Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

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Quant a la cause qui avait manque faire perdre a Milady son credit
pres du cardinal, Ketty n'en savait pas davantage; mais cette
fois, d'Artagnan etait plus avance qu'elle: comme il avait apercu
Milady sur un batiment consigne au moment ou lui-meme quittait
l'Angleterre, il se douta qu'il etait question cette fois des
ferrets de diamants.

Mais ce qu'il y avait de plus clair dans tout cela, c'est que la
haine veritable, la haine profonde, la haine inveteree de Milady
lui venait de ce qu'il n'avait pas tue son beau-frere.

D'Artagnan retourna le lendemain chez Milady. Elle etait de fort
mechante humeur, d'Artagnan se douta que c'etait le defaut de
reponse de M. de Wardes qui l'agacait ainsi. Ketty entra; mais
Milady la recut fort durement. Un coup d'oeil qu'elle lanca a
d'Artagnan voulait dire: Vous voyez ce que je souffre pour vous.

Cependant vers la fin de la soiree, la belle lionne s'adoucit,
elle ecouta en souriant les doux propos de d'Artagnan, elle lui
donna meme sa main a baiser.

D'Artagnan sortit ne sachant plus que penser: mais comme c'etait
un garcon a qui on ne faisait pas facilement perdre la tete, tout
en faisant sa cour a Milady il avait bati dans son esprit un petit
plan.

Il trouva Ketty a la porte, et comme la veille il monta chez elle
pour avoir des nouvelles. Ketty avait ete fort grondee, on l'avait
accusee de negligence. Milady ne comprenait rien au silence du
comte de Wardes, et elle lui avait ordonne d'entrer chez elle a
neuf heures du matin pour y prendre une troisieme lettre.

D'Artagnan fit promettre a Ketty de lui apporter chez lui cette
lettre le lendemain matin; la pauvre fille promit tout ce que
voulut son amant: elle etait folle.

Les choses se passerent comme la veille: d'Artagnan s'enferma dans
son armoire, Milady appela, fit sa toilette, renvoya Ketty et
referma sa porte. Comme la veille d'Artagnan ne rentra chez lui
qu'a cinq heures du matin.

A onze heures, il vit arriver Ketty; elle tenait a la main un
nouveau billet de Milady. Cette fois, la pauvre enfant n'essaya
pas meme de le disputer a d'Artagnan; elle le laissa faire; elle
appartenait corps et ame a son beau soldat.

D'Artagnan ouvrit le billet et lut ce qui suit:

"Voila la troisieme fois que je vous ecris pour vous dire que je
vous aime. Prenez garde que je ne vous ecrive une quatrieme pour
vous dire que je vous deteste.

"Si vous vous repentez de la facon dont vous avez agi avec moi, la
jeune fille qui vous remettra ce billet vous dira de quelle
maniere un galant homme peut obtenir son pardon."

D'Artagnan rougit et palit plusieurs fois en lisant ce billet.

"Oh! vous l'aimez toujours! dit Ketty, qui n'avait pas detourne un
instant les yeux du visage du jeune homme.

-- Non, Ketty, tu te trompes, je ne l'aime plus; mais je veux me
venger de ses mepris.

-- Oui, je connais votre vengeance; vous me l'avez dite.

-- Que t'importe, Ketty! tu sais bien que c'est toi seule que
j'aime.

-- Comment peut-on savoir cela?

-- Par le mepris que je ferai d'elle."

Ketty soupira.

D'Artagnan prit une plume et ecrivit:

"Madame, jusqu'ici j'avais doute que ce fut bien a moi que vos
deux premiers billets eussent ete adresses, tant je me croyais
indigne d'un pareil honneur; d'ailleurs j'etais si souffrant, que
j'eusse en tout cas hesite a y repondre.

"Mais aujourd'hui il faut bien que je croie a l'exces de vos
bontes, puisque non seulement votre lettre, mais encore votre
suivante, m'affirme que j'ai le bonheur d'etre aime de vous.

"Elle n'a pas besoin de me dire de quelle maniere un galant homme
peut obtenir son pardon. J'irai donc vous demander le mien ce soir
a onze heures. Tarder d'un jour serait a mes yeux, maintenant,
vous faire une nouvelle offense.

