Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

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-- Crois-tu en avoir encore une certaine somme a depenser ce soir?

-- Je l'espere.

-- Eh bien, je compte sur toi.

-- A l'heure dite, je serai pret; seulement je croyais que
monsieur n'avait qu'un cheval a l'ecurie des gardes.

-- Peut-etre n'y en a-t-il qu'un encore dans ce moment-ci, mais ce
soir il y en aura quatre.

-- Il parait que notre voyage etait un voyage de remonte?

-- Justement", dit d'Artagnan.

Et ayant fait a Planchet un dernier geste de recommandation, il
sortit.

M. Bonacieux etait sur sa porte. L'intention de d'Artagnan etait
de passer outre, sans parler au digne mercier; mais celui-ci fit
un salut si doux et si benin, que force fut a son locataire non
seulement de le lui rendre, mais encore de lier conversation avec
lui.

Comment d'ailleurs ne pas avoir un peu de condescendance pour un
mari dont la femme vous a donne un rendez-vous le soir meme a
Saint-Cloud, en face du pavillon de M. d'Estrees! D'Artagnan
s'approcha de l'air le plus aimable qu'il put prendre.

La conversation tomba tout naturellement sur l'incarceration du
pauvre homme. M. Bonacieux, qui ignorait que d'Artagnan eut
entendu sa conversation avec l'inconnu de Meung, raconta a son
jeune locataire les persecutions de ce monstre de M. de Laffemas,
qu'il ne cessa de qualifier pendant tout son recit du titre de
bourreau du cardinal et s'etendit longuement sur la Bastille, les
verrous, les guichets, les soupiraux, les grilles et les
instruments de torture.

D'Artagnan l'ecouta avec une complaisance exemplaire puis,
lorsqu'il eut fini:

"Et Mme Bonacieux, dit-il enfin, savez-vous qui l'avait enlevee?
car je n'oublie pas que c'est a cette circonstance facheuse que je
dois le bonheur d'avoir fait votre connaissance.

-- Ah! dit M. Bonacieux, ils se sont bien gardes de me le dire, et
ma femme de son cote m'a jure ses grands dieux qu'elle ne le
savait pas. Mais vous-meme, continua M. Bonacieux d'un ton de
bonhomie parfaite, qu'etes-vous devenu tous ces jours passes? je
ne vous ai vu, ni vous ni vos amis, et ce n'est pas sur le pave de
Paris, je pense, que vous avez ramasse toute la poussiere que
Planchet epoussetait hier sur vos bottes.

-- Vous avez raison, mon cher monsieur Bonacieux, mes amis et moi
nous avons fait un petit voyage.

-- Loin d'ici?

-- Oh! mon Dieu non, a une quarantaine de lieues seulement; nous
avons ete conduire M. Athos aux eaux de Forges, ou mes amis sont
restes.

-- Et vous etes revenu, vous, n'est-ce pas? reprit M. Bonacieux en
donnant a sa physionomie son air le plus malin. Un beau garcon
comme vous n'obtient pas de longs conges de sa maitresse, et nous
etions impatiemment attendu a Paris, n'est-ce pas?

-- Ma foi, dit en riant le jeune homme, je vous l'avoue, d'autant
mieux, mon cher monsieur Bonacieux, que je vois qu'on ne peut rien
vous cacher. Oui, j'etais attendu, et bien impatiemment, je vous
en reponds."

Un leger nuage passa sur le front de Bonacieux, mais si leger, que
d'Artagnan ne s'en apercut pas.

"Et nous allons etre recompense de notre diligence? continua le
mercier avec une legere alteration dans la voix, alteration que
d'Artagnan ne remarqua pas plus qu'il n'avait fait du nuage
momentane qui, un instant auparavant, avait assombri la figure du
digne homme.

-- Ah! faites donc le bon apotre! dit en riant d'Artagnan.

-- Non, ce que je vous en dis, reprit Bonacieux, c'est seulement
pour savoir si nous rentrons tard.

-- Pourquoi cette question, mon cher hote? demanda d'Artagnan;
est-ce que vous comptez m'attendre?

