Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

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-- Buckingham! c'est donc Buckingham!" s'ecria Felton exaspere.

Milady cacha son visage dans ses mains, comme si elle n'eut pu
supporter la honte que lui rappelait ce nom.

"Buckingham, le bourreau de cette angelique creature! s'ecria
Felton. Et tu ne l'as pas foudroye, mon Dieu! et tu l'as laisse
noble, honore, puissant pour notre perte a tous!

-- Dieu abandonne qui s'abandonne lui-meme, dit Milady.

-- Mais il veut donc attirer sur sa tete le chatiment reserve aux
maudits! continua Felton avec une exaltation croissante, il veut
donc que la vengeance humaine previenne la justice celeste!

-- Les hommes le craignent et l'epargnent.

-- Oh! moi, dit Felton, je ne le crains pas et je ne l'epargnerai
pas!..."

Milady sentit son ame baignee d'une joie infernale.

"Mais comment Lord de Winter, mon protecteur, mon pere, demanda
Felton, se trouve-t-il mele a tout cela?

-- Ecoutez, Felton, reprit Milady, car a cote des hommes laches et
meprisables, il est encore des natures grandes et genereuses.
J'avais un fiance, un homme que j'aimais et qui m'aimait; un coeur
comme le votre, Felton, un homme comme vous. Je vins a lui et je
lui racontai tout, il me connaissait, celui-la, et ne douta point
un instant. C'etait un grand seigneur, c'etait un homme en tout
point l'egal de Buckingham. Il ne dit rien, il ceignit seulement
son epee, s'enveloppa de son manteau et se rendit a Buckingham
Palace.

-- Oui, oui, dit Felton, je comprends; quoique avec de pareils
hommes ce ne soit pas l'epee qu'il faille employer, mais le
poignard.

-- Buckingham etait parti depuis la veille, envoye comme
ambassadeur en Espagne, ou il allait demander la main de l'infante
pour le roi Charles Ier, qui n'etait alors que prince de Galles.
Mon fiance revint.

"Ecoutez, me dit-il, cet homme est parti, et pour le moment, par
consequent, il echappe a ma vengeance; mais en attendant soyons
unis, comme nous devions l'etre, puis rapportez-vous-en a Lord de
Winter pour soutenir son honneur et celui de sa femme."

-- Lord de Winter! s'ecria Felton.

-- Oui, dit Milady, Lord de Winter, et maintenant vous devez tout
comprendre, n'est-ce pas? Buckingham resta plus d'un an absent.
Huit jours avant son arrivee, Lord de Winter mourut subitement, me
laissant sa seule heritiere. D'ou venait le coup? Dieu, qui sait
tout, le sait sans doute, moi je n'accuse personne...

-- Oh! quel abime, quel abime! s'ecria Felton.

-- Lord de Winter etait mort sans rien dire a son frere. Le secret
terrible devait etre cache a tous, jusqu'a ce qu'il eclatat comme
la foudre sur la tete du coupable. Votre protecteur avait vu avec
peine ce mariage de son frere aine avec une jeune fille sans
fortune. Je sentis que je ne pouvais attendre d'un homme trompe
dans ses esperances d'heritage aucun appui. Je passai en France
resolue a y demeurer pendant tout le reste de ma vie. Mais toute
ma fortune est en Angleterre; les communications fermees par la
guerre, tout me manqua: force fut alors d'y revenir; il y a six
jours j'abordais a Portsmouth.

-- Eh bien? dit Felton.

-- Eh bien, Buckingham apprit sans doute mon retour, il en parla a
Lord de Winter, deja prevenu contre moi, et lui dit que sa belle-
soeur etait une prostituee, une femme fletrie. La voix pure et
noble de mon mari n'etait plus la pour me defendre. Lord de Winter
crut tout ce qu'on lui dit, avec d'autant plus de facilite qu'il
avait interet a le croire. Il me fit arreter, me conduisit ici, me
remit sous votre garde. Vous savez le reste: apres-demain il me
bannit, il me deporte; apres-demain il me relegue parmi les
infames. Oh! la trame est bien ourdie, allez! le complot est
habile et mon honneur n'y survivra pas. Vous voyez bien qu'il faut
que je meure, Felton; Felton, donnez-moi ce couteau!"

