Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

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"Voila le moment de faire ma paix avec ce galant homme", se dit a
part lui d'Artagnan, qui s'etait tenu un peu a l'ecart pendant
toute la derniere partie de cette conversation. Et, sur ce bon
sentiment, se rapprochant d'Aramis, qui s'eloignait sans faire
autrement attention a lui:

"Monsieur, lui dit-il, vous m'excuserez, je l'espere.

-- Ah! monsieur, interrompit Aramis, permettez-moi de vous faire
observer que vous n'avez point agi en cette circonstance comme un
galant homme le devait faire.

-- Quoi, monsieur! s'ecria d'Artagnan, vous supposez...

-- Je suppose, monsieur, que vous n'etes pas un sot, et que vous
savez bien, quoique arrivant de Gascogne, qu'on ne marche pas sans
cause sur les mouchoirs de poche. Que diable! Paris n'est point
pave en batiste.

-- Monsieur, vous avez tort de chercher a m'humilier, dit
d'Artagnan, chez qui le naturel querelleur commencait a parler
plus haut que les resolutions pacifiques. Je suis de Gascogne,
c'est vrai, et puisque vous le savez, je n'aurai pas besoin de
vous dire que les Gascons sont peu endurants; de sorte que,
lorsqu'ils se sont excuses une fois, fut-ce d'une sottise, ils
sont convaincus qu'ils ont deja fait moitie plus qu'ils ne
devaient faire.

-- Monsieur, ce que je vous en dis, repondit Aramis, n'est point
pour vous chercher une querelle. Dieu merci! je ne suis pas un
spadassin, et n'etant mousquetaire que par interim, je ne me bats
que lorsque j'y suis force, et toujours avec une grande
repugnance; mais cette fois l'affaire est grave, car voici une
dame compromise par vous.

-- Par nous, c'est-a-dire, s'ecria d'Artagnan.

-- Pourquoi avez-vous eu la maladresse de me rendre le mouchoir?

-- Pourquoi avez-vous eu celle de le laisser tomber?

-- J'ai dit et je repete, monsieur, que ce mouchoir n'est point
sorti de ma poche.

-- Eh bien, vous en avez menti deux fois, monsieur, car je l'en ai
vu sortir, moi!

-- Ah! vous le prenez sur ce ton, monsieur le Gascon! eh bien, je
vous apprendrai a vivre.

-- Et moi je vous renverrai a votre messe, monsieur l'abbe!
Degainez, s'il vous plait, et a l'instant meme.

-- Non pas, s'il vous plait, mon bel ami; non, pas ici, du moins.
Ne voyez-vous pas que nous sommes en face de l'hotel d'Aiguillon,
lequel est plein de creatures du cardinal? Qui me dit que ce n'est
pas Son Eminence qui vous a charge de lui procurer ma tete? Or j'y
tiens ridiculement, a ma tete, attendu qu'elle me semble aller
assez correctement a mes epaules. Je veux donc vous tuer, soyez
tranquille, mais vous tuer tout doucement, dans un endroit clos et
couvert, la ou vous ne puissiez vous vanter de votre mort a
personne.

-- Je le veux bien, mais ne vous y fiez pas, et emportez votre
mouchoir, qu'il vous appartienne ou non; peut-etre aurez-vous
l'occasion de vous en servir.

-- Monsieur est Gascon? demanda Aramis.

-- Oui. Monsieur ne remet pas un rendez-vous par prudence?

-- La prudence, monsieur, est une vertu assez inutile aux
mousquetaires, je le sais, mais indispensable aux gens d'Eglise,
et comme je ne suis mousquetaire que provisoirement, je tiens a
rester prudent. A deux heures, j'aurai l'honneur de vous attendre
a l'hotel de M. de Treville. La je vous indiquerai les bons
endroits."

Les deux jeunes gens se saluerent, puis Aramis s'eloigna en
remontant la rue qui remontait au Luxembourg, tandis que
d'Artagnan, voyant que l'heure s'avancait, prenait le chemin des
Carmes-Deschaux, tout en disant a part soi:

"Decidement, je n'en puis pas revenir; mais au moins, si je suis
tue, je serai tue par un mousquetaire."


