Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

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Ils s'approcherent vivement de ce gentilhomme, qui paraissait fort
affaire. Il avait ses bottes couvertes de poussiere, et
s'informait s'il ne pourrait point passer a l'instant meme en
Angleterre.

"Rien ne serait plus facile, repondit le patron d'un batiment pret
a mettre a la voile; mais, ce matin, est arrive l'ordre de ne
laisser partir personne sans une permission expresse de M. le
cardinal.

-- J'ai cette permission, dit le gentilhomme en tirant un papier
de sa poche; la voici.

-- Faites-la viser par le gouverneur du port, dit le patron, et
donnez-moi la preference.

-- Ou trouverai-je le gouverneur?

-- A sa campagne.

-- Et cette campagne est situee?

A un quart de lieue de la ville; tenez, vous la voyez d'ici, au
pied de cette petite Eminence, ce toit en ardoises.

-- Tres bien!" dit le gentilhomme.

Et, suivi de son laquais, il prit le chemin de la maison de
campagne du gouverneur.

D'Artagnan et Planchet suivirent le gentilhomme a cinq cents pas
de distance.

Une fois hors de la ville, d'Artagnan pressa le pas et rejoignit
le gentilhomme comme il entrait dans un petit bois.

"Monsieur, lui dit d'Artagnan, vous me paraissez fort presse?

-- On ne peut plus presse, monsieur.

-- J'en suis desespere, dit d'Artagnan, car, comme je suis tres
presse aussi, je voulais vous prier de me rendre un service.

-- Lequel?

-- De me laisser passer le premier.

-- Impossible, dit le gentilhomme, j'ai fait soixante lieues en
quarante-quatre heures, et il faut que demain a midi je sois a
Londres.

-- J'ai fait le meme chemin en quarante heures, et il faut que
demain a dix heures du matin je sois a Londres.

-- Desespere, monsieur; mais je suis arrive le premier et je ne
passerai pas le second.

-- Desespere, monsieur; mais je suis arrive le second et je
passerai le premier.

-- Service du roi! dit le gentilhomme.

-- Service de moi! dit d'Artagnan.

-- Mais c'est une mauvaise querelle que vous me cherchez la, ce me
semble.

-- Parbleu! que voulez-vous que ce soit?

-- Que desirez-vous?

-- Vous voulez le savoir?

-- Certainement.

-- Eh bien, je veux l'ordre dont vous etes porteur, attendu que je
n'en ai pas, moi, et qu'il m'en faut un.

-- Vous plaisantez, je presume.

-- Je ne plaisante jamais.

-- Laissez-moi passer!

-- Vous ne passerez pas.

-- Mon brave jeune homme, je vais vous casser la tete. Hola,
Lubin! mes pistolets.

-- Planchet, dit d'Artagnan, charge-toi du valet, je me charge du
maitre."

Planchet, enhardi par le premier exploit, sauta sur Lubin, et
comme il etait fort et vigoureux, il le renversa les reins contre
terre et lui mit le genou sur la poitrine.

"Faites votre affaire, monsieur, dit Planchet; moi, j'ai fait la
mienne."

Voyant cela, le gentilhomme tira son epee et fondit sur
d'Artagnan; mais il avait affaire a forte partie.

En trois secondes d'Artagnan lui fournit trois coups d'epee en
disant a chaque coup:

"Un pour Athos, un pour Porthos, un pour Aramis."

Au troisieme coup, le gentilhomme tomba comme une masse.

D'Artagnan le crut mort, ou tout au moins evanoui, et s'approcha
pour lui prendre l'ordre; mais au moment ou il etendait le bras
afin de le fouiller, le blesse qui n'avait pas lache son epee, lui
porta un coup de pointe dans la poitrine en disant:

"Un pour vous.

-- Et un pour moi! au dernier les bons!" s'ecria d'Artagnan
furieux, en le clouant par terre d'un quatrieme coup d'epee dans
le ventre.

Cette fois, le gentilhomme ferma les yeux et s'evanouit.

D'Artagnan fouilla dans la poche ou il l'avait vu remettre l'ordre
de passage, et le prit. Il etait au nom du comte de Wardes.

Puis, jetant un dernier coup d'oeil sur le beau jeune homme, qui
avait vingt-cinq ans a peine et qu'il laissait la, gisant, prive
de sentiment et peut-etre mort, il poussa un soupir sur cette
etrange destinee qui porte les hommes a se detruire les uns les
autres pour les interets de gens qui leur sont etrangers et qui
souvent ne savent pas meme qu'ils existent.

