Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

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-- Vous l'avez dit, Milord, car justement a cette heure qu'il est
question de guerre, je vous avoue que je ne vois dans votre Grace
qu'un Anglais, et par consequent qu'un ennemi que je serais encore
plus enchante de rencontrer sur le champ de bataille que dans le
parc de Windsor ou dans les corridors du Louvre; ce qui, au reste,
ne m'empechera pas d'executer de point en point ma mission et de
me faire tuer, si besoin est, pour l'accomplir; mais, je le repete
a Votre Grace, sans qu'elle ait personnellement pour cela plus a
me remercier de ce que je fais pour moi dans cette seconde
entrevue, que de ce que j'ai deja fait pour elle dans la premiere.

-- Nous disons, nous: "Fier comme un Ecossais", murmura
Buckingham.

-- Et nous disons, nous: "Fier comme un Gascon", repondit
d'Artagnan. Les Gascons sont les Ecossais de la France."

D'Artagnan salua le duc et s'appreta a partir.

"Eh bien, vous vous en allez comme cela? Par ou? Comment?

-- C'est vrai.

-- Dieu me damne! les Francais ne doutent de rien!

-- J'avais oublie que l'Angleterre etait une ile, et que vous en
etiez le roi.

-- Allez au port, demandez le brick le _Sund_, remettez cette
lettre au capitaine; il vous conduira a un petit port ou certes on
ne vous attend pas, et ou n'abordent ordinairement que des
batiments pecheurs.

-- Ce port s'appelle?

-- Saint-Valery; mais, attendez donc: arrive la, vous entrerez
dans une mauvaise auberge sans nom et sans enseigne, un veritable
bouge a matelots; il n'y a pas a vous tromper, il n'y en a qu'une.

-- Apres?

-- Vous demanderez l'hote, et vous lui direz: _Forward_.

-- Ce qui veut dire?

-- En avant: c'est le mot d'ordre. Il vous donnera un cheval tout
selle et vous indiquera le chemin que vous devez suivre; vous
trouverez ainsi quatre relais sur votre route. Si vous voulez, a
chacun d'eux, donner votre adresse a Paris, les quatre chevaux
vous y suivront; vous en connaissez deja deux, et vous m'avez paru
les apprecier en amateur: ce sont ceux que nous montions;
rapportez-vous en a moi, les autres ne leur sont point inferieurs.
Ces quatre chevaux sont equipes pour la campagne. Si fier que vous
soyez, vous ne refuserez pas d'en accepter un et de faire accepter
les trois autres a vos compagnons: c'est pour nous faire la
guerre, d'ailleurs. La fin excuse les moyens, comme vous dites,
vous autres Francais, n'est-ce pas?

-- Oui, Milord, j'accepte, dit d'Artagnan; et s'il plait a Dieu,
nous ferons bon usage de vos presents.

-- Maintenant, votre main, jeune homme; peut-etre nous
rencontrerons-nous bientot sur le champ de bataille; mais, en
attendant, nous nous quitterons bons amis, je l'espere.

-- Oui, Milord, mais avec l'esperance de devenir ennemis bientot.

-- Soyez tranquille, je vous le promets.

-- Je compte sur votre parole, Milord."

D'Artagnan salua le duc et s'avanca vivement vers le port.

En face la Tour de Londres, il trouva le batiment designe, remit
sa lettre au capitaine, qui la fit viser par le gouverneur du
port, et appareilla aussitot.

Cinquante batiments etaient en partance et attendaient.

En passant bord a bord de l'un d'eux, d'Artagnan crut reconnaitre
la femme de Meung, la meme que le gentilhomme inconnu avait
appelee "Milady", et que lui, d'Artagnan, avait trouvee si belle;
mais grace au courant du fleuve et au bon vent qui soufflait, son
navire allait si vite qu'au bout d'un instant on fut hors de vue.

Le lendemain, vers neuf heures du matin, on aborda a Saint-Valery.

