien ami court chez celui qu'on croyait offense pour s'assurer du
fait, declarant qu'en ce cas Esmenard n'aurait pas sa voix: "Tout ce que
je puis vous dire, c'est que je lui donne la mienne," repondit Fontanes.
Il a plu a l'auteur du _Memorial_ de voir la-dedans une preuve de
servilite: "_On peut juger de cet homme_, dit-il, _par le fait suivant_.
"A la bonne heure!--Pour completer cet ensemble des relations de
Fontanes avec l'Empereur, il y aurait encore a relever les divers
traits honorables que M. le chevalier Artaud a consignes avec un zele
d'admirateur et d'ami dans son _Histoire de Pie VII_, les courageux et
perseverants conseils qui poussaient a restaurer civilement la religion,
et a honorer ses ministres devant les peuples; ce mot a echappe a
Napoleon dans l'affaire du Sacre: "Il n'y a que vous ici qui ayez le
sens commun." Oserons-nous croire pourtant avec M. Artaud (tome II, page
391) que l'ode sur _l'Enlevement du Pape_ ait ete lue a l'Empereur? Il
ne faut exagerer dans aucun sens.]

Au milieu des affaires et de tant de soins, Fontanes pensait toujours
aux vers; la paresse chez lui, en partie reelle, etait aussi, en partie,
une reponse commode et un pretexte: il travaillait la-dessous. A
diverses reprises, avant ses grandeurs, il avait songe a recueillir et
a publier ses oeuvres eparses; il s'en etait occupe en 89, en 96, et de
nouveau en 1800. Les volumes meme ont ete vus alors tout imprimes entre
ses mains; mais un scrupule le saisit: il les retint, puis les fit
detruire. Si ce fut par pressentiment de sa fortune politique, bien lui
en prit. Il n'eut peut-etre jamais ete Grand-Maitre, s'il eut paru poete
autant qu'il l'etait. Son beau nom litteraire le servit mieux, sans trop
de pieces a l'appui.

Son poeme de _la Grece sauvee_, qu'il avait pousse si vivement durant
les annees de la proscription, ne lui tenait pas moins a coeur dans les
embarras de sa vie nouvelle. Force de renoncer a une gloire poetique
plus prochaine par des publications courantes, il se rejetait en
imagination vers la grande gloire, vers la haute palme des Virgile
et des Homere, et y fondait son recours. Il parlait sans cesse,
dans l'intimite, de ce poeme qu'il avait fait, presque fait,
disait-il;--qu'il faisait toujours! Il en hasardait parfois des
fragments a l'Institut. Il en expliquait a ses amis le plan, par malheur
trop peu fixe dans leur memoire. Une fois, apres avoir passe six
semaines presque sans interruption a Courbevoie, il ecrivit a une
personne amie d'y venir, si elle avait un moment: celle-ci accourut.
Fontanes lui lut un chant tout entier termine. Comme c'etait au matin
et qu'il n'etait ni coiffe ni poudre, sa tete parut plus depouillee de
cheveux, et on le lui dit: "Oh! repondit Fontanes, j'en ai encore perdu
depuis quinze jours; quand je travaille, _ma tete fume!_" Contraste a
relever entre ce feu poetique ardent et ce que de loin on s'est
figure de la veine pure et un peu froide de Fontanes!--Fontanes avait
l'imagination vive, ardente, _primesautiere_, sous son talent
poetique elegant, comme, sous son habilete d'orateur et sa dignite
de representation, il avait une inexperience d'enfant en beaucoup de
choses, une vraie bonhomie et candeur et mene brusquerie de caractere,
le contraire du compasse, comme encore il avait de l'epicurien tout a
cote de son respect religieux et de son affection chretienne; il etait
plein de ces contrastes, le tout formant quelque chose de naif et de
bien sincere.