Mais il fut bientot tire de ces reflexions par Lubin, qui poussait
des hurlements et criait de toutes ses forces au secours.

Planchet lui appliqua la main sur la gorge et serra de toutes ses
forces.

"Monsieur, dit-il, tant que je le tiendrai ainsi, il ne criera
pas, j'en suis bien sur; mais aussitot que je le lacherai, il va
se remettre a crier. Je le reconnais pour un Normand et les
Normands sont entetes."

En effet, tout comprime qu'il etait, Lubin essayait encore de
filer des sons.

"Attends!" dit d'Artagnan.

Et prenant son mouchoir, il le baillonna.

"Maintenant, dit Planchet, lions-le a un arbre."

La chose fut faite en conscience, puis on tira le comte de Wardes
pres de son domestique; et comme la nuit commencait a tomber et
que le garrotte et le blesse etaient tous deux a quelques pas dans
le bois, il etait evident qu'ils devaient rester jusqu'au
lendemain.

"Et maintenant, dit d'Artagnan, chez le gouverneur!

-- Mais vous etes blesse, ce me semble? dit Planchet.

-- Ce n'est rien, occupons-nous du plus presse; puis nous
reviendrons a ma blessure, qui, au reste, ne me parait pas tres
dangereuse."

Et tous deux s'acheminerent a grands pas vers la campagne du digne
fonctionnaire.

On annonca M. le comte de Wardes.

D'Artagnan fut introduit.

"Vous avez un ordre signe du cardinal? dit le gouverneur.

-- Oui, monsieur, repondit d'Artagnan, le voici.

-- Ah! ah! il est en regle et bien recommande, dit le gouverneur.

-- C'est tout simple, repondit d'Artagnan, je suis de ses plus
fideles.

-- Il parait que Son Eminence veut empecher quelqu'un de parvenir
en Angleterre.

-- Oui, un certain d'Artagnan, un gentilhomme bearnais qui est
parti de Paris avec trois de ses amis dans l'intention de gagner
Londres.

-- Le connaissez-vous personnellement? demanda le gouverneur.

-- Qui cela?

-- Ce d'Artagnan?

-- A merveille.

-- Donnez-moi son signalement alors.

-- Rien de plus facile."

Et d'Artagnan donna trait pour trait le signalement du comte
de Wardes.

"Est-il accompagne? demanda le gouverneur.

-- Oui, d'un valet nomme Lubin.

-- On veillera sur eux, et si on leur met la main dessus, Son
Eminence peut etre tranquille, ils seront reconduits a Paris sous
bonne escorte.

-- Et ce faisant, monsieur le gouverneur, dit d'Artagnan, vous
aurez bien merite du cardinal.

-- Vous le reverrez a votre retour, monsieur le comte?

-- Sans aucun doute.

-- Dites-lui, je vous prie, que je suis bien son serviteur.

-- Je n'y manquerai pas."

Et joyeux de cette assurance, le gouverneur visa le laissez-passer
et le remit a d'Artagnan.

D'Artagnan ne perdit pas son temps en compliments inutiles, il
salua le gouverneur, le remercia et partit.

Une fois dehors, lui et Planchet prirent leur course, et faisant
un long detour, ils eviterent le bois et rentrerent par une autre
porte.

Le batiment etait toujours pret a partir, le patron attendait sur
le port.

"Eh bien? dit-il en apercevant d'Artagnan.

-- Voici ma passe visee, dit celui-ci.

-- Et cet autre gentilhomme?

-- Il ne partira pas aujourd'hui, dit d'Artagnan, mais soyez
tranquille, je paierai le passage pour nous deux.

-- En ce cas, partons, dit le patron.

-- Partons!" repeta d'Artagnan.

Et il sauta avec Planchet dans le canot; cinq minutes apres, ils
etaient a bord.

Il etait temps: a une demi-lieue en mer, d'Artagnan vit briller
une lumiere et entendit une detonation.

C'etait le coup de canon qui annoncait la fermeture du port.

