Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

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-- Je n'ai pas de lendemain pour attendre.

-- Silence; j'entends mon frere: il est inutile qu'il vous trouve
ici."

Elle sonna; Ketty parut.

"Sortez par cette porte, dit-elle en poussant une petit porte
derobee, et revenez a onze heures; nous acheverons cet entretien:
Ketty vous introduira chez moi."

La pauvre enfant pensa tomber a la renverse en entendant ces
paroles.

"Eh bien, que faites-vous, mademoiselle, a demeurer immobile comme
une statue? Allons, reconduisez le chevalier; et ce soir, a onze
heures, vous avez entendu!"

"Il parait que ses rendez-vous sont a onze heures, pensa
d'Artagnan: c'est une habitude prise."

Milady lui tendit une main qu'il baisa tendrement.

"Voyons, dit-il en se retirant et en repondant a peine aux
reproches de Ketty, voyons, ne soyons pas un sot; decidement cette
femme est une grande scelerate: prenons garde."


CHAPITRE XXXVII
LE SECRET DE MILADY

D'Artagnan etait sorti de l'hotel au lieu de monter tout de suite
chez Ketty, malgre les instances que lui avait faites la jeune
fille, et cela pour deux raisons: la premiere parce que de cette
facon il evitait les reproches, les recriminations, les prieres;
la seconde, parce qu'il n'etait pas fache de lire un peu dans sa
pensee, et, s'il etait possible, dans celle de cette femme.

Tout ce qu'il y avait de plus clair la-dedans, c'est que
d'Artagnan aimait Milady comme un fou et qu'elle ne l'aimait pas
le moins du monde. Un instant d'Artagnan comprit que ce qu'il
aurait de mieux a faire serait de rentrer chez lui et d'ecrire a
Milady une longue lettre dans laquelle il lui avouerait que lui et
de Wardes etaient jusqu'a present absolument le meme, que par
consequent il ne pouvait s'engager, sous peine de suicide, a tuer
de Wardes. Mais lui aussi etait eperonne d'un feroce desir de
vengeance; il voulait posseder a son tour cette femme sous son
propre nom; et comme cette vengeance lui paraissait avoir une
certaine douceur, il ne voulait point y renoncer.

Il fit cinq ou six fois le tour de la place Royale, se retournant
de dix pas en dix pas pour regarder la lumiere de l'appartement de
Milady, qu'on apercevait a travers les jalousies; il etait evident
que cette fois la jeune femme etait moins pressee que la premiere
de rentrer dans sa chambre.

Enfin la lumiere disparut.

Avec cette lueur s'eteignit la derniere irresolution dans le coeur
de d'Artagnan; il se rappela les details de la premiere nuit, et,
le coeur bondissant, la tete en feu, il rentra dans l'hotel et se
precipita dans la chambre de Ketty.

La jeune fille, pale comme la mort, tremblant de tous ses membres,
voulut arreter son amant; mais Milady, l'oreille au guet, avait
entendu le bruit qu'avait fait d'Artagnan: elle ouvrit la porte.

"Venez", dit-elle.

Tout cela etait d'une si incroyable imprudence, d'une si
monstrueuse effronterie, qu'a peine si d'Artagnan pouvait croire a
ce qu'il voyait et a ce qu'il entendait. Il croyait etre entraine
dans quelqu'une de ces intrigues fantastiques comme on en
accomplit en reve.

Il ne s'elanca pas moins vers Milady, cedant a cette attraction
que l'aimant exerce sur le fer. La porte se referma derriere eux.

Ketty s'elanca a son tour contre la porte.

La jalousie, la fureur, l'orgueil offense, toutes les passions
enfin qui se disputent le coeur d'une femme amoureuse la
poussaient a une revelation; mais elle etait perdue si elle
avouait avoir donne les mains a une pareille machination; et, par-
dessus tout, d'Artagnan etait perdu pour elle. Cette derniere
pensee d'amour lui conseilla encore ce dernier sacrifice.

