Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

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"Voyez, lui dit-elle, si tout ne nous seconde pas: voici la nuit
qui vient; au point du jour nous serons arrivees dans notre
retraite, et nul ne pourra se douter ou nous sommes. Voyons, du
courage, prenez quelque chose."

Mme Bonacieux mangea machinalement quelques bouchees et trempa ses
levres dans son verre.

"Allons donc, allons donc, dit Milady portant le sien a ses
levres, faites comme moi."

Mais au moment ou elle l'approchait de sa bouche, sa main resta
suspendue: elle venait d'entendre sur la route comme le roulement
lointain d'un galop qui allait s'approchant; puis, presque en meme
temps, il lui sembla entendre des hennissements de chevaux.

Ce bruit la tira de sa joie comme un bruit d'orage reveille au
milieu d'un beau reve; elle palit et courut a la fenetre, tandis
que Mme Bonacieux, se levant toute tremblante, s'appuyait sur sa
chaise pour ne point tomber.

On ne voyait rien encore, seulement on entendait le galop qui
allait toujours se rapprochant.

"Oh! mon Dieu, dit Mme Bonacieux, qu'est-ce que ce bruit?

-- Celui de nos amis ou de nos ennemis, dit Milady avec son sang-
froid terrible; restez ou vous etes, je vais vous le dire."

Mme Bonacieux demeura debout, muette, immobile et pale comme une
statue.

Le bruit devenait plus fort, les chevaux ne devaient pas etre a
plus de cent cinquante pas; si on ne les apercevait point encore,
c'est que la route faisait un coude. Toutefois, le bruit devenait
si distinct qu'on eut pu compter les chevaux par le bruit saccade
de leurs fers.

Milady regardait de toute la puissance de son attention; il
faisait juste assez clair pour qu'elle put reconnaitre ceux qui
venaient.

Tout a coup, au detour du chemin, elle vit reluire des chapeaux
galonnes et flotter des plumes; elle compta deux, puis cinq puis
huit cavaliers; l'un d'eux precedait tous les autres de deux
longueurs de cheval.

Milady poussa un rugissement etouffe. Dans celui qui tenait la
tete elle reconnut d'Artagnan.

"Oh! mon Dieu! mon Dieu! s'ecria Mme Bonacieux, qu'y a-t-il donc?

-- C'est l'uniforme des gardes de M. le cardinal; pas un instant a
perdre! s'ecria Milady. Fuyons, fuyons!

-- Oui, oui, fuyons", repeta Mme Bonacieux, mais sans pouvoir
faire un pas, clouee qu'elle etait a sa place par la terreur.

On entendit les cavaliers qui passaient sous la fenetre.

"Venez donc! mais venez donc! s'ecriait Milady en essayant de
trainer la jeune femme par le bras. Grace au jardin, nous pouvons
fuir encore, j'ai la clef, mais hatons-nous, dans cinq minutes il
serait trop tard."

Mme Bonacieux essaya de marcher, fit deux pas et tomba sur ses
genoux.

Milady essaya de la soulever et de l'emporter, mais elle ne put en
venir a bout.

En ce moment on entendit le roulement de la voiture, qui a la vue
des mousquetaires partait au galop. Puis, trois ou quatre coups de
feu retentirent.

"Une derniere fois, voulez-vous venir? s'ecria Milady.

-- Oh! mon Dieu! mon Dieu! vous voyez bien que les forces me
manquent; vous voyez bien que je ne puis marcher: fuyez seule.

-- Fuir seule! vous laisser ici! non, non, jamais", s'ecria
Milady.

Tout a coup, un eclair livide jaillit de ses yeux; d'un bond,
eperdue, elle courut a la table, versa dans le verre de
Mme Bonacieux le contenu d'un chaton de bague qu'elle ouvrit avec
une promptitude singuliere.

C'etait un grain rougeatre qui se fondit aussitot.

Puis, prenant le verre d'une main ferme:

"Buvez, dit-elle, ce vin vous donnera des forces, buvez."

Et elle approcha le verre des levres de la jeune femme qui but
machinalement.