Et a ces mots, comme si toutes ses forces etaient epuisees, Milady
se laissa aller debile et languissante entre les bras du jeune
officier, qui, ivre d'amour, de colere et de voluptes inconnues,
la recut avec transport, la serra contre son coeur, tout
frissonnant a l'haleine de cette bouche si belle, tout eperdu au
contact de ce sein si palpitant.

"Non, non, dit-il; non, tu vivras honoree et pure, tu vivras pour
triompher de tes ennemis."

Milady le repoussa lentement de la main en l'attirant du regard;
mais Felton, a son tour, s'empara d'elle, l'implorant comme une
Divinite.

"Oh! la mort, la mort! dit-elle en voilant sa voix et ses
paupieres, oh! la mort plutot que la honte; Felton, mon frere, mon
ami, je t'en conjure!

-- Non, s'ecria Felton, non, tu vivras, et tu seras vengee!

-- Felton, je porte malheur a tout ce qui m'entoure! Felton,
abandonne-moi! Felton, laisse-moi mourir!

-- Eh bien, nous mourrons donc ensemble!" s'ecria-t-il en appuyant
ses levres sur celles de la prisonniere.

Plusieurs coups retentirent a la porte; cette fois, Milady le
repoussa reellement.

"Ecoutez, dit-elle, on nous a entendus, on vient! c'en est fait,
nous sommes perdus!

-- Non, dit Felton, c'est la sentinelle qui me previent seulement
qu'une ronde arrive.

-- Alors, courez a la porte et ouvrez vous-meme."

Felton obeit; cette femme etait deja toute sa pensee, toute son
ame.

Il se trouva en face d'un sergent commandant une patrouille de
surveillance.

"Eh bien, qu'y a-t-il? demanda le jeune lieutenant.

-- Vous m'aviez dit d'ouvrir la porte si j'entendais crier au
secours, dit le soldat, mais vous aviez oublie de me laisser la
clef; je vous ai entendu crier sans comprendre ce que vous disiez,
j'ai voulu ouvrir la porte, elle etait fermee en dedans, alors
j'ai appele le sergent.

-- Et me voila", dit le sergent.

Felton, egare, presque fou, demeurait sans voix.

Milady comprit que c'etait a elle de s'emparer de la situation,
elle courut a la table et prit le couteau qu'y avait depose
Felton:

"Et de quel droit voulez-vous m'empecher de mourir? dit-elle.

-- Grand Dieu!" s'ecria Felton en voyant le couteau luire a sa
main.

En ce moment, un eclat de rire ironique retentit dans le corridor.

Le baron, attire par le bruit, en robe de chambre, son epee sous
le bras, se tenait debout sur le seuil de la porte.

"Ah! ah! dit-il, nous voici au dernier acte de la tragedie; vous
le voyez, Felton, le drame a suivi toutes les phases que j'avais
indiquees; mais soyez tranquille, le sang ne coulera pas."

Milady comprit qu'elle etait perdue si elle ne donnait pas a
Felton une preuve immediate et terrible de son courage.

"Vous vous trompez, Milord, le sang coulera, et puisse ce sang
retomber sur ceux qui le font couler!"

Felton jeta un cri et se precipita vers elle; il etait trop tard:
Milady s'etait frappee. Mais le couteau avait rencontre,
heureusement, nous devrions dire adroitement, le busc de fer qui,
a cette epoque, defendait comme une cuirasse la poitrine des
femmes; il avait glisse en dechirant la robe, et avait penetre de
biais entre la chair et les cotes.

La robe de Milady n'en fut pas moins tachee de sang en une
seconde.

Milady etait tombee a la renverse et semblait evanouie.

Felton arracha le couteau.

"Voyez, Milord, dit-il d'un air sombre, voici une femme qui etait
sous ma garde et qui s'est tuee!

