Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

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-- Ah! monsieur! balbutiait Planchet plus mort que vif; ah!
monsieur! que je l'ai echappe belle!

-- Comment, drole, s'ecria d'Artagnan, tu allais donc boire mon
vin?

-- A la sante du roi, monsieur, j'allais en boire un pauvre verre,
si Fourreau ne m'avait pas dit qu'on m'appelait.

-- Helas! dit Fourreau, dont les dents claquaient de terreur, je
voulais l'eloigner pour boire tout seul!

-- Messieurs, dit d'Artagnan en s'adressant aux gardes, vous
comprenez qu'un pareil festin ne pourrait etre que fort triste
apres ce qui vient de se passer; ainsi recevez toutes mes excuses
et remettez la partie a un autre jour, je vous prie."

Les deux gardes accepterent courtoisement les excuses de
d'Artagnan, et, comprenant que les quatre amis desiraient demeurer
seuls, ils se retirerent.

Lorsque le jeune garde et les trois mousquetaires furent sans
temoins, ils se regarderent d'un air qui voulait dire que chacun
comprenait la gravite de la situation.

"D'abord, dit Athos, sortons de cette chambre; c'est une mauvaise
compagnie qu'un mort, mort de mort violente.

-- Planchet, dit d'Artagnan, je vous recommande le cadavre de ce
pauvre diable. Qu'il soit enterre en terre sainte. Il avait commis
un crime, c'est vrai, mais il s'en etait repenti."

Et les quatre amis sortirent de la chambre, laissant a Planchet et
a Fourreau le soin de rendre les honneurs mortuaires a Brisemont.

L'hote leur donna une autre chambre dans laquelle il leur servit
des oeufs a la coque et de l'eau, qu'Athos alla puiser lui-meme a
la fontaine. En quelques paroles Porthos et Aramis furent mis au
courant de la situation.

"Eh bien, dit d'Artagnan a Athos, vous le voyez, cher ami, c'est
une guerre a mort."

Athos secoua la tete.

"Oui, oui, dit-il, je le vois bien; mais croyez-vous que ce soit
elle?

-- J'en suis sur.

-- Cependant je vous avoue que je doute encore.

-- Mais cette fleur de lis sur l'epaule?

-- C'est une Anglaise qui aura commis quelque mefait en France, et
qu'on aura fletrie a la suite de son crime.

-- Athos, c'est votre femme, vous dis-je, repetait d'Artagnan, ne
vous rappelez-vous donc pas comme les deux signalements se
ressemblent?

-- J'aurais cependant cru que l'autre etait morte, je l'avais si
bien pendue."

Ce fut d'Artagnan qui secoua la tete a son tour.

"Mais enfin, que faire? dit le jeune homme.

-- Le fait est qu'on ne peut rester ainsi avec une epee
eternellement suspendue au-dessus de sa tete, dit Athos, et qu'il
faut sortir de cette situation.

-- Mais comment?

-- Ecoutez, tachez de la rejoindre et d'avoir une explication avec
elle; dites-lui: La paix ou la guerre! ma parole de gentilhomme
de ne jamais rien dire de vous, de ne jamais rien faire contre
vous; de votre cote serment solennel de rester neutre a mon egard:
sinon, je vais trouver le chancelier, je vais trouver le roi, je
vais trouver le bourreau, j'ameute la cour contre vous, je vous
denonce comme fletrie, je vous fais mettre en jugement, et si l'on
vous absout, eh bien, je vous tue, foi de gentilhomme! au coin de
quelque borne, comme je tuerais un chien enrage.

-- J'aime assez ce moyen, dit d'Artagnan, mais comment la joindre?

-- Le temps, cher ami, le temps amene l'occasion, l'occasion c'est
la martingale de l'homme: plus on a engage, plus l'on gagne quand
on sait attendre.

-- Oui, mais attendre entoure d'assassins et d'empoisonneurs...

-- Bah! dit Athos, Dieu nous a gardes jusqu'a present, Dieu nous
gardera encore.

