Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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La reine Margot Tome II written by Alexandre Dumas, Pere

A >> Alexandre Dumas, Pere >> La reine Margot Tome II

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Alexandre Dumas

LA REINE MARGOT
Tome II
(1845)


Table des matieres

I Fraternite
II La reconnaissance du roi Charles IX
III Dieu dispose
IV La nuit des rois
V Anagramme
VI La rentree au Louvre
VII La cordeliere de la reine mere
VIII Projets de vengeance
IX Les Atrides
X L'Horoscope
XI Les confidences
XII Les ambassadeurs
XIII Oreste et Pylade
XIV Orthon
XV L'hotellerie de la Belle-Etoile
XVI De Mouy de Saint-Phale
XVII Deux tetes pour une couronne
XVIII Le livre de venerie
XIX La chasse au vol
XX Le pavillon de Francois Ier
XXI Les investigations
XXII Acteon
XXIII Le bois de Vincennes
XXIV La figure de cire
XXV Les boucliers invisibles
XXVI Les juges
XXVII La torture du brodequin
XXVIII La chapelle
XXIX La place Saint-Jean-en-Greve
XXX La tour du Pilori
XXXI La sueur de sang
XXXII La plate-forme du donjon de Vincennes
XXXIII La Regence
XXXIV Le roi est mort: vive le roi!
XXXV Epilogue


DEUXIEME PARTIE



I
Fraternite


En sauvant la vie de Charles, Henri avait fait plus que sauver la
vie d'un homme: il avait empeche trois royaumes de changer de
souverains.

En effet, Charles IX tue, le duc d'Anjou devenait roi de France,
et le duc d'Alencon, selon toute probabilite, devenait roi de
Pologne. Quant a la Navarre, comme M. le duc d'Anjou etait l'amant
de madame de Conde, sa couronne eut probablement paye au mari la
complaisance de sa femme.

Or, dans tout ce grand bouleversement il n'arrivait rien de bon
pour Henri. Il changeait de maitre, voila tout; et au lieu de
Charles IX, qui le tolerait, il voyait monter au trone de France
le duc d'Anjou, qui, n'ayant avec sa mere Catherine qu'un coeur et
qu'une tete, avait jure sa mort et ne manquerait pas de tenir son
serment.

Toutes ces idees s'etaient presentees a la fois a son esprit quand
le sanglier s'etait elance sur Charles IX, et nous avons vu ce qui
etait resulte de cette reflexion rapide comme l'eclair, qu'a la
vie de Charles IX etait attachee sa propre vie.

Charles IX avait ete sauve par un devouement dont il etait
impossible au roi de comprendre le motif.

Mais Marguerite avait tout compris, et elle avait admire ce
courage etrange de Henri qui, pareil a l'eclair, ne brillait que
dans l'orage.

Malheureusement ce n'etait pas le tout que d'avoir echappe au
regne du duc d'Anjou, il fallait se faire roi soi-meme. Il fallait
disputer la Navarre au duc d'Alencon et au prince de Conde; il
fallait surtout quitter cette cour ou l'on ne marchait qu'entre
deux precipices, et la quitter protege par un fils de France.

Henri, tout en revenant de Bondy, reflechit profondement a la
situation. En arrivant au Louvre, son plan etait fait.

Sans se debotter, tel qu'il etait, tout poudreux et tout sanglant
encore, il se rendit chez le duc d'Alencon, qu'il trouva fort
agite en se promenant a grands pas dans sa chambre.

En l'apercevant, le prince fit un mouvement.

-- Oui, lui dit Henri en lui prenant les deux mains, oui, je
comprends, mon bon frere, vous m'en voulez de ce que le premier
j'ai fait remarquer au roi que votre balle avait frappe la jambe
de son cheval, au lieu d'aller frapper le sanglier, comme c'etait
votre intention. Mais que voulez-vous? je n'ai pu retenir une
exclamation de surprise. D'ailleurs le roi s'en fut toujours
apercu, n'est-ce pas?

