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Book Review: The Case Against Adolescence by Doug French
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Opener -- Vladeck 28 (1): 287 -- QUICK SEARCH: Author: Keyword(s): Year: Vol: Page: , 28, no. 1 (2009): 287-288 doi: 10.1377/hlthaff.28.1.287 2009 by New Online This Article Services Google Scholar PubMed Book Reviews BOOK REVIEWS Assume A Can Opener

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Portraits litteraires, Tome II. written by C. A. Sainte Beuve

C >> C. A. Sainte Beuve >> Portraits litteraires, Tome II.

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Si, d'ailleurs, on voulait chercher dans ce discours a inspiration
genereuse et clemente, qui remplit eloquemment son objet, une etude
approfondie de Washington, et le detail creuse de son caractere, on
serait moins satisfait; on ne demandait pas cela alors; l'orateur,
dans sa justesse qui n'excede rien, s'est tenu au premier aspect de la
physionomie connue: et puis Washington, dans sa bouche, n'est qu'un beau
pretexte. Si l'on voulait meme y chercher aujourd'hui de ces traits de
forme qui devinent et qui gravent le fond, ce genie d'expression qui
cree la pensee, cette nouveaute qui demeure, on courrait risque de
n'etre plus assez juste pour la rapidite, le gout, la mesure, la
nettete, l'elevation sans effort, l'eclat suffisant, le nombre, tout cet
ensemble de qualites appropriees, dont la reunion n'appartient qu'aux
maitres.

Cette noble harangue de bienvenue, qui ouvrait, pour ainsi dire, le
siecle sous des auspices auxquels il allait sitot mentir, ouvrait
definitivement la seconde moitie de la carriere de M. de Fontanes.
S'il avait ete contrarie sans cesse et battu par le flot montant de la
Revolution, il arriva haut du premier jour avec le reflux. Nous n'avons
plus qu'un moment pour le trouver encore simple homme de lettres: il est
vrai que ce court moment ne fut pas perdu et va nous le montrer sous un
nouveau jour. M. de Fontanes, que nous savons poete, devient un critique
au _Mercure_.


II

Il l'etait deja par le discours qui precede l'_Essai sur l'Homme_: mais,
ici, il ne se renfermera plus dans un jugement forme a loisir sur
des oeuvres passees et deja classees: c'est a la critique actuelle,
polemique, irritable, qu'il met la main. Dans ce rapide detroit de
l'entree du siecle, il se lance avec decision; d'une part il nie, de
l'autre il accueille; il va proclamer avec eclat M. de Chateaubriand, il
repousse d'abord madame de Stael.

Dans le premier numero du _Mercure_ regenere parut son premier _extrait_
contre le livre de _la Litterature_: on vient de voir sa disposition
de longue date envers l'auteur. J'ai moi-meme analyse en detail et
apprecie, dans un travail sur madame de Stael,[128] cette polemique de
Fontanes. Ne voulant pas imiter un estimable et du reste excellent
biographe, qui, dans la _Vie de Fenelon_, est pour Fenelon contre
Bossuet, et qui, dans la _Vie de Bossuet_, passe a celui-ci contre
Fenelon, je n'ai rien a redire ni a modifier. Seulement, tout ce qui
precede explique mieux, de la part de Fontanes, cette spirituelle et
eclatante malice de 1800; en etendant le tort sur un plus grand espace,
je l'allege d'autant en ce point-la. Qu'y faire d'ailleurs? On relira
toujours, en les blamant, les deux articles de Fontanes contre madame
de Stael, comme on relit les deux petites lettres de Racine contre
Port-Royal: et Racine a de plus contre lui ce que M. de Fontanes n'a
pas, l'ingratitude.

[Note 128: Voir le volume de _Portraits de Femmes_.]