-- Oui, nous; nous d'ailleurs, nous sommes des hommes, et, a tout
prendre, c'est notre etat de risquer notre vie: mais elle! ajouta-
t-il a demi-voix.

-- Qui elle? demanda Athos.

-- Constance.

-- Mme Bonacieux! ah! c'est juste, fit Athos; pauvre ami!
j'oubliais que vous etiez amoureux.

-- Eh bien, mais, dit Aramis, n'avez-vous pas vu par la lettre
meme que vous avez trouvee sur le miserable mort qu'elle etait
dans un couvent? On est tres bien dans un couvent, et aussitot le
siege de La Rochelle termine, je vous promets que pour mon
compte...

-- Bon! dit Athos, bon! oui, mon cher Aramis! nous savons que vos
voeux tendent a la religion.

-- Je ne suis mousquetaire que par interim, dit humblement Aramis.

-- Il parait qu'il y a longtemps qu'il n'a recu des nouvelles de
sa maitresse, dit tout bas Athos; mais ne faites pas attention,
nous connaissons cela.

-- Eh bien, dit Porthos, il me semble qu'il y aurait un moyen bien
simple.

-- Lequel? demanda d'Artagnan.

-- Elle est dans un couvent, dites-vous? reprit Porthos.

-- Oui.

-- Eh bien, aussitot le siege fini, nous l'enlevons de ce couvent.

-- Mais encore faut-il savoir dans quel couvent elle est.

-- C'est juste, dit Porthos.

-- Mais, j'y pense, dit Athos, ne pretendez-vous pas, cher
d'Artagnan, que c'est la reine qui a fait choix de ce couvent pour
elle?

-- Oui, je le crois du moins.

-- Eh bien, mais Porthos nous aidera la-dedans.

-- Et comment cela, s'il vous plait?

-- Mais par votre marquise, votre duchesse, votre princesse; elle
doit avoir le bras long.

-- Chut! dit Porthos en mettant un doigt sur ses levres, je la
crois cardinaliste et elle ne doit rien savoir.

-- Alors, dit Aramis, je me charge, moi, d'en avoir des nouvelles.

-- Vous, Aramis, s'ecrierent les trois amis, vous, et comment
cela?

-- Par l'aumonier de la reine, avec lequel je suis fort lie...",
dit Aramis en rougissant.

Et sur cette assurance, les quatre amis, qui avaient acheve leur
modeste repas, se separerent avec promesse de se revoir le soir
meme: d'Artagnan retourna aux Minimes, et les trois mousquetaires
rejoignirent le quartier du roi, ou ils avaient a faire preparer
leur logis.


CHAPITRE XLIII
L'AUBERGE DU COLOMBIER-ROUGE

A peine arrive au camp, le roi, qui avait si grande hate de se
trouver en face de l'ennemi, et qui, a meilleur droit que le
cardinal, partageait sa haine contre Buckingham, voulut faire
toutes les dispositions, d'abord pour chasser les Anglais de l'ile
de Re, ensuite pour presser le siege de La Rochelle; mais, malgre
lui, il fut retarde par les dissensions qui eclaterent entre
MM. de Bassompierre et Schomberg, contre le duc d'Angouleme.

MM. de Bassompierre et Schomberg etaient marechaux de France, et
reclamaient leur droit de commander l'armee sous les ordres du
roi; mais le cardinal, qui craignait que Bassompierre, huguenot au
fond du coeur, ne pressat faiblement les Anglais et les Rochelois,
ses freres en religion, poussait au contraire le duc d'Angouleme,
que le roi, a son instigation, avait nomme lieutenant general. Il
en resulta que, sous peine de voir MM. de Bassompierre et
Schomberg deserter l'armee, on fut oblige de faire a chacun un
commandement particulier: Bassompierre prit ses quartiers au nord
de la ville, depuis La Leu jusqu'a Dompierre; le duc d'Angouleme a
l'est, depuis Dompierre jusqu'a Perigny; et M. de Schomberg au
midi, depuis Perigny jusqu'a Angoutin.