CHAPITRE V
LES MOUSQUETAIRES DU ROI ET LES GARDES DE M. LE CARDINAL

D'Artagnan ne connaissait personne a Paris. Il alla donc au
rendez-vous d'Athos sans amener de second, resolu de se contenter
de ceux qu'aurait choisis son adversaire. D'ailleurs son intention
etait formelle de faire au brave mousquetaire toutes les excuses
convenables, mais sans faiblesse, craignant qu'il ne resultat de
ce duel ce qui resulte toujours de facheux, dans une affaire de ce
genre, quand un homme jeune et vigoureux se bat contre un
adversaire blesse et affaibli: vaincu, il double le triomphe de
son antagoniste; vainqueur, il est accuse de forfaiture et de
facile audace.

Au reste, ou nous avons mal expose le caractere de notre chercheur
d'aventures, ou notre lecteur a deja du remarquer que d'Artagnan
n'etait point un homme ordinaire. Aussi, tout en se repetant a
lui-meme que sa mort etait inevitable, il ne se resigna point a
mourir tout doucettement, comme un autre moins courageux et moins
modere que lui eut fait a sa place. Il reflechit aux differents
caracteres de ceux avec lesquels il allait se battre, et commenca
a voir plus clair dans sa situation. Il esperait, grace aux
excuses loyales qu'il lui reservait, se faire un ami d'Athos, dont
l'air grand seigneur et la mine austere lui agreaient fort. Il se
flattait de faire peur a Porthos avec l'aventure du baudrier,
qu'il pouvait, s'il n'etait pas tue sur le coup, raconter a tout
le monde, recit qui, pousse adroitement a l'effet, devait couvrir
Porthos de ridicule; enfin, quant au sournois Aramis, il n'en
avait pas tres grand-peur, et en supposant qu'il arrivat jusqu'a
lui, il se chargeait de l'expedier bel et bien, ou du moins en le
frappant au visage, comme Cesar avait recommande de faire aux
soldats de Pompee, d'endommager a tout jamais cette beaute dont il
etait si fier.

Ensuite il y avait chez d'Artagnan ce fonds inebranlable de
resolution qu'avaient depose dans son coeur les conseils de son
pere, conseils dont la substance etait: "Ne rien souffrir de
personne que du roi, du cardinal et de M. de Treville." Il vola
donc plutot qu'il ne marcha vers le couvent des Carmes Dechausses,
ou plutot Deschaux, comme on disait a cette epoque, sorte de
batiment sans fenetres, borde de pres arides, succursale du Pre-
aux-Clercs, et qui servait d'ordinaire aux rencontres des gens qui
n'avaient pas de temps a perdre.

Lorsque d'Artagnan arriva en vue du petit terrain vague qui
s'etendait au pied de ce monastere, Athos attendait depuis cinq
minutes seulement, et midi sonnait. Il etait donc ponctuel comme
la Samaritaine, et le plus rigoureux casuiste a l'egard des duels
n'avait rien a dire.

Athos, qui souffrait toujours cruellement de sa blessure,
quoiqu'elle eut ete pansee a neuf par le chirurgien de
M. de Treville, s'etait assis sur une borne et attendait son
adversaire avec cette contenance paisible et cet air digne qui ne
l'abandonnaient jamais. A l'aspect de d'Artagnan, il se leva et
fit poliment quelques pas au-devant de lui. Celui-ci, de son cote,
n'aborda son adversaire que le chapeau a la main et sa plume
trainant jusqu'a terre.

"Monsieur, dit Athos, j'ai fait prevenir deux de mes amis qui me
serviront de seconds, mais ces deux amis ne sont point encore
arrives. Je m'etonne qu'ils tardent: ce n'est pas leur habitude.

-- Je n'ai pas de seconds, moi, monsieur, dit d'Artagnan, car
arrive d'hier seulement a Paris, je n'y connais encore personne
que M. de Treville, auquel j'ai ete recommande par mon pere qui a
l'honneur d'etre quelque peu de ses amis."

Athos reflechit un instant.

"Vous ne connaissez que M. de Treville? demanda-t-il.

