Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

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La pauvre jeune femme ne pouvait se douter de ce qui se passait
d'affreusement cruel derriere le rempart de ce front pur, derriere
ces yeux si brillants ou elle ne lisait que de l'interet et de la
compassion.

"Alors vous savez ce que j'ai souffert, dit Mme Bonacieux,
puisqu'il vous a dit ce qu'il souffrait; mais souffrir pour lui,
c'est du bonheur."

Milady reprit machinalement:

"Oui, c'est du bonheur."

Elle pensait a autre chose.

"Et puis, continua Mme Bonacieux, mon supplice touche a son terme;
demain, ce soir peut-etre, je le reverrai, et alors le passe
n'existera plus.

-- Ce soir? demain? s'ecria Milady tiree de sa reverie par ces
paroles, que voulez-vous dire? attendez-vous quelque nouvelle de
lui?

-- Je l'attends lui-meme.

-- Lui-meme; d'Artagnan, ici!

-- Lui-meme.

-- Mais, c'est impossible! il est au siege de La Rochelle avec le
cardinal; il ne reviendra a Paris qu'apres la prise de la ville.

-- Vous le croyez ainsi, mais est-ce qu'il y a quelque chose
d'impossible a mon d'Artagnan, le noble et loyal gentilhomme!

-- Oh! je ne puis vous croire!

-- Eh bien, lisez donc!" dit, dans l'exces de son orgueil et de sa
joie, la malheureuse jeune femme en presentant une lettre a
Milady.

"L'ecriture de Mme de Chevreuse! se dit en elle-meme Milady. Ah!
j'etais bien sure qu'ils avaient des intelligences de ce cote-la!"

Et elle lut avidement ces quelques lignes:

"Ma chere enfant, tenez-vous prete; notre ami vous verra bientot,
et il ne vous verra que pour vous arracher de la prison ou votre
surete exigeait que vous fussiez cachee: preparez-vous donc au
depart et ne desesperez jamais de nous.

"Notre charmant Gascon vient de se montrer brave et fidele comme
toujours, dites-lui qu'on lui est bien reconnaissant quelque part
de l'avis qu'il a donne."

"Oui, oui, dit Milady, oui, la lettre est precise. Savez-vous quel
est cet avis?

-- Non. Je me doute seulement qu'il aura prevenu la reine de
quelque nouvelle machination du cardinal.

-- Oui, c'est cela sans doute!" dit Milady en rendant la lettre a
Mme Bonacieux et en laissant retomber sa tete pensive sur sa
poitrine.

En ce moment on entendit le galop d'un cheval.

"Oh! s'ecria Mme Bonacieux en s'elancant a la fenetre, serait-ce
deja lui?"

Milady etait restee dans son lit, petrifiee par la surprise; tant
de choses inattendues lui arrivaient tout a coup, que pour la
premiere fois la tete lui manquait.

"Lui! lui! murmura-t-elle, serait-ce lui?"

Et elle demeurait dans son lit les yeux fixes.

"Helas, non! dit Mme Bonacieux, c'est un homme que je ne connais
pas, et qui cependant a l'air de venir ici; oui, il ralentit sa
course, il s'arrete a la porte, il sonne.

Milady sauta hors de son lit.

"Vous etes bien sure que ce n'est pas lui? dit-elle.

-- Oh! oui, bien sure!

-- Vous avez peut-etre mal vu.

-- Oh! je verrais la plume de son feutre, le bout de son manteau,
que je le reconnaitrais, lui!

Milady s'habillait toujours.

"N'importe! cet homme vient ici, dites-vous?

-- Oui, il est entre.

-- C'est ou pour vous ou pour moi.

-- Oh! mon Dieu, comme vous semblez agitee!

-- Oui, je l'avoue, je n'ai pas votre confiance, je crains tout du
cardinal.

-- Chut! dit Mme Bonacieux, on vient!"

Effectivement, la porte s'ouvrit, et la superieure entra.

"Est-ce vous qui arrivez de Boulogne? demanda-t-elle a Milady.

-- Oui, c'est moi, repondit celle-ci, et, tachant de ressaisir son
sang-froid, qui me demande?

-- Un homme qui ne veut pas dire son nom, mais qui vient de la
part du cardinal.