D'Artagnan se dirigea a l'instant meme vers l'auberge indiquee, et
la reconnut aux cris qui s'en echappaient: on parlait de guerre
entre l'Angleterre et la France comme de chose prochaine et
indubitable, et les matelots joyeux faisaient bombance.

D'Artagnan fendit la foule, s'avanca vers l'hote, et prononca le
mot _Forward_. A l'instant meme, l'hote lui fit signe de le
suivre, sortit avec lui par une porte qui donnait dans la cour, le
conduisit a l'ecurie ou l'attendait un cheval tout selle, et lui
demanda s'il avait besoin de quelque autre chose.

"J'ai besoin de connaitre la route que je dois suivre, dit
d'Artagnan.

-- Allez d'ici a Blangy, et de Blangy a Neufchatel. A Neufchatel,
entrez a l'auberge de la Herse d'Or, donnez le mot d'ordre a
l'hotelier, et vous trouverez comme ici un cheval tout selle.

-- Dois-je quelque chose? demanda d'Artagnan.

-- Tout est paye, dit l'hote, et largement. Allez donc, et que
Dieu vous conduise!

-- Amen!" repondit le jeune homme en partant au galop.

Quatre heures apres, il etait a Neufchatel.

Il suivit strictement les instructions recues; a Neufchatel, comme
a Saint-Valery, il trouva une monture toute sellee et qui
l'attendait; il voulut transporter les pistolets de la selle qu'il
venait de quitter a la selle qu'il allait prendre: les fontes
etaient garnies de pistolets pareils.

"Votre adresse a Paris?

-- Hotel des Gardes, compagnie des Essarts.

-- Bien, repondit celui-ci.

-- Quelle route faut-il prendre? demanda a son tour d'Artagnan.

-- Celle de Rouen; mais vous laisserez la ville a votre droite. Au
petit village d'Ecouis, vous vous arreterez, il n'y a qu'une
auberge, l'Ecu de France. Ne la jugez pas d'apres son apparence;
elle aura dans ses ecuries un cheval qui vaudra celui-ci.

-- Meme mot d'ordre?

-- Exactement.

-- Adieu, maitre!

-- Bon voyage, gentilhomme! avez-vous besoin de quelque chose?"

D'Artagnan fit signe de la tete que non, et repartit a fond de
train. A Ecouis, la meme scene se repeta: il trouva un hote aussi
prevenant, un cheval frais et repose; il laissa son adresse comme
il l'avait fait, et repartit du meme train pour Pontoise. A
Pontoise, il changea une derniere fois de monture, et a neuf
heures il entrait au grand galop dans la cour de l'hotel de
M. de Treville.

Il avait fait pres de soixante lieues en douze heures.

M. de Treville le recut comme s'il l'avait vu le matin meme;
seulement, en lui serrant la main un peu plus vivement que de
coutume, il lui annonca que la compagnie de M. des Essarts etait
de garde au Louvre et qu'il pouvait se rendre a son poste.


CHAPITRE XXII
LE BALLET DE LA MERLAISON

Le lendemain, il n'etait bruit dans tout Paris que du bal que
MM. les echevins de la ville donnaient au roi et a la reine, et
dans lequel Leurs Majestes devaient danser le fameux ballet de la
Merlaison, qui etait le ballet favori du roi.

Depuis huit jours on preparait, en effet, toutes choses a l'Hotel
de Ville pour cette solennelle soiree. Le menuisier de la ville
avait dresse des echafauds sur lesquels devaient se tenir les
dames invitees; l'epicier de la ville avait garni les salles de
deux cents flambeaux de cire blanche, ce qui etait un luxe inoui
pour cette epoque; enfin vingt violons avaient ete prevenus, et le
prix qu'on leur accordait avait ete fixe au double du prix
ordinaire, attendu, dit ce rapport, qu'ils devaient sonner toute
la nuit.