D'Artagnan, de son cote, etait arrive au comble de tous ses voeux:
ce n'etait plus un rival qu'on aimait en lui, c'etait lui-meme
qu'on avait l'air d'aimer. Une voix secrete lui disait bien au
fond du coeur qu'il n'etait qu'un instrument de vengeance que l'on
caressait en attendant qu'il donnat la mort, mais l'orgueil, mais
l'amour-propre, mais la folie faisaient taire cette voix,
etouffaient ce murmure. Puis notre Gascon, avec la dose de
confiance que nous lui connaissons, se comparait a de Wardes et se
demandait pourquoi, au bout du compte, on ne l'aimerait pas, lui
aussi, pour lui-meme.

Il s'abandonna donc tout entier aux sensations du moment. Milady
ne fut plus pour lui cette femme aux intentions fatales qui
l'avait un instant epouvante, ce fut une maitresse ardente et
passionnee s'abandonnant tout entiere a un amour qu'elle semblait
eprouver elle-meme. Deux heures a peu pres s'ecoulerent ainsi.

Cependant les transports des deux amants se calmerent; Milady, qui
n'avait point les memes motifs que d'Artagnan pour oublier, revint
la premiere a la realite et demanda au jeune homme si les mesures
qui devaient amener le lendemain entre lui et de Wardes une
rencontre etaient bien arretees d'avance dans son esprit.

Mais d'Artagnan, dont les idees avaient pris un tout autre cours,
s'oublia comme un sot et repondit galamment qu'il etait bien tard
pour s'occuper de duels a coups d'epee.

Cette froideur pour les seuls interets qui l'occupassent effraya
Milady, dont les questions devinrent plus pressantes.

Alors d'Artagnan, qui n'avait jamais serieusement pense a ce duel
impossible, voulut detourner la conversation, mais il n'etait plus
de force.

Milady le contint dans les limites qu'elle avait tracees d'avance
avec son esprit irresistible et sa volonte de fer.

D'Artagnan se crut fort spirituel en conseillant a Milady de
renoncer, en pardonnant a de Wardes, aux projets furieux qu'elle
avait formes.

Mais aux premiers mots qu'il dit, la jeune femme tressaillit et
s'eloigna.

"Auriez-vous peur, cher d'Artagnan? dit-elle d'une voix aigue et
railleuse qui resonna etrangement dans l'obscurite.

-- Vous ne le pensez pas, chere ame! repondit d'Artagnan; mais
enfin, si ce pauvre comte de Wardes etait moins coupable que vous
ne le pensez?

-- En tout cas dit gravement Milady, il m'a trompee, et du moment
ou il m'a trompee il a merite la mort.

-- Il mourra donc, puisque vous le condamnez!" dit d'Artagnan d'un
ton si ferme, qu'il parut a Milady l'expression d'un devouement a
toute epreuve.

Aussitot elle se rapprocha de lui.

Nous ne pourrions dire le temps que dura la nuit pour Milady; mais
d'Artagnan croyait etre pres d'elle depuis deux heures a peine
lorsque le jour parut aux fentes des jalousies et bientot envahit
la chambre de sa lueur blafarde.

Alors Milady, voyant que d'Artagnan allait la quitter, lui rappela
la promesse qu'il lui avait faite de la venger de de Wardes.

"Je suis tout pret, dit d'Artagnan, mais auparavant je voudrais
etre certain d'une chose.

-- De laquelle? demanda Milady.

-- C'est que vous m'aimez.

-- Je vous en ai donne la preuve, ce me semble.

-- Oui, aussi je suis a vous corps et ame.

-- Merci, mon brave amant! mais de meme que je vous ai prouve mon
amour, vous me prouverez le votre a votre tour, n'est-ce pas?

-- Certainement. Mais si vous m'aimez comme vous me le dites,
reprit d'Artagnan, ne craignez-vous pas un peu pour moi?

-- Que puis-je craindre?

-- Mais enfin, que je sois blesse dangereusement, tue meme.

-- Impossible, dit Milady, vous etes un homme si vaillant et une
si fine epee.

-- Vous ne prefereriez donc point, reprit d'Artagnan, un moyen qui
vous vengerait de meme tout en rendant inutile le combat."

Milady regarda son amant en silence: cette lueur blafarde des
premiers rayons du jour donnait a ses yeux clairs une expression
etrangement funeste.