-- Et qui veut me parler? demanda Milady.

-- Qui veut parler a une dame arrivant de Boulogne.

-- Alors faites entrer, madame, je vous prie.

-- Oh! mon Dieu! mon Dieu! dit Mme Bonacieux, serait-ce quelque
mauvaise nouvelle?

-- J'en ai peur.

-- Je vous laisse avec cet etranger, mais aussitot son depart, si
vous le permettez, je reviendrai.

-- Comment donc! je vous en prie."

La superieure et Mme Bonacieux sortirent.

Milady resta seule, les yeux fixes sur la porte; un instant apres
on entendit le bruit d'eperons qui retentissaient sur les
escaliers, puis les pas se rapprocherent, puis la porte s'ouvrit,
et un homme parut.

Milady jeta un cri de joie: cet homme c'etait le comte de
Rochefort, l'ame damnee de Son Eminence.


CHAPITRE LXII
DEUX VARIETES DE DEMONS

"Ah! s'ecrierent ensemble Rochefort et Milady, c'est vous!

-- Oui, c'est moi.

-- Et vous arrivez...? demanda Milady.

-- De La Rochelle, et vous?

-- D'Angleterre.

-- Buckingham?

-- Mort ou blesse dangereusement; comme je partais sans avoir rien
pu obtenir de lui, un fanatique venait de l'assassiner.

-- Ah! fit Rochefort avec un sourire, voila un hasard bien
heureux! et qui satisfera Son Eminence! L'avez-vous prevenue?

-- Je lui ai ecrit de Boulogne. Mais comment etes-vous ici?

-- Son Eminence, inquiete, m'a envoye a votre recherche.

-- Je suis arrivee d'hier seulement.

-- Et qu'avez-vous fait depuis hier?

-- Je n'ai pas perdu mon temps.

-- Oh! je m'en doute bien!

-- Savez-vous qui j'ai rencontre ici?

-- Non.

-- Devinez.

-- Comment voulez-vous?...

-- Cette jeune femme que la reine a tiree de prison.

-- La maitresse du petit d'Artagnan?

-- Oui, Mme Bonacieux, dont le cardinal ignorait la retraite.

-- Eh bien, dit Rochefort, voila encore un hasard qui peut aller
de pair avec l'autre, M. le cardinal est en verite un homme
privilegie.

-- Comprenez-vous mon etonnement, continua Milady, quand je me
suis trouvee face a face avec cette femme?

-- Vous connait-elle?

-- Non.

-- Alors elle vous regarde comme une etrangere?"

Milady sourit.

"Je suis sa meilleure amie!

-- Sur mon honneur, dit Rochefort, il n'y a que vous, ma chere
comtesse, pour faire de ces miracles-la.

-- Et bien m'en a pris, chevalier, dit Milady, car savez-vous ce
qui se passe?

-- Non.

-- On va la venir chercher demain ou apres-demain avec un ordre de
la reine.

-- Vraiment? et qui cela?

-- D'Artagnan et ses amis.

-- En verite ils en feront tant, que nous serons obliges de les
envoyer a la Bastille.

-- Pourquoi n'est-ce point deja fait?

-- Que voulez-vous! parce que M. le cardinal a pour ces hommes une
faiblesse que je ne comprends pas.

-- Vraiment?

-- Oui.

-- Eh bien, dites-lui ceci, Rochefort: dites-lui que notre
conversation a l'auberge du Colombier-Rouge a ete entendue par ces
quatre hommes; dites-lui qu'apres son depart l'un d'eux est monte
et m'a arrache par violence le sauf-conduit qu'il m'avait donne;
dites-lui qu'ils avaient fait prevenir Lord de Winter de mon
passage en Angleterre; que, cette fois encore, ils ont failli
faire echouer ma mission, comme ils ont fait echouer celle des
ferrets; dites-lui que parmi ces quatre hommes, deux seulement
sont a craindre, d'Artagnan et Athos; dites-lui que le troisieme,
Aramis, est l'amant de Mme de Chevreuse: il faut laisser vivre
celui-la, on sait son secret, il peut etre utile; quant au
quatrieme, Porthos, c'est un sot, un fat et un niais, qu'il ne
s'en occupe meme pas.