-- Soyez tranquille, Felton, dit Lord de Winter, elle n'est pas
morte, les demons ne meurent pas si facilement, soyez tranquille
et allez m'attendre chez moi.

-- Mais, Milord...

-- Allez, je vous l'ordonne."

A cette injonction de son superieur, Felton obeit; mais, en
sortant, il mit le couteau dans sa poitrine.

Quant a Lord de Winter, il se contenta d'appeler la femme qui
servait Milady et, lorsqu'elle fut venue, lui recommandant la
prisonniere toujours evanouie, il la laissa seule avec elle.

Cependant, comme a tout prendre, malgre ses soupcons, la blessure
pouvait etre grave, il envoya, a l'instant meme, un homme a cheval
chercher un medecin.


CHAPITRE LVIII
EVASION

Comme l'avait pense Lord de Winter, la blessure de Milady n'etait
pas dangereuse; aussi des qu'elle se trouva seule avec la femme
que le baron avait fait appeler et qui se hatait de la
deshabiller, rouvrit-elle les yeux.

Cependant, il fallait jouer la faiblesse et la douleur; ce
n'etaient pas choses difficiles pour une comedienne comme Milady;
aussi la pauvre femme fut-elle si completement dupe de sa
prisonniere, que, malgre ses instances, elle s'obstina a la
veiller toute la nuit.

Mais la presence de cette femme n'empechait pas Milady de songer.

Il n'y avait plus de doute, Felton etait convaincu, Felton etait a
elle: un ange apparut-il au jeune homme pour accuser Milady, il le
prendrait certainement, dans la disposition d'esprit ou il se
trouvait, pour un envoye du demon.

Milady souriait a cette pensee, car Felton, c'etait desormais sa
seule esperance, son seul moyen de salut.

Mais Lord de Winter pouvait l'avoir soupconne, mais Felton
maintenant pouvait etre surveille lui-meme.

Vers les quatre heures du matin, le medecin arriva; mais depuis le
temps ou Milady s'etait frappee, la blessure s'etait deja
refermee: le medecin ne put donc en mesurer ni la direction, ni la
profondeur; il reconnut seulement au pouls de la malade que le cas
n'etait point grave.

Le matin, Milady, sous pretexte qu'elle n'avait pas dormi de la
nuit et qu'elle avait besoin de repos, renvoya la femme qui
veillait pres d'elle.

Elle avait une esperance, c'est que Felton arriverait a l'heure du
dejeuner, mais Felton ne vint pas.

Ses craintes s'etaient-elles realisees? Felton, soupconne par le
baron, allait-il lui manquer au moment decisif? Elle n'avait plus
qu'un jour: Lord de Winter lui avait annonce son embarquement pour
le 23 et l'on etait arrive au matin du 22.

Neanmoins, elle attendit encore assez patiemment jusqu'a l'heure
du diner.

Quoiqu'elle n'eut pas mange le matin, le diner fut apporte a
l'heure habituelle; Milady s'apercut alors avec effroi que
l'uniforme des soldats qui la gardaient etait change.

Alors elle se hasarda a demander ce qu'etait devenu Felton. On lui
repondit que Felton etait monte a cheval il y avait une heure, et
etait parti.

Elle s'informa si le baron etait toujours au chateau; le soldat
repondit que oui, et qu'il avait ordre de le prevenir si la
prisonniere desirait lui parler.

Milady repondit qu'elle etait trop faible pour le moment, et que
son seul desir etait de demeurer seule.

Le soldat sortit, laissant le diner servi.

Felton etait ecarte, les soldats de marine etaient changes, on se
defiait donc de Felton.

C'etait le dernier coup porte a la prisonniere.

Restee seule, elle se leva; ce lit ou elle se tenait par prudence
et pour qu'on la crut gravement blessee, la brulait comme un
brasier ardent. Elle jeta un coup d'oeil sur la porte: le baron
avait fait clouer une planche sur le guichet; il craignait sans
doute que, par cette ouverture, elle ne parvint encore, par
quelque moyen diabolique, a seduire les gardes.