Des la fin de son premier extrait sur le livre de madame de Stael,
Fontanes y opposait et citait quelques fragments du _Genie du
Christianisme_, non encore publies, et que son ami lui avait adresses de
Londres. M. de Chateaubriand arrivait lui-meme en France au mois de mai
1800, et s'appreta a publier. Fontanes, dont les conseils retarderent
l'apparition de tout l'ouvrage et determinerent le courageux auteur
a une entiere retouche[129], soutint de son presage heureux
l'avant-courriere _Atala_[130]; il appuya surtout, par deux extraits[131],
le _Genie du Christianisme_ qui se lancait enfin: son suffrage frappait
juste plutot que fort, comme il convient a un ami. La critique, en une
main habile et puissante, a ce moment decisif de la sortie, est comme ce
dieu _Portunus_ des anciens, qui poussait le vaisseau hors du port:

Et pater ipse manu magna Portunus euntem
Impulit....

[Note 129: Un jour, dans une des discussions vives qui deciderent de
la refonte du _Genie du Christianisme_, Fontanes dit a Chateaubriand une
de ces paroles qui sifflent et volent au but comme une fleche: "Vous
pouvez vous mettre a la tete du siecle qui se leve, et vous vous
traineriez a la queue du siecle qui s'en va!"]

[Note 130: _Mercure_, germinal an IX.]

[Note 131: _Mercure_, germinal et fructidor an X.]

On a relu depuis longtemps les articles de Fontanes, recueillis a la
suite du _Genie du Christianisme_: pareils encore a ces barques de
pilote, qui, apres avoir guide le grand vaisseau a la sortie perilleuse,
sont ensuite reprises a son bord et traversent par lui l'Ocean.

Je trouve quelques renseignements bien precis sur ce moment litteraire
decisif ou parut le _Genie du Christianisme_. L'attention publique etait
grandement eveillee par les fragments donnes au _Mercure_, puis, en
dernier lieu, par _Atala_. Le parti philosophique, irrite, se tenait a
l'affut; le parti religieux se serrait, s'etendait, s'animait comme
a une victoire. M. de Bonald venait au corps de bataille, M. de
Chateaubriand ne se considerait qu'a l'avant-garde; La Harpe, vieilli,
etait en tete de l'artillerie; mais on craignait tout bas que, pour le
cas present, _ses lingots, d'un trop gros calibre_, ne portassent pas
tres-loin. Fontanes servit la piece en sa place; le coup porta. Dans
une seule journee le libraire Migneret vendait pour _mille ecus_, et il
parlait deja d'une seconde edition; la premiere etait tiree a quatre
mille exemplaires. La Harpe ne connut d'abord le livre que par le
premier extrait de Fontanes; il envoya aussitot chercher l'auteur par
Migneret. Il etait hors de lui: "Voila de la critique, voila de la
litterature! Ah! messieurs les philosophes, vous avez affaire a forte
partie! voici deux hommes: le jeune homme (_c'etait Fontanes_) est
mon eleve, c'est moi qui l'ai annonce." Et il ajoutait que Fontanes
finissait l'antique ecole, et que Chateaubriand en commencait une
nouvelle. Il etait meme de l'avis de celui-ci contre Fontanes en
faveur du merveilleux chretien reprouve par Boileau. Il passait, sans
marchander, sur les hardiesses, sur les incorrections premieres: "Bah!
bah! ces gens-la ne voient pas que cela tient a la nature meme de votre
talent. Oh! laissez-moi faire, je les ferai crier, je serre dur!" La
passion, enlevait ainsi le vieux critique au-dessus de ses propres
theories; sa personnalite pourtant, son _moi_ revenait a travers tout,
et percait dans sa trompette. Il s'echauffa si fort a son monologue,
qu'il tomba a la fin en une espece d'etourdissement.

Outre les articles de critique active, Fontanes donna au _Mercure_[132] un
morceau sur Thomas, dans lequel l'elegance la plus parfaite exprime les
plus incontestables jugements. Il n'y a rien de mieux en cette maniere;
c'est du La Harpe fini et perfectionne, et plus que cela; pour une
certaine rapidite de gout, c'est du Voltaire. Ainsi, voulant dire de
Thomas qu'il savait rarement saisir dans un sujet les points de vue les
plus simples et les plus feconds, le critique ajoute: "Il pensait en
detail, si l'on peut parler ainsi, et ne s'elevait point assez haut pour
trouver ces idees premieres qui font penser toutes les autres."