-- Mais ces quatre hommes doivent etre a cette heure au siege de
La Rochelle.

-- Je le croyais comme vous; mais une lettre que Mme Bonacieux a
recue de Mme de Chevreuse, et qu'elle a eu l'imprudence de me
communiquer, me porte a croire que ces quatre hommes au contraire
sont en campagne pour la venir enlever.

-- Diable! comment faire?

-- Que vous a dit le cardinal a mon egard?

-- De prendre vos depeches ecrites ou verbales, de revenir en
poste, et, quand il saura ce que vous avez fait, il avisera a ce
que vous devez faire.

-- Je dois donc rester ici? demanda Milady.

-- Ici ou dans les environs.

-- Vous ne pouvez m'emmener avec vous?

-- Non, l'ordre est formel: aux environs du camp, vous pourriez
etre reconnue, et votre presence, vous le comprenez,
compromettrait Son Eminence, surtout apres ce qui vient de se
passer la-bas. Seulement, dites-moi d'avance ou vous attendrez des
nouvelles du cardinal, que je sache toujours ou vous retrouver.

-- Ecoutez, il est probable que je ne pourrai rester ici.

-- Pourquoi?

-- Vous oubliez que mes ennemis peuvent arriver d'un moment a
l'autre.

-- C'est vrai; mais alors cette petite femme va echapper a Son
Eminence?

-- Bah! dit Milady avec un sourire qui n'appartenait qu'a elle,
vous oubliez que je suis sa meilleure amie.

-- Ah! c'est vrai! je puis donc dire au cardinal, a l'endroit de
cette femme...

-- Qu'il soit tranquille.

-- Voila tout?

-- Il saura ce que cela veut dire.

-- Il le devinera. Maintenant, voyons, que dois-je faire?

-- Repartir a l'instant meme; il me semble que les nouvelles que
vous reportez valent bien la peine que l'on fasse diligence.

-- Ma chaise s'est cassee en entrant a Lillers.

-- A merveille!

-- Comment, a merveille?

-- Oui, j'ai besoin de votre chaise, moi, dit la comtesse.

-- Et comment partirai-je, alors?

-- A franc etrier.

-- Vous en parlez bien a votre aise, cent quatre-vingts lieues.

-- Qu'est-ce que cela?

-- On les fera. Apres?

-- Apres: en passant a Lillers, vous me renvoyez la chaise avec
ordre a votre domestique de se mettre a ma disposition.

-- Bien.

-- Vous avez sans doute sur vous quelque ordre du cardinal?

-- J'ai mon plein pouvoir.

-- Vous le montrez a l'abbesse, et vous dites qu'on viendra me
chercher, soit aujourd'hui, soit demain, et que j'aurai a suivre
la personne qui se presentera en votre nom.

-- Tres bien!

-- N'oubliez pas de me traiter durement en parlant de moi a
l'abbesse.

-- A quoi bon?

-- Je suis une victime du cardinal. Il faut bien que j'inspire de
la confiance a cette pauvre petite Mme Bonacieux.

-- C'est juste. Maintenant voulez-vous me faire un rapport de tout
ce qui est arrive?

-- Mais je vous ai raconte les evenements, vous avez bonne
memoire, repetez les choses comme je vous les ai dites, un papier
se perd.

-- Vous avez raison; seulement que je sache ou vous retrouver, que
je n'aille pas courir inutilement dans les environs.

-- C'est juste, attendez.

-- Voulez-vous une carte?

-- Oh! je connais ce pays a merveille.

-- Vous? quand donc y etes-vous venue?

-- J'y ai ete elevee.

-- Vraiment?

-- C'est bon a quelque chose, vous le voyez, que d'avoir ete
elevee quelque part.

-- Vous m'attendrez donc...?

-- Laissez-moi reflechir un instant; eh! tenez, a Armentieres.

-- Qu'est-ce que cela, Armentieres?

-- Une petite ville sur la Lys! je n'aurai qu'a traverser la
riviere et je suis en pays etranger.

-- A merveille! mais il est bien entendu que vous ne traverserez
la riviere qu'en cas de danger.

-- C'est bien entendu.

-- Et, dans ce cas, comment saurai-je ou vous etes?