Milady sourit de joie; elle pouvait donc se livrer a ses
transports sans etre observee: elle parcourait la chambre avec
l'exaltation d'une folle furieuse ou d'une tigresse enfermee dans
une cage de fer. Certes, si le couteau lui fut reste, elle eut
songe, non plus a se tuer elle-meme, mais, cette fois, a tuer le
baron.

A six heures, Lord de Winter entra; il etait arme jusqu'aux dents.
Cet homme, dans lequel, jusque-la, Milady n'avait vu qu'un
gentleman assez niais, etait devenu un admirable geolier: il
semblait tout prevoir, tout deviner, tout prevenir.

Un seul regard jete sur Milady lui apprit ce qui se passait dans
son ame.

"Soit, dit-il, mais vous ne me tuerez point encore aujourd'hui;
vous n'avez plus d'armes, et d'ailleurs je suis sur mes gardes.
Vous aviez commence a pervertir mon pauvre Felton: il subissait
deja votre infernale influence, mais je veux le sauver, il ne vous
verra plus, tout est fini. Rassemblez vos hardes, demain vous
partirez. J'avais fixe l'embarquement au 24, mais j'ai pense que
plus la chose serait rapprochee, plus elle serait sure. Demain a
midi j'aurai l'ordre de votre exil, signe Buckingham. Si vous
dites un seul mot a qui que ce soit avant d'etre sur le navire,
mon sergent vous fera sauter la cervelle, et il en a l'ordre; si,
sur le navire, vous dites un mot a qui que ce soit avant que le
capitaine vous le permette, le capitaine vous fait jeter a la mer,
c'est convenu. Au revoir, voila ce que pour aujourd'hui j'avais a
vous dire. Demain je vous reverrai pour vous faire mes adieux!"

Et sur ces paroles le baron sortit.

Milady avait ecoute toute cette menacante tirade le sourire du
dedain sur les levres, mais la rage dans le coeur.

On servit le souper; Milady sentit qu'elle avait besoin de forces,
elle ne savait pas ce qui pouvait se passer pendant cette nuit qui
s'approchait menacante, car de gros nuages roulaient au ciel, et
des eclairs lointains annoncaient un orage.

L'orage eclata vers les dix heures du soir: Milady sentait une
consolation a voir la nature partager le desordre de son coeur; la
foudre grondait dans l'air comme la colere dans sa pensee, il lui
semblait que la rafale, en passant, echevelait son front comme les
arbres dont elle courbait les branches et enlevait les feuilles;
elle hurlait comme l'ouragan, et sa voix se perdait dans la grande
voix de la nature, qui, elle aussi, semblait gemir et se
desesperer.

Tout a coup elle entendit frapper a une vitre, et, a la lueur d'un
eclair, elle vit le visage d'un homme apparaitre derriere les
barreaux.

Elle courut a la fenetre et l'ouvrit.

"Felton! s'ecria-t-elle, je suis sauvee!

-- Oui, dit Felton! mais silence, silence! il me faut le temps de
scier vos barreaux. Prenez garde seulement qu'ils ne vous voient
par le guichet.

-- Oh! c'est une preuve que le Seigneur est pour nous, Felton,
reprit Milady, ils ont ferme le guichet avec une planche.

-- C'est bien, Dieu les a rendus insenses! dit Felton.

-- Mais que faut-il que je fasse? demanda Milady.

-- Rien, rien; refermez la fenetre seulement. Couchez-vous, ou, du
moins, mettez-vous dans votre lit tout habillee; quand j'aurai
fini, je frapperai aux carreaux. Mais pourrez-vous me suivre?

-- Oh! oui.

-- Votre blessure?

-- Me fait souffrir, mais ne m'empeche pas de marcher.

-- Tenez-vous donc prete au premier signal."

Milady referma la fenetre, eteignit la lampe, et alla, comme le
lui avait recommande Felton, se blottir dans son lit. Au milieu
des plaintes de l'orage, elle entendait le grincement de la lime
contre les barreaux, et, a la lueur de chaque eclair, elle
apercevait l'ombre de Felton derriere les vitres.