-- Non, c'est que depuis mon arrestation et le vol qui a ete
commis chez moi, je m'effraie chaque fois que j'entends ouvrir une
porte, et surtout la nuit. Dame, que voulez-vous! je ne suis point
homme d'epee, moi!

-- Eh bien, ne vous effrayez pas si je rentre a une heure, a deux
ou trois heures du matin; si je ne rentre pas du tout, ne vous
effrayez pas encore."

Cette fois, Bonacieux devint si pale, que d'Artagnan ne put faire
autrement que de s'en apercevoir, et lui demanda ce qu'il avait.

"Rien, repondit Bonacieux, rien. Depuis mes malheurs seulement, je
suis sujet a des faiblesses qui me prennent tout a coup, et je
viens de me sentir passer un frisson. Ne faites pas attention a
cela, vous qui n'avez a vous occuper que d'etre heureux.

-- Alors j'ai de l'occupation, car je le suis.

-- Pas encore, attendez donc, vous avez dit: a ce soir.

-- Eh bien, ce soir arrivera, Dieu merci! et peut-etre l'attendez-
vous avec autant d'impatience que moi. Peut-etre, ce soir,
Mme Bonacieux visitera-t-elle le domicile conjugal.

-- Mme Bonacieux n'est pas libre ce soir, repondit gravement le
mari; elle est retenue au Louvre par son service.

-- Tant pis pour vous, mon cher hote, tant pis; quand je suis
heureux, moi, je voudrais que tout le monde le fut; mais il parait
que ce n'est pas possible."

Et le jeune homme s'eloigna en riant aux eclats de la plaisanterie
que lui seul, pensait-il, pouvait comprendre.

"Amusez-vous bien!" repondit Bonacieux d'un air sepulcral.

Mais d'Artagnan etait deja trop loin pour l'entendre, et l'eut-il
entendu, dans la disposition d'esprit ou il etait, il ne l'eut
certes pas remarque.

Il se dirigea vers l'hotel de M. de Treville; sa visite de la
veille avait ete, on se le rappelle, tres courte et tres peu
explicative.

Il trouva M. de Treville dans la joie de son ame. Le roi et la
reine avaient ete charmants pour lui au bal. Il est vrai que le
cardinal avait ete parfaitement maussade.

A une heure du matin, il s'etait retire sous pretexte qu'il etait
indispose. Quant a Leurs Majestes, elles n'etaient rentrees au
Louvre qu'a six heures du matin.

"Maintenant, dit M. de Treville en baissant la voix et en
interrogeant du regard tous les angles de l'appartement pour voir
s'ils etaient bien seuls, maintenant parlons de vous, mon jeune
ami, car il est evident que votre heureux retour est pour quelque
chose dans la joie du roi, dans le triomphe de la reine et dans
l'humiliation de Son Eminence. Il s'agit de bien vous tenir.

-- Qu'ai-je a craindre, repondit d'Artagnan, tant que j'aurai le
bonheur de jouir de la faveur de Leurs Majestes?

-- Tout, croyez-moi. Le cardinal n'est point homme a oublier une
mystification tant qu'il n'aura pas regle ses comptes avec le
mystificateur, et le mystificateur m'a bien l'air d'etre certain
Gascon de ma connaissance.

-- Croyez-vous que le cardinal soit aussi avance que vous et sache
que c'est moi qui ai ete a Londres?

-- Diable! vous avez ete a Londres. Est-ce de Londres que vous
avez rapporte ce beau diamant qui brille a votre doigt? Prenez
garde, mon cher d'Artagnan, ce n'est pas une bonne chose que le
present d'un ennemi; n'y a-t-il pas la-dessus certain vers
latin... Attendez donc...

-- Oui, sans doute, reprit d'Artagnan, qui n'avait jamais pu se
fourrer la premiere regle du rudiment dans la tete, et qui, par
ignorance, avait fait le desespoir de son precepteur; oui, sans
doute, il doit y en avoir un.

-- Il y en a un certainement, dit M. de Treville, qui avait une
teinte de lettres, et M. de Benserade me le citait l'autre jour...
Attendez donc... Ah! m'y voici:

_... timeo Danaos et donana ferentes_

"Ce qui veut dire: "Defiez-vous de l'ennemi qui vous fait des
presents."