Le logis de Monsieur etait a Dompierre.

Le logis du roi etait tantot a Etre, tantot a La Jarrie.

Enfin le logis du cardinal etait sur les dunes, au pont de La
Pierre, dans une simple maison sans aucun retranchement.

De cette facon, Monsieur surveillait Bassompierre; le roi, le duc
d'Angouleme, et le cardinal, M. de Schomberg.

Aussitot cette organisation etablie, on s'etait occupe de chasser
les Anglais de l'ile.

La conjoncture etait favorable: les Anglais, qui ont, avant toute
chose, besoin de bons vivres pour etre de bons soldats, ne
mangeant que des viandes salees et de mauvais biscuits, avaient
force malades dans leur camp; de plus, la mer, fort mauvaise a
cette epoque de l'annee sur toutes les cotes de l'ocean, mettait
tous les jours quelque petit batiment a mal; et la plage, depuis
la pointe de l'Aiguillon jusqu'a la tranchee, etait litteralement,
a chaque maree, couverte des debris de pinasses, de roberges et de
felouques; il en resultait que, meme les gens du roi se tinssent-
ils dans leur camp, il etait evident qu'un jour ou l'autre
Buckingham, qui ne demeurait dans l'ile de Re que par entetement,
serait oblige de lever le siege.

Mais, comme M. de Toiras fit dire que tout se preparait dans le
camp ennemi pour un nouvel assaut, le roi jugea qu'il fallait en
finir et donna les ordres necessaires pour une affaire decisive.

Notre intention n'etant pas de faire un journal de siege, mais au
contraire de n'en rapporter que les evenements qui ont trait a
l'histoire que nous racontons, nous nous contenterons de dire en
deux mots que l'entreprise reussit au grand etonnement du roi et a
la grande gloire de M. le cardinal. Les Anglais, repousses pied a
pied, battus dans toutes les rencontres, ecrases au passage de
l'ile de Loix, furent obliges de se rembarquer, laissant sur le
champ de bataille deux mille hommes parmi lesquels cinq colonels,
trois lieutenant-colonels, deux cent cinquante capitaines et vingt
gentilshommes de qualite, quatre pieces de canon et soixante
drapeaux qui furent apportes a Paris par Claude de Saint-Simon, et
suspendus en grande pompe aux voutes de Notre-Dame.

Des Te Deum furent chantes au camp, et de la se repandirent par
toute la France.

Le cardinal resta donc maitre de poursuivre le siege sans avoir,
du moins momentanement, rien a craindre de la part des Anglais.

Mais, comme nous venons de le dire, le repos n'etait que
momentane.

Un envoye du duc de Buckingham, nomme Montaigu, avait ete pris, et
l'on avait acquis la preuve d'une ligue entre l'Empire, l'Espagne,
l'Angleterre et la Lorraine.

Cette ligue etait dirigee contre la France.

De plus, dans le logis de Buckingham, qu'il avait ete force
d'abandonner plus precipitamment qu'il ne l'avait cru, on avait
trouve des papiers qui confirmaient cette ligue, et qui, a ce
qu'assure M. le cardinal dans ses memoires, compromettaient fort
Mme de Chevreuse, et par consequent la reine.

C'etait sur le cardinal que pesait toute la responsabilite, car on
n'est pas ministre absolu sans etre responsable; aussi toutes les
ressources de son vaste genie etaient-elles tendues nuit et jour,
et occupees a ecouter le moindre bruit qui s'elevait dans un des
grands royaumes de l'Europe.

Le cardinal connaissait l'activite et surtout la haine de
Buckingham; si la ligue qui menacait la France triomphait, toute
son influence etait perdue: la politique espagnole et la politique
autrichienne avaient leurs representants dans le cabinet du
Louvre, ou elles n'avaient encore que des partisans; lui
Richelieu, le ministre francais, le ministre national par
excellence, etait perdu. Le roi, qui, tout en lui obeissant comme
un enfant, le haissait comme un enfant hait son maitre,
l'abandonnait aux vengeances reunies de Monsieur et de la reine;
il etait donc perdu, et peut-etre la France avec lui. Il fallait
parer a tout cela.