"Vraiment, dit-elle, je crois que voila que vous hesitez
maintenant.

-- Non, je n'hesite pas; mais c'est que ce pauvre comte de Wardes
me fait vraiment peine depuis que vous ne l'aimez plus, et il me
semble qu'un homme doit etre si cruellement puni par la perte
seule de votre amour, qu'il n'a pas besoin d'autre chatiment:

-- Qui vous dit que je l'aie aime? demanda Milady.

-- Au moins puis-je croire maintenant sans trop de fatuite que
vous en aimez un autre, dit le jeune homme d'un ton caressant, et
je vous le repete, je m'interesse au comte.

-- Vous? demanda Milady.

-- Oui moi.

-- Et pourquoi vous?

-- Parce que seul je sais...

-- Quoi?

-- Qu'il est loin d'etre ou plutot d'avoir ete aussi coupable
envers vous qu'il le parait.

-- En verite! dit Milady d'un air inquiet; expliquez-vous, car je
ne sais vraiment ce que vous voulez dire."

Et elle regardait d'Artagnan, qui la tenait embrassee avec des
yeux qui semblaient s'enflammer peu a peu.

"Oui, je suis galant homme, moi! dit d'Artagnan decide a en finir;
et depuis que votre amour est a moi, que je suis bien sur de le
posseder, car je le possede, n'est-ce pas?...

-- Tout entier, continuez.

-- Eh bien, je me sens comme transporte, un aveu me pese.

-- Un aveu?

-- Si j'eusse doute de votre amour je ne l'eusse pas fait; mais
vous m'aimez, ma belle maitresse? n'est-ce pas, vous m'aimez?

-- Sans doute.

-- Alors si par exces d'amour je me suis rendu coupable envers
vous, vous me pardonnerez?

-- Peut-etre!"

D'Artagnan essaya, avec le plus doux sourire qu'il put prendre, de
rapprocher ses levres des levres de Milady, mais celle-ci
l'ecarta.

"Cet aveu, dit-elle en palissant, quel est cet aveu?

-- Vous aviez donne rendez-vous a de Wardes, jeudi dernier, dans
cette meme chambre, n'est-ce pas?

-- Moi, non! cela n'est pas, dit Milady d'un ton de voix si ferme
et d'un visage si impassible, que si d'Artagnan n'eut pas eu une
certitude si parfaite, il eut doute.

-- Ne mentez pas, mon bel ange, dit d'Artagnan en souriant, ce
serait inutile.

-- Comment cela? parlez donc! vous me faites mourir!

-- Oh! rassurez-vous, vous n'etes point coupable envers moi, et je
vous ai deja pardonne!

-- Apres, apres?

-- De Wardes ne peut se glorifier de rien.

-- Pourquoi? Vous m'avez dit vous-meme que cette bague...

-- Cette bague, mon amour, c'est moi qui l'ai. Le comte de Wardes
de jeudi et le d'Artagnan d'aujourd'hui sont la meme personne."

L'imprudent s'attendait a une surprise melee de pudeur, a un petit
orage qui se resoudrait en larmes; mais il se trompait
etrangement, et son erreur ne fut pas longue.

Pale et terrible, Milady se redressa, et, repoussant d'Artagnan
d'un violent coup dans la poitrine, elle s'elanca hors du lit.

Il faisait alors presque grand jour.

D'Artagnan la retint par son peignoir de fine toile des Indes pour
implorer son pardon; mais elle, d'un mouvement puissant et resolu,
elle essaya de fuir. Alors la batiste se dechira en laissant a nu
les epaules et sur l'une de ces belles epaules rondes et blanches,
d'Artagnan avec un saisissement inexprimable, reconnut la fleur de
lis, cette marque indelebile qu'imprime la main infamante du
bourreau.

"Grand Dieu!" s'ecria d'Artagnan en lachant le peignoir.

Et il demeura muet, immobile et glace sur le lit.

Mais Milady se sentait denoncee par l'effroi meme de d'Artagnan.
Sans doute il avait tout vu: le jeune homme maintenant savait son
secret, secret terrible, que tout le monde ignorait, excepte lui.