-- Sans doute, sans doute, murmura d'Alencon. Mais je ne puis
cependant attribuer qu'a mauvaise intention cette espece de
denonciation que vous avez faite, et qui, vous l'avez vu, n'a pas
eu un resultat moindre que de faire suspecter a mon frere Charles
mes intentions, et de jeter un nuage entre nous.

-- Nous reviendrons la-dessus tout a l'heure; et quant a la bonne
ou a la mauvaise intention que j'ai a votre egard, je viens expres
aupres de vous pour vous en faire juge.

-- Bien! dit d'Alencon avec sa reserve ordinaire; parlez, Henri,
je vous ecoute.

-- Quand j'aurai parle, Francois, vous verrez bien quelles sont
mes intentions, car la confidence que je viens vous faire exclut
toute reserve et toute prudence; et quand je vous l'aurai faite,
d'un seul mot vous pourrez me perdre!

-- Qu'est-ce donc? dit Francois, qui commencait a se troubler.

-- Et cependant, continua Henri, j'ai hesite longtemps a vous
parler de la chose qui m'amene, surtout apres la facon dont vous
avez fait la sourde oreille aujourd'hui.

-- En verite, dit Francois en palissant, je ne sais pas ce que
vous voulez dire, Henri.

-- Mon frere, vos interets me sont trop chers pour que je ne vous
avertisse pas que les huguenots ont fait faire aupres de moi des
demarches.

-- Des demarches! demanda d'Alencon, et quelles demarches?

-- L'un d'eux, M. de Mouy de Saint-Phale, le fils du brave de Mouy
assassine par Maurevel, vous savez...

-- Oui.

-- Eh bien, il est venu me trouver au risque de sa vie pour me
demontrer que j'etais en captivite.

-- Ah! vraiment! et que lui avez-vous repondu?

-- Mon frere, vous savez que j'aime tendrement Charles, qui m'a
sauve la vie, et que la reine mere a pour moi remplace ma mere.
J'ai donc refuse toutes les offres qu'il venait me faire.

-- Et quelles etaient ces offres?

-- Les huguenots veulent reconstituer le trone de Navarre, et
comme en realite ce trone m'appartient par heritage, ils me
l'offraient.

-- Oui; et M. de Mouy, au lieu de l'adhesion qu'il venait
solliciter, a recu votre desistement?

-- Formel... par ecrit meme. Mais depuis..., continua Henri.

-- Vous vous etes repenti, mon frere? interrompit d'Alencon.

-- Non, j'ai cru m'apercevoir seulement que M. de Mouy, mecontent
de moi, reportait ailleurs ses visees.

-- Et ou cela? demanda vivement Francois.

-- Je n'en sais rien. Pres du prince de Conde, peut-etre.

-- Oui, c'est probable, dit le duc.

-- D'ailleurs, reprit Henri, j'ai moyen de connaitre d'une maniere
infaillible le chef qu'il s'est choisi. Francois devint livide.

-- Mais, continua Henri, les huguenots sont divises entre eux, et
de Mouy, tout brave et tout loyal qu'il est, ne represente qu'une
moitie du parti. Or, cette autre moitie, qui n'est point a
dedaigner, n'a pas perdu l'espoir de porter au trone ce Henri de
Navarre, qui, apres avoir hesite dans le premier moment, peut
avoir reflechi depuis.

-- Vous croyez?

-- Oh! tous les jours j'en recois des temoignages. Cette troupe
qui nous a rejoints a la chasse, avez-vous remarque de quels
hommes elle se composait?

-- Oui, de gentilshommes convertis.

-- Le chef de cette troupe, qui m'a fait un signe, l'avez-vous
reconnu?

-- Oui, c'est le vicomte de Turenne.

-- Ce qu'ils me voulaient, l'avez-vous compris?

-- Oui, ils vous proposaient de fuir.

-- Alors, dit Henri a Francois inquiet, il est donc evident qu'il
y a un second parti qui veut autre chose que ce que veut
M. de Mouy.

-- Un second parti?

-- Oui, et fort puissant, vous dis-je; de sorte que pour reussir
il faudrait reunir les deux partis: Turenne et de Mouy. La
conspiration marche, les troupes sont designees, on n'attend qu'un
signal. Or, dans cette situation supreme, qui demande de ma part
une prompte solution, j'ai debattu deux resolutions entre
lesquelles je flotte. Ces deux resolutions, je viens vous les
soumettre comme a un ami.