"Ah! ce n'est pas ainsi que je voulais me venger, dit Milady en
reposant avec un sourire infernal le verre sur la table, mais, ma
foi! on fait ce qu'on peut."

Et elle s'elanca hors de l'appartement.

Mme Bonacieux la regarda fuir, sans pouvoir la suivre; elle etait
comme ces gens qui revent qu'on les poursuit et qui essayent
vainement de marcher.

Quelques minutes se passerent, un bruit affreux retentissait a la
porte; a chaque instant Mme Bonacieux s'attendait a voir
reparaitre Milady, qui ne reparaissait pas.

Plusieurs fois, de terreur sans doute, la sueur monta froide a son
front brulant.

Enfin elle entendit le grincement des grilles qu'on ouvrait, le
bruit des bottes et des eperons retentit par les escaliers; il se
faisait un grand murmure de voix qui allaient se rapprochant, et
au milieu desquelles il lui semblait entendre prononcer son nom.

Tout a coup elle jeta un grand cri de joie et s'elanca vers la
porte, elle avait reconnu la voix de d'Artagnan.

"D'Artagnan! d'Artagnan! s'ecria-t-elle, est-ce vous? Par ici, par
ici.

-- Constance! Constance! repondit le jeune homme, ou etes-vous?
mon Dieu!"

Au meme moment, la porte de la cellule ceda au choc plutot qu'elle
ne s'ouvrit; plusieurs hommes se precipiterent dans la chambre;
Mme Bonacieux etait tombee dans un fauteuil sans pouvoir faire un
mouvement.

D'Artagnan jeta un pistolet encore fumant qu'il tenait a la main,
et tomba a genoux devant sa maitresse, Athos repassa le sien a sa
ceinture; Porthos et Aramis, qui tenaient leurs epees nues, les
remirent au fourreau.

"Oh! d'Artagnan! mon bien-aime d'Artagnan! tu viens donc enfin, tu
ne m'avais pas trompee, c'est bien toi!

-- Oui, oui, Constance! reunis!

-- Oh!elle avait beau dire que tu ne viendrais pas, j'esperais
sourdement; je n'ai pas voulu fuir; oh! comme j'ai bien fait,
comme je suis heureuse!"

A ce mot, elle, Athos, qui s'etait assis tranquillement, se leva
tout a coup.

"Elle! qui, elle? demanda d'Artagnan.

-- Mais ma compagne; celle qui, par amitie pour moi, voulait me
soustraire a mes persecuteurs; celle qui, vous prenant pour des
gardes du cardinal, vient de s'enfuir.

-- Votre compagne, s'ecria d'Artagnan, devenant plus pale que le
voile blanc de sa maitresse, de quelle compagne voulez-vous donc
parler?

-- De celle dont la voiture etait a la porte, d'une femme qui se
dit votre amie, d'Artagnan; d'une femme a qui vous avez tout
raconte.

-- Son nom, son nom! s'ecria d'Artagnan; mon Dieu! ne savez-vous
donc pas son nom?

-- Si fait, on l'a prononce devant moi, attendez... mais c'est
etrange... oh! mon Dieu! ma tete se trouble, je n'y vois plus.

-- A moi, mes amis, a moi! ses mains sont glacees, s'ecria
d'Artagnan, elle se trouve mal; grand Dieu! elle perd
connaissance!"

Tandis que Porthos appelait au secours de toute la puissance de sa
voix, Aramis courut a la table pour prendre un verre d'eau; mais
il s'arreta en voyant l'horrible alteration du visage d'Athos,
qui, debout devant la table, les cheveux herisses, les yeux glaces
de stupeur, regardait l'un des verres et semblait en proie au
doute le plus horrible.

"Oh! disait Athos, oh! non, c'est impossible! Dieu ne permettrait
pas un pareil crime.

-- De l'eau, de l'eau, criait d'Artagnan, de l'eau!

"Pauvre femme, pauvre femme!" murmurait Athos d'une voix brisee.

Mme Bonacieux rouvrit les yeux sous les baisers de d'Artagnan.