"Celui que vous avez rendu le plus heureux des hommes.

"Comte DE WARDES."

Ce billet etait d'abord un faux, c'etait ensuite une
indelicatesse; c'etait meme, au point de vue de nos moeurs
actuelles, quelque chose comme une infamie; mais on se menageait
moins a cette epoque qu'on ne le fait aujourd'hui. D'ailleurs
d'Artagnan, par ses propres aveux, savait Milady coupable de
trahison a des chefs plus importants, et il n'avait pour elle
qu'une estime fort mince. Et cependant malgre ce peu d'estime, il
sentait qu'une passion insensee le brulait pour cette femme.
Passion ivre de mepris, mais passion ou soif, comme on voudra.

L'intention de d'Artagnan etait bien simple: par la chambre de
Ketty il arrivait a celle de sa maitresse; il profitait du premier
moment de surprise, de honte, de terreur pour triompher d'elle;
peut-etre aussi echouerait-il, mais il fallait bien donner quelque
chose au hasard. Dans huit jours la campagne s'ouvrait, et il
fallait partir; d'Artagnan n'avait pas le temps de filer le
parfait amour.

"Tiens, dit le jeune homme en remettant a Ketty le billet tout
cachete, donne cette lettre a Milady; c'est la reponse de
M. de Wardes."

La pauvre Ketty devint pale comme la mort, elle se doutait de ce
que contenait le billet.

"Ecoute, ma chere enfant, lui dit d'Artagnan, tu comprends qu'il
faut que tout cela finisse d'une facon ou de l'autre; Milady peut
decouvrir que tu as remis le premier billet a mon valet, au lieu
de le remettre au valet du comte; que c'est moi qui ai decachete
les autres qui devaient etre decachetes par M. de Wardes; alors
Milady te chasse, et, tu la connais, ce n'est pas une femme a
borner la sa vengeance.

-- Helas! dit Ketty, pour qui me suis-je exposee a tout cela?

-- Pour moi, je le sais bien, ma toute belle, dit le jeune homme,
aussi je t'en suis bien reconnaissant, je te le jure.

-- Mais enfin, que contient votre billet?

-- Milady te le dira.

-- Ah! vous ne m'aimez pas! s'ecria Ketty, et je suis bien
malheureuse!"

A ce reproche il y a une reponse a laquelle les femmes se trompent
toujours; d'Artagnan repondit de maniere que Ketty demeurat dans
la plus grande erreur.

Cependant elle pleura beaucoup avant de se decider a remettre
cette lettre a Milady, mais enfin elle se decida, c'est tout ce
que voulait d'Artagnan.

D'ailleurs il lui promit que le soir il sortirait de bonne heure
de chez sa maitresse, et qu'en sortant de chez sa maitresse il
monterait chez elle.

Cette promesse acheva de consoler la pauvre Ketty.


CHAPITRE XXXIV
OU IL EST TRAITE DE L'EQUIPEMENT D'ARAMIS ET DE PORTHOS

Depuis que les quatre amis etaient chacun a la chasse de son
equipement, il n'y avait plus entre eux de reunion arretee. On
dinait les uns sans les autres, ou l'on se trouvait, ou plutot ou
l'on pouvait. Le service, de son cote, prenait aussi sa part de ce
temps precieux, qui s'ecoulait si vite. Seulement on etait convenu
de se trouver une fois la semaine, vers une heure, au logis
d'Athos, attendu que ce dernier, selon le serment qu'il avait
fait, ne passait plus le seuil de sa porte.

C'etait le jour meme ou Ketty etait venue trouver d'Artagnan chez
lui, jour de reunion.

A peine Ketty fut-elle sortie, que d'Artagnan se dirigea vers la
rue Ferou.

Il trouva Athos et Aramis qui philosophaient. Aramis avait
quelques velleites de revenir a la soutane. Athos, selon ses
habitudes, ne le dissuadait ni ne l'encourageait. Athos etait pour
qu'on laissat a chacun son libre arbitre. Il ne donnait jamais de
conseils qu'on ne les lui demandat. Encore fallait-il les lui
demander deux fois.