Aussi vit-on les courriers, devenus a chaque instant plus
nombreux, se succeder nuit et jour dans cette petite maison du
pont de La Pierre, ou le cardinal avait etabli sa residence.

C'etaient des moines qui portaient si mal le froc, qu'il etait
facile de reconnaitre qu'ils appartenaient surtout a l'eglise
militante; des femmes un peu genees dans leurs costumes de pages,
et dont les larges trousses ne pouvaient entierement dissimuler
les formes arrondies; enfin des paysans aux mains noircies, mais a
la jambe fine, et qui sentaient l'homme de qualite a une lieue a
la ronde.

Puis encore d'autres visites moins agreables, car deux ou trois
fois le bruit se repandit que le cardinal avait failli etre
assassine.

Il est vrai que les ennemis de Son Eminence disaient que c'etait
elle-meme qui mettait en campagne les assassins maladroits, afin
d'avoir le cas echeant le droit d'user de represailles; mais il ne
faut croire ni a ce que disent les ministres, ni a ce que disent
leurs ennemis.

Ce qui n'empechait pas, au reste, le cardinal, a qui ses plus
acharnes detracteurs n'ont jamais conteste la bravoure
personnelle, de faire force courses nocturnes tantot pour
communiquer au duc d'Angouleme des ordres importants, tantot pour
aller se concerter avec le roi, tantot pour aller conferer avec
quelque messager qu'il ne voulait pas qu'on laissat entrer chez
lui.

De leur cote les mousquetaires qui n'avaient pas grand-chose a
faire au siege n'etaient pas tenus severement et menaient joyeuse
vie. Cela leur etait d'autant plus facile, a nos trois compagnons
surtout, qu'etant des amis de M. de Treville, ils obtenaient
facilement de lui de s'attarder et de rester apres la fermeture du
camp avec des permissions particulieres.

Or, un soir que d'Artagnan, qui etait de tranchee, n'avait pu les
accompagner, Athos, Porthos et Aramis, montes sur leurs chevaux de
bataille, enveloppes de manteaux de guerre, une main sur la crosse
de leurs pistolets, revenaient tous trois d'une buvette qu'Athos
avait decouverte deux jours auparavant sur la route de La Jarrie,
et qu'on appelait le Colombier-Rouge, suivant le chemin qui
conduisait au camp, tout en se tenant sur leurs gardes, comme nous
l'avons dit, de peur d'embuscade, lorsqu'a un quart de lieue a peu
pres du village de Boisnar ils crurent entendre le pas d'une
cavalcade qui venait a eux; aussitot tous trois s'arreterent,
serres l'un contre l'autre, et attendirent, tenant le milieu de la
route: au bout d'un instant, et comme la lune sortait justement
d'un nuage, ils virent apparaitre au detour d'un chemin deux
cavaliers qui, en les apercevant, s'arreterent a leur tour,
paraissant deliberer s'ils devaient continuer leur route ou
retourner en arriere. Cette hesitation donna quelques soupcons aux
trois amis, et Athos, faisant quelques pas en avant, cria de sa
voix ferme:

"Qui vive?

-- Qui vive vous-meme? repondit un de ces deux cavaliers.

-- Ce n'est pas repondre, cela! dit Athos. Qui vive? Repondez, ou
nous chargeons.

-- Prenez garde a ce que vous allez faire, messieurs! dit alors
une voix vibrante qui paraissait avoir l'habitude du commandement.

-- C'est quelque officier superieur qui fait sa ronde de nuit, dit
Athos, que voulez-vous faire, messieurs?

-- Qui etes-vous? dit la meme voix du meme ton de commandement;
repondez a votre tour, ou vous pourriez vous mal trouver de votre
desobeissance.

-- Mousquetaires du roi, dit Athos, de plus en plus convaincu que
celui qui les interrogeait en avait le droit.

-- Quelle compagnie?

-- Compagnie de Treville.