-- Ce diamant ne vient pas d'un ennemi, monsieur, reprit
d'Artagnan, il vient de la reine.

-- De la reine! oh! oh! dit M. de Treville. Effectivement, c'est
un veritable bijou royal, qui vaut mille pistoles comme un denier.
Par qui la reine vous a-t-elle fait remettre ce cadeau?

-- Elle me l'a remis elle-meme.

-- Ou cela?

-- Dans le cabinet attenant a la chambre ou elle a change de
toilette.

-- Comment?

-- En me donnant sa main a baiser.

-- Vous avez baise la main de la reine! s'ecria M. de Treville en
regardant d'Artagnan.

-- Sa Majeste m'a fait l'honneur de m'accorder cette grace!

-- Et cela en presence de temoins? Imprudente, trois fois
imprudente!

-- Non, monsieur, rassurez-vous, personne ne l'a vue", reprit
d'Artagnan. Et il raconta a M. de Treville comment les choses
s'etaient passees.

"Oh! les femmes, les femmes! s'ecria le vieux soldat, je les
reconnais bien a leur imagination romanesque; tout ce qui sent le
mysterieux les charme; ainsi vous avez vu le bras, voila tout;
vous rencontreriez la reine, que vous ne la reconnaitriez pas;
elle vous rencontrerait, qu'elle ne saurait pas qui vous etes.

-- Non, mais grace a ce diamant..., reprit le jeune homme.

-- Ecoutez, dit M. de Treville, voulez-vous que je vous donne un
conseil, un bon conseil, un conseil d'ami?

-- Vous me ferez honneur, monsieur, dit d'Artagnan.

-- Eh bien, allez chez le premier orfevre venu et vendez-lui ce
diamant pour le prix qu'il vous en donnera; si juif qu'il soit,
vous en trouverez toujours bien huit cents pistoles. Les pistoles
n'ont pas de nom, jeune homme, et cette bague en a un terrible, ce
qui peut trahir celui qui la porte.

-- Vendre cette bague! une bague qui vient de ma souveraine!
jamais, dit d'Artagnan.

-- Alors tournez-en le chaton en dedans, pauvre fou, car on sait
qu'un cadet de Gascogne ne trouve pas de pareils bijoux dans
l'ecrin de sa mere.

-- Vous croyez donc que j'ai quelque chose a craindre? demanda
d'Artagnan.

-- C'est-a-dire, jeune homme, que celui qui s'endort sur une mine
dont la meche est allumee doit se regarder comme en surete en
comparaison de vous.

-- Diable! dit d'Artagnan, que le ton d'assurance de
M. de Treville commencait a inquieter: diable, que faut-il faire?

-- Vous tenir sur vos gardes toujours et avant toute chose. Le
cardinal a la memoire tenace et la main longue; croyez-moi, il
vous jouera quelque tour.

-- Mais lequel?

-- Eh! le sais-je, moi! est-ce qu'il n'a pas a son service toutes
les ruses du demon? Le moins qui puisse vous arriver est qu'on
vous arrete.

-- Comment! on oserait arreter un homme au service de Sa Majeste?

-- Pardieu! on s'est bien gene pour Athos! En tout cas, jeune
homme, croyez-en un homme qui est depuis trente ans a la cour: ne
vous endormez pas dans votre securite, ou vous etes perdu. Bien au
contraire, et c'est moi qui vous le dis, voyez des ennemis
partout. Si l'on vous cherche querelle, evitez-la, fut-ce un
enfant de dix ans qui vous la cherche; si l'on vous attaque de
nuit ou de jour, battez en retraite et sans honte; si vous
traversez un pont, tatez les planches, de peur qu'une planche ne
vous manque sous le pied; si vous passez devant une maison qu'on
batit, regardez en l'air de peur qu'une pierre ne vous tombe sur
la tete; si vous rentrez tard, faites-vous suivre par votre
laquais, et que votre laquais soit arme, si toutefois vous etes
sur de votre laquais. Defiez-vous de tout le monde, de votre ami,
de votre frere, de votre maitresse, de votre maitresse surtout."

D'Artagnan rougit.

