Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
Moreover Technologies - Premier purveyor of real-time news and RSS feeds from across the Web

Book Review: The Horror, the Horror
Ad -

How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

A / B / C / D / E / F / G / H / I / J / K / L / M / N / O / P / R / S / T / U / V / W / Y / Z

Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | 32 | 33 | 34 | 35 | 36 | 37 | 38 | 39 | 40 | 41 | 42 | 43 | 44 | 45 | 46 | 47 | 48 | 49 | 50 | 51 | 52 | 53



--"Monsieur et cher ami..."

-- Ah! oui; cher ami, a un Anglais, interrompit Athos; bien
commence! bravo, d'Artagnan! Rien qu'avec ce mot-la vous serez
ecartele, au lieu d'etre roue vif.

-- Eh bien, soit; je dirai donc, monsieur, tout court.

-- Vous pouvez meme dire, Milord, reprit Athos, qui tenait fort
aux convenances.

--"Milord, vous souvient-il du petit enclos aux chevres du
Luxembourg?"

-- Bon! le Luxembourg a present! On croira que c'est une allusion
a la reine mere! Voila qui est ingenieux, dit Athos.

-- Eh bien, nous mettrons tout simplement: "Milord, vous souvient-
il de certain petit enclos ou l'on vous sauva la vie?"

-- Mon cher d'Artagnan, dit Athos, vous ne serez jamais qu'un fort
mauvais redacteur: "Ou l'on vous sauva la vie!" Fi donc! ce n'est
pas digne. On ne rappelle pas ces services-la a un galant homme.
Bienfait reproche, offense faite.

-- Ah! mon cher, dit d'Artagnan, vous etes insupportable, et s'il
faut ecrire sous votre censure, ma foi, j'y renonce.

-- Et vous faites bien. Maniez le mousquet et l'epee, mon cher,
vous vous tirez galamment des deux exercices; mais passez la plume
a M. l'abbe, cela le regarde.

-- Ah! oui, au fait, dit Porthos, passez la plume a Aramis, qui
ecrit des theses en latin, lui.

-- Eh bien, soit dit d'Artagnan, redigez-nous cette note, Aramis;
mais, de par notre Saint-Pere le pape! tenez-vous serre, car je
vous epluche a mon tour, je vous en previens.

-- Je ne demande pas mieux, dit Aramis avec cette naive confiance
que tout poete a en lui-meme; mais qu'on me mette au courant: j'ai
bien oui dire, de-ci de-la, que cette belle-soeur etait une
coquine, j'en ai meme acquis la preuve en ecoutant sa conversation
avec le cardinal.

-- Plus bas donc, sacrebleu! dit Athos.

-- Mais, continua Aramis, le detail m'echappe.

-- Et a moi aussi", dit Porthos.

D'Artagnan et Athos se regarderent quelque temps en silence. Enfin
Athos, apres s'etre recueilli, et en devenant plus pale encore
qu'il n'etait de coutume, fit un signe d'adhesion, d'Artagnan
comprit qu'il pouvait parler.

"Eh bien, voici ce qu'il y a a dire, reprit d'Artagnan: Milord,
votre belle-soeur est une scelerate, qui a voulu vous faire tuer
pour heriter de vous. Mais elle ne pouvait epouser votre frere,
etant deja mariee en France, et ayant ete..."

D'Artagnan s'arreta comme s'il cherchait le mot, en regardant
Athos.

"Chassee par son mari, dit Athos.

-- Parce qu'elle avait ete marquee, continua d'Artagnan.

-- Bah! s'ecria Porthos, impossible! elle a voulu faire tuer son
beau-frere?

-- Oui.

-- Elle etait mariee? demanda Aramis.

-- Oui.

-- Et son mari s'est apercu qu'elle avait une fleur de lis sur
l'epaule? s'ecria Porthos.

-- Oui."

Ces trois oui avaient ete dits par Athos, chacun avec une
intonation plus sombre.

"Et qui l'a vue, cette fleur de lis? demanda Aramis.

-- D'Artagnan et moi, ou plutot, pour observer l'ordre
chronologique, moi et d'Artagnan, repondit Athos.

-- Et le mari de cette affreuse creature vit encore? dit Aramis.

-- Il vit encore.