-- Vous n'avez pas besoin de votre laquais?

-- Non.

-- C'est un homme sur?

-- A l'epreuve.

-- Donnez-le-moi; personne ne le connait, je le laisse a l'endroit
que je quitte, et il vous conduit ou je suis.

-- Et vous dites que vous m'attendez a Argentieres?

-- A Armentieres, repondit Milady.

-- Ecrivez-moi ce nom-la sur un morceau de papier, de peur que je
l'oublie; ce n'est pas compromettant, un nom de ville, n'est-ce
pas?

-- Eh, qui sait? N'importe, dit Milady en ecrivant le nom sur une
demi-feuille de papier, je me compromets.

-- Bien! dit Rochefort en prenant des mains de Milady le papier,
qu'il plia et qu'il enfonca dans la coiffe de son feutre;
d'ailleurs, soyez tranquille, je vais faire comme les enfants, et,
dans le cas ou je perdrais ce papier, repeter le nom tout le long
de la route. Maintenant est-ce tout?

-- Je le crois.

-- Cherchons bien: Buckingham mort ou grievement blesse; votre
entretien avec le cardinal entendu des quatre mousquetaires; Lord
de Winter prevenu de votre arrivee a Portsmouth; d'Artagnan et
Athos a la Bastille; Aramis l'amant de Mme de Chevreuse; Porthos
un fat; Mme Bonacieux retrouvee; vous envoyer la chaise le plus
tot possible; mettre mon laquais a votre disposition; faire de
vous une victime du cardinal, pour que l'abbesse ne prenne aucun
soupcon; Armentieres sur les bords de la Lys. Est-ce cela?

-- En verite, mon cher chevalier, vous etes un miracle de memoire.
A propos, ajoutez une chose...

-- Laquelle?

-- J'ai vu de tres jolis bois qui doivent toucher au jardin du
couvent, dites qu'il m'est permis de me promener dans ces bois;
qui sait? j'aurai peut-etre besoin de sortir par une porte de
derriere.

-- Vous pensez a tout.

-- Et vous, vous oubliez une chose...

-- Laquelle?

-- C'est de me demander si j'ai besoin d'argent.

-- C'est juste, combien voulez-vous?

-- Tout ce que vous aurez d'or.

-- J'ai cinq cents pistoles a peu pres.

-- J'en ai autant: avec mille pistoles on fait face a tout; videz
vos poches.

-- Voila, comtesse.

-- Bien, mon cher comte! et vous partez...?

-- Dans une heure; le temps de manger un morceau, pendant lequel
j'enverrai chercher un cheval de poste.

-- A merveille! Adieu, chevalier!

-- Adieu, comtesse!

-- Recommandez-moi au cardinal, dit Milady.

-- Recommandez-moi a Satan", repliqua Rochefort.

Milady et Rochefort echangerent un sourire et se separerent.

Une heure apres, Rochefort partit au grand galop de son cheval;
cinq heures apres il passait a Arras.

Nos lecteurs savent deja comment il avait ete reconnu par
d'Artagnan, et comment cette reconnaissance, en inspirant des
craintes aux quatre mousquetaires, avait donne une nouvelle
activite a leur voyage.


CHAPITRE LXIII
UNE GOUTTE D'EAU

A peine Rochefort fut-il sorti, que Mme Bonacieux rentra. Elle
trouva Milady le visage riant.

"Eh bien, dit la jeune femme, ce que vous craigniez est donc
arrive; ce soir ou demain le cardinal vous envoie prendre?

-- Qui vous a dit cela, mon enfant? demanda Milady.

-- Je l'ai entendu de la bouche meme du messager.

-- Venez vous asseoir ici pres de moi, dit Milady.

-- Me voici.

-- Attendez que je m'assure si personne ne nous ecoute.

-- Pourquoi toutes ces precautions?

-- Vous allez le savoir."

Milady se leva et alla a la porte, l'ouvrit, regarda dans le
corridor, et revint se rasseoir pres de Mme Bonacieux.

"Alors, dit-elle, il a bien joue son role.

-- Qui cela?

-- Celui qui s'est presente a l'abbesse comme l'envoye du
cardinal.

-- C'etait donc un role qu'il jouait?