"Elle revient a elle! s'ecria le jeune homme. Oh! mon Dieu, mon
Dieu! je te remercie!

-- Madame, dit Athos, madame, au nom du Ciel! a qui ce verre vide?

-- A moi, monsieur..., repondit la jeune femme d'une voix
mourante.

-- Mais qui vous a verse ce vin qui etait dans ce verre?

-- Elle.

-- Mais, qui donc, elle?

-- Ah! je me souviens, dit Mme Bonacieux, la comtesse de
Winter..."

Les quatre amis pousserent un seul et meme cri, mais celui d'Athos
domina tous les autres.

En ce moment, le visage de Mme Bonacieux devint livide, une
douleur sourde la terrassa, elle tomba haletante dans les bras de
Porthos et d'Aramis.

D'Artagnan saisit les mains d'Athos avec une angoisse difficile a
decrire.

"Et quoi! dit-il, tu crois..."

Sa voix s'eteignit dans un sanglot.

"Je crois tout, dit Athos en se mordant les levres jusqu'au sang.

-- D'Artagnan, d'Artagnan! s'ecria Mme Bonacieux, ou es-tu? ne me
quitte pas, tu vois bien que je vais mourir."

D'Artagnan lacha les mains d'Athos, qu'il tenait encore entre ses
mains crispees, et courut a elle.

Son visage si beau etait tout bouleverse, ses yeux vitreux
n'avaient deja plus de regard, un tremblement convulsif agitait
son corps, la sueur coulait sur son front.

"Au nom du Ciel! courez appeler; Porthos, Aramis demandez du
secours!

-- Inutile, dit Athos, inutile, au poison qu'elle verse il n'y a
pas de contrepoison.

-- Oui, oui, du secours, du secours! murmura Mme Bonacieux; du
secours!"

Puis, rassemblant toutes ses forces, elle prit la tete du jeune
homme entre ses deux mains, le regarda un instant comme si toute
son ame etait passee dans son regard, et, avec un cri sanglotant,
elle appuya ses levres sur les siennes.

"Constance! Constance!" s'ecria d'Artagnan.

Un soupir s'echappa de la bouche de Mme Bonacieux, effleurant
celle de d'Artagnan; ce soupir, c'etait cette ame si chaste et si
aimante qui remontait au ciel.

D'Artagnan ne serrait plus qu'un cadavre entre ses bras.

Le jeune homme poussa un cri et tomba pres de sa maitresse, aussi
pale et aussi glace qu'elle.

Porthos pleura, Aramis montra le poing au ciel, Athos fit le signe
de la croix.

En ce moment un homme parut sur la porte, presque aussi pale que
ceux qui etaient dans la chambre, et regarda tout autour de lui,
vit Mme Bonacieux morte et d'Artagnan evanoui.

Il apparaissait juste a cet instant de stupeur qui suit les
grandes catastrophes.

"Je ne m'etais pas trompe, dit-il, voila M. d'Artagnan, et vous
etes ses trois amis, MM. Athos, Porthos et Aramis."

Ceux dont les noms venaient d'etre prononces regardaient
l'etranger avec etonnement, il leur semblait a tous trois le
reconnaitre.

"Messieurs, reprit le nouveau venu, vous etes comme moi a la
recherche d'une femme qui, ajouta-t-il avec un sourire terrible, a
du passer par ici, car j'y vois un cadavre!"

Les trois amis resterent muets; seulement la voix comme le visage
leur rappelait un homme qu'ils avaient deja vu; cependant, ils ne
pouvaient se souvenir dans quelles circonstances.

"Messieurs, continua l'etranger, puisque vous ne voulez pas
reconnaitre un homme qui probablement vous doit la vie deux fois,
il faut bien que je me nomme; je suis Lord de Winter, le beau-
frere de cette femme."

Les trois amis jeterent un cri de surprise.

Athos se leva et lui tendit la main.

"Soyez le bienvenu, Milord, dit-il, vous etes des notres.