-- Vous en etes sur?

-- J'en suis sur."

Il y eut un instant de froid silence, pendant lequel chacun se
sentit impressionne selon sa nature.

"Cette fois, reprit Athos, interrompant le premier le silence,
d'Artagnan nous a donne un excellent programme, et c'est cela
qu'il faut ecrire d'abord.

-- Diable! vous avez raison, Athos, reprit Aramis, et la redaction
est epineuse. M. le chancelier lui-meme serait embarrasse pour
rediger une epitre de cette force, et cependant M. le chancelier
redige tres agreablement un proces-verbal. N'importe! taisez-vous,
j'ecris."

Aramis en effet prit la plume, reflechit quelques instants, se mit
a ecrire huit ou dix lignes d'une charmante petite ecriture de
femme, puis, d'une voix douce et lente, comme si chaque mot eut
ete scrupuleusement pese, il lut ce qui suit:

"Milord,

"La personne qui vous ecrit ces quelques lignes a eu l'honneur de
croiser l'epee avec vous dans un petit enclos de la rue d'Enfer.
Comme vous avez bien voulu, depuis, vous dire plusieurs fois l'ami
de cette personne, elle vous doit de reconnaitre cette amitie par
un bon avis. Deux fois vous avez failli etre victime d'une proche
parente que vous croyez votre heritiere, parce que vous ignorez
qu'avant de contracter mariage en Angleterre, elle etait deja
mariee en France. Mais, la troisieme fois, qui est celle-ci, vous
pouvez y succomber. Votre parente est partie de La Rochelle pour
l'Angleterre pendant la nuit. Surveillez son arrivee car elle a de
grands et terribles projets. Si vous tenez absolument a savoir ce
dont elle est capable, lisez son passe sur son epaule gauche."

"Eh bien, voila qui est a merveille, dit Athos, et vous avez une
plume de secretaire Etat, mon cher Aramis. Lord de Winter fera
bonne garde maintenant, si toutefois l'avis lui arrive; et tombat-
il aux mains de Son Eminence elle-meme, nous ne saurions etre
compromis. Mais comme le valet qui partira pourrait nous faire
accroire qu'il a ete a Londres et s'arreter a Chatelleraut, ne lui
donnons avec la lettre que la moitie de la somme en lui promettant
l'autre moitie en echange de la reponse. Avez-vous le diamant?
continua Athos.

"J'ai mieux que cela, j'ai la somme."

Et d'Artagnan jeta le sac sur la table: au son de l'or, Aramis
leva les yeux. Porthos tressaillit; quant a Athos, il resta
impassible.

"Combien dans ce petit sac? dit-il.

-- Sept mille livres en louis de douze francs.

-- Sept mille livres! s'ecria Porthos, ce mauvais petit diamant
valait sept mille livres?

-- Il parait, dit Athos, puisque les voila; je ne presume pas que
notre ami d'Artagnan y ait mis du sien.

-- Mais, messieurs, dans tout cela, dit d'Artagnan, nous ne
pensons pas a la reine. Soignons un peu la sante de son cher
Buckingham. C'est le moins que nous lui devions.

-- C'est juste, dit Athos, mais ceci regarde Aramis.

-- Eh bien, repondit celui-ci en rougissant, que faut-il que je
fasse?

-- Mais, repliqua Athos, c'est tout simple: rediger une seconde
lettre pour cette adroite personne qui habite Tours."

Aramis reprit la plume, se mit a reflechir de nouveau, et ecrivit
les lignes suivantes, qu'il soumit a l'instant meme a
l'approbation de ses amis:

"Ma chere cousine..."

"Ah! dit Athos, cette personne adroite est votre parente!

-- Cousine germaine, dit Aramis.

-- Va donc pour cousine!"

Aramis continua:

"Ma chere cousine, Son Eminence le cardinal, que Dieu conserve
pour le bonheur de la France et la confusion des ennemis du
royaume, est sur le point d'en finir avec les rebelles heretiques
de La Rochelle: il est probable que le secours de la Hotte
anglaise n'arrivera pas meme en vue de la place; j'oserai meme
dire que je suis certain que M. de Buckingham sera empeche de
partir par quelque grand evenement. Son Eminence est le plus
illustre politique des temps passes, du temps present et
probablement des temps a venir. Il eteindrait le soleil si le
soleil le genait. Donnez ces heureuses nouvelles a votre soeur, ma
chere cousine. J'ai reve que cet Anglais maudit etait mort. Je ne
puis me rappeler si c'etait par le fer ou par le poison; seulement
ce dont je suis sur, c'est que j'ai reve qu'il etait mort, et,
vous le savez, mes reves ne me trompent jamais. Assurez-vous donc
de me voir revenir bientot."