-- Oui, mon enfant.

-- Cet homme n'est donc pas...

-- Cet homme, dit Milady en baissant la voix, c'est mon frere.

-- Votre frere! s'ecria Mme Bonacieux.

-- Eh bien, il n'y a que vous qui sachiez ce secret, mon enfant;
si vous le confiez a qui que ce soit au monde, je serai perdue, et
vous aussi peut-etre.

-- Oh! mon Dieu!

-- Ecoutez, voici ce qui se passe: mon frere, qui venait a mon
secours pour m'enlever ici de force, s'il le fallait, a rencontre
l'emissaire du cardinal qui venait me chercher; il l'a suivi.
Arrive a un endroit du chemin solitaire et ecarte, il a mis l'epee
a la main en sommant le messager de lui remettre les papiers dont
il etait porteur; le messager a voulu se defendre, mon frere l'a
tue.

-- Oh! fit Mme Bonacieux en frissonnant.

-- C'etait le seul moyen, songez-y. Alors mon frere a resolu de
substituer la ruse a la force: il a pris les papiers, il s'est
presente ici comme l'emissaire du cardinal lui-meme, et dans une
heure ou deux, une voiture doit venir me prendre de la part de Son
Eminence.

-- Je comprends; cette voiture, c'est votre frere qui vous
l'envoie.

-- Justement; mais ce n'est pas tout: cette lettre que vous avez
recue, et que vous croyez de Mme Chevreuse...

-- Eh bien?

-- Elle est fausse.

-- Comment cela?

-- Oui, fausse: c'est un piege pour que vous ne fassiez pas de
resistance quand on viendra vous chercher.

-- Mais c'est d'Artagnan qui viendra.

-- Detrompez-vous, d'Artagnan et ses amis sont retenus au siege de
La Rochelle.

-- Comment savez-vous cela?

-- Mon frere a rencontre des emissaires du cardinal en habits de
mousquetaires. On vous aurait appelee a la porte, vous auriez cru
avoir affaire a des amis, on vous enlevait et on vous ramenait a
Paris.

-- Oh! mon Dieu! ma tete se perd au milieu de ce chaos
d'iniquites. Je sens que si cela durait, continua Mme Bonacieux en
portant ses mains a son front, je deviendrais folle!

-- Attendez...

-- Quoi?

-- J'entends le pas d'un cheval, c'est celui de mon frere qui
repart; je veux lui dire un dernier adieu, venez."

Milady ouvrit la fenetre et fit signe a Mme Bonacieux de l'y
rejoindre. La jeune femme y alla.

Rochefort passait au galop.

"Adieu, frere", s'ecria Milady.

Le chevalier leva la tete, vit les deux jeunes femmes, et, tout
courant, fit a Milady un signe amical de la main.

"Ce bon Georges!" dit-elle en refermant la fenetre avec une
expression de visage pleine d'affection et de melancolie.

Et elle revint s'asseoir a sa place, comme si elle eut ete plongee
dans des reflexions toutes personnelles.

"Chere dame! dit Mme Bonacieux, pardon de vous interrompre! mais
que me conseillez-vous de faire? mon Dieu! Vous avez plus
d'experience que moi, parlez, je vous ecoute.

-- D'abord, dit Milady, il se peut que je me trompe et que
d'Artagnan et ses amis viennent veritablement a votre secours.

-- Oh! c'eut ete trop beau! s'ecria Mme Bonacieux, et tant de
bonheur n'est pas fait pour moi!

-- Alors, vous comprenez; ce serait tout simplement une question
de temps, une espece de course a qui arrivera le premier. Si ce
sont vos amis qui l'emportent en rapidite, vous etes sauvee; si ce
sont les satellites du cardinal, vous etes perdue.

-- Oh! oui, oui, perdue sans misericorde! Que faire donc? que
faire?

-- Il y aurait un moyen bien simple, bien naturel...

-- Lequel, dites?

-- Ce serait d'attendre, cachee dans les environs, et de s'assurer
ainsi quels sont les hommes qui viendront vous demander.

-- Mais ou attendre?

-- Oh! ceci n'est point une question: moi-meme je m'arrete et je
me cache a quelques lieues d'ici en attendant que mon frere vienne
me rejoindre; eh bien, je vous emmene avec moi, nous nous cachons
et nous attendons ensemble.