"De ma maitresse, repeta-t-il machinalement; et pourquoi plutot
d'elle que d'un autre?

-- C'est que la maitresse est un des moyens favoris du cardinal,
il n'en a pas de plus expeditif: une femme vous vend pour dix
pistoles, temoin Dalila. Vous savez les Ecritures, hein?"

D'Artagnan pensa au rendez-vous que lui avait donne Mme Bonacieux
pour le soir meme; mais nous devons dire, a la louange de notre
heros, que la mauvaise opinion que M. de Treville avait des femmes
en general ne lui inspira pas le moindre petit soupcon contre sa
jolie hotesse.

"Mais, a propos, reprit M. de Treville, que sont devenus vos trois
compagnons?

-- J'allais vous demander si vous n'en aviez pas appris quelques
nouvelles.

-- Aucune, monsieur.

-- Eh bien, je les ai laisses sur ma route: Porthos a Chantilly,
avec un duel sur les bras; Aramis a Crevecoeur, avec une balle
dans l'epaule; et Athos a Amiens, avec une accusation de faux-
monnayeur sur le corps.

-- Voyez-vous! dit M. de Treville; et comment vous etes-vous
echappe, vous?

-- Par miracle, monsieur, je dois le dire, avec un coup d'epee
dans la poitrine, et en clouant M. le comte de Wardes sur le
revers de la route de Calais, comme un papillon a une tapisserie.

-- Voyez-vous encore! de Wardes, un homme au cardinal, un cousin
de Rochefort. Tenez, mon cher ami, il me vient une idee.

-- Dites, monsieur.

-- A votre place, je ferais une chose.

-- Laquelle?

-- Tandis que Son Eminence me ferait chercher a Paris, je
reprendrais, moi, sans tambour ni trompette, la route de Picardie,
et je m'en irais savoir des nouvelles de mes trois compagnons. Que
diable! ils meritent bien cette petite attention de votre part.

-- Le conseil est bon, monsieur, et demain je partirai.

-- Demain! et pourquoi pas ce soir?

-- Ce soir, monsieur, je suis retenu a Paris par une affaire
indispensable.

-- Ah! jeune homme! jeune homme! quelque amourette? Prenez garde,
je vous le repete: c'est la femme qui nous a perdus, tous tant que
nous sommes. Croyez-moi, partez ce soir.

-- Impossible! monsieur.

-- Vous avez donc donne votre parole?

-- Oui, monsieur.

-- Alors c'est autre chose; mais promettez-moi que si vous n'etes
pas tue cette nuit, vous partirez demain.

-- Je vous le promets.

-- Avez-vous besoin d'argent?

-- J'ai encore cinquante pistoles. C'est autant qu'il m'en faut,
je le pense.

-- Mais vos compagnons?

-- Je pense qu'ils ne doivent pas en manquer. Nous sommes sortis
de Paris chacun avec soixante-quinze pistoles dans nos poches.

-- Vous reverrai-je avant votre depart?

-- Non, pas que je pense, monsieur, a moins qu'il n'y ait du
nouveau.

-- Allons, bon voyage!

-- Merci, monsieur."

Et d'Artagnan prit conge de M. de Treville, touche plus que jamais
de sa sollicitude toute paternelle pour ses mousquetaires.

Il passa successivement chez Athos, chez Porthos et chez Aramis.
Aucun d'eux n'etait rentre. Leurs laquais aussi etaient absents,
et l'on n'avait des nouvelles ni des uns, ni des autres.

Il se serait bien informe d'eux a leurs maitresses, mais il ne
connaissait ni celle de Porthos, ni celle d'Aramis; quant a Athos,
il n'en avait pas.

En passant devant l'hotel des Gardes, il jeta un coup d'oeil dans
l'ecurie: trois chevaux etaient deja rentres sur quatre. Planchet,
tout ebahi, etait en train de les etriller, et avait deja fini
avec deux d'entre eux.

"Ah! monsieur, dit Planchet en apercevant d'Artagnan, que je suis
aise de vous voir!

-- Et pourquoi cela, Planchet? demanda le jeune homme.

-- Auriez-vous confiance en M. Bonacieux, notre hote?