"A merveille! s'ecria Athos, vous etes le roi des poetes; mon cher
Aramis, vous parlez comme l'Apocalypse et vous etes vrai comme
l'evangile. Il ne vous reste maintenant que l'adresse a mettre sur
cette lettre.

-- C'est bien facile", dit Aramis.

Il plia coquettement la lettre, la reprit et ecrivit:

"A Mademoiselle Marie Michon, lingere a Tours.

Les trois amis se regarderent en riant: ils etaient pris.

"Maintenant, dit Aramis, vous comprenez, messieurs, que Bazin seul
peut porter cette lettre a Tours; ma cousine ne connait que Bazin
et n'a confiance qu'en lui: tout autre ferait echouer l'affaire.
D'ailleurs Bazin est ambitieux et savant; Bazin a lu l'histoire,
messieurs, il sait que Sixte Quint est devenu pape apres avoir
garde les pourceaux; eh bien, comme il compte se mettre d'eglise
en meme temps que moi, il ne desespere pas a son tour de devenir
pape ou tout au moins cardinal: vous comprenez qu'un homme qui a
de pareilles visees ne se laissera pas prendre, ou, s'il est pris,
subira le martyre plutot que de parler.

-- Bien, bien, dit d'Artagnan, je vous passe de grand coeur Bazin;
mais passez-moi Planchet: Milady l'a fait jeter a la porte,
certain jour, avec force coups de baton; or Planchet a bonne
memoire, et, je vous en reponds, s'il peut supposer une vengeance
possible, il se fera plutot echiner que d'y renoncer. Si vos
affaires de Tours sont vos affaires, Aramis, celles de Londres
sont les miennes. Je prie donc qu'on choisisse Planchet, lequel
d'ailleurs a deja ete a Londres avec moi et sait dire tres
correctement: London, _sir, if you please_ et _my master_ lord
d'Artagnan; avec cela soyez tranquilles, il fera son chemin en
allant et en revenant.

-- En ce cas, dit Athos, il faut que Planchet recoive sept cents
livres pour aller et sept cents livres pour revenir, et Bazin,
trois cents livres pour aller et trois cents livres pour revenir;
cela reduira la somme a cinq mille livres; nous prendrons mille
livres chacun pour les employer comme bon nous semblera, et nous
laisserons un fond de mille livres que gardera l'abbe pour les cas
extraordinaires ou les besoins communs. Cela vous va-t-il?

-- Mon cher Athos, dit Aramis, vous parlez comme Nestor, qui
etait, comme chacun sait, le plus sage des Grecs.

-- Eh bien, c'est dit, reprit Athos, Planchet et Bazin partiront;
a tout prendre, je ne suis pas fache de conserver Grimaud: il est
accoutume a mes facons et j'y tiens; la journee d'hier a deja du
l'ebranler, ce voyage le perdrait."

On fit venir Planchet, et on lui donna des instructions; il avait
ete prevenu deja par d'Artagnan, qui, du premier coup, lui avait
annonce la gloire, ensuite l'argent, puis le danger.

"Je porterai la lettre dans le parement de mon habit, dit
Planchet, et je l'avalerai si l'on me prend.

-- Mais alors tu ne pourras pas faire la commission, dit
d'Artagnan.

-- Vous m'en donnerez ce soir une copie que je saurai par coeur
demain."

D'Artagnan regarda ses amis comme pour leur dire:

"Eh bien, que vous avais-je promis?"

"Maintenant, continua-t-il en s'adressant a Planchet, tu as huit
jours pour arriver pres de Lord de Winter, tu as huit autres jours
pour revenir ici, en tout seize jours; si le seizieme jour de ton
depart, a huit heures du soir, tu n'es pas arrive, pas d'argent,
fut-il huit heures cinq minutes.