"En general, on ne demande de conseils, disait-il, que pour ne les
pas suivre; ou, si on les a suivis, que pour avoir quelqu'un a qui
l'on puisse faire le reproche de les avoir donnes."

Porthos arriva un instant apres d'Artagnan. Les quatre amis se
trouvaient donc reunis.

Les quatre visages exprimaient quatre sentiments differents: celui
de Porthos la tranquillite, celui de d'Artagnan l'espoir, celui
d'Aramis l'inquietude, celui d'Athos l'insouciance.

Au bout d'un instant de conversation dans laquelle Porthos laissa
entrevoir qu'une personne haut placee avait bien voulu se charger
de le tirer d'embarras, Mousqueton entra.

Il venait prier Porthos de passer a son logis, ou, disait-il d'un
air fort piteux, sa presence etait urgente.

"Sont-ce mes equipages? demanda Porthos.

-- Oui et non, repondit Mousqueton.

-- Mais enfin que veux-tu dire?...

-- Venez, monsieur."

Porthos se leva, salua ses amis et suivit Mousqueton.

Un instant apres, Bazin apparut au seuil de la porte.

"Que me voulez-vous, mon ami? dit Aramis avec cette douceur de
langage que l'on remarquait en lui chaque fois que ses idees le
ramenaient vers l'eglise...

-- Un homme attend monsieur a la maison, repondit Bazin.

-- Un homme! quel homme?

-- Un mendiant.

-- Faites-lui l'aumone, Bazin, et dites-lui de prier pour un
pauvre pecheur.

-- Ce mendiant veut a toute force vous parler, et pretend que vous
serez bien aise de le voir.

-- N'a-t-il rien dit de particulier pour moi?

-- Si fait. "Si M. Aramis, a-t-il dit, hesite a me venir trouver,
vous lui annoncerez que j'arrive de Tours."

-- De Tours? s'ecria Aramis; messieurs, mille pardons, mais sans
doute cet homme m'apporte des nouvelles que j'attendais."

Et, se levant aussitot, il s'eloigna rapidement.

Resterent Athos et d'Artagnan.

"Je crois que ces gaillards-la ont trouve leur affaire. Qu'en
pensez-vous, d'Artagnan? dit Athos.

-- Je sais que Porthos etait en bon train, dit d'Artagnan; et
quant a Aramis, a vrai dire, je n'en ai jamais ete serieusement
inquiet: mais vous, mon cher Athos, vous qui avez si genereusement
distribue les pistoles de l'Anglais qui etaient votre bien
legitime, qu'allez-vous faire?

-- Je suis fort content d'avoir tue ce drole, mon enfant, vu que
c'est pain benit que de tuer un Anglais: mais si j'avais empoche
ses pistoles, elles me peseraient comme un remords.

-- Allons donc, mon cher Athos! vous avez vraiment des idees
inconcevables.

-- Passons, passons! Que me disait donc M. de Treville, qui me fit
l'honneur de me venir voir hier, que vous hantez ces Anglais
suspects que protege le cardinal?

-- C'est-a-dire que je rends visite a une Anglaise, celle dont je
vous ai parle.

-- Ah! oui, la femme blonde au sujet de laquelle je vous ai donne
des conseils que naturellement vous vous etes bien garde de
suivre.

-- Je vous ai donne mes raisons.

-- Oui; vous voyez la votre equipement, je crois, a ce que vous
m'avez dit.

-- Point du tout! j'ai acquis la certitude que cette femme etait
pour quelque chose dans l'enlevement de Mme Bonacieux.

-- Oui, et je comprends; pour retrouver une femme, vous faites la
cour a une autre: c'est le chemin le plus long, mais le plus
amusant.

D'Artagnan fut sur le point de tout raconter a Athos; mais un
point l'arreta: Athos etait un gentilhomme severe sur le point
d'honneur, et il y avait, dans tout ce petit plan que notre
amoureux avait arrete a l'endroit de Milady, certaines choses qui,
d'avance, il en etait sur, n'obtiendraient pas l'assentiment du
puritain; il prefera donc garder le silence, et comme Athos etait
l'homme le moins curieux de la terre, les confidences de
d'Artagnan en etaient restees la.

