Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

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A ceci Athos repondit tranquillement:

"Nous aussi, nous avons de l'argent; car je n'ai pas encore bu
tout a fait le reste du diamant, et Porthos et Aramis ne l'ont pas
tout a fait mange. Nous creverons donc aussi bien quatre chevaux
qu'un. Mais songez, d'Artagnan, ajouta-t-il d'une voix si sombre
que son accent donna le frisson au jeune homme, songez que Bethune
est une ville ou le cardinal a donne rendez-vous a une femme qui,
partout ou elle va, mene le malheur apres elle. Si vous n'aviez
affaire qu'a quatre hommes, d'Artagnan, je vous laisserais aller
seul; vous avez affaire a cette femme, allons-y quatre, et plaise
a Dieu qu'avec nos quatre valets nous soyons en nombre suffisant!

-- Vous m'epouvantez, Athos, s'ecria d'Artagnan; que craignez-vous
donc, mon Dieu?

-- Tout!" repondit Athos.

D'Artagnan examina les visages de ses compagnons, qui, comme celui
d'Athos, portaient l'empreinte d'une inquietude profonde, et l'on
continua la route au plus grand pas des chevaux, mais sans ajouter
une seule parole.

Le 25 au soir, comme ils entraient a Arras, et comme d'Artagnan
venait de mettre pied a terre a l'auberge de la Herse d'Or pour
boire un verre de vin, un cavalier sortit de la cour de la poste,
ou il venait de relayer, prenant au grand galop, et avec un cheval
frais, le chemin de Paris. Au moment ou il passait de la grande
porte dans la rue, le vent entrouvrit le manteau dont il etait
enveloppe, quoiqu'on fut au mois d'aout, et enleva son chapeau,
que le voyageur retint de sa main, au moment ou il avait deja
quitte sa tete, et l'enfonca vivement sur ses yeux.

D'Artagnan, qui avait les yeux fixes sur cet homme, devint fort
pale et laissa tomber son verre.

"Qu'avez-vous, monsieur? dit Planchet... Oh! la, accourez,
messieurs, voila mon maitre qui se trouve mal!"

Les trois amis accoururent et trouverent d'Artagnan qui, au lieu
de se trouver mal, courait a son cheval. Ils l'arreterent sur le
seuil de la porte.

"Eh bien, ou diable vas-tu donc ainsi? lui cria Athos.

-- C'est lui! s'ecria d'Artagnan, pale de colere et la sueur sur
le front, c'est lui! laissez-moi le rejoindre!

-- Mais qui, lui? demanda Athos.

-- Lui, cet homme!

-- Quel homme?

-- Cet homme maudit, mon mauvais genie, que j'ai toujours vu
lorsque j'etais menace de quelque malheur: celui qui accompagnait
l'horrible femme lorsque je la rencontrai pour la premiere fois,
celui que je cherchais quand j'ai provoque Athos, celui que j'ai
vu le matin du jour ou Mme Bonacieux a ete enlevee! l'homme
de Meung enfin! je l'ai vu, c'est lui! Je l'ai reconnu quand le
vent a entrouvert son manteau.

-- Diable! dit Athos reveur.

-- En selle, messieurs, en selle; poursuivons-le, et nous le
rattraperons.

-- Mon cher, dit Aramis, songez qu'il va du cote oppose a celui ou
nous allons; qu'il a un cheval frais et que nos chevaux sont
fatigues; que par consequent nous creverons nos chevaux sans meme
avoir la chance de le rejoindre. Laissons l'homme, d'Artagnan,
sauvons la femme.

-- Eh! monsieur! s'ecria un garcon d'ecurie courant apres
l'inconnu, eh! monsieur, voila un papier qui s'est echappe de
votre chapeau! Eh! monsieur! eh!

-- Mon ami, dit d'Artagnan, une demi-pistole pour ce papier!

-- Ma foi, monsieur, avec grand plaisir! le voici!

Le garcon d'ecurie, enchante de la bonne journee qu'il avait
faite, rentra dans la cour de l'hotel: d'Artagnan deplia le
papier.

"Eh bien? demanderent ses amis en l'entourant.