Alors, monsieur, dit Planchet, achetez-moi une montre.

Prends celle-ci, dit Athos, en lui donnant la sienne avec une
insouciante generosite, et sois brave garcon. Songe que, si tu
parles, si tu bavardes, si tu flanes, tu fais couper le cou a ton
maitre, qui a si grande confiance dans ta fidelite qu'il nous a
repondu de toi. Mais songe aussi que s'il arrive, par ta faute,
malheur a d'Artagnan, je te retrouverai partout, et ce sera pour
t'ouvrir le ventre.

-- Oh! monsieur! dit Planchet, humilie du soupcon et surtout
effraye de l'air calme du mousquetaire.

-- Et moi, dit Porthos en roulant ses gros yeux, songe que je
t'ecorche vif.

-- Ah! monsieur!

-- Et moi, continua Aramis de sa voix douce et melodieuse, songe
que je te brule a petit feu comme un sauvage.

-- Ah! monsieur!"

Et Planchet se mit a pleurer; nous n'oserions dire si ce fut de
terreur, a cause des menaces qui lui etaient faites, ou
d'attendrissement de voir quatre amis si etroitement unis.

D'Artagnan lui prit la main, et l'embrassa.

"Vois-tu, Planchet, lui dit-il, ces messieurs te disent tout cela
par tendresse pour moi, mais au fond ils t'aiment.

-- Ah! monsieur! dit Planchet, ou je reussirai, ou l'on me coupera
en quatre; me coupat-on en quatre, soyez convaincu qu'il n'y a pas
un morceau qui parlera."

Il fut decide que Planchet partirait le lendemain a huit heures du
matin, afin, comme il l'avait dit, qu'il put, pendant la nuit,
apprendre la lettre par coeur. Il gagna juste douze heures a cet
arrangement; il devait etre revenu le seizieme jour, a huit heures
du soir.

Le matin, au moment ou il allait monter a cheval, d'Artagnan, qui
se sentait au fond du coeur un faible pour le duc, prit Planchet a
part.

"Ecoute, lui dit-il, quand tu auras remis la lettre a Lord de
Winter et qu'il l'aura lue, tu lui diras encore: "Veillez sur Sa
Grace Lord Buckingham, car on veut l'assassiner." Mais ceci,
Planchet, vois-tu, c'est si grave et si important, que je n'ai pas
meme voulu avouer a mes amis que je te confierais ce secret, et
que pour une commission de capitaine je ne voudrais pas te
l'ecrire.

-- Soyez tranquille, monsieur, dit Planchet, vous verrez si l'on
peut compter sur moi.

Et monte sur un excellent cheval, qu'il devait quitter a vingt
lieues de la pour prendre la poste, Planchet partit au galop, le
coeur un peu serre par la triple promesse que lui avaient faite
les mousquetaires, mais du reste dans les meilleures dispositions
du monde.

Bazin partit le lendemain matin pour Tours, et eut huit jours pour
faire sa commission.

Les quatre amis, pendant toute la duree de ces deux absences,
avaient, comme on le comprend bien, plus que jamais l'oeil au
guet, le nez au vent et l'oreille aux ecoutes. Leurs journees se
passaient a essayer de surprendre ce qu'on disait, a guetter les
allures du cardinal et a flairer les courriers qui arrivaient.
Plus d'une fois un tremblement insurmontable les prit, lorsqu'on
les appela pour quelque service inattendu. Ils avaient d'ailleurs
a se garder pour leur propre surete; Milady etait un fantome qui,
lorsqu'il etait apparu une fois aux gens, ne les laissait pas
dormir tranquillement.

Le matin du huitieme jour, Bazin, frais comme toujours et souriant
selon son habitude, entra dans le cabaret de Parpaillot, comme les
quatre amis etaient en train de dejeuner, en disant, selon la
convention arretee:

"Monsieur Aramis, voici la reponse de votre cousine."

Les quatre amis echangerent un coup d'oeil joyeux: la moitie de la
besogne etait faite; il est vrai que c'etait la plus courte et la
plus facile.

Aramis prit, en rougissant malgre lui, la lettre, qui etait d'une
ecriture grossiere et sans orthographe.