Nous quitterons donc les deux amis, qui n'avaient rien de bien
important a se dire, pour suivre Aramis.

A cette nouvelle, que l'homme qui voulait lui parler arrivait de
Tours, nous avons vu avec quelle rapidite le jeune homme avait
suivi ou plutot devance Bazin; il ne fit donc qu'un saut de la rue
Ferou a la rue de Vaugirard.

En entrant chez lui, il trouva effectivement un homme de petite
taille, aux yeux intelligents, mais couvert de haillons.

"C'est vous qui me demandez? dit le mousquetaire.

-- C'est-a-dire que je demande M. Aramis: est-ce vous qui vous
appelez ainsi?

-- Moi-meme: vous avez quelque chose a me remettre?

-- Oui, si vous me montrez certain mouchoir brode.

-- Le voici, dit Aramis en tirant une clef de sa poitrine, et en
ouvrant un petit coffret de bois d'ebene incruste de nacre, le
voici, tenez.

-- C'est bien, dit le mendiant, renvoyez votre laquais."

En effet, Bazin, curieux de savoir ce que le mendiant voulait a
son maitre, avait regle son pas sur le sien, et etait arrive
presque en meme temps que lui; mais cette celerite ne lui servit
pas a grand-chose; sur l'invitation du mendiant, son maitre lui
fit signe de se retirer, et force lui fut d'obeir.

Bazin parti, le mendiant jeta un regard rapide autour de lui, afin
d'etre sur que personne ne pouvait ni le voir ni l'entendre, et
ouvrant sa veste en haillons mal serree par une ceinture de cuir,
il se mit a decoudre le haut de son pourpoint, d'ou il tira une
lettre.

Aramis jeta un cri de joie a la vue du cachet, baisa l'ecriture,
et avec un respect presque religieux, il ouvrit l'epitre qui
contenait ce qui suit:

"Ami, le sort veut que nous soyons separes quelque temps encore;
mais les beaux jours de la jeunesse ne sont pas perdus sans
retour. Faites votre devoir au camp; je fais le mien autre part.
Prenez ce que le porteur vous remettra; faites la campagne en beau
et bon gentilhomme, et pensez a moi, qui baise tendrement vos yeux
noirs.

"Adieu, ou plutot au revoir!"

Le mendiant decousait toujours; il tira une a une de ses sales
habits cent cinquante doubles pistoles d'Espagne, qu'il aligna sur
la table; puis, il ouvrit la porte, salua et partit avant que le
jeune homme, stupefait, eut ose lui adresser une parole.

Aramis alors relut la lettre, et s'apercut que cette lettre avait
un post-scriptum.

"P.-S. -- Vous pouvez faire accueil au porteur, qui est comte et
grand d'Espagne."

"Reves dores! s'ecria Aramis. Oh! la belle vie! oui, nous sommes
jeunes! oui, nous aurons encore des jours heureux! Oh! a toi, mon
amour, mon sang, ma vie! tout, tout, tout, ma belle maitresse!"

Et il baisait la lettre avec passion, sans meme regarder l'or qui
etincelait sur la table.

Bazin gratta a la porte; Aramis n'avait plus de raison pour le
tenir a distance; il lui permit d'entrer.

Bazin resta stupefait a la vue de cet or, et oublia qu'il venait
annoncer d'Artagnan, qui, curieux de savoir ce que c'etait que le
mendiant, venait chez Aramis en sortant de chez Athos.

Or, comme d'Artagnan ne se genait pas avec Aramis, voyant que
Bazin oubliait de l'annoncer, il s'annonca lui-meme.

"Ah! diable, mon cher Aramis, dit d'Artagnan, si ce sont la les
pruneaux qu'on nous envoie de Tours, vous en ferez mon compliment
au jardinier qui les recolte.

-- Vous vous trompez, mon cher, dit Aramis toujours discret: c'est
mon libraire qui vient de m'envoyer le prix de ce poeme en vers
d'une syllabe que j'avais commence la-bas.