Elle passa une heure sans respirer, haletante, la sueur sur le
front, et le coeur serre par une epouvantable angoisse a chaque
mouvement qu'elle entendait dans le corridor.

Il y a des heures qui durent une annee.

Au bout d'une heure, Felton frappa de nouveau.

Milady bondit hors de son lit et alla ouvrir. Deux barreaux de
moins formaient une ouverture a passer un homme.

"Etes-vous prete? demanda Felton.

-- Oui. Faut-il que j'emporte quelque chose?

-- De l'or, si vous en avez.

-- Oui, heureusement on m'a laisse ce que j'en avais.

-- Tant mieux, car j'ai use tout le mien pour freter une barque.

-- Prenez", dit Milady en mettant aux mains de Felton un sac plein
d'or.

Felton prit le sac et le jeta au pied du mur.

"Maintenant, dit-il, voulez-vous venir?

-- Me voici."

Milady monta sur un fauteuil et passa tout le haut de son corps
par la fenetre: elle vit le jeune officier suspendu au-dessus de
l'abime par une echelle de corde.

Pour la premiere fois, un mouvement de terreur lui rappela qu'elle
etait femme.

Le vide l'epouvantait.

"Je m'en etais doute, dit Felton.

-- Ce n'est rien, ce n'est rien, dit Milady, je descendrai les
yeux fermes.

-- Avez-vous confiance en moi? dit Felton.

-- Vous le demandez?

-- Rapprochez vos deux mains; croisez-les, c'est bien."

Felton lui lia les deux poignets avec son mouchoir, puis par-
dessus le mouchoir, avec une corde.

"Que faites-vous? demanda Milady avec surprise.

-- Passez vos bras autour de mon cou et ne craignez rien.

-- Mais je vous ferai perdre l'equilibre, et nous nous briserons
tous les deux.

-- Soyez tranquille, je suis marin."

Il n'y avait pas une seconde a perdre; Milady passa ses deux bras
autour du cou de Felton et se laissa glisser hors de la fenetre.

Felton se mit a descendre les echelons lentement et un a un.
Malgre la pesanteur des deux corps, le souffle de l'ouragan les
balancait dans l'air.

Tout a coup Felton s'arreta.

"Qu'y a-t-il? demanda Milady.

-- Silence, dit Felton, j'entends des pas.

-- Nous sommes decouverts!"

Il se fit un silence de quelques instants.

"Non, dit Felton, ce n'est rien.

-- Mais enfin quel est ce bruit?

-- Celui de la patrouille qui va passer sur le chemin de ronde.

-- Ou est le chemin de ronde?

-- Juste au-dessous de nous.

-- Elle va nous decouvrir.

-- Non, s'il ne fait pas d'eclairs.

-- Elle heurtera le bas de l'echelle.

-- Heureusement elle est trop courte de six pieds.

-- Les voila, mon Dieu!

-- Silence!"

Tous deux resterent suspendus, immobiles et sans souffle, a vingt
pieds du sol; pendant ce temps les soldats passaient au-dessous
riant et causant.

Il y eut pour les fugitifs un moment terrible.

La patrouille passa; on entendit le bruit des pas qui s'eloignait,
et le murmure des voix qui allait s'affaiblissant.

"Maintenant, dit Felton, nous sommes sauves."

Milady poussa un soupir et s'evanouit.

Felton continua de descendre. Parvenu au bas de l'echelle, et
lorsqu'il ne sentit plus d'appui pour ses pieds, il se cramponna
avec ses mains; enfin, arrive au dernier echelon il se laissa
pendre a la force des poignets et toucha la terre. Il se baissa,
ramassa le sac d'or et le prit entre ses dents.

Puis il souleva Milady dans ses bras, et s'eloigna vivement du
cote oppose a celui qu'avait pris la patrouille. Bientot il quitta
le chemin de ronde, descendit a travers les rochers, et, arrive au
bord de la mer, fit entendre un coup de sifflet.

Un signal pareil lui repondit, et, cinq minutes apres, il vit
apparaitre une barque montee par quatre hommes.