[Note 132: Germinal an X.]

Mais Fontanes n'etait deja plus un homme prive. Quelque temps employe
sous Lucien au ministere de l'interieur[133], puis nomme depute au Corps
legislatif, il fut bientot designe par les suffrages de ses collegues au
choix du Consul pour la presidence. Poete d'avant 89, critique de 1800,
il va devenir orateur imperial. La meme distinction le suit partout:
son nom y gagne et s'etend. Toutefois ces palmes entrecroisees se
supplantent un peu et se nuisent. Ce qui augmenta sa consideration de
son vivant ne saurait servir egalement sa gloire.

[Note 133: Voir sur Fontanes a Morfontaine et au Plessis-Chamant,
dans la societe des freres et des soeurs de Bonaparte, les _Souvenirs
historiques_ de M. Meneval, tome I, pages 29, 33.]

J'irais plus haut peut-etre au Temple de Memoire,
Si dans un genre seul j'avais use mes jours,

a dit La Fontaine, lequel pourtant n'etait ni Recteur ni president
d'aucun Conseil sous Louis XIV.

Un avantage demeure, et il est grand: le caractere historique remplace
a distance l'interet litteraire palissant. Il n'est pas indifferent,
devant la posterite, d'avoir figure au premier rang dans le cortege
imperial et d'y avoir compte par sa parole. Ces discours, presentes dans
de sobres echantillons, suffisent a marquer l'epoque qu'ils ornerent, et
ou ils parurent d'accomplis temoignages de contenance toujours digne, de
flatterie toujours decente, et de reserve parfois hardie. M. de Fontanes
n'avait nullement partage les idees de la fin du XVIIIe siecle sur la
perfectibilite indefinie de l'humanite, et la Revolution l'avait plus
que jamais convaincu de la decadence des choses, du moins en France. Il
l'a dit dans une belle ode:

Helas! plus de bonheur eut suivi l'ignorance!
Le monde a paye cher la douteuse esperance
D'un meilleur avenir;
Tel mourut Pelias, etouffe par tendresse
Dans les vapeurs du bain dont la magique ivresse
Le devait rajeunir.

Apres le bain de sang, apres les triumvirs et leurs proscriptions, que
faire? qu'esperer? Le siecle d'Auguste eut ete l'ideal; mais, pour la
gloire des lettres, ce siecle d'Auguste, en France, etait deja passe
avec celui de Louis XIV. Ainsi desormais c'etait, au mieux, un siecle
d'Auguste sans la gloire des lettres, c'etait un siecle des Antonins,
qui devenait le meilleur espoir et la plus haute attente de Fontanes.
Son imagination, grandement seduite par le glorieux triomphateur, y
comptait deja. L'assassinat du duc d'Enghien lui tua son Trajan. Il
continua pourtant de servir, enchaine par ses antecedents, par ses
devoirs de famille, par sa moderation meme. Il etait _monarchiste_ par
gout, par principe: "Un pouvoir unique et permanent convient seul aux
grands Etats," disait-il; sa plus grande peur etait l'anarchie. Il resta
donc attache au seul pouvoir qui fut possible alors, s'efforcant en
toute occasion, et dans la mesure de ses paroles ou meme de ses actes,
de lui insinuer, a ce pouvoir trop ensanglante d'une fois, mais non pas
desespere, la paix, l'adoucissement, de l'humaniser par les lettres, de
le spiritualiser par l'infusion des doctrines sociales et religieuses:

Graecia capta ferum victorem cepit...

Quand on lit aujourd'hui cette suite de vers ou se decharge et s'exhale
son arriere-pensee, l'ode sur _l'Assassinat du Duc d'Enghien_, l'ode sur
_l'Enlevement du Pape_, on est frappe de tout ce qu'il dut par moments
souffrir et contenir, pour que la surface officielle ne trahit rien au
dela de ce qui etait permis. Si l'on ne voyait ses discours publics que
de loin, on n'en decouvrirait pas l'accord avec ce fond de pensee, on
n'y sentirait pas les intentions secretes et, pour ainsi dire, les
nuances d'accent qu'il y glissait, que le maitre saisissait toujours,
et dont il s'irrita plus d'une fois; on serait injuste envers Fontanes,
comme l'ont ete a plaisir plusieurs de ses contemporains, qui,
serviteurs aussi de l'Empire, n'ont jamais su l'etre aussi decemment que
lui[134].