-- Ah! vraiment! dit d'Artagnan; eh bien, votre libraire est
genereux, mon cher Aramis, voila tout ce que je puis vous dire.

-- Comment, monsieur! s'ecria Bazin, un poeme se vend si cher!
c'est incroyable! Oh! monsieur! vous faites tout ce que vous
voulez, vous pouvez devenir l'egal de M. de Voiture et de
M. de Benserade. J'aime encore cela, moi. Un poete, c'est presque
un abbe. Ah! monsieur Aramis, mettez-vous donc poete, je vous en
prie.

-- Bazin, mon ami, dit Aramis, je crois que vous vous melez a la
conversation."

Bazin comprit qu'il etait dans son tort; il baissa la tete, et
sortit.

"Ah! dit d'Artagnan avec un sourire, vous vendez vos productions
au poids de l'or: vous etes bien heureux, mon ami; mais prenez
garde, vous allez perdre cette lettre qui sort de votre casaque,
et qui est sans doute aussi de votre libraire."

Aramis rougit jusqu'au blanc des yeux, renfonca sa lettre, et
reboutonna son pourpoint.

"Mon cher d'Artagnan, dit-il, nous allons, si vous le voulez bien,
aller trouver nos amis; et puisque je suis riche, nous
recommencerons aujourd'hui a diner ensemble en attendant que vous
soyez riches a votre tour.

-- Ma foi! dit d'Artagnan, avec grand plaisir. Il y a longtemps
que nous n'avons fait un diner convenable; et comme j'ai pour mon
compte une expedition quelque peu hasardeuse a faire ce soir, je
ne serais pas fache, je l'avoue, de me monter un peu la tete avec
quelques bouteilles de vieux bourgogne.

-- Va pour le vieux bourgogne; je ne le deteste pas non plus", dit
Aramis, auquel la vue de l'or avait enleve comme avec la main ses
idees de retraite.

Et ayant mis trois ou quatre doubles pistoles dans sa poche pour
repondre aux besoins du moment, il enferma les autres dans le
coffre d'ebene incruste de nacre, ou etait deja le fameux mouchoir
qui lui avait servi de talisman.

Les deux amis se rendirent d'abord chez Athos, qui, fidele au
serment qu'il avait fait de ne pas sortir, se chargea de faire
apporter a diner chez lui: comme il entendait a merveille les
details gastronomiques, d'Artagnan et Aramis ne firent aucune
difficulte de lui abandonner ce soin important.

Ils se rendaient chez Porthos, lorsque, au coin de la rue du Bac,
ils rencontrerent Mousqueton, qui, d'un air piteux, chassait
devant lui un mulet et un cheval.

D'Artagnan poussa un cri de surprise, qui n'etait pas exempt d'un
melange de joie.

"Ah! mon cheval jaune! s'ecria-t-il. Aramis, regardez ce cheval!

-- Oh! l'affreux roussin! dit Aramis.

-- Eh bien, mon cher, reprit d'Artagnan, c'est le cheval sur
lequel je suis venu a Paris.

-- Comment, monsieur connait ce cheval? dit Mousqueton.

-- Il est d'une couleur originale, fit Aramis; c'est le seul que
j'aie jamais vu de ce poil-la.

-- Je le crois bien, reprit d'Artagnan, aussi je l'ai vendu trois
ecus, et il faut bien que ce soit pour le poil, car la carcasse ne
vaut certes pas dix-huit livres. Mais comment ce cheval se trouve-
t-il entre tes mains, Mousqueton?

-- Ah! dit le valet, ne m'en parlez pas, monsieur, c'est un
affreux tour du mari de notre duchesse!

-- Comment cela, Mousqueton?

-- Oui nous sommes vus d'un tres bon oeil par une femme de
qualite, la duchesse de...; mais pardon! mon maitre m'a recommande
d'etre discret: elle nous avait forces d'accepter un petit
souvenir, un magnifique genet d'Espagne et un mulet andalou, que
c'etait merveilleux a voir; le mari a appris la chose, il a
confisque au passage les deux magnifiques betes qu'on nous
envoyait, et il leur a substitue ces horribles animaux!