-- Mais on ne me laissera pas partir, je suis ici presque
prisonniere.

-- Comme on croit que je pars sur un ordre du cardinal, on ne vous
croira pas tres pressee de me suivre.

-- Eh bien?

-- Eh bien, la voiture est a la porte, vous me dites adieu, vous
montez sur le marchepied pour me serrer dans vos bras une derniere
fois; le domestique de mon frere qui vient me prendre est prevenu,
il fait un signe au postillon, et nous partons au galop.

-- Mais d'Artagnan, d'Artagnan, s'il vient?

-- Ne le saurons-nous pas?

-- Comment?

-- Rien de plus facile. Nous renvoyons a Bethune ce domestique de
mon frere, a qui, je vous l'ai dit, nous pouvons nous fier; il
prend un deguisement et se loge en face du couvent: si ce sont les
emissaires du cardinal qui viennent, il ne bouge pas; si c'est
M. d'Artagnan et ses amis, il les amene ou nous sommes.

-- Il les connait donc?

-- Sans doute, n'a-t-il pas vu M. d'Artagnan chez moi!

-- Oh! oui, oui, vous avez raison; ainsi, tout va bien, tout est
pour le mieux; mais ne nous eloignons pas d'ici.

-- A sept ou huit lieues tout au plus, nous nous tenons sur la
frontiere par exemple, et a la premiere alerte, nous sortons de
France.

-- Et d'ici la, que faire?

-- Attendre.

-- Mais s'ils arrivent?

-- La voiture de mon frere arrivera avant eux.

-- Si je suis loin de vous quand on viendra vous prendre; a diner
ou a souper, par exemple?

-- Faites une chose.

-- Laquelle?

-- Dites a votre bonne superieure que, pour nous quitter le moins
possible, vous lui demanderez la permission de partager mon repas.

-- Le permettra-t-elle?

-- Quel inconvenient y a-t-il a cela?

-- Oh! tres bien, de cette facon nous ne nous quitterons pas un
instant!

-- Eh bien, descendez chez elle pour lui faire votre demande! je
me sens la tete lourde, je vais faire un tour au jardin.

-- Allez, et ou vous retrouverai-je?

-- Ici dans une heure.

-- Ici dans une heure; oh! vous etes bonne et je vous remercie.

-- Comment ne m'interesserais-je pas a vous? Quand vous ne seriez
pas belle et charmante, n'etes-vous pas l'amie d'un de mes
meilleurs amis!

-- Cher d'Artagnan, oh! comme il vous remerciera!

-- Je l'espere bien. Allons! tout est convenu, descendons.

-- Vous allez au jardin?

-- Oui.

-- Suivez ce corridor, un petit escalier vous y conduit.

-- A merveille! merci."

Et les deux femmes se quitterent en echangeant un charmant
sourire.

Milady avait dit la verite, elle avait la tete lourde; car ses
projets mal classes s'y heurtaient comme dans un chaos. Elle avait
besoin d'etre seule pour mettre un peu d'ordre dans ses pensees.
Elle voyait vaguement dans l'avenir; mais il lui fallait un peu de
silence et de quietude pour donner a toutes ses idees, encore
confuses, une forme distincte, un plan arrete.

Ce qu'il y avait de plus presse, c'etait d'enlever Mme Bonacieux,
de la mettre en lieu de surete, et la, le cas echeant, de s'en
faire un otage. Milady commencait a redouter l'issue de ce duel
terrible, ou ses ennemis mettaient autant de perseverance qu'elle
mettait, elle, d'acharnement.

D'ailleurs elle sentait, comme on sent venir un orage, que cette
issue etait proche et ne pouvait manquer d'etre terrible.

Le principal pour elle, comme nous l'avons dit, etait donc de
tenir Mme Bonacieux entre ses mains. Mme Bonacieux, c'etait la vie
de d'Artagnan; c'etait plus que sa vie, c'etait celle de la femme
qu'il aimait; c'etait, en cas de mauvaise fortune, un moyen de
traiter et d'obtenir surement de bonnes conditions.