[Note 134: Ils ont ete odieux sous le couvert d'autrui, et avec tout
le fiel de la haine, dans l'histoire dite de _l'abbe de Montgaillard_:
on ne craint pas d'indiquer de telles injures, que detruit l'exces meme
du venin et que leur grossierete fletrit.]

Pour nous, qui n'avons jamais eu affaire aux rois ni aux empereurs de ce
monde, mais qui avons eu maintes fois a nous prononcer devant ces autres
rois, non moins ombrageux, ou ces _pretendants_ de la litterature, nous
qui savons combien souvent, sous notre plume, la louange apparente n'a
ete qu'un conseil assaisonne, nous entrerons de pres dans la pensee de
M. de Fontanes, et, d'apres les renseignements les plus precis, les
plus divers et les mieux compares, nous tacherons de faire ressortir, a
travers les vicissitudes, l'esprit d'une conduite toujours honorable, de
marquer, sous l'adresse du langage, les intentions d'un coeur toujours
genereux et bon.

M. de Fontanes fut president du Corps legislatif depuis le commencement
de 1804 jusqu'au commencement de 1810; en tout, six fois porte par ses
collegues, six fois nomme par Napoleon; mais, comme tel, il cessa de
plaire des 1808, et son changement fut decide. Deja, tout au debut, la
mort du duc d'Enghien avait amene une premiere et violente crise. Le 21
mars 1804, de grand matin, Bonaparte le fit appeler, et, le mettant sur
le chapitre du duc d'Enghien, lui apprit brusquement l'evenement de la
nuit. Fontanes ne contint pas son effroi, son indignation. "Il s'agit
bien de cela! lui dit "le Consul Fourcroy va clore apres-demain le Corps
legislatif; dans son discours il parlera, comme il doit, du complot
reprime; il faut, vous, que, dans le votre, vous y repondiez; il le
faut."--"Jamais!" s'ecria Fontanes; et il ajouta que, bien loin de
repondre par un mot d'adhesion, il saurait marquer par une nuance
expresse, au moins de silence, son improbation d'un tel acte. A cette
menace, la colere faillit renverser Bonaparte; ses veines se gonflaient,
il suffoquait: ce sont les termes de Fontanes, racontant le jour meme
la scene du matin a M. Mole, de la bienveillance de qui nous tenons
le detail dans toute sa precision[135]. En effet, deux jours apres (3
germinal), Fourcroy, orateur du gouvernement, alla clore la session
du Corps legislatif, et, dans un incroyable discours, il parla des
_membres_ de cette FAMILLE DENATUREE "qui auraient voulu noyer la France
dans son sang pour pouvoir regner sur elle; mais s'ils osaient souiller
de leur presence notre sol, s'ecriait l'orateur, la volonte du Peuple
francais est qu'ils y trouvent la mort!" Fontanes repondit a Fourcroy:
dans son discours, il n'est question d'un bout a l'autre que du Code
civil qu'on venait d'achever, et de l'influence des bonnes lois: "C'est
par la, disait-il (et chaque mot, a ce moment, chaque inflexion de voix
portait), c'est par la que se recommande encore la memoire de Justinien,
_quoiqu'il ait merite de graves reproches_." Et encore: "L'epreuve de
l'experience va commencer: qu'ils (_les legislateurs du Code civil_) ne
craignent rien pour leur gloire: tout ce qu'ils ont fait de juste et de
raisonnable demeurera eternellement; car la raison et la justice sont
deux puissances indestructibles qui survivront a toutes les autres[136]."
Il y a plus: le lendemain (4 germinal), Fontanes, a la tete de la
deputation du Corps legislatif, porta la parole devant le Consul, a
qui l'assemblee, en se separant, venait de decerner une statue comme a
l'auteur du Code civil (singuliere et sanglante coincidence); il disait:
"Citoyen premier Consul, un empire immense repose depuis quatre ans sous
l'abri de votre puissante administration. La sage uniformite de vos lois
en va reunir de plus en plus tous les habitants." Le discours parut dans
le _Moniteur_, et, au lieu de _la sage uniformite_ DE VOS LOIS, on y
lisait DE VOS MESURES. Qu'on n'oublie toujours pas le duc d'Enghien
fusille quatre jours auparavant: le Consul esperait, par cette fraude,
confisquer a la _mesure_ l'approbation du Corps legislatif et de son
principal organe. Fontanes, indigne, courut au _Moniteur_, et exigea un
_erratum_ qui fut insere le 6 germinal, et qu'on y peut lire imprime en
aussi petit texte que possible. Cela fait, il se crut perdu; de meme
qu'il avait de ces premiers mouvements qui sont de l'honnete homme avant
tout, il avait de ces crises d'imagination qui sont du poete. En ne le
jugeant que sur sa parole habile, on se meprendrait tout a fait sur le
mouvement de son esprit et sur la vivacite de son ame. Quoi qu'il en
soit, il avait quelque lieu ici de redouter ce qui n'arriva pas. Mais
Bonaparte fut profondement blesse, et, depuis ce jour, la fortune de
Fontanes resta toujours un peu barree par son milieu. Nous sommes si
loin de ces temps, que cela aura peine a se comprendre; mais, en effet,
si comble qu'il nous paraisse d'emplois et de dignites, certaines
faveurs imperiales, alors tres-haut prisees, ne le chercherent jamais.
Que sais-je? dotation modique, pas le grand cordon; ce qu'on appelait
_les honneurs du Louvre_, qu'il eut jusqu'a la fin a titre de senateur,
mais que ne conserva pas madame de Fontanes des qu'il eut cesse d'etre
president du Corps legislatif: l'_errata_ du _Moniteur_, au fond, etait
toujours la.