-- Oui, monsieur, je ne connais que lui.

-- Ah ca, mais..., continua Athos parlant moitie a lui-meme,
moitie a d'Artagnan, ah... ca, mais si je vous tue, j'aurai l'air
d'un mangeur d'enfants, moi!

-- Pas trop, monsieur, repondit d'Artagnan avec un salut qui ne
manquait pas de dignite; pas trop, puisque vous me faites
l'honneur de tirer l'epee contre moi avec une blessure dont vous
devez etre fort incommode.

-- Tres incommode, sur ma parole, et vous m'avez fait un mal du
diable, je dois le dire; mais je prendrai la main gauche, c'est
mon habitude en pareille circonstance. Ne croyez donc pas que je
vous fasse une grace, je tire proprement des deux mains; et il y
aura meme desavantage pour vous: un gaucher est tres genant pour
les gens qui ne sont pas prevenus. Je regrette de ne pas vous
avoir fait part plus tot de cette circonstance.

-- Vous etes vraiment, monsieur, dit d'Artagnan en s'inclinant de
nouveau, d'une courtoisie dont je vous suis on ne peut plus
reconnaissant.

-- Vous me rendez confus, repondit Athos avec son air de
gentilhomme; causons donc d'autre chose, je vous prie, a moins que
cela ne vous soit desagreable. Ah! sangbleu! que vous m'avez fait
mal! l'epaule me brule.

-- Si vous vouliez permettre..., dit d'Artagnan avec timidite.

-- Quoi, monsieur?

-- J'ai un baume miraculeux pour les blessures, un baume qui me
vient de ma mere, et dont j'ai fait l'epreuve sur moi-meme.

-- Eh bien?

-- Eh bien, je suis sur qu'en moins de trois jours ce baume vous
guerirait, et au bout de trois jours, quand vous seriez gueri: eh
bien, monsieur, ce me serait toujours un grand honneur d'etre
votre homme."

D'Artagnan dit ces mots avec une simplicite qui faisait honneur a
sa courtoisie, sans porter aucunement atteinte a son courage.

"Pardieu, monsieur, dit Athos, voici une proposition qui me plait,
non pas que je l'accepte, mais elle sent son gentilhomme d'une
lieue. C'est ainsi que parlaient et faisaient ces preux du temps
de Charlemagne, sur lesquels tout cavalier doit chercher a se
modeler. Malheureusement, nous ne sommes plus au temps du grand
empereur. Nous sommes au temps de M. le cardinal, et d'ici a trois
jours on saurait, si bien garde que soit le secret, on saurait,
dis-je, que nous devons nous battre, et l'on s'opposerait a notre
combat. Ah ca, mais! ces flaneurs ne viendront donc pas?

-- Si vous etes presse, monsieur, dit d'Artagnan a Athos avec la
meme simplicite qu'un instant auparavant il lui avait propose de
remettre le duel a trois jours, si vous etes presse et qu'il vous
plaise de m'expedier tout de suite, ne vous genez pas, je vous en
prie.

-- Voila encore un mot qui me plait, dit Athos en faisant un
gracieux signe de tete a d'Artagnan, il n'est point d'un homme
sans cervelle, et il est a coup sur d'un homme de coeur. Monsieur,
j'aime les hommes de votre trempe, et je vois que si nous ne nous
tuons pas l'un l'autre, j'aurai plus tard un vrai plaisir dans
votre conversation. Attendons ces messieurs, je vous prie, j'ai
tout le temps, et cela sera plus correct. Ah! en voici un, je
crois."

En effet, au bout de la rue de Vaugirard commencait a apparaitre
le gigantesque Porthos.

"Quoi! s'ecria d'Artagnan, votre premier temoin est M. Porthos?

-- Oui, cela vous contrarie-t-il?

-- Non, aucunement.

-- Et voici le second."

D'Artagnan se retourna du cote indique par Athos, et reconnut
Aramis.

"Quoi! s'ecria-t-il d'un accent plus etonne que la premiere fois,
votre second temoin est M. Aramis?