A dix heures du matin, le sieur de La Coste, enseigne des gardes
du roi, suivi de deux exempts et de plusieurs archers du corps,
vint demander au greffier de la ville, nomme Clement, toutes les
clefs des portes, des chambres et bureaux de l'Hotel. Ces clefs
lui furent remises a l'instant meme; chacune d'elles portait un
billet qui devait servir a la faire reconnaitre, et a partir de ce
moment le sieur de La Coste fut charge de la garde de toutes les
portes et de toutes les avenues.

A onze heures vint a son tour Duhallier, capitaine des gardes,
amenant avec lui cinquante archers qui se repartirent aussitot
dans l'Hotel de Ville, aux portes qui leur avaient ete assignees.

A trois heures arriverent deux compagnies des gardes, l'une
francaise l'autre suisse. La compagnie des gardes francaises etait
composee moitie des hommes de M. Duhallier, moitie des hommes de
M. des Essarts.

A six heures du soir les invites commencerent a entrer. A mesure
qu'ils entraient, ils etaient places dans la grande salle, sur les
echafauds prepares.

A neuf heures arriva Mme la Premiere presidente. Comme c'etait,
apres la reine, la personne la plus considerable de la fete, elle
fut recue par messieurs de la ville et placee dans la loge en face
de celle que devait occuper la reine.

A dix heures on dressa la collation des confitures pour le roi,
dans la petite salle du cote de l'eglise Saint-Jean, et cela en
face du buffet d'argent de la ville, qui etait garde par quatre
archers.

A minuit on entendit de grands cris et de nombreuses acclamations:
c'etait le roi qui s'avancait a travers les rues qui conduisent du
Louvre a l'Hotel de Ville, et qui etaient toutes illuminees avec
des lanternes de couleur.

Aussitot MM. les echevins, vetus de leurs robes de drap et
precedes de six sergents tenant chacun un flambeau a la main,
allerent au-devant du roi, qu'ils rencontrerent sur les degres, ou
le prevot des marchands lui fit compliment sur sa bienvenue,
compliment auquel Sa Majeste repondit en s'excusant d'etre venue
si tard, mais en rejetant la faute sur M. le cardinal, lequel
l'avait retenue jusqu'a onze heures pour parler des affaires de
l'Etat.

Sa Majeste, en habit de ceremonie, etait accompagnee de S.A.R.
Monsieur, du comte de Soissons, du grand prieur, du duc de
Longueville, du duc d'Elbeuf, du comte d'Harcourt, du comte de La
Roche-Guyon, de M. de Liancourt, de M. de Baradas, du comte de
Cramail et du chevalier de Souveray.

Chacun remarqua que le roi avait l'air triste et preoccupe.

Un cabinet avait ete prepare pour le roi, et un autre pour
Monsieur. Dans chacun de ces cabinets etaient deposes des habits
de masques. Autant avait ete fait pour la reine et pour Mme la
presidente. Les seigneurs et les dames de la suite de Leurs
Majestes devaient s'habiller deux par deux dans des chambres
preparees a cet effet.

Avant d'entrer dans le cabinet, le roi recommanda qu'on le vint
prevenir aussitot que paraitrait le cardinal.

Une demi-heure apres l'entree du roi, de nouvelles acclamations
retentirent: celles-la annoncaient l'arrivee de la reine: les
echevins firent ainsi qu'ils avaient fait deja et, precedes des
sergents, ils s'avancerent au devant de leur illustre convive.

La reine entra dans la salle: on remarqua que, comme le roi, elle
avait l'air triste et surtout fatigue.

Au moment ou elle entrait, le rideau d'une petite tribune qui
jusque-la etait reste ferme s'ouvrit, et l'on vit apparaitre la
tete pale du cardinal vetu en cavalier espagnol. Ses yeux se
fixerent sur ceux de la reine, et un sourire de joie terrible
passa sur ses levres: la reine n'avait pas ses ferrets de
diamants.

La reine resta quelque temps a recevoir les compliments de
messieurs de la ville et a repondre aux saluts des dames.

Tout a coup, le roi apparut avec le cardinal a l'une des portes de
la salle. Le cardinal lui parlait tout bas, et le roi etait tres
pale.