[Note 135: Ceci confirme et complete sur un point la Notice de
M. Roger, qui nous complete nous-meme sur quelques autres
points.--Aujourd'hui que M. Roger n'est plus, nous nous permettrons
d'ajouter que sa Notice est d'ailleurs tout empreinte d'une couleur
royaliste exageree et retroactive; elle sent l'homme de parti. M. Roger
n'a jamais ete que cela.]

[Note 136: A la facon dont les auteurs de l'_Histoire parlementaire de
la Revolution francaise_ parlent de ce discours (tome XXXIX, page 59),
on voit qu'au sortir des couleurs fortes et tranchees des epoques
anterieures, ils n'ont pas pris la peine d'entrer dans les nuances, ni
de les vouloir distinguer.]

Un autre _errata_ s'ajouta ensuite au premier, nous le verrons; et, meme
en plein Empire, a dater d'un certain moment, il pouvait dire tout bas a
sa muse intime dans ses tristesses _de l'Anniversaire_:

De tant de voeux trompes fais rougir mon orgueil!

Pourtant Fontanes continua, durant quatre annees, de tenir sans
apparence de disgrace la presidence du Corps legislatif. Propose a
chaque session par les suffrages de ses collegues, il etait choisi
par l'Empereur. La situation admise, on avait en lui par excellence
l'orateur bienseant. Les discours qu'il prononcait a chaque occasion
solennelle tendaient a insinuer au conquerant les idees de la paix et de
la gloire civile, mais enveloppees dans des redoublements d'eloges qui
n'etaient pas de trop pour faire passer les points delicats. Napoleon
avait un vrai gout pour lui, pour sa personne et pour son esprit; et
lui-meme, a ces epoques d'Austerlitz et d'Iena, avait, malgre tout, et
par son imagination de poete, de tres-grands restes d'admiration pour un
tel vainqueur. Mais un orage se forma: Napoleon etait en Espagne, et
de la il eut l'idee d'envoyer douze drapeaux conquis sur l'armee
d'Estramadure au Corps legislatif, comme _un gage de son estime_.
Fontanes, en tete d'une deputation, alla remercier l'Imperatrice:
celle-ci, prenant le _gage d'estime_ trop au serieux, repondit
qu'elle avait ete tres-satisfaite de voir que le premier sentiment de
l'Empereur, dans son triomphe, eut ete pour _le Corps qui representait
la Nation_. La-dessus une note, arrivee d'Espagne comme une fleche,
et lancee au _Moniteur_, fit une maniere d'_errata_ a la reponse
de l'Imperatrice, un _errata_ injurieux et sanglant pour le Corps
legislatif, qu'on remettait a sa place de _consultatif_[137]. Fontanes
sentit le coup, et dans la seance de cloture du 31 decembre 1808,
c'est-a-dire quinze Jours apres l'offense, au nom du Corps blesse,
repondant aux orateurs du Gouvernement, et n'epargnant pas les
felicitations sur les trophees du vainqueur de l'Ebre, il ajouta: "Mais
les paroles dont l'Empereur accompagne l'envoi de ses trophees meritent
une attention particuliere: il fait participer a cet honneur les
Colleges electoraux. Il ne veut point nous separer d'eux, et nous l'en