-- Sans doute, ne savez-vous pas qu'on ne nous voit jamais l'un
sans l'autre, et qu'on nous appelle, dans les mousquetaires et
dans les gardes, a la cour et a la ville, Athos, Porthos et Aramis
ou les trois inseparables? Apres cela, comme vous arrivez de Dax
ou de Pau...

-- De Tarbes, dit d'Artagnan.

--... Il vous est permis d'ignorer ce detail, dit Athos.

-- Ma foi, dit d'Artagnan, vous etes bien nommes, messieurs, et
mon aventure, si elle fait quelque bruit, prouvera du moins que
votre union n'est point fondee sur les contrastes."

Pendant ce temps, Porthos s'etait rapproche, avait salue de la
main Athos; puis, se retournant vers d'Artagnan, il etait reste
tout etonne.

Disons, en passant, qu'il avait change de baudrier et quitte son
manteau.

"Ah! ah! fit-il, qu'est-ce que cela?

-- C'est avec monsieur que je me bats, dit Athos en montrant de la
main d'Artagnan, et en le saluant du meme geste.

-- C'est avec lui que je me bats aussi, dit Porthos.

-- Mais a une heure seulement, repondit d'Artagnan.

-- Et moi aussi, c'est avec monsieur que je me bats, dit Aramis en
arrivant a son tour sur le terrain.

-- Mais a deux heures seulement, fit d'Artagnan avec le meme
calme.

-- Mais a propos de quoi te bats-tu, toi, Athos? demanda Aramis.

-- Ma foi, je ne sais pas trop, il m'a fait mal a l'epaule; et
toi, Porthos?

-- Ma foi, je me bats parce que je me bats", repondit Porthos en
rougissant.

Athos, qui ne perdait rien, vit passer un fin sourire sur les
levres du Gascon.

"Nous avons eu une discussion sur la toilette, dit le jeune homme.

-- Et toi, Aramis? demanda Athos.

-- Moi, je me bats pour cause de theologie", repondit Aramis tout
en faisant signe a d'Artagnan qu'il le priait de tenir secrete la
cause de son duel.

Athos vit passer un second sourire sur les levres de d'Artagnan.

"Vraiment, dit Athos.

-- Oui, un point de saint Augustin sur lequel nous ne sommes pas
d'accord, dit le Gascon.

-- Decidement c'est un homme d'esprit, murmura Athos.

-- Et maintenant que vous etes rassembles, messieurs, dit
d'Artagnan, permettez-moi de vous faire mes excuses."

A ce mot d'excuses, un nuage passa sur le front d'Athos, un
sourire hautain glissa sur les levres de Porthos, et un signe
negatif fut la reponse d'Aramis.

"Vous ne me comprenez pas, messieurs, dit d'Artagnan en relevant
sa tete, sur laquelle jouait en ce moment un rayon de soleil qui
en dorait les lignes fines et hardies: je vous demande excuse dans
le cas ou je ne pourrais vous payer ma dette a tous trois, car
M. Athos a le droit de me tuer le premier, ce qui ote beaucoup de
sa valeur a votre creance, monsieur Porthos, et ce qui rend la
votre a peu pres nulle, monsieur Aramis. Et maintenant, messieurs,
je vous le repete, excusez-moi, mais de cela seulement, et en
garde!"

A ces mots, du geste le plus cavalier qui se puisse voir,
d'Artagnan tira son epee.

Le sang etait monte a la tete de d'Artagnan, et dans ce moment il
eut tire son epee contre tous les mousquetaires du royaume, comme
il venait de faire contre Athos, Porthos et Aramis.

Il etait midi et un quart. Le soleil etait a son zenith et
l'emplacement choisi pour etre le theatre du duel se trouvait
expose a toute son ardeur.

"Il fait tres chaud, dit Athos en tirant son epee a son tour, et
cependant je ne saurais oter mon pourpoint; car, tout a l'heure
encore, j'ai senti que ma blessure saignait, et je craindrais de
gener monsieur en lui montrant du sang qu'il ne m'aurait pas tire
lui-meme.

-- C'est vrai, monsieur, dit d'Artagnan, et tire par un autre ou
par moi, je vous assure que je verrai toujours avec bien du regret
le sang d'un aussi brave gentilhomme; je me battrai donc en
pourpoint comme vous.