-- Rien qu'un mot! dit d'Artagnan.

-- Oui, dit Aramis, mais ce nom est un nom de ville ou de village.

--"Armentieres", lut Porthos. Armentieres, je ne connais pas cela!

-- Et ce nom de ville ou de village est ecrit de sa main! s'ecria
Athos.

-- Allons, allons, gardons soigneusement ce papier, dit
d'Artagnan, peut-etre n'ai-je pas perdu ma derniere pistole. A
cheval, mes amis, a cheval!"

Et les quatre compagnons s'elancerent au galop sur la route de
Bethune.


CHAPITRE LXI
LE COUVENT DES CARMELITES DE BETHUNE

Les grands criminels portent avec eux une espece de predestination
qui leur fait surmonter tous les obstacles, qui les fait echapper
a tous les dangers, jusqu'au moment que la Providence, lassee, a
marque pour l'ecueil de leur fortune impie.

Il en etait ainsi de Milady: elle passa au travers des croiseurs
des deux nations, et arriva a Boulogne sans aucun accident.

En debarquant a Portsmouth, Milady etait une Anglaise que les
persecutions de la France chassaient de La Rochelle; debarquee a
Boulogne, apres deux jours de traversee, elle se fit passer pour
une Francaise que les Anglais inquietaient a Portsmouth, dans la
haine qu'ils avaient concue contre la France.

Milady avait d'ailleurs le plus efficace des passeports: sa
beaute, sa grande mine et la generosite avec laquelle elle
repandait les pistoles. Affranchie des formalites d'usage par le
sourire affable et les manieres galantes d'un vieux gouverneur du
port, qui lui baisa la main, elle ne resta a Boulogne que le temps
de mettre a la poste une lettre ainsi concue:

"A Son Eminence Monseigneur le cardinal de Richelieu, en son camp
devant La Rochelle.

"Monseigneur, que Votre Eminence se rassure, Sa Grace le duc de
Buckingham ne partira point pour la France.

"Boulogne, 25 au soir.

"Milady de ***

"P. -S. -- Selon les desirs de Votre Eminence, je me rends au
couvent des carmelites de Bethune ou j'attendrai ses ordres."

Effectivement, le meme soir, Milady se mit en route; la nuit la
prit: elle s'arreta et coucha dans une auberge; puis, le
lendemain, a cinq heures du matin, elle partit, et trois heures
apres, elle entra a Bethune.

Elle se fit indiquer le couvent des carmelites et y entra
aussitot.

La superieure vint au-devant d'elle; Milady lui montra l'ordre du
cardinal, l'abbesse lui fit donner une chambre et servir a
dejeuner.

Tout le passe s'etait deja efface aux yeux de cette femme, et, le
regard fixe vers l'avenir, elle ne voyait que la haute fortune que
lui reservait le cardinal, qu'elle avait si heureusement servi,
sans que son nom fut mele en rien a toute cette sanglante affaire.
Les passions toujours nouvelles qui la consumaient donnaient a sa
vie l'apparence de ces nuages qui volent dans le ciel, refletant
tantot l'azur, tantot le feu, tantot le noir opaque de la tempete,
et qui ne laissent d'autres traces sur la terre que la devastation
et la mort.

Apres le dejeuner, l'abbesse vint lui faire sa visite; il y a peu
de distraction au cloitre, et la bonne superieure avait hate de
faire connaissance avec sa nouvelle pensionnaire.

Milady voulait plaire a l'abbesse; or, c'etait chose facile a
cette femme si reellement superieure; elle essaya d'etre aimable:
elle fut charmante et seduisit la bonne superieure par sa
conversation si variee et par les graces repandues dans toute sa
personne.

L'abbesse, qui etait une fille de noblesse, aimait surtout les
histoires de cour, qui parviennent si rarement jusqu'aux
extremites du royaume et qui, surtout, ont tant de peine a
franchir les murs des couvents, au seuil desquels viennent expirer
les bruits du monde.