Elle se retourna, non plus comme une femme furieuse mais comme une
panthere blessee.

"Ah! miserable, dit-elle, tu m'as lachement trahie, et de plus tu
as mon secret! Tu mourras!"

Et elle courut a un coffret de marqueterie pose sur la toilette,
l'ouvrit d'une main fievreuse et tremblante, en tira un petit
poignard a manche d'or, a la lame aigue et mince et revint d'un
bond sur d'Artagnan a demi nu.

Quoique le jeune homme fut brave, on le sait, il fut epouvante de
cette figure bouleversee, de ces pupilles dilatees horriblement,
de ces joues pales et de ces levres sanglantes; il recula jusqu'a
la ruelle, comme il eut fait a l'approche d'un serpent qui eut
rampe vers lui, et son epee se rencontrant sous sa main souillee
de sueur, il la tira du fourreau.

Mais sans s'inquieter de l'epee, Milady essaya de remonter sur le
lit pour le frapper, et elle ne s'arreta que lorsqu'elle sentit la
pointe aigue sur sa gorge.

Alors elle essaya de saisir cette epee avec les mains mais
d'Artagnan l'ecarta toujours de ses etreintes et, la lui
presentant tantot aux yeux, tantot a la poitrine, il se laissa
glisser a bas du lit, cherchant pour faire retraite la porte qui
conduisait chez Ketty.

Milady, pendant ce temps, se ruait sur lui avec d'horribles
transports, rugissant d'une facon formidable.

Cependant cela ressemblait a un duel, aussi d'Artagnan se
remettait petit a petit.

"Bien, belle dame, bien! disait-il, mais, de par Dieu, calmez-
vous, ou je vous dessine une seconde fleur de lis sur l'autre
epaule.

-- Infame! infame!" hurlait Milady.

Mais d'Artagnan, cherchant toujours la porte, se tenait sur la
defensive.

Au bruit qu'ils faisaient, elle renversant les meubles pour aller
a lui, lui s'abritant derriere les meubles pour se garantir
d'elle, Ketty ouvrit la porte. D'Artagnan, qui avait sans cesse
manoeuvre pour se rapprocher de cette porte, n'en etait plus qu'a
trois pas. D'un seul elan il s'elanca de la chambre de Milady dans
celle de la suivante, et, rapide comme l'eclair, il referma la
porte, contre laquelle il s'appuya de tout son poids tandis que
Ketty poussait les verrous.

Alors Milady essaya de renverser l'arc-boutant qui l'enfermait
dans sa chambre, avec des forces bien au-dessus de celles d'une
femme; puis, lorsqu'elle sentit que c'etait chose impossible, elle
cribla la porte de coups de poignard, dont quelques-uns
traverserent l'epaisseur du bois.

Chaque coup etait accompagne d'une imprecation terrible.

"Vite, vite, Ketty, dit d'Artagnan a demi-voix lorsque les verrous
furent mis, fais-moi sortir de l'hotel, ou si nous lui laissons le
temps de se retourner, elle me fera tuer par les laquais.

-- Mais vous ne pouvez pas sortir ainsi, dit Ketty, vous etes tout
nu.

-- C'est vrai, dit d'Artagnan, qui s'apercut alors seulement du
costume dans lequel il se trouvait, c'est vrai; habille-moi comme
tu pourras, mais hatons-nous; comprends-tu, il y va de la vie et
de la mort!"

Ketty ne comprenait que trop; en un tour de main elle l'affubla
d'une robe a fleurs, d'une large coiffe et d'un mantelet; elle lui
donna des pantoufles, dans lesquelles il passa ses pieds nus, puis
elle l'entraina par les degres. Il etait temps, Milady avait deja
sonne et reveille tout l'hotel. Le portier tira le cordon a la
voix de Ketty au moment meme ou Milady, a demi nue de son cote,
criait par la fenetre:

"N'ouvrez pas!"


CHAPITRE XXXVIII
COMMENT, SANS SE DERANGER, ATHOS TROUVA SON EQUIPEMENT

Le jeune homme s'enfuit tandis qu'elle le menacait encore d'un
geste impuissant. Au moment ou elle le perdit de vue, Milady tomba
evanouie dans sa chambre.