remercions. Plus le Corps legislatif se confondra dans le peuple, plus
il aura de veritable lustre; il n'a pas besoin de distinction, mais
d'estime et de confiance..." Et la phrase, en continuant, retournait
vite a l'eloge; mais le mot etait dit, le coup etait rendu. Napoleon le
sentit avec colere, et des lors il resolut d'eloigner Fontanes de la
presidence. L'etablissement de l'Universite, qui se faisait, en cette
meme annee, sur de larges bases, lui avait deja paru une occasion
naturelle d'y porter Fontanes comme Grand-Maitre, et il songea a l'y
confiner; car, si courrouce qu'il fut a certains moments, il ne se
fachait jamais avec les hommes que dans la mesure de son interet et de
l'usage qu'il pouvait faire d'eux. Il dut pourtant, faute du candidat
qu'il voulait lui substituer[138], le subir encore comme president du
Corps legislatif durant toute l'annee 1809. Fontanes, toujours president
et deja Grand-Maitre, semblait cumuler toutes les dignites, et il etait
pourtant en disgrace positive.

[Note 137: Mais il faut donner le texte meme, l'incomparable texte de
cette Note inseree au _Moniteur_ du 15 decembre 1808, et qui resume,
comme une charte, toute la theorie politique de l'Empire:

Plusieurs de nos journaux ont imprime que S. M. l'Imperatrice, dans sa
reponse a la deputation au Corps legislatif, avait dit qu'elle etait
bien aise de voir que le premier sentiment de l'Empereur avait ete pour
le Corps legislatif, qui represente la Nation.

"S. M. l'Imperatrice n'a point dit cela: elle connait trop bien nos
Constitutions, elle sait trop bien que le premier representant de la
Nation, c'est l'Empereur; car tout pouvoir vient de Dieu et de la
Nation.

"Dans l'ordre de nos Constitutions, apres l'Empereur est le Senat; apres
le Senat, est le Conseil d'Etat; apres le Conseil d'Etat, est le Corps
legislatif; apres le Corps legislatif, viennent chaque tribunal et
fonctionnaire public dans l'ordre de ses attributions; car, s'il y avait
dans nos Constitutions un Corps representant la Nation, ce Corps serait
souverain; les autres ne seraient rien, et ses volontes seraient tout.

"La Convention, meme le Corps legislatif (_l'Assemblee legislative_),
ont ete representants. Telles etaient nos Constitutions alors. Aussi le
President disputa-t-il le fauteuil au Roi, se fondant sur ce principe,
que le President de l'Assemblee de la Nation etait avant les Autorites
de la Nation. Nos malheurs sont venus en partie de cette exageration
d'idees. Ce serait une pretention chimerique, et meme criminelle, que de
vouloir representer la Nation avant l'Empereur.

"Le Corps legislatif, improprement appele de ce nom, devrait etre appele
Conseil legislatif, puisqu'il n'a pas la faculte de faire les lois, n'en
ayant pas la proposition. Le Conseil legislatif est donc la reunion
des mandataires des Colleges electoraux. On les appelle deputes des
departements, parce qu'ils sont nommes par les departements...."