"Bon Dieu! s'ecria-t-il en riant, decidement j'en desespere;
jamais cette pauvre Michon n'ecrira comme M. de Voiture.

-- Qu'est-ce que cela feut dire, cette baufre Migeon? demanda le
Suisse, qui etait en train de causer avec les quatre amis quand la
lettre etait arrivee.

-- Oh! mon Dieu! moins que rien, dit Aramis, une petite lingere
charmante que j'aimais fort et a qui j'ai demande quelques lignes
de sa main en maniere de souvenir.

-- Dutieu! dit le Suisse; zi zella il etre auzi grante tame que
son l'egridure, fous l'etre en ponne fordune, mon gamarate!

Aramis lut la lettre et la passa a Athos.

"Voyez donc ce qu'elle m'ecrit, Athos", dit-il.

Athos jeta un coup d'oeil sur l'epitre, et, pour faire evanouir
tous les soupcons qui auraient pu naitre, lut tout haut:

"Mon cousin, ma soeur et moi devinons tres bien les reves, et nous
en avons meme une peur affreuse; mais du votre, on pourra dire, je
l'espere, tout songe est mensonge. Adieu! portez-vous bien, et
faites que de temps en temps nous entendions parler de vous.

"Agle Michon.

"Et de quel reve parle-t-elle? demanda le dragon, qui s'etait
approche pendant la lecture.

-- Foui, te quel refe? dit le Suisse.

-- Eh! pardieu! dit Aramis, c'est tout simple, d'un reve que j'ai
fait et que je lui ai raconte.

-- Oh! foui, par Tieu! c'etre tout simple de ragonter son refe;
mais moi je ne refe jamais.

-- Vous etes fort heureux, dit Athos en se levant, et je voudrais
bien pouvoir en dire autant que vous!

-- Chamais! reprit le Suisse, enchante qu'un homme comme Athos lui
enviat quelque chose, chamais! chamais!"

D'Artagnan, voyant qu'Athos se levait, en fit autant, prit son
bras, et sortit.

Porthos et Aramis resterent pour faire face aux quolibets du
dragon et du Suisse.

Quant a Bazin, il s'alla coucher sur une botte de paille; et comme
il avait plus d'imagination que le Suisse, il reva que M. Aramis,
devenu pape, le coiffait d'un chapeau de cardinal.

Mais, comme nous l'avons dit, Bazin n'avait, par son heureux
retour, enleve qu'une partie de l'inquietude qui aiguillonnait les
quatre amis. Les jours de l'attente sont longs, et d'Artagnan
surtout aurait parie que les jours avaient maintenant quarante-
huit heures. Il oubliait les lenteurs obligees de la navigation,
il s'exagerait la puissance de Milady. Il pretait a cette femme,
qui lui apparaissait pareille a un demon, des auxiliaires
surnaturels comme elle; il s'imaginait, au moindre bruit, qu'on
venait l'arreter, et qu'on ramenait Planchet pour le confronter
avec lui et ses amis. Il y a plus: sa confiance autrefois si
grande dans le digne Picard, diminuait de jour en jour. Cette
inquietude etait si grande, qu'elle gagnait Porthos et Aramis. Il
n'y avait qu'Athos qui demeurat impassible, comme si aucun danger
ne s'agitait autour de lui, et qu'il respirat son atmosphere
quotidienne.

Le seizieme jour surtout, ces signes d'agitation etaient si
visibles chez d'Artagnan et ses deux amis, qu'ils ne pouvaient
rester en place, et qu'ils erraient comme des ombres sur le chemin
par lequel devait revenir Planchet.

"Vraiment, leur disait Athos, vous n'etes pas des hommes, mais des
enfants, pour qu'une femme vous fasse si grand-peur! Et de quoi
s'agit-il, apres tout? D'etre emprisonnes! Eh bien, mais on nous
tirera de prison: on en a bien retire Mme Bonacieux. D'etre
decapites? Mais tous les jours, dans la tranchee, nous allons
joyeusement nous exposer a pis que cela, car un boulet peut nous
casser la jambe, et je suis convaincu qu'un chirurgien nous fait
plus souffrir en nous coupant la cuisse qu'un bourreau en nous
coupant la tete. Demeurez donc tranquilles; dans deux heures, dans
quatre, dans six heures, au plus tard, Planchet sera ici: il a
promis d'y etre, et moi j'ai tres grande foi aux promesses de
Planchet, qui m'a l'air d'un fort brave garcon.