-- Voyons, voyons, dit Porthos, assez de compliments comme cela,
et songez que nous attendons notre tour.

-- Parlez pour vous seul, Porthos, quand vous aurez a dire de
pareilles incongruites, interrompit Aramis. Quant a moi, je trouve
les choses que ces messieurs se disent fort bien dites et tout a
fait dignes de deux gentilshommes.

-- Quand vous voudrez, monsieur, dit Athos en se mettant en garde.

-- J'attendais vos ordres", dit d'Artagnan en croisant le fer.

Mais les deux rapieres avaient a peine resonne en se touchant,
qu'une escouade des gardes de Son Eminence, commandee par
M. de Jussac, se montra a l'angle du couvent.

"Les gardes du cardinal! s'ecrierent a la fois Porthos et Aramis.
L'epee au fourreau, messieurs! l'epee au fourreau!

Mais il etait trop tard. Les deux combattants avaient ete vus dans
une pose qui ne permettait pas de douter de leurs intentions.

"Hola! cria Jussac en s'avancant vers eux et en faisant signe a
ses hommes d'en faire autant, hola! mousquetaires, on se bat donc
ici? Et les edits, qu'en faisons-nous?

-- Vous etes bien genereux, messieurs les gardes, dit Athos plein
de rancune, car Jussac etait l'un des agresseurs de l'avant-
veille. Si nous vous voyions battre, je vous reponds, moi, que
nous nous garderions bien de vous en empecher. Laissez-nous donc
faire, et vous allez avoir du plaisir sans prendre aucune peine.

-- Messieurs, dit Jussac, c'est avec grand regret que je vous
declare que la chose est impossible. Notre devoir avant tout.
Rengainez donc, s'il vous plait, et nous suivez.

-- Monsieur, dit Aramis parodiant Jussac, ce serait avec un grand
plaisir que nous obeirions a votre gracieuse invitation, si cela
dependait de nous; mais malheureusement la chose est impossible:
M. de Treville nous l'a defendu. Passez donc votre chemin, c'est
ce que vous avez de mieux a faire."

Cette raillerie exaspera Jussac.

"Nous vous chargerons donc, dit-il, si vous desobeissez.

-- Ils sont cinq, dit Athos a demi-voix, et nous ne sommes que
trois; nous serons encore battus, et il nous faudra mourir ici,
car je le declare, je ne reparais pas vaincu devant le capitaine."

Alors Porthos et Aramis se rapprocherent a l'instant les uns des
autres, pendant que Jussac alignait ses soldats.

Ce seul moment suffit a d'Artagnan pour prendre son parti: c'etait
la un de ces evenements qui decident de la vie d'un homme, c'etait
un choix a faire entre le roi et le cardinal; ce choix fait, il
allait y perseverer. Se battre, c'est-a-dire desobeir a la loi,
c'est-a-dire risquer sa tete, c'est-a-dire se faire d'un seul coup
l'ennemi d'un ministre plus puissant que le roi lui-meme: voila ce
qu'entrevit le jeune homme, et, disons-le a sa louange, il
n'hesita point une seconde. Se tournant donc vers Athos et ses
amis:

"Messieurs, dit-il, je reprendrai, s'il vous plait, quelque chose
a vos paroles. Vous avez dit que vous n'etiez que trois, mais il
me semble, a moi, que nous sommes quatre.

-- Mais vous n'etes pas des notres, dit Porthos.

-- C'est vrai, repondit d'Artagnan; je n'ai pas l'habit, mais j'ai
l'ame. Mon coeur est mousquetaire, je le sens bien, monsieur, et
cela m'entraine.

-- Ecartez-vous, jeune homme, cria Jussac, qui sans doute a ses
gestes et a l'expression de son visage avait devine le dessein de
d'Artagnan. Vous pouvez vous retirer, nous y consentons. Sauvez
votre peau; allez vite."

D'Artagnan ne bougea point.

"Decidement vous etes un joli garcon, dit Athos en serrant la main
du jeune homme.

-- Allons! allons! prenons un parti, reprit Jussac.