Le reste de la Note ne fait que ressasser les memes idees, la meme
logique, et dans le meme ton. Cet injurieux bulletin arriva a travers
le vote de je ne sais quelle loi fort innocente (une portion du Code
d'instruction criminelle, je crois), qui essuya du coup plus de
quatre-vingts boules noires; ce qui, de memoire de Corps legislatif, ne
s'etait guere vu.]

[Note 138: M. de Montesquiou, qui ne fut nomme qu'en 1810.]

Il s'y croyait autant et plus que jamais, lorsque, dans l'automne de
1809, une lettre du marechal Duroc lui notifia que l'Empereur l'avait
designe pour le voyage de Fontainebleau; c'etait, a une certaine
politesse pres, comme les _Fontainebleau_ et les _Marly_ de Louis XIV,
et le plus precieux signe de la faveur souveraine. Il se rendit a
l'ordre, et, dans la galerie du chateau, apres le defile d'usage,
l'Empereur, repassant devant lui, lui dit: _Restez_; et quand ils furent
seuls, il continua: "Il y a longtemps que je vous boude, vous avez du
vous en apercevoir; j'avais bien raison." Et comme Fontanes s'inclinait
en silence, et de l'air de ne pas savoir: "Quoi! vous m'avez donne un
soufflet a la face de l'Europe, et sans que je pusse m'en facher... Mais
je ne vous en veux plus;... c'est fini."

Durant cette annee 1809, Fontanes, comme Grand-Maitre, avait eu a
lutter contre toutes sortes de difficultes et de degouts: de perpetuels
conflits, soit avec le ministre de l'interieur, duquel il se voulait
independant, soit avec Fourcroy, reste directeur de l'instruction
publique, et qui ne pouvait se faire a l'idee d'abdiquer, allaient
rendre intolerable une situation dans laquelle la bienveillance
imperiale ne l'entourait plus. Il offrait vivement sa demission: "D'un
cote, ecrivait-il, je vois un ministre qui surveille l'instruction
publique, de l'autre un conseiller d'Etat qui la dirige; je cherche la
place du Grand-Maitre, et je ne la trouve pas." Il recidiva cette offre
pressante de demission jusqu'a trois fois. La troisieme (c'etait sans
doute apres le voyage de Fontainebleau), l'Empereur lui dit: "Je
n'en veux pas, de votre demission; s'il y a quelque chose a faire,
exposez-le-moi dans un memoire; j'en prendrai connaissance moi-meme; j'y
repondrai." La rentree ouverte de Fontanes dans les bonnes graces du
chef aplanit des lors beaucoup de choses.

Des septembre 1808, et aussitot qu'il avait ete nomme Grand-Maitre,
Fontanes avait songe a faire de l'Universite l'asile de bien des hommes
honorables et instruits, battus par la Revolution, soit membres du
clerge, soit debris des anciens Ordres, des Oratoriens, par exemple,
pour lesquels il avait conserve une haute idee et une profonde
reconnaissance. Ces noms, suivant lui (et il les presentait de la sorte
a l'Empereur), etaient des garanties pour les familles, des indications
manifestes de l'esprit social et religieux qu'il s'agissait de
restaurer. A cette idee generale se joignait chez lui une inspiration de
bonte et d'obligeance infinie pour les personnes, qui faisait dans le
detail sa direction la plus ordinaire. Il penchait donc pour un Conseil
de l'Universite tres-nombreux, et il aurait voulu tout d'abord en
remplir les places avec des noms que designaient d'autres services. Ce
n'etait pas l'avis de l'Empereur, toujours positif et special. Nous
possedons la-dessus une precieuse Note, qui rend les paroles memes
prononcees par Napoleon dans une conversation avec M. de Fontanes
a Saint-Cloud, le lundi 19 septembre 1808: nous la reproduisons
religieusement. Patience! Le cote particulier de la question va vite
s'agrandir en meme temps que se creuser sous son coup d'oeil. Ce n'est
pas seulement de l'administration en grand, c'est de la nature humaine
eclairee par un Machiavel ou un La Rochefoucauld empereur.

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