-- Avancez a l'ordre, et venez me rendre compte de ce que vous
faites ici, a cette heure."

Les trois compagnons s'avancerent, l'oreille un peu basse, car
tous trois maintenant etaient convaincus qu'ils avaient affaire a
plus fort qu'eux; on laissa, au reste, a Athos le soin de porter
la parole.

Un des deux cavaliers, celui qui avait pris la parole en second
lieu, etait a dix pas en avant de son compagnon; Athos fit signe a
Porthos et a Aramis de rester de leur cote en arriere, et s'avanca
seul.

"Pardon, mon officier! dit Athos; mais nous ignorions a qui nous
avions affaire, et vous pouvez voir que nous faisions bonne garde.

-- Votre nom? dit l'officier, qui se couvrait une partie du visage
avec son manteau.

-- Mais vous-meme, monsieur, dit Athos qui commencait a se
revolter contre cette inquisition; donnez-moi, je vous prie, la
preuve que vous avez le droit de m'interroger.

-- Votre nom? reprit une seconde fois le cavalier en laissant
tomber son manteau de maniere a avoir le visage decouvert.

-- Monsieur le cardinal! s'ecria le mousquetaire stupefait.

-- Votre nom? reprit pour la troisieme fois Son Eminence.

-- Athos", dit le mousquetaire.

Le cardinal fit un signe a l'ecuyer, qui se rapprocha.

"Ces trois mousquetaires nous suivront, dit-il a voix basse, je ne
veux pas qu'on sache que je suis sorti du camp, et, en nous
suivant, nous serons surs qu'ils ne le diront a personne.

-- Nous sommes gentilshommes, Monseigneur, dit Athos; demandez-
nous donc notre parole et ne vous inquietez de rien. Dieu merci,
nous savons garder un secret."

Le cardinal fixa ses yeux percants sur ce hardi interlocuteur.

"Vous avez l'oreille fine, monsieur Athos, dit le cardinal; mais
maintenant, ecoutez ceci: ce n'est point par defiance que je vous
prie de me suivre, c'est pour ma surete: sans doute vos deux
compagnons sont MM. Porthos et Aramis?

-- Oui, Votre Eminence, dit Athos, tandis que les deux
mousquetaires restes en arriere s'approchaient, le chapeau a la
main.

-- Je vous connais, messieurs, dit le cardinal, je vous connais:
je sais que vous n'etes pas tout a fait de mes amis, et j'en suis
fache, mais je sais que vous etes de braves et loyaux
gentilshommes, et qu'on peut se fier a vous. Monsieur Athos,
faites-moi donc l'honneur de m'accompagner, vous et vos deux amis,
et alors j'aurai une escorte a faire envie a Sa Majeste, si nous
la rencontrons."

Les trois mousquetaires s'inclinerent jusque sur le cou de leurs
chevaux.

"Eh bien, sur mon honneur, dit Athos, Votre Eminence a raison de
nous emmener avec elle: nous avons rencontre sur la route des
visages affreux, et nous avons meme eu avec quatre de ces visages
une querelle au Colombier-Rouge.

-- Une querelle, et pourquoi, messieurs? dit le cardinal, je
n'aime pas les querelleurs, vous le savez!

-- C'est justement pour cela que j'ai l'honneur de prevenir Votre
Eminence de ce qui vient d'arriver; car elle pourrait l'apprendre
par d'autres que par nous, et, sur un faux rapport, croire que
nous sommes en faute.

-- Et quels ont ete les resultats de cette querelle? demanda le
cardinal en froncant le sourcil.

-- Mais mon ami Aramis, que voici, a recu un petit coup d'epee
dans le bras, ce qui ne l'empechera pas, comme Votre Eminence peut
le voir, de monter a l'assaut demain, si Votre Eminence ordonne
l'escalade.

-- Mais vous n'etes pas hommes a vous laisser donner des coups
d'epee ainsi, dit le cardinal: voyons, soyez francs, messieurs,
vous en avez bien rendu quelques-uns; confessez-vous, vous savez
que j'ai le droit de donner l'absolution.