Le roi fendit la foule et, sans masque, les rubans de son
pourpoint a peine noues, il s'approcha de la reine, et d'une voix
alteree:

"Madame, lui dit-il, pourquoi donc, s'il vous plait, n'avez-vous
point vos ferrets de diamants, quand vous savez qu'il m'eut ete
agreable de les voir?"

La reine etendit son regard autour d'elle, et vit derriere le roi
le cardinal qui souriait d'un sourire diabolique.

"Sire, repondit la reine d'une voix alteree, parce qu'au milieu de
cette grande foule j'ai craint qu'il ne leur arrivat malheur.

-- Et vous avez eu tort, madame! Si je vous ai fait ce cadeau,
c'etait pour que vous vous en pariez. Je vous dis que vous avez eu
tort."

Et la voix du roi etait tremblante de colere; chacun regardait et
ecoutait avec etonnement, ne comprenant rien a ce qui se passait.

"Sire, dit la reine, je puis les envoyer chercher au Louvre, ou
ils sont, et ainsi les desirs de Votre Majeste seront accomplis.

-- Faites, madame, faites, et cela au plus tot: car dans une heure
le ballet va commencer."

La reine salua en signe de soumission et suivit les dames qui
devaient la conduire a son cabinet.

De son cote, le roi regagna le sien.

Il y eut dans la salle un moment de trouble et de confusion.

Tout le monde avait pu remarquer qu'il s'etait passe quelque chose
entre le roi et la reine; mais tous deux avaient parle si bas,
que, chacun par respect s'etant eloigne de quelques pas, personne
n'avait rien entendu. Les violons sonnaient de toutes leurs
forces, mais on ne les ecoutait pas.

Le roi sortit le premier de son cabinet; il etait en costume de
chasse des plus elegants, et Monsieur et les autres seigneurs
etaient habilles comme lui. C'etait le costume que le roi portait
le mieux, et vetu ainsi il semblait veritablement le premier
gentilhomme de son royaume.

Le cardinal s'approcha du roi et lui remit une boite. Le roi
l'ouvrit et y trouva deux ferrets de diamants.

"Que veut dire cela? demanda-t-il au cardinal.

-- Rien, repondit celui-ci; seulement si la reine a les ferrets,
ce dont je doute, comptez-les, Sire, et si vous n'en trouvez que
dix, demandez a Sa Majeste qui peut lui avoir derobe les deux
ferrets que voici."

Le roi regarda le cardinal comme pour l'interroger; mais il n'eut
le temps de lui adresser aucune question: un cri d'admiration
sortit de toutes les bouches. Si le roi semblait le premier
gentilhomme de son royaume, la reine etait a coup sur la plus
belle femme de France.

Il est vrai que sa toilette de chasseresse lui allait a merveille;
elle avait un chapeau de feutre avec des plumes bleues, un surtout
en velours gris perle rattache avec des agrafes de diamants, et
une jupe de satin bleu toute brodee d'argent. Sur son epaule
gauche etincelaient les ferrets soutenus par un noeud de meme
couleur que les plumes et la jupe.

Le roi tressaillit de joie et le cardinal de colere; cependant,
distants comme ils l'etaient de la reine, ils ne pouvaient compter
les ferrets; la reine les avait, seulement en avait-elle dix ou en
avait-elle douze?

En ce moment, les violons sonnerent le signal du ballet. Le roi
s'avanca vers Mme la presidente, avec laquelle il devait danser,
et S.A.R. Monsieur avec la reine. On se mit en place, et le ballet
commenca.

Le roi figurait en face de la reine, et chaque fois qu'il passait
pres d'elle, il devorait du regard ces ferrets, dont il ne pouvait
savoir le compte. Une sueur froide couvrait le front du cardinal.

Le ballet dura une heure; il avait seize entrees.

Le ballet finit au milieu des applaudissements de toute la salle,
chacun reconduisit sa dame a sa place; mais le roi profita du
privilege qu'il avait de laisser la sienne ou il se trouvait, pour
s'avancer vivement vers la reine.