Milady, au contraire, etait fort au courant de toutes les
intrigues aristocratiques, au milieu desquelles, depuis cinq ou
six ans, elle avait constamment vecu, elle se mit donc a
entretenir la bonne abbesse des pratiques mondaines de la cour de
France, melees aux devotions outrees du roi, elle lui fit la
chronique scandaleuse des seigneurs et des dames de la cour, que
l'abbesse connaissait parfaitement de nom, toucha legerement les
amours de la reine et de Buckingham, parlant beaucoup pour qu'on
parlat un peu.

Mais l'abbesse se contenta d'ecouter et de sourire, le tout sans
repondre. Cependant, comme Milady vit que ce genre de recit
l'amusait fort, elle continua; seulement, elle fit tomber la
conversation sur le cardinal.

Mais elle etait fort embarrassee; elle ignorait si l'abbesse etait
royaliste ou cardinaliste: elle se tint dans un milieu prudent;
mais l'abbesse, de son cote, se tint dans une reserve plus
prudente encore, se contentant de faire une profonde inclination
de tete toutes les fois que la voyageuse prononcait le nom de Son
Eminence.

Milady commenca a croire qu'elle s'ennuierait fort dans le
couvent; elle resolut donc de risquer quelque chose pour savoir de
suite a quoi s'en tenir. Voulant voir jusqu'ou irait la discretion
de cette bonne abbesse, elle se mit a dire un mal, tres dissimule
d'abord, puis tres circonstancie du cardinal, racontant les amours
du ministre avec Mme d'Aiguillon, avec Marion de Lorme et avec
quelques autres femmes galantes.

L'abbesse ecouta plus attentivement, s'anima peu a peu et sourit.

"Bon, dit Milady, elle prend gout a mon discours; si elle est
cardinaliste, elle n'y met pas de fanatisme au moins."

Alors elle passa aux persecutions exercees par le cardinal sur ses
ennemis. L'abbesse se contenta de se signer, sans approuver ni
desapprouver.

Cela confirma Milady dans son opinion que la religieuse etait
plutot royaliste que cardinaliste. Milady continua, rencherissant
de plus en plus.

"Je suis fort ignorante de toutes ces matieres-la, dit enfin
l'abbesse, mais tout eloignees que nous sommes de la cour, tout en
dehors des interets du monde ou nous nous trouvons placees, nous
avons des exemples fort tristes de ce que vous nous racontez la;
et l'une de nos pensionnaires a bien souffert des vengeances et
des persecutions de M. le cardinal.

-- Une de vos pensionnaires, dit Milady; oh! mon Dieu! pauvre
femme, je la plains alors.

-- Et vous avez raison, car elle est bien a plaindre: prison,
menaces, mauvais traitements, elle a tout souffert. Mais, apres
tout, reprit l'abbesse, M. le cardinal avait peut-etre des motifs
plausibles pour agir ainsi, et quoiqu'elle ait l'air d'un ange, il
ne faut pas toujours juger les gens sur la mine."

"Bon! dit Milady a elle-meme, qui sait! je vais peut-etre
decouvrir quelque chose ici, je suis en veine."

Et elle s'appliqua a donner a son visage une expression de candeur
parfaite.

"Helas! dit Milady, je le sais; on dit cela, qu'il ne faut pas
croire aux physionomies; mais a quoi croira-t-on cependant, si ce
n'est au plus bel ouvrage du Seigneur? Quant a moi, je serai
trompee toute ma vie peut-etre; mais je me fierai toujours a une
personne dont le visage m'inspirera de la sympathie.

-- Vous seriez donc tentee de croire, dit l'abbesse, que cette
jeune femme est innocente?

-- M. le cardinal ne punit pas que les crimes, dit-elle; il y a
certaines vertus qu'il poursuit plus severement que certains
forfaits.

-- Permettez-moi, madame, de vous exprimer ma surprise, dit
l'abbesse.

-- Et sur quoi? demanda Milady avec naivete.

-- Mais sur le langage que vous tenez.

-- Que trouvez-vous d'etonnant a ce langage? demanda en souriant
Milady.

-- Vous etes l'amie du cardinal, puisqu'il vous envoie ici, et
cependant...