-- Moi, Monseigneur, dit Athos, je n'ai pas meme mis l'epee a la
main, mais j'ai pris celui a qui j'avais affaire a bras-le-corps
et je l'ai jete par la fenetre; il parait qu'en tombant, continua
Athos avec quelque hesitation, il s'est casse la cuisse.

-- Ah! ah! fit le cardinal; et vous, monsieur Porthos?

-- Moi, Monseigneur, sachant que le duel est defendu, j'ai saisi
un banc, et j'en ai donne a l'un de ces brigands un coup qui, je
crois, lui a brise l'epaule.

-- Bien, dit le cardinal; et vous, monsieur Aramis?

-- Moi, Monseigneur, comme je suis d'un naturel tres doux et que,
d'ailleurs, ce que Monseigneur ne sait peut-etre pas, je suis sur
le point de rentrer dans les ordres, je voulais separer mes
camarades, quand un de ces miserables m'a donne traitreusement un
coup d'epee a travers le bras gauche: alors la patience m'a
manque, j'ai tire mon epee a mon tour, et comme il revenait a la
charge, je crois avoir senti qu'en se jetant sur moi il se l'etait
passee au travers du corps: je sais bien qu'il est tombe
seulement, et il m'a semble qu'on l'emportait avec ses deux
compagnons.

-- Diable, messieurs! dit le cardinal, trois hommes hors de combat
pour une dispute de cabaret, vous n'y allez pas de main morte; et
a propos de quoi etait venue la querelle?

-- Ces miserables etaient ivres, dit Athos, et sachant qu'il y
avait une femme qui etait arrivee le soir dans le cabaret, ils
voulaient forcer la porte.

-- Forcer la porte! dit le cardinal, et pour quoi faire?

-- Pour lui faire violence sans doute, dit Athos; j'ai eu
l'honneur de dire a Votre Eminence que ces miserables etaient
ivres.

-- Et cette femme etait jeune et jolie? demanda le cardinal avec
une certaine inquietude.

-- Nous ne l'avons pas vue, Monseigneur, dit Athos.

-- Vous ne l'avez pas vue; ah! tres bien, reprit vivement le
cardinal; vous avez bien fait de defendre l'honneur d'une femme,
et, comme c'est a l'auberge du Colombier-Rouge que je vais moi-
meme, je saurai si vous m'avez dit la verite.

-- Monseigneur, dit fierement Athos, nous sommes gentilshommes, et
pour sauver notre tete, nous ne ferions pas un mensonge.

-- Aussi je ne doute pas de ce que vous me dites, monsieur Athos,
je n'en doute pas un seul instant; mais, ajouta-t-il pour changer
la conversation, cette dame etait donc seule?

-- Cette dame avait un cavalier enferme avec elle, dit Athos;
mais, comme malgre le bruit ce cavalier ne s'est pas montre, il
est a presumer que c'est un lache.

-- Ne jugez pas temerairement, dit l'evangile", repliqua le
cardinal.

Athos s'inclina.

"Et maintenant, messieurs, c'est bien, continua Son Eminence, je
sais ce que je voulais savoir; suivez-moi."

Les trois mousquetaires passerent derriere le cardinal, qui
s'enveloppa de nouveau le visage de son manteau et remit son
cheval en marche, se tenant a huit ou dix pas en avant de ses
quatre compagnons.

On arriva bientot a l'auberge silencieuse et solitaire; sans doute
l'hote savait quel illustre visiteur il attendait, et en
consequence il avait renvoye les importuns.

Dix pas avant d'arriver a la porte, le cardinal fit signe a son
ecuyer et aux trois mousquetaires de faire halte, un cheval tout
selle etait attache au contrevent, le cardinal frappa trois coups
et de certaine facon.

Un homme enveloppe d'un manteau sortit aussitot et echangea
quelques rapides paroles avec le cardinal; apres quoi il remonta a
cheval et repartit dans la direction de Surgeres, qui etait aussi
celle de Paris.

"Avancez, messieurs, dit le cardinal.