-- Voyons, dirent Porthos et Aramis, faisons quelque chose.

-- Monsieur est plein de generosite", dit Athos.

Mais tous trois pensaient a la jeunesse de d'Artagnan et
redoutaient son inexperience.

"Nous ne serons que trois, dont un blesse, plus un enfant, reprit
Athos, et l'on n'en dira pas moins que nous etions quatre hommes.

-- Oui, mais reculer! dit Porthos.

-- C'est difficile", reprit Athos.

D'Artagnan comprit leur irresolution.

"Messieurs, essayez-moi toujours, dit-il, et je vous jure sur
l'honneur que je ne veux pas m'en aller d'ici si nous sommes
vaincus.

-- Comment vous appelle-t-on, mon brave? dit Athos.

-- D'Artagnan, monsieur.

-- Eh bien, Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan, en avant! cria
Athos.

-- Eh bien, voyons, messieurs, vous decidez-vous a vous decider?
cria pour la troisieme fois Jussac.

-- C'est fait, messieurs, dit Athos.

-- Et quel parti prenez-vous? demanda Jussac.

Nous allons avoir l'honneur de vous charger, repondit Aramis en
levant son chapeau d'une main et tirant son epee de l'autre.

-- Ah! vous resistez! s'ecria Jussac.

-- Sangdieu! cela vous etonne?"

Et les neuf combattants se precipiterent les uns sur les autres
avec une furie qui n'excluait pas une certaine methode.

Athos prit un certain Cahusac, favori du cardinal; Porthos eut
Biscarat, et Aramis se vit en face de deux adversaires.

Quant a d'Artagnan, il se trouva lance contre Jussac lui-meme.

Le coeur du jeune Gascon battait a lui briser la poitrine, non pas
de peur, Dieu merci! il n'en avait pas l'ombre, mais d'emulation;
il se battait comme un tigre en fureur, tournant dix fois autour
de son adversaire, changeant vingt fois ses gardes et son terrain.
Jussac etait, comme on le disait alors, friand de la lame, et
avait fort pratique; cependant il avait toutes les peines du monde
a se defendre contre un adversaire qui, agile et bondissant,
s'ecartait a tout moment des regles recues, attaquant de tous
cotes a la fois, et tout cela en parant en homme qui a le plus
grand respect pour son epiderme.

Enfin cette lutte finit par faire perdre patience a Jussac.
Furieux d'etre tenu en echec par celui qu'il avait regarde comme
un enfant, il s'echauffa et commenca a faire des fautes.
D'Artagnan, qui, a defaut de la pratique, avait une profonde
theorie, redoubla d'agilite. Jussac, voulant en finir, porta un
coup terrible a son adversaire en se fendant a fond; mais celui-ci
para prime, et tandis que Jussac se relevait, se glissant comme un
serpent sous son fer, il lui passa son epee au travers du corps.
Jussac tomba comme une masse.

D'Artagnan jeta alors un coup d'oeil inquiet et rapide sur le
champ de bataille.

Aramis avait deja tue un de ses adversaires; mais l'autre le
pressait vivement. Cependant Aramis etait en bonne situation et
pouvait encore se defendre.

Biscarat et Porthos venaient de faire coup fourre: Porthos avait
recu un coup d'epee au travers du bras, et Biscarat au travers de
la cuisse. Mais comme ni l'une ni l'autre des deux blessures
n'etait grave, ils ne s'en escrimaient qu'avec plus d'acharnement.

Athos, blesse de nouveau par Cahusac, palissait a vue d'oeil, mais
il ne reculait pas d'une semelle: il avait seulement change son
epee de main, et se battait de la main gauche.

D'Artagnan, selon les lois du duel de cette epoque, pouvait
secourir quelqu'un; pendant qu'il cherchait du regard celui de ses
compagnons qui avait besoin de son aide, il surprit un coup d'oeil
d'Athos. Ce coup d'oeil etait d'une eloquence sublime. Athos
serait mort plutot que d'appeler au secours; mais il pouvait
regarder, et du regard demander un appui. D'Artagnan le devina,
fit un bond terrible et tomba sur le flanc de Cahusac en criant:

"A moi, monsieur le garde, je vous tue!"