-- Moi? pas le moins du monde.

-- Oh! que vous faites bien, monsieur.

-- Mais d'ou vient cette question?

-- De ce que, tandis que vous causiez avec lui, je vous observais
sans vous ecouter; monsieur, sa figure a change deux ou trois fois
de couleur.

-- Bah!

-- Monsieur n'a pas remarque cela, preoccupe qu'il etait de la
lettre qu'il venait de recevoir; mais moi, au contraire, que
l'etrange facon dont cette lettre etait parvenue a la maison avait
mis sur mes gardes, je n'ai pas perdu un mouvement de sa
physionomie.

-- Et tu l'as trouvee...?

-- Traitreuse, monsieur.

-- Vraiment!

-- De plus, aussitot que monsieur l'a eu quitte et qu'il a disparu
au coin de la rue, M. Bonacieux a pris son chapeau, a ferme sa
porte et s'est mis a courir par la rue opposee.

-- En effet, tu as raison, Planchet tout cela me parait fort
louche, et, sois tranquille, nous ne lui paierons pas notre loyer
que la chose ne nous ait ete categoriquement expliquee.

-- Monsieur plaisante, mais monsieur verra.

-- Que veux-tu, Planchet, ce qui doit arriver est ecrit!

-- Monsieur ne renonce donc pas a sa promenade de ce soir?

-- Bien au contraire, Planchet, plus j'en voudrai a M. Bonacieux,
et plus j'irai au rendez-vous que m'a donne cette lettre qui
t'inquiete tant.

-- Alors, si c'est la resolution de monsieur...

-- Inebranlable, mon ami; ainsi donc, a neuf heures tiens-toi pret
ici, a l'hotel; je viendrai te prendre."

Planchet, voyant qu'il n'y avait plus aucun espoir de faire
renoncer son maitre a son projet, poussa un profond soupir, et se
mit a etriller le troisieme cheval.

Quant a d'Artagnan, comme c'etait au fond un garcon plein de
prudence, au lieu de rentrer chez lui, il s'en alla diner chez ce
pretre gascon qui, au moment de la detresse des quatre amis, leur
avait donne un dejeuner de chocolat.


CHAPITRE XXIV
LE PAVILLON

A neuf heures, d'Artagnan etait a l'hotel des Gardes; il trouva
Planchet sous les armes. Le quatrieme cheval etait arrive.

Planchet etait arme de son mousqueton et d'un pistolet. D'Artagnan
avait son epee et passa deux pistolets a sa ceinture, puis tous
deux enfourcherent chacun un cheval et s'eloignerent sans bruit.
Il faisait nuit close, et personne ne les vit sortir. Planchet se
mit a la suite de son maitre, et marcha par-derriere a dix pas.

D'Artagnan traversa les quais, sortit par la porte de la
Conference et suivit alors le chemin, bien plus beau alors
qu'aujourd'hui, qui mene a Saint-Cloud.

Tant qu'on fut dans la ville, Planchet garda respectueusement la
distance qu'il s'etait imposee; mais des que le chemin commenca a
devenir plus desert et plus obscurs il se rapprocha tout
doucement: si bien que, lorsqu'on entra dans le bois de Boulogne,
il se trouva tout naturellement marcher cote a cote avec son
maitre. En effet, nous ne devons pas dissimuler que l'oscillation
des grands arbres et le reflet de la lune dans les taillis sombres
lui causaient une vive inquietude. D'Artagnan s'apercut qu'il se
passait chez son laquais quelque chose d'extraordinaire.

"Eh bien, monsieur Planchet, lui demanda-t-il, qu'avons-nous donc?

-- Ne trouvez-vous pas, monsieur, que les bois sont comme les
eglises?

-- Pourquoi cela, Planchet?

-- Parce qu'on n'ose point parler haut dans ceux-ci comme dans
celles-la.

-- Pourquoi n'oses-tu parler haut, Planchet? parce que tu as peur?

-- Peur d'etre entendu, oui, monsieur.

-- Peur d'etre entendu! Notre conversation est cependant morale,
mon cher Planchet, et nul n'y trouverait a redire.