-- Vous m'avez dit la verite, mes gentilshommes, dit-il en
s'adressant aux trois mousquetaires, il ne tiendra pas a moi que
notre rencontre de ce soir ne vous soit avantageuse; en attendant,
suivez-moi."

Le cardinal mit pied a terre, les trois mousquetaires en firent
autant; le cardinal jeta la bride de son cheval aux mains de son
ecuyer, les trois mousquetaires attacherent les brides des leurs
aux contrevents.

L'hote se tenait sur le seuil de la porte; pour lui, le cardinal
n'etait qu'un officier venant visiter une dame.

"Avez-vous quelque chambre au rez-de-chaussee ou ces messieurs
puissent m'attendre pres d'un bon feu?" dit le cardinal.

L'hote ouvrit la porte d'une grande salle, dans laquelle justement
on venait de remplacer un mauvais poele par une grande et
excellente cheminee.

"J'ai celle-ci, repondit-il.

-- C'est bien, dit le cardinal; entrez la, messieurs, et veuillez
m'attendre; je ne serai pas plus d'une demi-heure."

Et tandis que les trois mousquetaires entraient dans la chambre du
rez-de-chaussee, le cardinal, sans demander plus amples
renseignements, monta l'escalier en homme qui n'a pas besoin qu'on
lui indique son chemin.


CHAPITRE XLIV
DE L'UTILITE DES TUYAUX DE POELE

Il etait evident que, sans s'en douter, et mus seulement par leur
caractere chevaleresque et aventureux, nos trois amis venaient de
rendre service a quelqu'un que le cardinal honorait de sa
protection particuliere.

Maintenant quel etait ce quelqu'un? C'est la question que se
firent d'abord les trois mousquetaires; puis, voyant qu'aucune des
reponses que pouvait leur faire leur intelligence n'etait
satisfaisante, Porthos appela l'hote et demanda des des.

Porthos et Aramis se placerent a une table et se mirent a jouer.
Athos se promena en reflechissant.

En reflechissant et en se promenant, Athos passait et repassait
devant le tuyau du poele rompu par la moitie et dont l'autre
extremite donnait dans la chambre superieure, et a chaque fois
qu'il passait et repassait, il entendait un murmure de paroles qui
finit par fixer son attention. Athos s'approcha, et il distingua
quelques mots qui lui parurent sans doute meriter un si grand
interet qu'il fit signe a ses compagnons de se taire, restant lui-
meme courbe l'oreille tendue a la hauteur de l'orifice inferieur.

"Ecoutez, Milady, disait le cardinal, l'affaire est importante:
asseyez-vous la et causons.

-- Milady! murmura Athos.

-- J'ecoute Votre Eminence avec la plus grande attention, repondit
une voix de femme qui fit tressaillir le mousquetaire.

-- Un petit batiment avec equipage anglais, dont le capitaine est
a moi, vous attend a l'embouchure de la Charente, au fort de La
Pointe; il mettra a la voile demain matin.

-- Il faut alors que je m'y rende cette nuit?

-- A l'instant meme, c'est-a-dire lorsque vous aurez recu mes
instructions. Deux hommes que vous trouverez a la porte en sortant
vous serviront d'escorte; vous me laisserez sortir le premier,
puis une demi-heure apres moi, vous sortirez a votre tour.

-- Oui, Monseigneur. Maintenant revenons a la mission dont vous
voulez bien me charger; et comme je tiens a continuer de meriter
la confiance de Votre Eminence, daignez me l'exposer en termes
clairs et precis, afin que je ne commette aucune erreur."

Il y eut un instant de profond silence entre les deux
interlocuteurs; il etait evident que le cardinal mesurait d'avance
les termes dans lesquels il allait parler, et que Milady
recueillait toutes ses facultes intellectuelles pour comprendre
les choses qu'il allait dire et les graver dans sa memoire quand
elles seraient dites.

Athos profita de ce moment pour dire a ses deux compagnons de
fermer la porte en dedans et pour leur faire signe de venir
ecouter avec lui.

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