D'Artagnan etait tellement bouleverse, que, sans s'inquieter de ce
que deviendrait Ketty, il traversa la moitie de Paris tout en
courant, et ne s'arreta que devant la porte d'Athos. L'egarement
de son esprit, la terreur qui l'eperonnait, les cris de quelques
patrouilles qui se mirent a sa poursuite, et les huees de quelques
passants qui, malgre l'heure peu avancee, se rendaient a leurs
affaires, ne firent que precipiter sa course.

Il traversa la cour, monta les deux etages d'Athos et frappa a la
porte a tout rompre.

Grimaud vint ouvrir les yeux bouffis de sommeil. D'Artagnan
s'elanca avec tant de force dans l'antichambre qu'il faillit le
culbuter en entrant.

Malgre le mutisme habituel du pauvre garcon, cette fois la parole
lui revint.

"He, la, la! s'ecria-t-il, que voulez-vous, coureuse? que
demandez-vous, drolesse?"

D'Artagnan releva ses coiffes et degagea ses mains de dessous son
mantelet; a la vue de ses moustaches et de son epee nue, le pauvre
diable s'apercut qu'il avait affaire a un homme.

Il crut alors que c'etait quelque assassin.

"Au secours! a l'aide! au secours! s'ecria-t-il.

-- Tais-toi, malheureux! dit le jeune homme, je suis d'Artagnan,
ne me reconnais-tu pas? Ou est ton maitre?

-- Vous, monsieur d'Artagnan! s'ecria Grimaud epouvante.
Impossible.

-- Grimaud, dit Athos sortant de son appartement en robe de
chambre, je crois que vous vous permettez de parler.

-- Ah! monsieur! c'est que...

-- Silence."

Grimaud se contenta de montrer du doigt d'Artagnan a son maitre.

Athos reconnut son camarade, et, tout flegmatique qu'il etait, il
partit d'un eclat de rire que motivait bien la mascarade etrange
qu'il avait sous les yeux: coiffes de travers, jupes tombantes sur
les souliers; manches retroussees et moustaches raides d'emotion.

"Ne riez pas, mon ami, s'ecria d'Artagnan; de par le Ciel ne riez
pas, car, sur mon ame, je vous le dis, il n'y a point de quoi
rire."

Et il prononca ces mots d'un air si solennel et avec une epouvante
si vraie qu'Athos lui prit aussitot les mains en s'ecriant:

"Seriez-vous blesse, mon ami? vous etes bien pale!

-- Non, mais il vient de m'arriver un terrible evenement. Etes-
vous seul, Athos?

-- Pardieu! qui voulez-vous donc qui soit chez moi a cette heure?

-- Bien, bien."

Et d'Artagnan se precipita dans la chambre d'Athos.

"He, parlez! dit celui-ci en refermant la porte et en poussant les
verrous pour n'etre pas deranges. Le roi est-il mort? avez-vous
tue M. le cardinal? vous etes tout renverse; voyons, voyons,
dites, car je meurs veritablement d'inquietude.

-- Athos, dit d'Artagnan se debarrassant de ses vetements de femme
et apparaissant en chemise, preparez-vous a entendre une histoire
incroyable, inouie.

-- Prenez d'abord cette robe de chambre", dit le mousquetaire a
son ami.

D'Artagnan passa la robe de chambre, prenant une manche pour une
autre tant il etait encore emu.

"Eh bien? dit Athos.

-- Eh bien, repondit d'Artagnan en se courbant vers l'oreille
d'Athos et en baissant la voix, Milady est marquee d'une fleur de
lis a l'epaule.

-- Ah! cria le mousquetaire comme s'il eut recu une balle dans le
coeur.

-- Voyons, dit d'Artagnan, etes-vous sur que l'autre soit bien
morte?

-- L'autre? dit Athos d'une voix si sourde, qu'a peine si
d'Artagnan l'entendit.

-- Oui, celle dont vous m'avez parle un jour a Amiens."

Athos poussa un gemissement et laissa tomber sa tete dans ses
mains.

"Celle-ci, continua d'Artagnan, est une femme de vingt-six a
vingt-huit ans.