-- Je suis parti cinq heures apres elle de Portsmouth, dit Lord de
Winter, je suis arrive trois heures apres elle a Boulogne, je l'ai
manquee de vingt minutes a Saint-Omer; enfin, a Lillers, j'ai
perdu sa trace. J'allais au hasard, m'informant a tout le monde,
quand je vous ai vus passer au galop; j'ai reconnu M. d'Artagnan.
Je vous ai appeles, vous ne m'avez pas repondu; j'ai voulu vous
suivre, mais mon cheval etait trop fatigue pour aller du meme
train que les votres. Et cependant il parait que malgre la
diligence que vous avez faite, vous etes encore arrives trop tard!

-- Vous voyez, dit Athos en montrant a Lord de Winter
Mme Bonacieux morte et d'Artagnan que Porthos et Aramis essayaient
de rappeler a la vie.

-- Sont-ils donc morts tous deux? demanda froidement Lord de
Winter.

-- Non, heureusement, repondit Athos, M. d'Artagnan n'est
qu'evanoui.

-- Ah! tant mieux!" dit Lord de Winter.

En effet, en ce moment d'Artagnan rouvrit les yeux.

Il s'arracha des bras de Porthos et d'Aramis et se jeta comme un
insense sur le corps de sa maitresse.

Athos se leva, marcha vers son ami d'un pas lent et solennel,
l'embrassa tendrement, et, comme il eclatait en sanglots, il lui
dit de sa voix si noble et si persuasive:

"Ami, sois homme: les femmes pleurent les morts, les hommes les
vengent!

-- Oh! oui, dit d'Artagnan, oui! si c'est pour la venger, je suis
pret a te suivre!"

Athos profita de ce moment de force que l'espoir de la vengeance
rendait a son malheureux ami pour faire signe a Porthos et a
Aramis d'aller chercher la superieure.

Les deux amis la rencontrerent dans le corridor, encore toute
troublee et tout eperdue de tant d'evenements; elle appela
quelques religieuses, qui, contre toutes les habitudes
monastiques, se trouverent en presence de cinq hommes.

"Madame, dit Athos en passant le bras de d'Artagnan sous le sien,
nous abandonnons a vos soins pieux le corps de cette malheureuse
femme. Ce fut un ange sur la terre avant d'etre un ange au ciel.
Traitez-la comme une de vos soeurs; nous reviendrons un jour prier
sur sa tombe."

D'Artagnan cacha sa figure dans la poitrine d'Athos et eclata en
sanglots.

"Pleure, dit Athos, pleure, coeur plein d'amour, de jeunesse et de
vie! Helas! je voudrais bien pouvoir pleurer comme toi!"

Et il entraina son ami, affectueux comme un pere, consolant comme
un pretre, grand comme l'homme qui a beaucoup souffert.

Tous cinq, suivis de leurs valets, tenant leurs chevaux par la
bride, s'avancerent vers la ville de Bethune, dont on apercevait
le faubourg, et ils s'arreterent devant la premiere auberge qu'ils
rencontrerent.

"Mais, dit d'Artagnan, ne poursuivons-nous pas cette femme?

-- Plus tard, dit Athos, j'ai des mesures a prendre.

-- Elle nous echappera, reprit le jeune homme, elle nous
echappera, Athos, et ce sera ta faute.

-- Je reponds d'elle", dit Athos.

D'Artagnan avait une telle confiance dans la parole de son ami,
qu'il baissa la tete et entra dans l'auberge sans rien repondre.

Porthos et Aramis se regardaient, ne comprenant rien a l'assurance
d'Athos.

Lord de Winter croyait qu'il parlait ainsi pour engourdir la
douleur de d'Artagnan.

"Maintenant, messieurs, dit Athos lorsqu'il se fut assure qu'il y
avait cinq chambres de libres dans l'hotel, retirons-nous chacun
chez soi; d'Artagnan a besoin d'etre seul pour pleurer et vous
pour dormir. Je me charge de tout, soyez tranquilles.

-- Il me semble cependant, dit Lord de Winter, que s'il y a
quelque mesure a prendre contre la comtesse, cela me regarde:
c'est ma belle-soeur.

-- Et moi, dit Athos, c'est ma femme.