Or, ce point etait arrete: Mme Bonacieux, sans defiance, la
suivait; une fois cachee avec elle a Armentieres, il etait facile
de lui faire croire que d'Artagnan n'etait pas venu a Bethune.
Dans quinze jours au plus, Rochefort serait de retour; pendant ces
quinze jours, d'ailleurs, elle aviserait a ce qu'elle aurait a
faire pour se venger des quatre amis. Elle ne s'ennuierait pas,
Dieu merci, car elle aurait le plus doux passe-temps que les
evenements pussent accorder a une femme de son caractere: une
bonne vengeance a perfectionner.

Tout en revant, elle jetait les yeux autour d'elle et classait
dans sa tete la topographie du jardin. Milady etait comme un bon
general, qui prevoit tout ensemble la victoire et la defaite, et
qui est tout pres, selon les chances de la bataille, a marcher en
avant ou a battre en retraite.

Au bout d'une heure, elle entendit une douce voix qui l'appelait;
c'etait celle de Mme Bonacieux. La bonne abbesse avait
naturellement consenti a tout, et, pour commencer, elles allaient
souper ensemble.

En arrivant dans la cour, elles entendirent le bruit d'une voiture
qui s'arretait a la porte.

"Entendez-vous? dit-elle.

-- Oui, le roulement d'une voiture.

-- C'est celle que mon frere nous envoie.

-- Oh! mon Dieu!

-- Voyons, du courage!"

On sonna a la porte du couvent, Milady ne s'etait pas trompee.

"Montez dans votre chambre, dit-elle a Mme Bonacieux, vous avez
bien quelques bijoux que vous desirez emporter.

-- J'ai ses lettres, dit-elle.

-- Eh bien, allez les chercher et venez me rejoindre chez moi,
nous souperons a la hate, peut-etre voyagerons-nous une partie de
la nuit, il faut prendre des forces.

-- Grand Dieu! dit Mme Bonacieux en mettant la main sur sa
poitrine, le coeur m'etouffe, je ne puis marcher.

-- Du courage, allons, du courage! pensez que dans un quart
d'heure vous etes sauvee, et songez que ce que vous allez faire,
c'est pour lui que vous le faites.

-- Oh! oui, tout pour lui. Vous m'avez rendu mon courage par un
seul mot; allez, je vous rejoins."

Milady monta vivement chez elle, elle y trouva le laquais de
Rochefort, et lui donna ses instructions.

Il devait attendre a la porte; si par hasard les mousquetaires
paraissaient, la voiture partait au galop, faisait le tour du
couvent, et allait attendre Milady a un petit village qui etait
situe de l'autre cote du bois. Dans ce cas, Milady traversait le
jardin et gagnait le village a pied; nous l'avons dit deja, Milady
connaissait a merveille cette partie de la France.

Si les mousquetaires ne paraissaient pas, les choses allaient
comme il etait convenu: Mme Bonacieux montait dans la voiture sous
pretexte de lui dire adieu et Milady enlevait Mme Bonacieux.

Mme Bonacieux entra, et pour lui oter tout soupcon si elle en
avait, Milady repeta devant elle au laquais toute la derniere
partie de ses instructions.

Milady fit quelques questions sur la voiture: c'etait une chaise
attelee de trois chevaux, conduite par un postillon; le laquais de
Rochefort devait la preceder en courrier.

C'etait a tort que Milady craignait que Mme Bonacieux n'eut des
soupcons: la pauvre jeune femme etait trop pure pour soupconner
dans une autre femme une telle perfidie; d'ailleurs le nom de la
comtesse de Winter, qu'elle avait entendu prononcer par l'abbesse,
lui etait parfaitement inconnu, et elle ignorait meme qu'une femme
eut eu une part si grande et si fatale aux malheurs de sa vie.

"Vous le voyez, dit Milady, lorsque le laquais fut sorti, tout est
pret. L'abbesse ne se doute de rien et croit qu'on me vient
chercher de la part du cardinal. Cet homme va donner les derniers
ordres; prenez la moindre chose, buvez un doigt de vin et partons.

-- Oui, dit machinalement Mme Bonacieux, oui, partons."

Milady lui fit signe de s'asseoir devant elle, lui versa un petit
verre de vin d'Espagne et lui servit un blanc de poulet.

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