-- Mais s'il n'arrive pas? dit d'Artagnan.

-- Eh bien, s'il n'arrive pas, c'est qu'il aura ete retarde, voila
tout. Il peut etre tombe de cheval, il peut avoir fait une
cabriole par-dessus le pont, il peut avoir couru si vite qu'il en
ait attrape une fluxion de poitrine. Eh! messieurs! faisons donc
la part des evenements. La vie est un chapelet de petites miseres
que le philosophe egrene en riant. Soyez philosophes comme moi,
messieurs, mettez-vous a table et buvons; rien ne fait paraitre
l'avenir couleur de rose comme de le regarder a travers un verre
de chambertin.

-- C'est fort bien, repondit d'Artagnan; mais je suis las d'avoir
a craindre, en buvant frais, que le vin ne sorte de la cave de
Milady.

-- Vous etes bien difficile, dit Athos, une si belle femme!

-- Une femme de marque!" dit Porthos avec son gros rire.

Athos tressaillit, passa la main sur son front pour en essuyer la
sueur, et se leva a son tour avec un mouvement nerveux qu'il ne
put reprimer.

Le jour s'ecoula cependant, et le soir vint plus lentement, mais
enfin il vint; les buvettes s'emplirent de chalands; Athos, qui
avait empoche sa part du diamant, ne quittait plus le Parpaillot.
Il avait trouve dans M. de Busigny, qui, au reste, leur avait
donne un diner magnifique, un _partner_ digne de lui. Ils jouaient
donc ensemble, comme d'habitude, quand sept heures sonnerent: on
entendit passer les patrouilles qui allaient doubler les postes; a
sept heures et demie la retraite sonna.

"Nous sommes perdus, dit d'Artagnan a l'oreille d'Athos.

-- Vous voulez dire que nous avons perdu, dit tranquillement Athos
en tirant quatre pistoles de sa poche et en les jetant sur la
table. Allons, messieurs, continua-t-il, on bat la retraite,
allons nous coucher."

Et Athos sortit du Parpaillot suivi de d'Artagnan. Aramis venait
derriere donnant le bras a Porthos. Aramis machonnait des vers, et
Porthos s'arrachait de temps en temps quelques poils de moustache
en signe de desespoir.

Mais voila que tout a coup, dans l'obscurite, une ombre se
dessine, dont la forme est familiere a d'Artagnan, et qu'une voix
bien connue lui dit:

"Monsieur, je vous apporte votre manteau, car il fait frais ce
soir.

-- Planchet! s'ecria d'Artagnan, ivre de joie.

-- Planchet! repeterent Porthos et Aramis.

-- Eh bien, oui, Planchet, dit Athos, qu'y a-t-il d'etonnant a
cela? Il avait promis d'etre de retour a huit heures, et voila les
huit heures qui sonnent. Bravo! Planchet, vous etes un garcon de
parole, et si jamais vous quittez votre maitre, je vous garde une
place a mon service.

-- Oh! non, jamais, dit Planchet, jamais je ne quitterai
M. d'Artagnan."

En meme temps d'Artagnan sentit que Planchet lui glissait un
billet dans la main.

D'Artagnan avait grande envie d'embrasser Planchet au retour comme
il l'avait embrasse au depart; mais il eut peur que cette marque
d'effusion, donnee a son laquais en pleine rue, ne parut
extraordinaire a quelque passant, et il se contint.

"J'ai le billet, dit-il a Athos et a ses amis.

-- C'est bien, dit Athos, entrons chez nous, et nous le lirons.

Le billet brulait la main de d'Artagnan: il voulait hater le pas;
mais Athos lui prit le bras et le passa sous le sien, et force fut
au jeune homme de regler sa course sur celle de son ami.

Enfin on entra dans la tente, on alluma une lampe, et tandis que
Planchet se tenait sur la porte pour que les quatre amis ne
fussent pas surpris, d'Artagnan, d'une main tremblante, brisa le
cachet et ouvrit la lettre tant attendue.

Elle contenait une demi-ligne, d'une ecriture toute britannique et
d'une concision toute spartiate:

"_Thank you, be easy._"

Ce qui voulait dire:

"Merci, soyez tranquille."