-- Dites mieux, comme a un frere.

-- Oui, comme a un frere, reprit Henri.

-- Parlez donc, je vous ecoute.

-- Et d'abord je dois vous exposer l'etat de mon ame, mon cher
Francois. Nul desir, nulle ambition, nulle capacite; je suis un
bon gentilhomme de campagne, pauvre, sensuel et timide; le metier
de conspirateur me presente des disgraces mal compensees par la
perspective meme certaine d'une couronne.

-- Ah! mon frere, dit Francois, vous vous faites tort, et c'est
une situation triste que celle d'un prince dont la fortune est
limitee par une borne dans le champ paternel ou par un homme dans
la carriere des honneurs! Je ne crois donc pas a ce que vous me
dites.

-- Ce que je vous dis est si vrai cependant, mon frere, reprit
Henri, que si je croyais avoir un ami reel, je me demettrais en sa
faveur de la puissance que veut me conferer le parti qui s'occupe
de moi; mais, ajouta-t-il avec un soupir, je n'en ai point.

-- Peut-etre. Vous vous trompez sans doute.

-- Non, ventre-saint-gris! dit Henri. Excepte vous, mon frere, je
ne vois personne qui me soit attache; aussi, plutot que de laisser
avorter en des dechirements affreux une tentative qui produirait a
la lumiere quelque homme... indigne... je prefere en verite
avertir le roi mon frere de ce qui se passe. Je ne nommerai
personne, je ne citerai ni pays ni date; mais je previendrai la
catastrophe.

-- Grand Dieu! s'ecria d'Alencon ne pouvant reprimer sa terreur,
que dites-vous la?... Quoi! Vous, vous la seule esperance du parti
depuis la mort de l'amiral; vous, un huguenot converti, mal
converti, on le croyait du moins, vous leveriez le couteau sur vos
freres! Henri, Henri, en faisant cela, savez-vous que vous livrez
a une seconde Saint-Barthelemy tous les calvinistes du royaume?
Savez-vous que Catherine n'attend qu'une occasion pareille pour
exterminer tout ce qui a survecu?

Et le duc tremblant, le visage marbre de plaques rouges et
livides, pressait la main de Henri pour le supplier de renoncer a
cette solution, qui le perdait.

-- Comment! dit Henri avec une expression de parfaite bonhomie,
vous croyez, Francois, qu'il arriverait tant de malheurs? Avec la
parole du roi, cependant, il me semble que je garantirais les
imprudents.

-- La parole du roi Charles IX, Henri! ... Eh! l'amiral ne
l'avait-il pas? Teligny ne l'avait-il pas? Ne l'aviez-vous pas
vous-meme? Oh! Henri, c'est moi qui vous le dis: si vous faites
cela, vous les perdez tous; non seulement eux, mais encore tout ce
qui a eu des relations directes ou indirectes avec eux.

Henri parut reflechir un moment.

-- Si j'eusse ete un prince important a la cour, dit-il, j'eusse
agi autrement. A votre place, par exemple, a votre place, a vous,
Francois, fils de France, heritier probable de la couronne...

Francois secoua ironiquement la tete.

-- A ma place, dit-il que feriez-vous?

-- A votre place, mon frere, repondit Henri, je me mettrais a la
tete du mouvement pour le diriger. Mon nom et mon credit
repondraient a ma conscience de la vie des seditieux, et je
tirerais utilite pour moi d'abord et pour le roi ensuite, peut-
etre, d'une entreprise qui, sans cela, peut faire le plus grand
mal a la France.

D'Alencon ecouta ces paroles avec une joie qui dilata tous les
muscles de son visage.

-- Croyez-vous, dit-il, que ce moyen soit praticable, et qu'il
nous epargne tous ces desastres que vous prevoyez?

-- Je le crois, dit Henri. Les huguenots vous aiment: votre
exterieur modeste, votre situation elevee et interessante a la
fois, la bienveillance enfin que vous avez toujours temoignee a
ceux de la religion, les portent a vous servir.