-- Et cependant j'en dis du mal, reprit Milady, achevant la pensee
de la superieure.

-- Au moins n'en dites-vous pas de bien.

-- C'est que je ne suis pas son amie, dit-elle en soupirant, mais
sa victime.

-- Mais cependant cette lettre par laquelle il vous recommande a
moi?...

-- Est un ordre a moi de me tenir dans une espece de prison dont
il me fera tirer par quelques-uns de ses satellites.

-- Mais pourquoi n'avez-vous pas fui?

-- Ou irais-je? croyez-vous qu'il y ait un endroit de la terre ou
ne puisse atteindre le cardinal, s'il veut se donner la peine de
tendre la main? Si j'etais un homme, a la rigueur cela serait
possible encore; mais une femme, que voulez-vous que fasse une
femme? Cette jeune pensionnaire que vous avez ici a-t-elle essaye
de fuir, elle?

-- Non, c'est vrai; mais elle, c'est autre chose, je la crois
retenue en France par quelque amour.

-- Alors, dit Milady avec un soupir, si elle aime, elle n'est pas
tout a fait malheureuse.

-- Ainsi, dit l'abbesse en regardant Milady avec un interet
croissant, c'est encore une pauvre persecutee que je vois?

-- Helas, oui, dit Milady.

L'abbesse regarda un instant Milady avec inquietude, comme si une
nouvelle pensee surgissait dans son esprit.

"Vous n'etes pas ennemie de notre sainte foi? dit-elle en
balbutiant.

-- Moi, s'ecria Milady, moi, protestante! Oh! non, j'atteste le
Dieu qui nous entend que je suis au contraire fervente catholique.

-- Alors, madame, dit l'abbesse en souriant, rassurez-vous; la
maison ou vous etes ne sera pas une prison bien dure, et nous
ferons tout ce qu'il faudra pour vous faire cherir la captivite.
Il y a plus, vous trouverez ici cette jeune femme persecutee sans
doute par suite de quelque intrigue de cour. Elle est aimable,
gracieuse.

-- Comment la nommez-vous?

-- Elle m'a ete recommandee par quelqu'un de tres haut place, sous
le nom de Ketty. Je n'ai pas cherche a savoir son autre nom.

-- Ketty! s'ecria Milady; quoi! vous etes sure?...

-- Qu'elle se fait appeler ainsi? Oui, madame, la connaitriez-
vous?"

Milady sourit a elle-meme et a l'idee qui lui etait venue que
cette jeune femme pouvait etre son ancienne cameriere. Il se
melait au souvenir de cette jeune fille un souvenir de colere, et
un desir de vengeance avait bouleverse les traits de Milady, qui
reprirent au reste presque aussitot l'expression calme et
bienveillante que cette femme aux cent visages leur avait
momentanement fait perdre.

"Et quand pourrai-je voir cette jeune dame, pour laquelle je me
sens deja une si grande sympathie? demanda Milady.

-- Mais, ce soir, dit l'abbesse, dans la journee meme. Mais vous
voyagez depuis quatre jours, m'avez-vous dit vous-meme; ce matin
vous vous etes levee a cinq heures, vous devez avoir besoin de
repos. Couchez-vous et dormez, a l'heure du diner nous vous
reveillerons."

Quoique Milady eut tres bien pu se passer de sommeil, soutenue
qu'elle etait par toutes les excitations qu'une aventure nouvelle
faisait eprouver a son coeur avide d'intrigues, elle n'en accepta
pas moins l'offre de la superieure: depuis douze ou quinze jours
elle avait passe par tant d'emotions diverses que, si son corps de
fer pouvait encore soutenir la fatigue, son ame avait besoin de
repos.

Elle prit donc conge de l'abbesse et se coucha, doucement bercee
par les idees de vengeance auxquelles l'avait tout naturellement
ramenee le nom de Ketty. Elle se rappelait cette promesse presque
illimitee que lui avait faite le cardinal, si elle reussissait
dans son entreprise. Elle avait reussi, elle pourrait donc se
venger de d'Artagnan.