La barque s'approcha aussi pres qu'elle put du rivage, mais il n'y
avait pas assez de fond pour qu'elle put toucher le bord; Felton
se mit a l'eau jusqu'a la ceinture, ne voulant confier a personne
son precieux fardeau.

Heureusement la tempete commencait a se calmer, et cependant la
mer etait encore violente; la petite barque bondissait sur les
vagues comme une coquille de noix.

"Au sloop, dit Felton, et nagez vivement."

Les quatre hommes se mirent a la rame; mais la mer etait trop
grosse pour que les avirons eussent grande prise dessus.

Toutefois on s'eloignait du chateau; c'etait le principal. La nuit
etait profondement tenebreuse, et il etait deja presque impossible
de distinguer le rivage de la barque, a plus forte raison n'eut-on
pas pu distinguer la barque du rivage.

Un point noir se balancait sur la mer.

C'etait le sloop.

Pendant que la barque s'avancait de son cote de toute la force de
ses quatre rameurs, Felton deliait la corde, puis le mouchoir qui
liait les mains de Milady.

Puis, lorsque ses mains furent deliees, il prit de l'eau de la mer
et la lui jeta au visage.

Milady poussa un soupir et ouvrit les yeux.

"Ou suis-je? dit-elle.

-- Sauvee, repondit le jeune officier.

-- Oh! sauvee! sauvee! s'ecria-t-elle. Oui, voici le ciel, voici
la mer! Cet air que je respire, c'est celui de la liberte. Ah!...
merci, Felton, merci!"

Le jeune homme la pressa contre son coeur.

"Mais qu'ai-je donc aux mains? demanda Milady; il me semble qu'on
m'a brise les poignets dans un etau."

En effet, Milady souleva ses bras: elle avait les poignets
meurtris.

"Helas! dit Felton en regardant ces belles mains et en secouant
doucement la tete.

-- Oh! ce n'est rien, ce n'est rien! s'ecria Milady: maintenant je
me rappelle!"

Milady chercha des yeux autour d'elle.

"Il est la", dit Felton en poussant du pied le sac d'or.

On s'approchait du sloop. Le marin de quart hela la barque, la
barque repondit.

"Quel est ce batiment? demanda Milady.

-- Celui que j'ai frete pour vous.

-- Ou va-t-il me conduire?

-- Ou vous voudrez, pourvu que, moi, vous me jetiez a Portsmouth.

-- Qu'allez-vous faire a Portsmouth? demanda Milady.

-- Accomplir les ordres de Lord de Winter, dit Felton avec un
sombre sourire.

-- Quels ordres? demanda Milady.

-- Vous ne comprenez donc pas? dit Felton.

-- Non; expliquez-vous, je vous en prie.

-- Comme il se defiait de moi, il a voulu vous garder lui-meme, et
m'a envoye a sa place faire signer a Buckingham l'ordre de votre
deportation.

-- Mais s'il se defiait de vous, comment vous a-t-il confie cet
ordre?

-- Etais-je cense savoir ce que je portais?

-- C'est juste. Et vous allez a Portsmouth?

-- Je n'ai pas de temps a perdre: c'est demain le 23, et
Buckingham part demain avec la flotte.

-- Il part demain, pour ou part-il?

-- Pour La Rochelle.

-- Il ne faut pas qu'il parte! s'ecria Milady, oubliant sa
presence d'esprit accoutumee.

-- Soyez tranquille, repondit Felton, il ne partira pas."

Milady tressaillit de joie; elle venait de lire au plus profond du
coeur du jeune homme: la mort de Buckingham y etait ecrite en
toutes lettres.

"Felton..., dit-elle, vous etes grand comme Judas Macchabee! Si
vous mourez, je meurs avec vous: voila tout ce que je puis vous
dire.

-- Silence! dit Felton, nous sommes arrives."

En effet, on touchait au sloop.

Felton monta le premier a l'echelle et donna la main a Milady,
tandis que les matelots la soutenaient, car la mer etait encore
fort agitee.

Un instant apres ils etaient sur le pont.