-- Blonde, dit Athos, n'est-ce pas?

-- Oui.

-- Des yeux clairs, d'une clarte etrange, avec des cils et
sourcils noirs?

-- Oui.

-- Grande, bien faite? Il lui manque une dent pres de l'oeillere
gauche.

-- Oui.

-- La fleur de lis est petite, rousse de couleur et comme effacee
par les couches de pate qu'on y applique.

-- Oui.

-- Cependant vous dites qu'elle est anglaise!

-- On l'appelle Milady, mais elle peut etre francaise. Malgre
cela, Lord de Winter n'est que son beau-frere.

-- Je veux la voir, d'Artagnan.

-- Prenez garde, Athos, prenez garde; vous avez voulu la tuer,
elle est femme a vous rendre la pareille et a ne pas vous manquer.

-- Elle n'osera rien dire, car ce serait se denoncer elle-meme.

-- Elle est capable de tout! L'avez-vous jamais vue furieuse?

-- Non, dit Athos.

-- Une tigresse, une panthere! Ah! mon cher Athos! j'ai bien peur
d'avoir attire sur nous deux une vengeance terrible!"

D'Artagnan raconta tout alors: la colere insensee de Milady et ses
menaces de mort.

"Vous avez raison, et, sur mon ame, je donnerais ma vie pour un
cheveu, dit Athos. Heureusement, c'est apres-demain que nous
quittons Paris; nous allons, selon toute probabilite, a La
Rochelle, et une fois partis...

-- Elle vous suivra jusqu'au bout du monde, Athos, si elle vous
reconnait; laissez donc sa haine s'exercer sur moi seul.

-- Ah! mon cher! que m'importe qu'elle me tue! dit Athos; est-ce
que par hasard vous croyez que je tiens a la vie?

-- Il y a quelque horrible mystere sous tout cela, Athos! cette
femme est l'espion du cardinal, j'en suis sur!

-- En ce cas, prenez garde a vous. Si le cardinal ne vous a pas
dans une haute admiration pour l'affaire de Londres, il vous a en
grande haine; mais comme, au bout du compte, il ne peut rien vous
reprocher ostensiblement, et qu'il faut que haine se satisfasse,
surtout quand c'est une haine de cardinal, prenez garde a vous! Si
vous sortez, ne sortez pas seul; si vous mangez, prenez vos
precautions: mefiez-vous de tout enfin, meme de votre ombre.

-- Heureusement, dit d'Artagnan, qu'il s'agit seulement d'aller
jusqu'a apres-demain soir sans encombre, car une fois a l'armee
nous n'aurons plus, je l'espere, que des hommes a craindre.

-- En attendant, dit Athos, je renonce a mes projets de reclusion,
et je vais partout avec vous: il faut que vous retourniez rue des
Fossoyeurs, je vous accompagne.

-- Mais si pres que ce soit d'ici, reprit d'Artagnan, je ne puis y
retourner comme cela.

-- C'est juste", dit Athos. Et il tira la sonnette.

Grimaud entra.

Athos lui fit signe d'aller chez d'Artagnan, et d'en rapporter des
habits.

Grimaud repondit par un autre signe qu'il comprenait parfaitement
et partit.

"Ah ca! mais voila qui ne nous avance pas pour l'equipement cher
ami, dit Athos; car, si je ne m'abuse, vous avez laisse toute
votre defroque chez Milady, qui n'aura sans doute pas l'attention
de vous la retourner. Heureusement que vous avez le saphir.

-- Le saphir est a vous, mon cher Athos! ne m'avez-vous pas dit
que c'etait une bague de famille?

-- Oui, mon pere l'acheta deux mille ecus, a ce qu'il me dit
autrefois; il faisait partie des cadeaux de noces qu'il fit a ma
mere; et il est magnifique. Ma mere me le donna, et moi, fou que
j'etais, plutot que de garder cette bague comme une relique
sainte, je la donnai a mon tour a cette miserable.

-- Alors, mon cher, reprenez cette bague, a laquelle je comprends
que vous devez tenir.