-- Mais, dit d'Alencon, il y a schisme dans le parti. Ceux qui
sont pour vous seront-ils pour moi?

-- Je me charge de vous les concilier par deux raisons.

-- Lesquelles?

-- D'abord, par la confiance que les chefs ont en moi; ensuite,
par la crainte ou ils seraient que Votre Altesse, connaissant
leurs noms...

-- Mais ces noms, qui me les revelera?

-- Moi, ventre-saint-gris!

-- Vous feriez cela?

-- Ecoutez, Francois, je vous l'ai dit, continua Henri, je n'aime
que vous a la cour: cela vient sans doute de ce que vous etes
persecute comme moi; et puis, ma femme aussi vous aime d'une
affection qui n'a pas d'egale...

Francois rougit de plaisir.

-- Croyez-moi, mon frere, continua Henri, prenez cette affaire en
main, regnez en Navarre; et pourvu que vous me conserviez une
place a votre table et une belle foret pour chasser, je
m'estimerai heureux.

-- Regner en Navarre! dit le duc; mais si...

-- Si le duc d'Anjou est nomme roi de Pologne, n'est-ce pas?
J'acheve votre pensee. Francois regarda Henri avec une certaine
terreur.

-- Eh bien, ecoutez, Francois! continua Henri; puisque rien ne
vous echappe, c'est justement dans cette hypothese que je
raisonne: si le duc d'Anjou est nomme roi de Pologne, et que notre
frere Charles, que Dieu conserve! vienne a mourir, il n'y a que
deux cents lieues de Pau a Paris, tandis qu'il y en a quatre cents
de Paris a Cracovie; vous serez donc ici pour recueillir
l'heritage juste au moment ou le roi de Pologne apprendra qu'il
est vacant. Alors, si vous etes content de moi, Francois, vous me
donnerez ce royaume de Navarre, qui ne sera plus qu'un des
fleurons de votre couronne; de cette facon, j'accepte. Le pis qui
puisse vous arriver, c'est de rester roi la-bas et de faire souche
de rois en vivant en famille avec moi et ma famille, tandis
qu'ici, qu'etes-vous? un pauvre prince persecute, un pauvre
troisieme fils de roi, esclave de deux aines et qu'un caprice peut
envoyer a la Bastille.

-- Oui, oui, dit Francois, je sens bien cela, si bien que je ne
comprends pas que vous renonciez a ce plan que vous me proposez.
Rien ne bat donc la?

Et le duc d'Alencon posa la main sur le coeur de son frere.

-- Il y a, dit Henri en souriant, des fardeaux trop lourds pour
certaines mains; je n'essaierai pas de soulever celui-la; la
crainte de la fatigue me fait passer l'envie de la possession.

-- Ainsi, Henri, veritablement vous renoncez?

-- Je l'ai dit a de Mouy et je vous le repete.

-- Mais en pareille circonstance, cher frere, dit d'Alencon, on ne
dit pas, on prouve.

Henri respira comme un lutteur qui sent plier les reins de son
adversaire.

-- Je le prouverai, dit-il, ce soir: a neuf heures la liste des
chefs et le plan de l'entreprise seront chez vous. J'ai meme deja
remis mon acte de renonciation a de Mouy.

Francois prit la main de Henri et la serra avec effusion entre les
siennes.

Au meme instant Catherine entra chez le duc d'Alencon, et cela,
selon son habitude, sans se faire annoncer.

-- Ensemble! dit-elle en souriant; deux bons freres, en verite!

-- Je l'espere, madame, dit Henri avec le plus grand sang-froid,
tandis que le duc d'Alencon palissait d'angoisse. Puis il fit
quelques pas en arriere pour laisser Catherine libre de parler a
son fils.

La reine mere alors tira de son aumoniere un joyau magnifique.

-- Cette agrafe vient de Florence, dit-elle, je vous la donne pour
mettre au ceinturon de votre epee. Puis tout bas:

-- Si, continua-t-elle, vous entendez ce soir du bruit chez votre
bon frere Henri, ne bougez pas. Francois serra la main de sa mere,
et dit:

-- Me permettez-vous de lui montrer le beau present que vous venez
de me faire?