"Je vous remercie, madame, lui dit-il, de la deference que vous
avez montree pour mes desirs, mais je crois qu'il vous manque deux
ferrets, et je vous les rapporte."

A ces mots, il tendit a la reine les deux ferrets que lui avait
remis le cardinal.

"Comment, Sire! s'ecria la jeune reine jouant la surprise, vous
m'en donnez encore deux autres; mais alors cela m'en fera donc
quatorze?"

En effet, le roi compta, et les douze ferrets se trouverent sur
l'epaule de Sa Majeste.

Le roi appela le cardinal:

"Eh bien, que signifie cela, monsieur le cardinal? demanda le roi
d'un ton severe.

-- Cela signifie, Sire, repondit le cardinal, que je desirais
faire accepter ces deux ferrets a Sa Majeste, et que n'osant les
lui offrir moi-meme, j'ai adopte ce moyen.

-- Et j'en suis d'autant plus reconnaissante a Votre Eminence,
repondit Anne d'Autriche avec un sourire qui prouvait qu'elle
n'etait pas dupe de cette ingenieuse galanterie, que je suis
certaine que ces deux ferrets vous coutent aussi cher a eux seuls
que les douze autres ont coute a Sa Majeste."

Puis, ayant salue le roi et le cardinal, la reine reprit le chemin
de la chambre ou elle s'etait habillee et ou elle devait se
devetir.

L'attention que nous avons ete obliges de donner pendant le
commencement de ce chapitre aux personnages illustres que nous y
avons introduits nous a ecartes un instant de celui a qui Anne
d'Autriche devait le triomphe inoui qu'elle venait de remporter
sur le cardinal, et qui, confondu, ignore, perdu dans la foule
entassee a l'une des portes, regardait de la cette scene
comprehensible seulement pour quatre personnes: le roi, la reine,
Son Eminence et lui.

La reine venait de regagner sa chambre, et d'Artagnan s'appretait
a se retirer, lorsqu'il sentit qu'on lui touchait legerement
l'epaule; il se retourna, et vit une jeune femme qui lui faisait
signe de la suivre. Cette jeune femme avait le visage couvert d'un
loup de velours noir, mais malgre cette precaution, qui, au reste,
etait bien plutot prise pour les autres que pour lui, il reconnut
a l'instant meme son guide ordinaire, la legere et spirituelle
Mme Bonacieux.

La veille ils s'etaient vus a peine chez le suisse Germain, ou
d'Artagnan l'avait fait demander. La hate qu'avait la jeune femme
de porter a la reine cette excellente nouvelle de l'heureux retour
de son messager fit que les deux amants echangerent a peine
quelques paroles. D'Artagnan suivit donc Mme Bonacieux, mu par un
double sentiment, l'amour et la curiosite. Pendant toute la route,
et a mesure que les corridors devenaient plus deserts, d'Artagnan
voulait arreter la jeune femme, la saisir, la contempler, ne fut-
ce qu'un instant; mais, vive comme un oiseau, elle glissait
toujours entre ses mains, et lorsqu'il voulait parler, son doigt
ramene sur sa bouche avec un petit geste imperatif plein de charme
lui rappelait qu'il etait sous l'empire d'une puissance a laquelle
il devait aveuglement obeir, et qui lui interdisait jusqu'a la
plus legere plainte; enfin, apres une minute ou deux de tours et
de detours, Mme Bonacieux ouvrit une porte et introduisit le jeune
homme dans un cabinet tout a fait obscur. La elle lui fit un
nouveau signe de mutisme, et ouvrant une seconde porte cachee par
une tapisserie dont les ouvertures repandirent tout a coup une
vive lumiere, elle disparut.

D'Artagnan demeura un instant immobile et se demandant ou il
etait, mais bientot un rayon de lumiere qui penetrait par cette
chambre, l'air chaud et parfume qui arrivait jusqu'a lui, la
conversation de deux ou trois femmes, au langage a la fois
respectueux et elegant, le mot de Majeste plusieurs fois repete,
lui indiquerent clairement qu'il etait dans un cabinet attenant a
la chambre de la reine.