-- Moi, reprendre cette bague, apres qu'elle a passe par les mains
de l'infame! jamais: cette bague est souillee, d'Artagnan.

-- Vendez-la donc.

-- Vendre un diamant qui vient de ma mere! je vous avoue que je
regarderais cela comme une profanation.

-- Alors engagez-la, on vous pretera bien dessus un millier
d'ecus. Avec cette somme vous serez au-dessus de vos affaires,
puis, au premier argent qui vous rentrera, vous la degagerez, et
vous la reprendrez lavee de ses anciennes taches, car elle aura
passe par les mains des usuriers."

Athos sourit.

"Vous etes un charmant compagnon, dit-il, mon cher d'Artagnan;
vous relevez par votre eternelle gaiete les pauvres esprits dans
l'affliction. Eh bien, oui, engageons cette bague, mais a une
condition!

-- Laquelle?

-- C'est qu'il y aura cinq cents ecus pour vous et cinq cents ecus
pour moi.

-- Y songez-vous, Athos? je n'ai pas besoin du quart de cette
somme, moi qui suis dans les gardes, et en vendant ma selle je me
la procurerai. Que me faut-il? Un cheval pour Planchet, voila
tout. Puis vous oubliez que j'ai une bague aussi.

-- A laquelle vous tenez encore plus, ce me semble, que je ne
tiens, moi, a la mienne; du moins j'ai cru m'en apercevoir.

-- Oui, car dans une circonstance extreme elle peut nous tirer non
seulement de quelque grand embarras mais encore de quelque grand
danger; c'est non seulement un diamant precieux, mais c'est encore
un talisman enchante.

Je ne vous comprends pas, mais je crois a ce que vous me dites.
Revenons donc a ma bague, ou plutot a la votre, vous toucherez la
moitie de la somme qu'on nous donnera sur elle ou je la jette dans
la Seine, et je doute que, comme a Polycrate, quelque poisson soit
assez complaisant pour nous la rapporter.

-- Eh bien, donc, j'accepte!" dit d'Artagnan.

En ce moment Grimaud rentra accompagne de Planchet; celui-ci,
inquiet de son maitre et curieux de savoir ce qui lui etait
arrive, avait profite de la circonstance et apportait les habits
lui-meme.

D'Artagnan s'habilla, Athos en fit autant: puis quand tous deux
furent prets a sortir, ce dernier fit a Grimaud le signe d'un
homme qui met en joue; celui-ci decrocha aussitot son mousqueton
et s'appreta a accompagner son maitre.

Athos et d'Artagnan suivis de leurs valets arriverent sans
incident a la rue des Fossoyeurs. Bonacieux etait sur la porte, il
regarda d'Artagnan d'un air goguenard.

"Eh, mon cher locataire! dit-il, hatez-vous donc, vous avez une
belle jeune fille qui vous attend chez vous, et les femmes, vous
le savez, n'aiment pas qu'on les fasse attendre!

-- C'est Ketty!" s'ecria d'Artagnan.

Et il s'elanca dans l'allee.

Effectivement, sur le carre conduisant a sa chambre, et tapie
contre sa porte, il trouva la pauvre enfant toute tremblante. Des
qu'elle l'apercut:

"Vous m'avez promis votre protection, vous m'avez promis de me
sauver de sa colere, dit-elle; souvenez-vous que c'est vous qui
m'avez perdue!

-- Oui, sans doute, dit d'Artagnan, sois tranquille, Ketty. Mais
qu'est-il arrive apres mon depart?

-- Le sais-je? dit Ketty. Aux cris qu'elle a pousses les laquais
sont accourus elle etait folle de colere; tout ce qu'il existe
d'imprecations elle les a vomies contre vous. Alors j'ai pense
qu'elle se rappellerait que c'etait par ma chambre que vous aviez
penetre dans la sienne, et qu'alors elle songerait que j'etais
votre complice; j'ai pris le peu d'argent que j'avais, mes hardes
les plus precieuses, et je me suis sauvee.

-- Pauvre enfant! Mais que vais-je faire de toi? Je pars apres-
demain.

-- Tout ce que vous voudrez, Monsieur le chevalier, faites-moi
quitter Paris, faites-moi quitter la France.

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