D'Artagnan tressaillit, car il comprit qu'Athos etait sur de sa
vengeance, puisqu'il revelait un pareil secret; Porthos et Aramis
se regarderent en palissant. Lord de Winter pensa qu'Athos etait
fou.

"Retirez-vous donc, dit Athos, et laissez-moi faire. Vous voyez
bien qu'en ma qualite de mari cela me regarde. Seulement,
d'Artagnan, si vous ne l'avez pas perdu, remettez-moi ce papier
qui s'est echappe du chapeau de cet homme et sur lequel est ecrit
le nom de la ville...

-- Ah! dit d'Artagnan, je comprends, ce nom ecrit de sa main...

-- Tu vois bien, dit Athos, qu'il y a un Dieu dans le ciel!"


CHAPITRE LXIV
L'HOMME AU MANTEAU ROUGE

Le desespoir d'Athos avait fait place a une douleur concentree,
qui rendait plus lucides encore les brillantes facultes d'esprit
de cet homme.

Tout entier a une seule pensee, celle de la promesse qu'il avait
faite et de la responsabilite qu'il avait prise, il se retira le
dernier dans sa chambre, pria l'hote de lui procurer une carte de
la province, se courba dessus, interrogea les lignes tracees,
reconnut que quatre chemins differents se rendaient de Bethune a
Armentieres, et fit appeler les valets.

Planchet, Grimaud, Mousqueton et Bazin se presenterent et recurent
les ordres clairs, ponctuels et graves d'Athos.

Ils devaient partir au point du jour, le lendemain, et se rendre a
Armentieres, chacun par une route differente. Planchet, le plus
intelligent des quatre, devait suivre celle par laquelle avait
disparu la voiture sur laquelle les quatre amis avaient tire, et
qui etait accompagnee, on se le rappelle, du domestique de
Rochefort.

Athos mit les valets en campagne d'abord, parce que, depuis que
ces hommes etaient a son service et a celui de ses amis, il avait
reconnu en chacun d'eux des qualites differentes et essentielles.

Puis, des valets qui interrogent inspirent aux passants moins de
defiance que leurs maitres, et trouvent plus de sympathie chez
ceux auxquels ils s'adressent.

Enfin, Milady connaissait les maitres, tandis qu'elle ne
connaissait pas les valets; au contraire, les valets connaissaient
parfaitement Milady.

Tous quatre devaient se trouver reunis le lendemain a onze heures
a l'endroit indique; s'ils avaient decouvert la retraite de
Milady, trois resteraient a la garder, le quatrieme reviendrait a
Bethune pour prevenir Athos et servir de guide aux quatre amis.

Ces dispositions prises, les valets se retirerent a leur tour.

Athos alors se leva de sa chaise, ceignit son epee, s'enveloppa
dans son manteau et sortit de l'hotel; il etait dix heures a peu
pres. A dix heures du soir, on le sait, en province les rues sont
peu frequentees. Athos cependant cherchait visiblement quelqu'un a
qui il put adresser une question. Enfin il rencontra un passant
attarde, s'approcha de lui, lui dit quelques paroles; l'homme
auquel il s'adressait recula avec terreur, cependant il repondit
aux paroles du mousquetaire par une indication. Athos offrit a cet
homme une demi-pistole pour l'accompagner, mais l'homme refusa.

Athos s'enfonca dans la rue que l'indicateur avait designee du
doigt; mais, arrive a un carrefour, il s'arreta de nouveau,
visiblement embarrasse. Cependant, comme, plus qu'aucun autre
lieu, le carrefour lui offrait la chance de rencontrer quelqu'un,
il s'y arreta. En effet, au bout d'un instant, un veilleur de nuit
passa. Athos lui repeta la meme question qu'il avait deja faite a
la premiere personne qu'il avait rencontree, le veilleur de nuit
laissa apercevoir la meme terreur, refusa a son tour d'accompagner
Athos, et lui montra de la main le chemin qu'il devait suivre.