-- Faites mieux, donnez-le-lui en votre nom et au mien, car j'en
avais ordonne une seconde a mon intention.

-- Vous entendez, Henri, dit Francois, ma bonne mere m'apporte ce
bijou, et en double la valeur en permettant que je vous le donne.

Henri s'extasia sur la beaute de l'agrafe, et se confondit en
remerciements. Quand ses transports se furent calmes:

-- Mon fils, dit Catherine, je me sens un peu indisposee, et je
vais me mettre au lit; votre frere Charles est bien fatigue de sa
chute et va en faire autant. On ne soupera donc pas en famille ce
soir, et nous serons servis chacun chez nous. Ah! Henri,
j'oubliais de vous faire mon compliment sur votre courage et votre
adresse: vous avez sauve votre roi et votre frere, vous en serez
recompense.

-- Je le suis deja, madame! repondit Henri en s'inclinant.

-- Par le sentiment que vous avez fait votre devoir, reprit
Catherine, ce n'est pas assez, et croyez que nous songeons,
Charles et moi, a faire quelque chose qui nous acquitte envers
vous.

-- Tout ce qui me viendra de vous et de mon bon frere sera
bienvenu, madame. Puis il s'inclina et sortit.

-- Ah! mon frere Francois, pensa Henri en sortant, je suis sur
maintenant de ne pas partir seul, et la conspiration, qui avait un
corps, vient de trouver une tete et un coeur. Seulement prenons
garde a nous. Catherine me fait un cadeau, Catherine me promet une
recompense: il y a quelque diablerie la-dessous; je veux conferer
ce soir avec Marguerite.



II
La reconnaissance du roi Charles IX


Maurevel etait reste une partie de la journee dans le cabinet des
Armes du roi; mais, quand Catherine avait vu approcher le moment
du retour de la chasse, elle l'avait fait passer dans son oratoire
avec les sbires qui l'etaient venus rejoindre.

Charles IX, averti a son arrivee par sa nourrice qu'un homme avait
passe une partie de la journee dans son cabinet, s'etait d'abord
mis dans une grande colere qu'on se fut permis d'introduire un
etranger chez lui. Mais se l'etant fait depeindre, et sa nourrice
lui ayant dit que c'etait le meme homme qu'elle avait ete elle-
meme chargee de lui amener un soir, le roi avait reconnu Maurevel;
et se rappelant l'ordre arrache le matin par sa mere, il avait
tout compris.

-- Oh! oh! murmura Charles, dans la meme journee ou il m'a sauve
la vie; le moment est mal choisi.

En consequence il fit quelques pas pour descendre chez sa mere;
mais une pensee le retint.

-- Mordieu! dit-il, si je lui parle de cela, ce sera une
discussion a n'en pas finir; mieux vaut que nous agissions chacun
de notre cote.

-- Nourrice, dit-il, ferme bien toutes les portes, et previens la
reine Elisabeth[1], qu'un peu souffrant de la chute que j'ai faite,
je dormirai seul cette nuit.

La nourrice obeit, et, comme l'heure d'executer son projet n'etait
pas arrivee, Charles se mit a faire des vers.

C'etait l'occupation pendant laquelle le temps passait le plus
vite pour le roi. Aussi neuf heures sonnerent-elles que Charles
croyait encore qu'il en etait a peine sept. Il compta l'un apres
l'autre les battements de la cloche, et au dernier il se leva.

-- Nom d'un diable! dit-il, il est temps tout juste. Et, prenant
son manteau et son chapeau, il sortit par une porte secrete qu'il
avait fait percer dans la boiserie, et dont Catherine elle-meme
ignorait l'existence. Charles alla droit a l'appartement de Henri.
Henri n'avait fait que rentrer chez lui pour changer de costume en
quittant le duc d'Alencon, et il etait sorti aussitot.

-- Il sera alle souper chez Margot, se dit le roi; il etait au
mieux aujourd'hui avec elle, a ce qu'il m'a semble du moins. Et il
s'achemina vers l'appartement de Marguerite.