Une seule chose epouvantait Milady, c'etait le souvenir de son
mari! le comte de La Fere, qu'elle avait cru mort ou du moins
expatrie, et qu'elle retrouvait dans Athos, le meilleur ami de
d'Artagnan.

Mais aussi, s'il etait l'ami de d'Artagnan, il avait du lui preter
assistance dans toutes les menees a l'aide desquelles la reine
avait dejoue les projets de Son Eminence; s'il etait l'ami de
d'Artagnan, il etait l'ennemi du cardinal; et sans doute elle
parviendrait a l'envelopper dans la vengeance aux replis de
laquelle elle comptait etouffer le jeune mousquetaire.

Toutes ces esperances etaient de douces pensees pour Milady;
aussi, bercee par elles, s'endormit-elle bientot.

Elle fut reveillee par une voix douce qui retentit au pied de son
lit. Elle ouvrit les yeux, et vit l'abbesse accompagnee d'une
jeune femme aux cheveux blonds, au teint delicat, qui fixait sur
elle un regard plein d'une bienveillante curiosite.

La figure de cette jeune femme lui etait completement inconnue;
toutes deux s'examinerent avec une scrupuleuse attention, tout en
echangeant les compliments d'usage: toutes deux etaient fort
belles, mais de beautes tout a fait differentes. Cependant Milady
sourit en reconnaissant qu'elle l'emportait de beaucoup sur la
jeune femme en grand air et en facons aristocratiques. Il est vrai
que l'habit de novice que portait la jeune femme n'etait pas tres
avantageux pour soutenir une lutte de ce genre.

L'abbesse les presenta l'une a l'autre; puis, lorsque cette
formalite fut remplie, comme ses devoirs l'appelaient a l'eglise,
elle laissa les deux jeunes femmes seules.

La novice, voyant Milady couchee, voulait suivre la superieure,
mais Milady la retint.

"Comment, madame, lui dit-elle, a peine vous ai-je apercue et vous
voulez deja me priver de votre presence, sur laquelle je comptais
cependant un peu, je vous l'avoue, pour le temps que j'ai a passer
ici?

-- Non, madame, repondit la novice, seulement je craignais d'avoir
mal choisi mon temps: vous dormiez, vous etes fatiguee.

-- Eh bien, dit Milady, que peuvent demander les gens qui dorment?
un bon reveil. Ce reveil, vous me l'avez donne; laissez-moi en
jouir tout a mon aise."

Et lui prenant la main, elle l'attira sur un fauteuil qui etait
pres de son lit.

La novice s'assit.

"Mon Dieu! dit-elle, que je suis malheureuse! voila six mois que
je suis ici, sans l'ombre d'une distraction, vous arrivez, votre
presence allait etre pour moi une compagnie charmante, et voila
que, selon toute probabilite, d'un moment a l'autre je vais
quitter le couvent!

-- Comment! dit Milady, vous sortez bientot?

-- Du moins je l'espere, dit la novice avec une expression de joie
qu'elle ne cherchait pas le moins du monde a deguiser.

-- Je crois avoir appris que vous aviez souffert de la part du
cardinal, continua Milady; c'eut ete un motif de plus de sympathie
entre nous.

-- Ce que m'a dit notre bonne mere est donc la verite, que vous
etiez aussi une victime de ce mechant cardinal?

-- Chut! dit Milady, meme ici ne parlons pas ainsi de lui; tous
mes malheurs viennent d'avoir dit a peu pres ce que vous venez de
dire, devant une femme que je croyais mon amie et qui m'a trahie.
Et vous etes aussi, vous, la victime d'une trahison?

-- Non, dit la novice, mais de mon devouement a une femme que
j'aimais, pour qui j'eusse donne ma vie, pour qui je la donnerais
encore.

-- Et qui vous a abandonnee, c'est cela!

-- J'ai ete assez injuste pour le croire, mais depuis deux ou
trois jours j'ai acquis la preuve du contraire, et j'en remercie
Dieu; il m'aurait coute de croire qu'elle m'avait oubliee. Mais
vous, madame, continua la novice, il me semble que vous etes
libre, et que si vous vouliez fuir, il ne tiendrait qu'a vous.