Athos marcha dans la direction indiquee et atteignit le faubourg
situe a l'extremite de la ville opposee a celle par laquelle lui
et ses compagnons etaient entres. La il parut de nouveau inquiet
et embarrasse, et s'arreta pour la troisieme fois.

Heureusement un mendiant passa, qui s'approcha d'Athos pour lui
demander l'aumone. Athos lui proposa un ecu pour l'accompagner ou
il allait. Le mendiant hesita un instant, mais a la vue de la
piece d'argent qui brillait dans l'obscurite, il se decida et
marcha devant Athos.

Arrive a l'angle d'une rue, il lui montra de loin une petite
maison isolee, solitaire, triste; Athos s'en approcha, tandis que
le mendiant, qui avait recu son salaire, s'en eloignait a toutes
jambes.

Athos en fit le tour, avant de distinguer la porte au milieu de la
couleur rougeatre dont cette maison etait peinte; aucune lumiere
ne paraissait a travers les gercures des contrevents, aucun bruit
ne pouvait faire supposer qu'elle fut habitee, elle etait sombre
et muette comme un tombeau.

Trois fois Athos frappa sans qu'on lui repondit. Au troisieme coup
cependant des pas interieurs se rapprocherent; enfin la porte
s'entrebailla, et un homme de haute taille, au teint pale, aux
cheveux et a la barbe noire, parut.

Athos et lui echangerent quelques mots a voix basse, puis l'homme
a la haute taille fit signe au mousquetaire qu'il pouvait entrer.
Athos profita a l'instant meme de la permission, et la porte se
referma derriere lui.

L'homme qu'Athos etait venu chercher si loin et qu'il avait trouve
avec tant de peine, le fit entrer dans son laboratoire, ou il
etait occupe a retenir avec des fils de fer les os cliquetants
d'un squelette. Tout le corps etait deja rajuste: la tete seule
etait posee sur une table.

Tout le reste de l'ameublement indiquait que celui chez lequel on
se trouvait s'occupait de sciences naturelles: il y avait des
bocaux pleins de serpents, etiquetes selon les especes; des
lezards desseches reluisaient comme des emeraudes taillees dans de
grands cadres de bois noir; enfin, des bottes d'herbes sauvages,
odoriferantes et sans doute douees de vertus inconnues au vulgaire
des hommes, etaient attachees au plafond et descendaient dans les
angles de l'appartement.

Du reste, pas de famille, pas de serviteurs; l'homme a la haute
taille habitait seul cette maison.

Athos jeta un coup d'oeil froid et indifferent sur tous les objets
que nous venons de decrire, et, sur l'invitation de celui qu'il
venait chercher, il s'assit pres de lui.

Alors il lui expliqua la cause de sa visite et le service qu'il
reclamait de lui; mais a peine eut-il expose sa demande, que
l'inconnu, qui etait reste debout devant le mousquetaire, recula
de terreur et refusa. Alors Athos tira de sa poche un petit papier
sur lequel etaient ecrites deux lignes accompagnees d'une
signature et d'un sceau, et le presenta a celui qui donnait trop
prematurement ces signes de repugnance. L'homme a la grande taille
eut a peine lu ces deux lignes, vu la signature et reconnu le
sceau, qu'il s'inclina en signe qu'il n'avait plus aucune
objection a faire, et qu'il etait pret a obeir.

Athos n'en demanda pas davantage; il se leva, salua, sortit,
reprit en s'en allant le chemin qu'il avait suivi pour venir,
rentra dans l'hotel et s'enferma chez lui.

Au point du jour, d'Artagnan entra dans sa chambre et demanda ce
qu'il fallait faire.

"Attendre", repondit Athos.

Quelques instants apres, la superieure du couvent fit prevenir les
mousquetaires que l'enterrement de la victime de Milady aurait
lieu a midi. Quant a l'empoisonneuse, on n'en avait pas eu de
nouvelles; seulement elle avait du fuir par le jardin, sur le
sable duquel on avait reconnu la trace de ses pas et dont on avait
retrouve la porte fermee; quant a la cle, elle avait disparu.