Cahusac se retourna; il etait temps. Athos, que son extreme
courage soutenait seul, tomba sur un genou.

"Sangdieu! criait-il a d'Artagnan, ne le tuez pas, jeune homme, je
vous en prie; j'ai une vieille affaire a terminer avec lui, quand
je serai gueri et bien portant. Desarmez-le seulement, liez-lui
l'epee. C'est cela. Bien! tres bien!"

Cette exclamation etait arrachee a Athos par l'epee de Cahusac qui
sautait a vingt pas de lui. D'Artagnan et Cahusac s'elancerent
ensemble, l'un pour la ressaisir, l'autre pour s'en emparer; mais
d'Artagnan, plus leste, arriva le premier et mit le pied dessus.

Cahusac courut a celui des gardes qu'avait tue Aramis, s'empara de
sa rapiere, et voulut revenir a d'Artagnan; mais sur son chemin il
rencontra Athos, qui, pendant cette pause d'un instant que lui
avait procuree d'Artagnan, avait repris haleine, et qui, de
crainte que d'Artagnan ne lui tuat son ennemi, voulait recommencer
le combat.

D'Artagnan comprit que ce serait desobliger Athos que de ne pas le
laisser faire. En effet, quelques secondes apres, Cahusac tomba la
gorge traversee d'un coup d'epee.

Au meme instant, Aramis appuyait son epee contre la poitrine de
son adversaire renverse, et le forcait a demander merci.

Restaient Porthos et Biscarat. Porthos faisait mille
fanfaronnades, demandant a Biscarat quelle heure il pouvait bien
etre, et lui faisait ses compliments sur la compagnie que venait
d'obtenir son frere dans le regiment de Navarre; mais tout en
raillant, il ne gagnait rien. Biscarat etait un de ces hommes de
fer qui ne tombent que morts.

Cependant il fallait en finir. Le guet pouvait arriver et prendre
tous les combattants, blesses ou non, royalistes ou cardinalistes.
Athos, Aramis et d'Artagnan entourerent Biscarat et le sommerent
de se rendre. Quoique seul contre tous, et avec un coup d'epee qui
lui traversait la cuisse, Biscarat voulait tenir; mais Jussac, qui
s'etait eleve sur son coude, lui cria de se rendre. Biscarat etait
un Gascon comme d'Artagnan; il fit la sourde oreille et se
contenta de rire, et entre deux parades, trouvant le temps de
designer, du bout de son epee, une place a terre:

"Ici, dit-il, parodiant un verset de la Bible, ici mourra
Biscarat, seul de ceux qui sont avec lui.

-- Mais ils sont quatre contre toi; finis-en, je te l'ordonne.

-- Ah! si tu l'ordonnes, c'est autre chose, dit Biscarat, comme tu
es mon brigadier, je dois obeir."

Et, faisant un bond en arriere, il cassa son epee sur son genou
pour ne pas la rendre, en jeta les morceaux pardessus le mur du
couvent et se croisa les bras en sifflant un air cardinaliste.

La bravoure est toujours respectee, meme dans un ennemi. Les
mousquetaires saluerent Biscarat de leurs epees et les remirent au
fourreau. D'Artagnan en fit autant, puis, aide de Biscarat, le
seul qui fut reste debout, il porta sous le porche du couvent
Jussac, Cahusac et celui des adversaires d'Aramis qui n'etait que
blesse. Le quatrieme, comme nous l'avons dit, etait mort. Puis ils
sonnerent la cloche, et, emportant quatre epees sur cinq, ils
s'acheminerent ivres de joie vers l'hotel de M. de Treville. On
les voyait entrelaces, tenant toute la largeur de la rue, et
accostant chaque mousquetaire qu'ils rencontraient, si bien qu'a
la fin ce fut une marche triomphale. Le coeur de d'Artagnan
nageait dans l'ivresse, il marchait entre Athos et Porthos en les
etreignant tendrement.

"Si je ne suis pas encore mousquetaire, dit-il a ses nouveaux amis
en franchissant la porte de l'hotel de M. de Treville, au moins me
voila recu apprenti, n'est-ce pas?"

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