"Capitaine, dit Felton, voici la personne dont je vous ai parle,
et qu'il faut conduire saine et sauve en France.

-- Moyennant mille pistoles, dit le capitaine.

-- Je vous en ai donne cinq cents.

-- C'est juste, dit le capitaine.

-- Et voila les cinq cents autres, reprit Milady, en portant la
main au sac d'or.

-- Non, dit le capitaine, je n'ai qu'une parole, et je l'ai donnee
a ce jeune homme; les cinq cents autres pistoles ne me sont dues
qu'en arrivant a Boulogne.

-- Et nous y arriverons?

-- Sains et saufs, dit le capitaine, aussi vrai que je m'appelle
Jack Buttler.

-- Eh bien, dit Milady, si vous tenez votre parole, ce n'est pas
cinq cents, mais mille pistoles que je vous donnerai.

-- Hurrah pour vous alors, ma belle dame, cria le capitaine, et
puisse Dieu m'envoyer souvent des pratiques comme Votre
Seigneurie!

-- En attendant, dit Felton, conduisez-nous dans la petite baie de
Chichester, en avant de Portsmouth; vous savez qu'il est convenu
que vous nous conduirez la."

Le capitaine repondit en commandant la manoeuvre necessaire, et
vers les sept heures du matin le petit batiment jetait l'ancre
dans la baie designee.

Pendant cette traversee, Felton avait tout raconte a Milady:
comment, au lieu d'aller a Londres, il avait frete le petit
batiment, comment il etait revenu, comment il avait escalade la
muraille en placant dans les interstices des pierres, a mesure
qu'il montait, des crampons, pour assurer ses pieds, et comment
enfin, arrive aux barreaux, il avait attache l'echelle, Milady
savait le reste.

De son cote, Milady essaya d'encourager Felton dans son projet,
mais aux premiers mots qui sortirent de sa bouche, elle vit bien
que le jeune fanatique avait plutot besoin d'etre modere que
d'etre affermi.

Il fut convenu que Milady attendrait Felton jusqu'a dix heures; si
a dix heures il n'etait pas de retour, elle partirait.

Alors, en supposant qu'il fut libre, il la rejoindrait en France,
au couvent des Carmelites de Bethune.


CHAPITRE LIX
CE QUI SE PASSAIT A PORTSMOUTH LE 23 AOUT 1628

Felton prit conge de Milady comme un frere qui va faire une simple
promenade prend conge de sa soeur en lui baisant la main.

Toute sa personne paraissait dans son etat de calme ordinaire:
seulement une lueur inaccoutumee brillait dans ses yeux, pareille
a un reflet de fievre; son front etait plus pale encore que de
coutume; ses dents etaient serrees, et sa parole avait un accent
bref et saccade qui indiquait que quelque chose de sombre
s'agitait en lui.

Tant qu'il resta sur la barque qui le conduisait a terre, il
demeura le visage tourne du cote de Milady, qui, debout sur le
pont, le suivait des yeux. Tous deux etaient assez rassures sur la
crainte d'etre poursuivis: on n'entrait jamais dans la chambre de
Milady avant neuf heures; et il fallait trois heures pour venir du
chateau a Londres.

Felton mit pied a terre, gravit la petite crete qui conduisait au
haut de la falaise, salua Milady une derniere fois, et prit sa
course vers la ville.

Au bout de cent pas, comme le terrain allait en descendant, il ne
pouvait plus voir que le mat du sloop.

Il courut aussitot dans la direction de Portsmouth, dont il voyait
en face de lui, a un demi-mille a peu pres, se dessiner dans la
brume du matin les tours et les maisons.

Au-dela de Portsmouth, la mer etait couverte de vaisseaux dont on
voyait les mats, pareils a une foret de peupliers depouilles par
l'hiver, se balancer sous le souffle du vent.

Felton, dans sa marche rapide, repassait ce que dix annees de
meditations ascetiques et un long sejour au milieu des puritains
lui avaient fourni d'accusations vraies ou fausses contre le
favori de Jacques VI et de Charles Ier.

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