-- Ou voulez-vous que j'aille, sans amis, sans argent, dans une
partie de la France que je ne connais pas, ou je ne suis jamais
venue?...

-- Oh! s'ecria la novice, quant a des amis, vous en aurez partout
ou vous vous montrerez, vous paraissez si bonne et vous etes si
belle!

-- Cela n'empeche pas, reprit Milady en adoucissant son sourire de
maniere a lui donner une expression angelique, que je suis seule
et persecutee.

-- Ecoutez, dit la novice, il faut avoir bon espoir dans le Ciel,
voyez-vous; il vient toujours un moment ou le bien que l'on a fait
plaide votre cause devant Dieu, et, tenez, peut-etre est-ce un
bonheur pour vous, tout humble et sans pouvoir que je suis, que
vous m'ayez rencontree: car, si je sors d'ici, eh bien, j'aurai
quelques amis puissants, qui, apres s'etre mis en campagne pour
moi, pourront aussi se mettre en campagne pour vous.

-- Oh! quand j'ai dit que j'etais seule, dit Milady, esperant
faire parler la novice en parlant d'elle-meme, ce n'est pas faute
d'avoir aussi quelques connaissances haut placees; mais ces
connaissances tremblent elles-memes devant le cardinal: la reine
elle-meme n'ose pas soutenir contre le terrible ministre; j'ai la
preuve que Sa Majeste, malgre son excellent coeur, a plus d'une
fois ete obligee d'abandonner a la colere de Son Eminence les
personnes qui l'avaient servie.

-- Croyez-moi, madame, la reine peut avoir l'air d'avoir abandonne
ces personnes-la; mais il ne faut pas en croire l'apparence: plus
elles sont persecutees, plus elle pense a elles, et souvent, au
moment ou elles y pensent le moins, elles ont la preuve d'un bon
souvenir.

-- Helas! dit Milady, je le crois: la reine est si bonne.

-- Oh! vous la connaissez donc, cette belle et noble reine, que
vous parlez d'elle ainsi! s'ecria la novice avec enthousiasme.

-- C'est-a-dire, reprit Milady, poussee dans ses retranchements,
qu'elle, personnellement, je n'ai pas l'honneur de la connaitre;
mais je connais bon nombre de ses amis les plus intimes: je
connais M. de Putange; j'ai connu en Angleterre M. Dujart; je
connais M. de Treville.

-- M. de Treville! s'ecria la novice, vous connaissez
M. de Treville?

-- Oui, parfaitement, beaucoup meme.

-- Le capitaine des mousquetaires du roi?

-- Le capitaine des mousquetaires du roi.

-- Oh! mais vous allez voir, s'ecria la novice, que tout a l'heure
nous allons etre des connaissances achevees, presque des amies; si
vous connaissez M. de Treville, vous avez du aller chez lui?

-- Souvent! dit Milady, qui, entree dans cette voie, et
s'apercevant que le mensonge reussissait, voulait le pousser
jusqu'au bout.

-- Chez lui, vous avez du voir quelques-uns de ses mousquetaires?

-- Tous ceux qu'il recoit habituellement! repondit Milady, pour
laquelle cette conversation commencait a prendre un interet reel.

-- Nommez-moi quelques-uns de ceux que vous connaissez, et vous
verrez qu'ils seront de mes amis.

-- Mais, dit Milady embarrassee, je connais M. de Louvigny,
M. de Courtivron, M. de Ferussac."

La novice la laissa dire; puis, voyant qu'elle s'arretait:

"Vous ne connaissez pas, dit-elle, un gentilhomme nomme Athos?"

Milady devint aussi pale que les draps dans lesquels elle etait
couchee, et, si maitresse qu'elle fut d'elle-meme, ne put
s'empecher de pousser un cri en saisissant la main de son
interlocutrice et en la devorant du regard.

"Quoi! qu'avez-vous? Oh! mon Dieu! demanda cette pauvre femme, ai-
je donc dit quelque chose qui vous ait blessee?

-- Non, mais ce nom m'a frappee, parce que, moi aussi j'ai connu
ce gentilhomme, et qu'il me parait etrange de trouver quelqu'un
qui le connaisse beaucoup.