-- Ah! monsieur! reprit Planchet en revenant a son idee mere, que
ce M. Bonacieux a quelque chose de sournois dans ses sourcils et
de deplaisant dans le jeu de ses levres!

-- Qui diable te fait penser a Bonacieux?

-- Monsieur, l'on pense a ce que l'on peut et non pas a ce que
l'on veut.

-- Parce que tu es un poltron, Planchet.

-- Monsieur, ne confondons pas la prudence avec la poltronnerie;
la prudence est une vertu.

-- Et tu es vertueux, n'est-ce pas, Planchet?

-- Monsieur, n'est-ce point le canon d'un mousquet qui brille la-
bas? Si nous baissions la tete?

-- En verite, murmura d'Artagnan, a qui les recommandations de
M. de Treville revenaient en memoire; en verite, cet animal
finirait par me faire peur."

Et il mit son cheval au trot.

Planchet suivit le mouvement de son maitre, exactement comme s'il
eut ete son ombre, et se retrouva trottant pres de lui.

"Est-ce que nous allons marcher comme cela toute la nuit,
monsieur? demanda-t-il.

-- Non, Planchet, car tu es arrive, toi.

-- Comment, je suis arrive? et monsieur?

-- Moi, je vais encore a quelques pas.

-- Et monsieur me laisse seul ici?

-- Tu as peur, Planchet?

-- Non, mais je fais seulement observer a monsieur que la nuit
sera tres froide, que les fraicheurs donnent des rhumatismes, et
qu'un laquais qui a des rhumatismes est un triste serviteur,
surtout pour un maitre alerte comme monsieur.

-- Eh bien, si tu as froid, Planchet, tu entreras dans un de ces
cabarets que tu vois la-bas, et tu m'attendras demain matin a six
heures devant la porte.

-- Monsieur, j'ai bu et mange respectueusement l'ecu que vous
m'avez donne ce matin; de sorte qu'il ne me reste pas un traitre
sou dans le cas ou j'aurais froid.

-- Voici une demi-pistole. A demain."

D'Artagnan descendit de son cheval, jeta la bride au bras de
Planchet et s'eloigna rapidement en s'enveloppant dans son
manteau.

"Dieu que j'ai froid!" s'ecria Planchet des qu'il eut perdu son
maitre de vue; -- et presse qu'il etait de se rechauffer, il se
hata d'aller frapper a la porte d'une maison paree de tous les
attributs d'un cabaret de banlieue.

Cependant d'Artagnan, qui s'etait jete dans un petit chemin de
traverse, continuait sa route et atteignait Saint-Cloud; mais, au
lieu de suivre la grande rue, il tourna derriere le chateau, gagna
une espece de ruelle fort ecartee, et se trouva bientot en face du
pavillon indique. Il etait situe dans un lieu tout a fait desert.
Un grand mur, a l'angle duquel etait ce pavillon, regnait d'un
cote de cette ruelle, et de l'autre une haie defendait contre les
passants un petit jardin au fond duquel s'elevait une maigre
cabane.

Il etait arrive au rendez-vous, et comme on ne lui avait pas dit
d'annoncer sa presence par aucun signal, il attendit.

Nul bruit ne se faisait entendre, on eut dit qu'on etait a cent
lieues de la capitale. D'Artagnan s'adossa a la haie apres avoir
jete un coup d'oeil derriere lui. Par-dela cette haie, ce jardin
et cette cabane, un brouillard sombre enveloppait de ses plis
cette immensite ou dort Paris, vide, beant, immensite ou
brillaient quelques points lumineux, etoiles funebres de cet
enfer.

Mais pour d'Artagnan tous les aspects revetaient une forme
heureuse, toutes les idees avaient un sourire, toutes les tenebres
etaient diaphanes. L'heure du rendez-vous allait sonner.

En effet, au bout de quelques instants, le beffroi de Saint-Cloud
laissa lentement tomber dix coups de sa large gueule mugissante.

Il y avait quelque chose de lugubre a cette voix de bronze qui se
lamentait ainsi au milieu de la nuit.

Mais chacune de ces heures qui composaient l'heure attendue
vibrait harmonieusement au coeur du jeune homme.