-- Que tu lui ramenes? dit d'Artagnan.

-- Justement! reprit Mousqueton; vous comprenez que nous ne
pouvons point accepter de pareilles montures en echange de celles
que l'on nous avait promises.

-- Non, pardieu, quoique j'eusse voulu voir Porthos sur mon
Bouton-d'Or; cela m'aurait donne une idee de ce que j'etais moi-
meme, quand je suis arrive a Paris. Mais que nous ne t'arretions
pas, Mousqueton; va faire la commission de ton maitre, va. Est-il
chez lui?

-- Oui, monsieur, dit Mousqueton, mais bien maussade, allez!"

Et il continua son chemin vers le quai des Grands-Augustins,
tandis que les deux amis allaient sonner a la porte de l'infortune
Porthos. Celui-ci les avait vus traversant la cour, et il n'avait
garde d'ouvrir. Ils sonnerent donc inutilement.

Cependant, Mousqueton continuait sa route, et, traversant le Pont-
Neuf, toujours chassant devant lui ses deux haridelles, il
atteignit la rue aux Ours. Arrive la, il attacha, selon les ordres
de son maitre, cheval et mulet au marteau de la porte du
procureur; puis, sans s'inquieter de leur sort futur, il s'en
revint trouver Porthos et lui annonca que sa commission etait
faite.

Au bout d'un certain temps, les deux malheureuses betes, qui
n'avaient pas mange depuis le matin, firent un tel bruit en
soulevant et en laissant retomber le marteau de la porte, que le
procureur ordonna a son saute-ruisseau d'aller s'informer dans le
voisinage a qui appartenaient ce cheval et ce mulet.

Mme Coquenard reconnut son present, et ne comprit rien d'abord a
cette restitution; mais bientot la visite de Porthos l'eclaira. Le
courroux qui brillait dans les yeux du mousquetaire, malgre la
contrainte qu'il s'imposait, epouvanta la sensible amante. En
effet, Mousqueton n'avait point cache a son maitre qu'il avait
rencontre d'Artagnan et Aramis, et que d'Artagnan, dans le cheval
jaune, avait reconnu le bidet bearnais sur lequel il etait venu a
Paris, et qu'il avait vendu trois ecus.

Porthos sortit apres avoir donne rendez-vous a la procureuse dans
le cloitre Saint-Magloire. Le procureur, voyant que Porthos
partait, l'invita a diner, invitation que le mousquetaire refusa
avec un air plein de majeste.

Mme Coquenard se rendit toute tremblante au cloitre Saint-
Magloire, car elle devinait les reproches qui l'y attendaient;
mais elle etait fascinee par les grandes facons de Porthos.

Tout ce qu'un homme blesse dans son amour-propre peut laisser
tomber d'imprecations et de reproches sur la tete d'une femme,
Porthos le laissa tomber sur la tete courbee de la procureuse.

"Helas! dit-elle, j'ai fait pour le mieux. Un de nos clients est
marchand de chevaux, il devait de l'argent a l'etude, et s'est
montre recalcitrant. J'ai pris ce mulet et ce cheval pour ce qu'il
nous devait; il m'avait promis deux montures royales.

-- Eh bien, madame, dit Porthos, s'il vous devait plus de cinq
ecus, votre maquignon est un voleur.

-- Il n'est pas defendu de chercher le bon marche, monsieur
Porthos, dit la procureuse cherchant a s'excuser.

-- Non, madame, mais ceux qui cherchent le bon marche doivent
permettre aux autres de chercher des amis plus genereux."

Et Porthos, tournant sur ses talons, fit un pas pour se retirer.

"Monsieur Porthos! monsieur Porthos! s'ecria la procureuse, j'ai
tort, je le reconnais, je n'aurais pas du marchander quand il
s'agissait d'equiper un cavalier comme vous!"

Porthos, sans repondre, fit un second pas de retraite.

La procureuse crut le voir dans un nuage etincelant tout entoure
de duchesses et de marquises qui lui jetaient des sacs d'or sous
les pieds.