-- Oh! oui! beaucoup! beaucoup! non seulement lui, mais encore ses
amis: MM. Porthos et Aramis!

-- En verite! eux aussi je les connais! s'ecria Milady, qui sentit
le froid penetrer jusqu'a son coeur.

-- Eh bien, si vous les connaissez, vous devez savoir qu'ils sont
bons et francs compagnons; que ne vous adressez-vous a eux, si
vous avez besoin d'appui?

-- C'est-a-dire, balbutia Milady, je ne suis liee reellement avec
aucun d'eux; je les connais pour en avoir beaucoup entendu parler
par un de leurs amis, M. d'Artagnan.

-- Vous connaissez M. d'Artagnan!" s'ecria la novice a son tour,
en saisissant la main de Milady et en la devorant des yeux.

Puis, remarquant l'etrange expression du regard de Milady:

"Pardon, madame, dit-elle, vous le connaissez, a quel titre?

-- Mais, reprit Milady embarrassee, mais a titre d'ami.

-- Vous me trompez, madame, dit la novice; vous avez ete sa
maitresse.

-- C'est vous qui l'avez ete, madame, s'ecria Milady a son tour.

-- Moi! dit la novice.

-- Oui, vous; je vous connais maintenant: vous etes madame
Bonacieux."

La jeune femme se recula, pleine de surprise et de terreur.

"Oh! ne niez pas! repondez, reprit Milady.

-- Eh bien, oui, madame! je l'aime, dit la novice; sommes-nous
rivales?"

La figure de Milady s'illumina d'un feu tellement sauvage que,
dans toute autre circonstance, Mme Bonacieux se fut enfuie
d'epouvante; mais elle etait toute a sa jalousie.

"Voyons, dites, madame, reprit Mme Bonacieux avec une energie dont
on l'eut crue incapable, avez-vous ete ou etes-vous sa maitresse?

-- Oh! non! s'ecria Milady avec un accent qui n'admettait pas le
doute sur sa verite, jamais! jamais!

-- Je vous crois, dit Mme Bonacieux; mais pourquoi donc alors vous
etes-vous ecriee ainsi?

-- Comment, vous ne comprenez pas! dit Milady, qui etait deja
remise de son trouble, et qui avait retrouve toute sa presence
d'esprit.

-- Comment voulez-vous que je comprenne? je ne sais rien.

-- Vous ne comprenez pas que M. d'Artagnan etant mon ami, il
m'avait prise pour confidente?

-- Vraiment!

-- Vous ne comprenez pas que je sais tout, votre enlevement de la
petite maison de Saint-Germain, son desespoir, celui de ses amis,
leurs recherches inutiles depuis ce moment! Et comment ne voulez-
vous pas que je m'en etonne, quand, sans m'en douter, je me trouve
en face de vous, de vous dont nous avons parle si souvent
ensemble, de vous qu'il aime de toute la force de son ame, de vous
qu'il m'avait fait aimer avant que je vous eusse vue? Ah! chere
Constance, je vous trouve donc, je vous vois donc enfin!"

Et Milady tendit ses bras a Mme Bonacieux, qui, convaincue par ce
qu'elle venait de lui dire, ne vit plus dans cette femme, qu'un
instant auparavant elle avait crue sa rivale, qu'une amie sincere
et devouee.

"Oh! pardonnez-moi! pardonnez-moi! s'ecria-t-elle en se laissant
aller sur son epaule, je l'aime tant!"

Ces deux femmes se tinrent un instant embrassees. Certes, si les
forces de Milady eussent ete a la hauteur de sa haine,
Mme Bonacieux ne fut sortie que morte de cet embrassement. Mais,
ne pouvant pas l'etouffer, elle lui sourit.

"O chere belle! chere bonne petite! dit Milady, que je suis
heureuse de vous voir! Laissez-moi vous regarder. Et, en disant
ces mots, elle la devorait effectivement du regard. Oui, c'est
bien vous. Ah! d'apres ce qu'il m'a dit, je vous reconnais a cette
heure, je vous reconnais parfaitement."

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