Athos prit la lettre des mains de d'Artagnan, l'approcha de la
lampe, y mit le feu, et ne la lacha point qu'elle ne fut reduite
en cendres.

Puis appelant Planchet:

"Maintenant, mon garcon, lui dit-il, tu peux reclamer tes sept
cents livres, mais tu ne risquais pas grand-chose avec un billet
comme celui-la.

-- Ce n'est pas faute que j'aie invente bien des moyens de le
serrer, dit Planchet.

-- Eh bien, dit d'Artagnan, conte-nous cela.

-- Dame! c'est bien long, monsieur.

-- Tu as raison, Planchet, dit Athos; d'ailleurs la retraite est
battue, et nous serions remarques en gardant de la lumiere plus
longtemps que les autres.

-- Soit, dit d'Artagnan, couchons-nous. Dors bien, Planchet!

-- Ma foi, monsieur! ce sera la premiere fois depuis seize jours.

-- Et moi aussi! dit d'Artagnan.

-- Et moi aussi! repeta Porthos.

-- Et moi aussi! repeta Aramis.

-- Eh bien, voulez-vous que je vous avoue la verite? et moi
aussi!" dit Athos.


CHAPITRE XLIX
FATALITE

Cependant Milady, ivre de colere, rugissant sur le pont du
batiment comme une lionne qu'on embarque, avait ete tentee de se
jeter a la mer pour regagner la cote, car elle ne pouvait se faire
a l'idee qu'elle avait ete insultee par d'Artagnan, menacee par
Athos, et qu'elle quittait la France sans se venger d'eux.
Bientot, cette idee etait devenue pour elle tellement
insupportable, qu'au risque de ce qui pouvait arriver de terrible
pour elle-meme, elle avait supplie le capitaine de la jeter sur la
cote; mais le capitaine, presse d'echapper a sa fausse position,
place entre les croiseurs francais et anglais, comme la chauve-
souris entre les rats et les oiseaux, avait grande hate de
regagner l'Angleterre, et refusa obstinement d'obeir a ce qu'il
prenait pour un caprice de femme, promettant a sa passagere, qui
au reste lui etait particulierement recommandee par le cardinal,
de la jeter, si la mer et les Francais le permettaient, dans un
des ports de la Bretagne, soit a Lorient, soit a Brest; mais en
attendant, le vent etait contraire, la mer mauvaise, on louvoyait
et l'on courait des bordees. Neuf jours apres la sortie de la
Charente, Milady, toute pale de ses chagrins et de sa rage, voyait
apparaitre seulement les cotes bleuatres du Finistere.

Elle calcula que pour traverser ce coin de la France et revenir
pres du cardinal il lui fallait au moins trois jours; ajoutez un
jour pour le debarquement et cela faisait quatre; ajoutez ces
quatre jours aux neuf autres, c'etait treize jours de perdus,
treize jours pendant lesquels tant d'evenements importants se
pouvaient passer a Londres. Elle songea que sans aucun doute le
cardinal serait furieux de son retour, et que par consequent il
serait plus dispose a ecouter les plaintes qu'on porterait contre
elle que les accusations qu'elle porterait contre les autres. Elle
laissa donc passer Lorient et Brest sans insister pres du
capitaine, qui, de son cote, se garda bien de lui donner l'eveil.
Milady continua donc sa route, et le jour meme ou Planchet
s'embarquait de Portsmouth pour la France, la messagere de son
Eminence entrait triomphante dans le port.

Toute la ville etait agitee d'un mouvement extraordinaire: --
quatre grands vaisseaux recemment acheves venaient d'etre lances
a la mer; -- debout sur la jetee, chamarre d'or, eblouissant,
selon son habitude de diamants et de pierreries, le feutre orne
d'une plume blanche qui retombait sur son epaule, on voyait
Buckingham entoure d'un etat-major presque aussi brillant que lui.

Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | 32 | 33 | 34 | 35 | 36 | 37 | 38 | 39 | 40 | 41 | 42 | 43 | 44 | 45 | 46 | 47 | 48 | 49 | 50 | 51 | 52 | 53
Copyright (c) 2007. topknownstories.com. All rights reserved.