"Arretez, au nom du Ciel! monsieur Porthos, s'ecria-t-elle,
arretez et causons.

-- Causer avec vous me porte malheur, dit Porthos.

-- Mais, dites-moi, que demandez-vous?

-- Rien, car cela revient au meme que si je vous demandais quelque
chose."

La procureuse se pendit au bras de Porthos, et, dans l'elan de sa
douleur, elle s'ecria:

"Monsieur Porthos, je suis ignorante de tout cela, moi; sais-je ce
que c'est qu'un cheval? sais-je ce que c'est que des harnais?

-- Il fallait vous en rapporter a moi, qui m'y connais, madame;
mais vous avez voulu menager, et, par consequent, preter a usure.

-- C'est un tort, monsieur Porthos, et je le reparerai sur ma
parole d'honneur.

-- Et comment cela? demanda le mousquetaire.

-- Ecoutez. Ce soir M. Coquenard va chez M. le duc de Chaulnes,
qui l'a mande. C'est pour une consultation qui durera deux heures
au moins, venez, nous serons seuls, et nous ferons nos comptes.

-- A la bonne heure! voila qui est parler, ma chere!

-- Vous me pardonnez?

-- Nous verrons", dit majestueusement Porthos.

Et tous deux se separerent en se disant: "A ce soir."

"Diable! pensa Porthos en s'eloignant, il me semble que je me
rapproche enfin du bahut de maitre Coquenard."


CHAPITRE XXXV
LA NUIT TOUS LES CHATS SONT GRIS

Ce soir, attendu si impatiemment par Porthos et par d'Artagnan,
arriva enfin.

D'Artagnan, comme d'habitude, se presenta vers les neuf heures
chez Milady. Il la trouva d'une humeur charmante; jamais elle ne
l'avait si bien recu. Notre Gascon vit du premier coup d'oeil que
son billet avait ete remis, et ce billet faisait son effet.

Ketty entra pour apporter des sorbets. Sa maitresse lui fit une
mine charmante, lui sourit de son plus gracieux sourire; mais,
helas! la pauvre fille etait si triste, qu'elle ne s'apercut meme
pas de la bienveillance de Milady.

D'Artagnan regardait l'une apres l'autre ces deux femmes, et il
etait force de s'avouer que la nature s'etait trompee en les
formant; a la grande dame elle avait donne une ame venale et vile,
a la soubrette elle avait donne le coeur d'une duchesse.

A dix heures Milady commenca a paraitre inquiete, d'Artagnan
comprit ce que cela voulait dire; elle regardait la pendule, se
levait, se rasseyait, souriait a d'Artagnan d'un air qui voulait
dire: Vous etes fort aimable sans doute, mais vous seriez charmant
si vous partiez!

D'Artagnan se leva et prit son chapeau; Milady lui donna sa main a
baiser; le jeune homme sentit qu'elle la lui serrait et comprit
que c'etait par un sentiment non pas de coquetterie, mais de
reconnaissance a cause de son depart.

"Elle l'aime diablement", murmura-t-il. Puis il sortit.

Cette fois Ketty ne l'attendait aucunement, ni dans l'antichambre,
ni dans le corridor, ni sous la grande porte. Il fallut que
d'Artagnan trouvat tout seul l'escalier et la petite chambre.

Ketty etait assise la tete cachee dans ses mains, et pleurait.

Elle entendit entrer d'Artagnan, mais elle ne releva point la
tete; le jeune homme alla a elle et lui prit les mains, alors elle
eclata en sanglots.

Comme l'avait presume d'Artagnan, Milady, en recevant la lettre,
avait, dans le delire de sa joie, tout dit a sa suivante; puis, en
recompense de la maniere dont cette fois elle avait fait la
commission, elle lui avait donne une bourse. Ketty, en rentrant
chez elle, avait jete la bourse dans un coin, ou elle etait restee
tout ouverte, degorgeant trois ou quatre pieces d'or sur le tapis.

La pauvre fille, a la voix de d'Artagnan, releva la tete.
D'Artagnan lui-meme fut effraye du bouleversement de son visage;
elle joignit les mains d'un air suppliant, mais sans oser dire une
parole.

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