Le jeune homme se tint dans l'ombre et attendit.

La reine paraissait gaie et heureuse, ce qui semblait fort etonner
les personnes qui l'entouraient, et qui avaient au contraire
l'habitude de la voir presque toujours soucieuse. La reine
rejetait ce sentiment joyeux sur la beaute de la fete, sur le
plaisir que lui avait fait eprouver le ballet, et comme il n'est
pas permis de contredire une reine, qu'elle sourie ou qu'elle
pleure, chacun rencherissait sur la galanterie de MM. les echevins
de la ville de Paris.

Quoique d'Artagnan ne connut point la reine, il distingua sa voix
des autres voix, d'abord a un leger accent etranger, puis a ce
sentiment de domination naturellement empreint dans toutes les
paroles souveraines. Il l'entendait s'approcher et s'eloigner de
cette porte ouverte, et deux ou trois fois il vit meme l'ombre
d'un corps intercepter la lumiere.

Enfin, tout a coup une main et un bras adorables de forme et de
blancheur passerent a travers la tapisserie; d'Artagnan comprit
que c'etait sa recompense: il se jeta a genoux, saisit cette main
et appuya respectueusement ses levres; puis cette main se retira
laissant dans les siennes un objet qu'il reconnut pour etre une
bague; aussitot la porte se referma, et d'Artagnan se retrouva
dans la plus complete obscurite.

D'Artagnan mit la bague a son doigt et attendit de nouveau; il
etait evident que tout n'etait pas fini encore.

Apres la recompense de son devouement venait la recompense de son
amour. D'ailleurs, le ballet etait danse, mais la soiree etait a
peine commencee: on soupait a trois heures, et l'horloge Saint-
Jean, depuis quelque temps deja, avait sonne deux heures trois
quarts.

En effet, peu a peu le bruit des voix diminua dans la chambre
voisine; puis on l'entendit s'eloigner; puis la porte du cabinet
ou etait d'Artagnan se rouvrit, et Mme Bonacieux s'y elanca.

"Vous, enfin! s'ecria d'Artagnan.

-- Silence! dit la jeune femme en appuyant sa main sur les levres
du jeune homme: silence! et allez-vous-en par ou vous etes venu.

-- Mais ou et quand vous reverrai-je? s'ecria d'Artagnan.

-- Un billet que vous trouverez en rentrant vous le dira. Partez,
partez!"

Et a ces mots elle ouvrit la porte du corridor et poussa
d'Artagnan hors du cabinet.

D'Artagnan obeit comme un enfant, sans resistance et sans
objection aucune, ce qui prouve qu'il etait bien reellement
amoureux.


CHAPITRE XXIII
LE RENDEZ-VOUS

D'Artagnan revint chez lui tout courant, et quoiqu'il fut plus de
trois heures du matin, et qu'il eut les plus mechants quartiers de
Paris a traverser, il ne fit aucune mauvaise rencontre. On sait
qu'il y a un dieu pour les ivrognes et les amoureux.

Il trouva la porte de son allee entrouverte, monta son escalier,
et frappa doucement et d'une facon convenue entre lui et son
laquais. Planchet, qu'il avait renvoye deux heures auparavant de
l'Hotel de Ville en lui recommandant de l'attendre, vint lui
ouvrir la porte.

"Quelqu'un a-t-il apporte une lettre pour moi? demanda vivement
d'Artagnan.

-- Personne n'a apporte de lettre, monsieur, repondit Planchet;
mais il y en a une qui est venue toute seule.

-- Que veux-tu dire, imbecile?

-- Je veux dire qu'en rentrant, quoique j'eusse la clef de votre
appartement dans ma poche et que cette clef ne m'eut point quitte,
j'ai trouve une lettre sur le tapis vert de la table, dans votre
chambre a coucher.

-- Et ou est cette lettre?