Marguerite avait ramene chez elle la duchesse de Nevers, Coconnas
et La Mole, et faisait avec eux une collation de confitures et de
patisseries.

Charles heurta a la porte d'entree: Gillonne alla ouvrir; mais a
l'aspect du roi elle fut si epouvantee, qu'elle trouva a peine la
force de faire la reverence, et qu'au lieu de courir pour prevenir
sa maitresse de l'auguste visite qui lui arrivait, elle laissa
passer Charles sans donner d'autre signal que le cri qu'elle avait
pousse.

Le roi traversa l'antichambre, et, guide par les eclats de rire,
il s'avanca vers la salle a manger.

"Pauvre Henriot! dit-il, il se rejouit sans penser a mal."

-- C'est moi, dit-il en soulevant la tapisserie et en montrant un
visage riant.

Marguerite poussa un cri terrible; tout riant qu'il etait, ce
visage avait produit sur elle l'effet de la tete de Meduse. Placee
en face de la portiere, elle venait de reconnaitre Charles.

Les deux hommes tournaient le dos au roi.

-- Majeste! s'ecria-t-elle avec effroi. Et elle se leva. Coconnas,
quand les trois autres convives sentaient en quelque sorte leur
tete vaciller sur leurs epaules, fut le seul qui ne perdit pas la
sienne. Il se leva aussi, mais avec une si habile maladresse,
qu'en se levant il renversa la table, et qu'avec elle il culbuta
cristaux, vaisselle et bougies.

En un instant il y eut obscurite complete et silence de mort.

-- Gagne au pied, dit Coconnas a La Mole. Hardi! hardi! La Mole ne
se le fit pas dire deux fois; il se jeta contre le mur, s'orienta
des mains, cherchant la chambre a coucher pour se coucher dans le
cabinet qu'il connaissait si bien. Mais en mettant le pied dans la
chambre a coucher il se heurta contre un homme qui venait d'entrer
par le passage secret.

-- Que signifie donc tout cela? dit Charles dans les tenebres,
avec une voix qui commencait a prendre un formidable accent
d'impatience; suis-je donc un trouble-fete, que l'on fasse a ma
vue un pareil remue-menage? Voyons, Henriot! Henriot! ou es-tu?
reponds-moi.

-- Nous sommes sauves! murmura Marguerite en saisissant une main
qu'elle prit pour celle de La Mole. Le roi croit que mon mari est
un de nos convives.

-- Et je lui laisserai croire, madame, soyez tranquille, dit Henri
repondant a la reine sur le meme ton.

-- Grand Dieu! s'ecria Marguerite en lachant vivement la main
qu'elle tenait, et qui etait celle du roi de Navarre.

-- Silence! dit Henri.

-- Mille noms du diable! qu'avez-vous donc a chuchoter ainsi?
s'ecria Charles. Henri, repondez-moi, ou etes-vous?

-- Me voici, Sire, dit la voix du roi de Navarre.

-- Diable! dit Coconnas qui tenait la duchesse de Nevers dans un
coin, voila qui se complique.

-- Alors, nous sommes deux fois perdus, dit Henriette. Coconnas,
brave jusqu'a l'imprudence, avait reflechi qu'il fallait toujours
finir par rallumer les bougies; et pensant que le plus tot serait
le mieux, il quitta la main de madame de Nevers, ramassa au milieu
des debris un chandelier, s'approcha du chauffe-doux[2], et souffla
sur un charbon qui enflamma aussitot la meche d'une bougie. La
chambre s'eclaira. Charles IX jeta autour de lui un regard
interrogateur.

Henri etait pres de sa femme; la duchesse de Nevers etait seule
dans un coin; et Coconnas, debout au milieu de la chambre, un
chandelier a la main, eclairait toute la scene.

-- Excusez-nous, mon frere, dit Marguerite, nous ne vous
attendions pas.

-- Aussi Votre Majeste, comme elle peut le voir, nous a fait une
peur etrange! dit Henriette.

-- Pour ma part, dit Henri qui devina tout, je crois que la peur a
ete si reelle qu'en me levant j'ai renverse la table. Coconnas
jeta au roi de Navarre un regard qui voulait dire:

"A la bonne heure! voila un mari qui entend a demi-mot."