En composant il n'ecrivait jamais; il attendait que l'oeuvre poetique
fut achevee et parachevee dans sa tete, et encore il la retenait ainsi
en perfection sans la confier au papier. Ses brouillons, quand il s'y
decidait, restaient informes, et ce qu'on a de manuscrits n'est le plus
souvent qu'une dictee faite par lui a des amis, et sur leur instante
priere; plusieurs de ses ouvrages n'ont jamais ete ecrits de sa main.
Je ne connaissais Fontanes que d'apres les quelques vers d'ordinaire
reproduits, et je me rappelle encore mon impression etonnee lorsque
j'entendis, pour la premiere fois, ses odes inedites et d'eloquentes
tirades de _la Grece sauvee_, recitees de memoire, apres des annees, par
une bouche amie et admiratrice, comme par un rhapsode passionne. Cette
derniere tentative des epopees classiques elegantes et polies m'arrivait
oralement et toute vive, un peu comme s'il se fut agi, avant Pisistrate,
d'un antique chant d'Homere.

On s'explique pourtant ainsi comment il a du se perdre bien des portions
de _la Grece sauvee_. Et puis, dans son imagination volontiers riante et
prompte, Fontanes se figurait peut-etre en avoir acheve plus de chants
qu'il n'en tenait en effet. La maniere de travailler, dans l'ecole
classique, ressemblait assez, il faut le dire, a la toile de Penelope:
on defaisait, on refaisait sans cesse; on s'attardait, on s'oubliait aux
_variantes_, au lieu de pousser en avant. On a repare cela depuis: les
immenses poemes humanitaires gagnent aujourd'hui de vitesse les simples
odes d'autrefois. Quoique les idees sur l'epopee proprement dite et
reguliere aient fort muri dans ces derniers temps, et quoique le
resultat le plus net de tant de dissertations et d'etudes soit
apparemment qu'il n'en faut plus faire, on a fort a regretter que
Fontanes n'ait pas donne son dernier mot dans ce genre epique virgilien.
Les beautes males et chastes qui marquent son second chant sur Sparte
et Leonidas, les beautes mythologiques, mystiques et magnifiquement
religieuses du huitieme chant, sur l'initiation de Themistocle aux fetes
d'Eleusis, se seraient reproduites et variees en plus d'un endroit.
Mais, telle qu'elle est, cette epoque inachevee renouvelle le sort et
le naufrage de tant d'autres. Elle est allee rejoindre, dans les limbes
litteraires, les poemes persiques de Simonide de Ceos, de Choerilus de
Samos [143]. De longue main, Eschyle, dans ses Perses, y a pourvu: c'est
lui qui a fait la, une fois pour toutes, l'epopee de Salamine.

[Note 143: Ce Choerilus de Samos disait, au debut de son poeme sur les
guerres persiques, se plaignant des lors de venir trop tard:

O fortunatus quicumque erat illo tempore peritus caotare Musarum
famulus, cum intousum erat adhuc pratum!

Ce contemporain de la guerre du Peloponnese pensait deja comme La
Bruyere a la premiere ligne de ses Caracteres; il sentait tout le poids
d'un grand siecle, de plusieurs grands siecles, comme Fontanes. Il y a
longtemps que la roue tourne et que le cercle toujours recommence.]

Properce, s'adressant en son temps au poete Ponticus, qui faisait une
Thebaide et visait au laurier d'Homere, lui disait (liv. I, eleg. vii):

Cum tibi Cadmeae dicuntur, Pontice, Thebae
Armaque fraternae tristia militiae
Atque, ita sim felix, primo contendis Homero,
Sint modo fata tuis mollia carminibus....;

ce que je traduis ainsi: "O Ponticus! qui seras, j'en reponds, un autre
Homere, _pour peu que les destins te laissent achever tes grands vers!_"
Et Properce oppose, non sans malice, ses modestes elegies qui prennent
les devants pour plus de surete, et gagnent les coeurs.

Par bonheur, ici, Fontanes est a la fois le Properce et le Ponticus.
Bien qu'on n'ait pas retrouve les quatre livres d'odes dont il parlait
a un ami un an avant sa mort, il en a laisse une suffisante quantite de
belles, de severes, et surtout de charmantes. Il peut se consoler par
ses petits vers, comme Properce, de l'epopee qu'il n'a pas plus
achevee que Ponticus. Quatre ou cinq des sonnets de Petrarque me font
parfaitement oublier s'il a termine ou non son _Afrique_.

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