-- Je l'ai laissee ou elle etait, monsieur. Il n'est pas naturel
que les lettres entrent ainsi chez les gens. Si la fenetre etait
ouverte encore, ou seulement entrebaillee je ne dis pas; mais non,
tout etait hermetiquement ferme. Monsieur, prenez garde, car il y
a tres certainement quelque magie la-dessous."

Pendant ce temps, le jeune homme s'elancait dans la chambre et
ouvrait la lettre; elle etait de Mme Bonacieux, et concue en ces
termes:

"On a de vifs remerciements a vous faire et a vous transmettre.
Trouvez-vous ce soir vers dix heures a Saint-Cloud, en face du
pavillon qui s'eleve a l'angle de la maison de M. d'Estrees.

"C. B."

En lisant cette lettre, d'Artagnan sentait son coeur se dilater et
s'etreindre de ce doux spasme qui torture et caresse le coeur des
amants.

C'etait le premier billet qu'il recevait, c'etait le premier
rendez-vous qui lui etait accorde. Son coeur, gonfle par l'ivresse
de la joie, se sentait pret a defaillir sur le seuil de ce paradis
terrestre qu'on appelait l'amour.

"Eh bien! monsieur, dit Planchet, qui avait vu son maitre rougir
et palir successivement; eh bien! n'est-ce pas que j'avais devine
juste et que c'est quelque mechante affaire?

-- Tu te trompes, Planchet, repondit d'Artagnan, et la preuve,
c'est que voici un ecu pour que tu boives a ma sante.

-- Je remercie monsieur de l'ecu qu'il me donne, et je lui promets
de suivre exactement ses instructions; mais il n'en est pas moins
vrai que les lettres qui entrent ainsi dans les maisons fermees...

-- Tombent du ciel, mon ami, tombent du ciel.

-- Alors, monsieur est content? demanda Planchet.

-- Mon cher Planchet, je suis le plus heureux des hommes!

-- Et je puis profiter du bonheur de monsieur pour aller me
coucher?

-- Oui, va.

-- Que toutes les benedictions du Ciel tombent sur monsieur, mais
il n'en est pas moins vrai que cette lettre..."

Et Planchet se retira en secouant la tete avec un air de doute que
n'etait point parvenu a effacer entierement la liberalite de
d'Artagnan.

Reste seul, d'Artagnan lut et relut son billet, puis il baisa et
rebaisa vingt fois ces lignes tracees par la main de sa belle
maitresse. Enfin il se coucha, s'endormit et fit des reves d'or.

A sept heures du matin, il se leva et appela Planchet, qui, au
second appel, ouvrit la porte, le visage encore mal nettoye des
inquietudes de la veille.

"Planchet, lui dit d'Artagnan, je sors pour toute la journee peut-
etre; tu es donc libre jusqu'a sept heures du soir; mais, a sept
heures du soir, tiens-toi pret avec deux chevaux.

-- Allons! dit Planchet, il parait que nous allons encore nous
faire traverser la peau en plusieurs endroits.

-- Tu prendras ton mousqueton et tes pistolets.

-- Eh bien, que disais-je? s'ecria Planchet. La, j'en etais sur,
maudite lettre!

-- Mais rassure-toi donc, imbecile, il s'agit tout simplement
d'une partie de plaisir.

-- Oui! comme les voyages d'agrement de l'autre jour, ou il
pleuvait des balles et ou il poussait des chausse-trapes.

-- Au reste, si vous avez peur, monsieur Planchet, reprit
d'Artagnan, j'irai sans vous; j'aime mieux voyager seul que
d'avoir un compagnon qui tremble.

-- Monsieur me fait injure, dit Planchet; il me semblait cependant
qu'il m'avait vu a l'oeuvre.

-- Oui, mais j'ai cru que tu avais use tout ton courage d'une
seule fois.

-- Monsieur verra que dans l'occasion il m'en reste encore;
seulement je prie monsieur de ne pas trop le prodiguer, s'il veut
qu'il m'en reste longtemps.

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