A l'heure indiquee, Lord de Winter et les quatre amis se rendirent
au couvent: les cloches sonnaient a toute volee, la chapelle etait
ouverte, la grille du choeur etait fermee. Au milieu du choeur, le
corps de la victime, revetue de ses habits de novice, etait
expose. De chaque cote du choeur et derriere des grilles s'ouvrant
sur le couvent etait toute la communaute des carmelites, qui
ecoutait de la le service divin et melait son chant au chant des
pretres, sans voir les profanes et sans etre vue d'eux.

A la porte de la chapelle, d'Artagnan sentit son courage qui
fuyait de nouveau; il se retourna pour chercher Athos, mais Athos
avait disparu.

Fidele a sa mission de vengeance, Athos s'etait fait conduire au
jardin; et la, sur le sable, suivant les pas legers de cette femme
qui avait laisse une trace sanglante partout ou elle avait passe,
il s'avanca jusqu'a la porte qui donnait sur le bois, se la fit
ouvrir, et s'enfonca dans la foret.

Alors tous ses doutes se confirmerent: le chemin par lequel la
voiture avait disparu contournait la foret. Athos suivit le chemin
quelque temps les yeux fixes sur le sol; de legeres taches de
sang, qui provenaient d'une blessure faite ou a l'homme qui
accompagnait la voiture en courrier, ou a l'un des chevaux,
piquetaient le chemin. Au bout de trois quarts de lieue a peu
pres, a cinquante pas de Festubert, une tache de sang plus large
apparaissait; le sol etait pietine par les chevaux. Entre la foret
et cet endroit denonciateur, un peu en arriere de la terre
ecorchee, on retrouvait la meme trace de petits pas que dans le
jardin; la voiture s'etait arretee.

En cet endroit, Milady etait sortie du bois et etait montee dans
la voiture.

Satisfait de cette decouverte qui confirmait tous ses soupcons,
Athos revint a l'hotel et trouva Planchet qui l'attendait avec
impatience.

Tout etait comme l'avait prevu Athos.

Planchet avait suivi la route, avait comme Athos remarque les
taches de sang, comme Athos il avait reconnu l'endroit ou les
chevaux s'etaient arretes; mais il avait pousse plus loin
qu'Athos, de sorte qu'au village de Festubert, en buvant dans une
auberge, il avait, sans avoir eu besoin de questionner, appris que
la veille, a huit heures et demie du soir, un homme blesse, qui
accompagnait une dame qui voyageait dans une chaise de poste,
avait ete oblige de s'arreter, ne pouvant aller plus loin.
L'accident avait ete mis sur le compte de voleurs qui auraient
arrete la chaise dans le bois. L'homme etait reste dans le
village, la femme avait relaye et continue son chemin.

Planchet se mit en quete du postillon qui avait conduit la chaise,
et le retrouva. Il avait conduit la dame jusqu'a Fromelles, et de
Fromelles elle etait partie pour Armentieres. Planchet prit la
traverse, et a sept heures du matin il etait a Armentieres.

Il n'y avait qu'un seul hotel, celui de la Poste. Planchet alla
s'y presenter comme un laquais sans place qui cherchait une
condition. Il n'avait pas cause dix minutes avec les gens de
l'auberge, qu'il savait qu'une femme seule etait arrivee a onze
heures du soir, avait pris une chambre, avait fait venir le maitre
d'hotel et lui avait dit qu'elle desirerait demeurer quelque temps
dans les environs.

Planchet n'avait pas besoin d'en savoir davantage. Il courut au
rendez-vous, trouva les trois laquais exacts a leur poste, les
placa en sentinelles a toutes les issues de l'hotel, et vint
trouver Athos, qui achevait de recevoir les renseignements de
Planchet, lorsque ses amis rentrerent.

Tous les visages etaient sombres et crispes, meme le doux visage
d'Aramis.

"Que faut-il faire? demanda d'Artagnan.

-- Attendre", repondit Athos.

Chacun se retira chez soi.

A huit heures du soir, Athos donna l'ordre de seller les chevaux,
et fit prevenir Lord de Winter et ses amis qu'ils eussent a se
preparer pour l'expedition.

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