-- Quel affreux remue-menage! repeta Charles IX. Voila ton souper
renverse, Henriot. Viens avec moi, tu l'acheveras ailleurs; je te
debauche pour ce soir.

-- Comment, Sire! dit Henri, Votre Majeste me ferait l'honneur?...

-- Oui, Ma Majeste te fait l'honneur de t'emmener hors du Louvre.
Prete-le moi, Margot, je te le ramenerai demain matin.

-- Ah! mon frere! dit Marguerite, vous n'avez pas besoin de ma
permission pour cela, et vous etes bien le maitre.

-- Sire, dit Henri, je vais prendre chez moi un autre manteau, et
je reviens a l'instant meme.

-- Tu n'en as pas besoin, Henriot; celui que tu as la est bon.

-- Mais, Sire..., essaya le Bearnais.

-- Je te dis de ne pas retourner chez toi, mille noms d'un diable!
n'entends tu pas ce que je te dis? Allons, viens donc!

-- Oui, oui, allez! dit tout a coup Marguerite en serrant le bras
de son mari, car un singulier regard de Charles venait de lui
apprendre qu'il se passait quelque chose d'etrange.

-- Me voila, Sire, dit Henri. Mais Charles ramena son regard sur
Coconnas, qui continuait son office d'eclaireur en rallumant les
autres bougies.

-- Quel est ce gentilhomme, demanda-t-il a Henri en toisant le
Piemontais; ne serait-ce point, par hasard, M. de La Mole?

-- Qui lui a donc parle de La Mole? se demanda tout bas
Marguerite.

-- Non, Sire, repondit Henri, M. de La Mole n'est point ici, et je
le regrette, car j'aurais eu l'honneur de le presenter a Votre
Majeste en meme temps que M. de Coconnas, son ami; ce sont deux
inseparables, et tous deux appartiennent a M. d'Alencon.

-- Ah! ah! notre grand tireur! dit Charles. Bon! Puis en froncant
le sourcil:

-- Ce M. de La Mole, ajouta-t-il, n'est-il pas huguenot?

-- Converti, Sire, dit Henri, et je reponds de lui comme de moi.

-- Quand vous repondrez de quelqu'un, Henriot, apres ce que vous
avez fait aujourd'hui, je n'ai plus le droit de douter de lui.
Mais n'importe, j'aurais voulu le voir, ce M. de La Mole. Ce sera
pour plus tard.

En faisant de ses gros yeux une derniere perquisition dans la
chambre, Charles embrassa Marguerite et emmena le roi de Navarre
en le tenant par dessous le bras.

A la porte du Louvre, Henri voulut s'arreter pour parler a
quelqu'un.

-- Allons, allons! sors vite, Henriot, lui dit Charles. Quand je
te dis que l'air du Louvre n'est pas bon pour toi ce soir, que
diable! crois-moi donc.

-- Ventre-saint-gris! murmura Henri; et de Mouy, que va-t-il
devenir tout seul dans ma chambre?... Pourvu que cet air qui n'est
pas bon pour moi ne soit pas plus mauvais encore pour lui!

-- Ah ca! dit le roi lorsque Henri et lui eurent traverse le pont-
levis, cela t'arrange donc, Henriot, que les gens de M. d'Alencon
fassent la cour a ta femme?

-- Comment cela, Sire?

-- Oui, ce M. de Coconnas ne fait-il pas les doux yeux a Margot?

-- Qui vous a dit cela?

-- Dame! reprit le roi, on me l'a dit.

-- Raillerie pure, Sire; M. de Coconnas fait les doux yeux a
quelqu'un, c'est vrai, mais c'est a madame de Nevers.

-- Ah bah!

-- Je puis repondre a Votre Majeste de ce que je lui dis la.
Charles se prit a rire aux eclats.

-- Eh bien, dit-il, que le duc de Guise vienne encore me faire des
propos, et j'allongerai agreablement sa moustache en lui contant
les exploits de sa belle-soeur. Apres cela, dit le roi en se
ravisant, je ne sais plus si c'est de M. de Coconnas ou de
M. de La Mole qu'il m'a parle.

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