Ses yeux etaient fixes sur le petit pavillon situe a l'angle de la
rue et dont toutes les fenetres etaient fermees par des volets,
excepte une seule du premier etage.

A travers cette fenetre brillait une lumiere douce qui argentait
le feuillage tremblant de deux ou trois tilleuls qui s'elevaient
formant groupe en dehors du parc. Evidemment derriere cette petite
fenetre, si gracieusement eclairee, la jolie Mme Bonacieux
l'attendait.

Berce par cette douce idee, d'Artagnan attendit de son cote une
demi-heure sans impatience aucune, les yeux fixes sur ce charmant
petit sejour dont d'Artagnan apercevait une partie de plafond aux
moulures dorees, attestant l'elegance du reste de l'appartement.

Le beffroi de Saint-Cloud sonna dix heures et demie.

Cette fois-ci, sans que d'Artagnan comprit pourquoi, un frisson
courut dans ses veines. Peut-etre aussi le froid commencait-il a
le gagner et prenait-il pour une impression morale une sensation
tout a fait physique.

Puis l'idee lui vint qu'il avait mal lu et que le rendez-vous
etait pour onze heures seulement.

Il s'approcha de la fenetre, se placa dans un rayon de lumiere,
tira sa lettre de sa poche et la relut; il ne s'etait point
trompe: le rendez-vous etait bien pour dix heures.

Il alla reprendre son poste, commencant a etre assez inquiet de ce
silence et de cette solitude.

Onze heures sonnerent.

D'Artagnan commenca a craindre veritablement qu'il ne fut arrive
quelque chose a Mme Bonacieux.

Il frappa trois coups dans ses mains, signal ordinaire des
amoureux; mais personne ne lui repondit: pas meme l'echo.

Alors il pensa avec un certain depit que peut-etre la jeune femme
s'etait endormie en l'attendant.

Il s'approcha du mur et essaya d'y monter; mais le mur etait
nouvellement crepi, et d'Artagnan se retourna inutilement les
ongles.

En ce moment il avisa les arbres, dont la lumiere continuait
d'argenter les feuilles, et comme l'un d'eux faisait saillie sur
le chemin, il pensa que du milieu de ses branches son regard
pourrait penetrer dans le pavillon.

L'arbre etait facile. D'ailleurs d'Artagnan avait vingt ans a
peine, et par consequent se souvenait de son metier d'ecolier. En
un instant il fut au milieu des branches, et par les vitres
transparentes ses yeux plongerent dans l'interieur du pavillon.

Chose etrange et qui fit frissonner d'Artagnan de la plante des
pieds a la racine des cheveux, cette douce lumiere, cette calme
lampe eclairait une scene de desordre epouvantable; une des vitres
de la fenetre etait cassee, la porte de la chambre avait ete
enfoncee et, a demi brisee pendait a ses gonds; une table qui
avait du etre couverte d'un elegant souper gisait a terre; les
flacons en eclats, les fruits ecrases jonchaient le parquet; tout
temoignait dans cette chambre d'une lutte violente et desesperee;
d'Artagnan crut meme reconnaitre au milieu de ce pele-mele etrange
des lambeaux de vetements et quelques taches sanglantes maculant
la nappe et les rideaux.

Il se hata de redescendre dans la rue avec un horrible battement
de coeur, il voulait voir s'il ne trouverait pas d'autres traces
de violence.

La petite lueur suave brillait toujours dans le calme de la nuit.
D'Artagnan s'apercut alors, chose qu'il n'avait pas remarquee
d'abord, car rien ne le poussait a cet examen, que le sol, battu
ici, troue la, presentait des traces confuses de pas d'hommes, et
de pieds de chevaux. En outre, les roues d'une voiture, qui
paraissait venir de Paris, avaient creuse dans la terre molle une
profonde empreinte qui ne depassait pas la hauteur du pavillon et
qui retournait vers Paris.

Enfin d'Artagnan, en poursuivant ses recherches, trouva pres du
mur un gant de femme dechire. Cependant ce gant, par tous les
points ou il n'avait pas touche la terre boueuse, etait d'une
fraicheur irreprochable. C'etait un de ces gants parfumes comme
les amants aiment a les arracher d'une jolie main.

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