Il etait temps de s'occuper de sa blessure; heureusement, comme
l'avait pense d'Artagnan, elle n'etait pas des plus dangereuses:
la pointe de l'epee avait rencontre une cote et avait glisse le
long de l'os; de plus, la chemise s'etait collee aussitot a la
plaie, et a peine avait-elle repandu quelques gouttes de sang.

D'Artagnan etait brise de fatigue: on lui etendit un matelas sur
le pont, il se jeta dessus et s'endormit.

Le lendemain, au point du jour, il se trouva a trois ou quatre
lieues seulement des cotes d'Angleterre; la brise avait ete faible
toute la nuit, et l'on avait peu marche.

A dix heures, le batiment jetait l'ancre dans le port de Douvres.

A dix heures et demie, d'Artagnan mettait le pied sur la terre
d'Angleterre, en s'ecriant:

"Enfin, m'y voila!"

Mais ce n'etait pas tout: il fallait gagner Londres. En
Angleterre, la poste etait assez bien servie. D'Artagnan et
Planchet prirent chacun un bidet, un postillon courut devant eux;
en quatre heures ils arriverent aux portes de la capitale.

D'Artagnan ne connaissait pas Londres, d'Artagnan ne savait pas un
mot d'anglais; mais il ecrivit le nom de Buckingham sur un papier,
et chacun lui indiqua l'hotel du duc.

Le duc etait a la chasse a Windsor, avec le roi.

D'Artagnan demanda le valet de chambre de confiance du duc, qui,
l'ayant accompagne dans tous ses voyages, parlait parfaitement
francais; il lui dit qu'il arrivait de Paris pour affaire de vie
et de mort, et qu'il fallait qu'il parlat a son maitre a l'instant
meme.

La confiance avec laquelle parlait d'Artagnan convainquit Patrice;
c'etait le nom de ce ministre du ministre. Il fit seller deux
chevaux et se chargea de conduire le jeune garde. Quant a
Planchet, on l'avait descendu de sa monture, raide comme un jonc:
le pauvre garcon etait au bout de ses forces; d'Artagnan semblait
de fer.

On arriva au chateau; la on se renseigna: le roi et Buckingham
chassaient a l'oiseau dans des marais situes a deux ou trois
lieues de la.

En vingt minutes on fut au lieu indique. Bientot Patrice entendit
la voix de son maitre, qui appelait son faucon.

"Qui faut-il que j'annonce a Milord duc? demanda Patrice.

-- Le jeune homme qui, un soir, lui a cherche une querelle sur le
Pont-Neuf, en face de la Samaritaine.

-- Singuliere recommandation!

-- Vous verrez qu'elle en vaut bien une autre."

Patrice mit son cheval au galop, atteignit le duc et lui annonca
dans les termes que nous avons dits qu'un messager l'attendait.

Buckingham reconnut d'Artagnan a l'instant meme, et se doutant que
quelque chose se passait en France dont on lui faisait parvenir la
nouvelle, il ne prit que le temps de demander ou etait celui qui
la lui apportait; et ayant reconnu de loin l'uniforme des gardes,
il mit son cheval au galop et vint droit a d'Artagnan. Patrice,
par discretion, se tint a l'ecart.

"Il n'est point arrive malheur a la reine? s'ecria Buckingham,
repandant toute sa pensee et tout son amour dans cette
interrogation.

-- Je ne crois pas; cependant je crois qu'elle court quelque grand
peril dont Votre Grace seule peut la tirer.

-- Moi? s'ecria Buckingham. Eh quoi! je serais assez heureux pour
lui etre bon a quelque chose! Parlez! parlez!

-- Prenez cette lettre, dit d'Artagnan.

-- Cette lettre! de qui vient cette lettre?

-- De Sa Majeste, a ce que je pense.

-- De Sa Majeste!" dit Buckingham, palissant si fort que
d'Artagnan crut qu'il allait se trouver mal.

Et il brisa le cachet.

"Quelle est cette dechirure? dit-il en montrant a d'Artagnan un
endroit ou elle etait percee a jour.

-- Ah! ah! dit d'Artagnan, je n'avais pas vu cela; c'est l'epee du
comte de Wardes qui aura fait ce beau coup en me trouant la
poitrine.

-- Vous etes blesse? demanda Buckingham en rompant le cachet.

-- Oh! rien! dit d'Artagnan, une egratignure.

-- Juste Ciel! qu'ai-je lu! s'ecria le duc. Patrice, reste ici, ou
plutot rejoins le roi partout ou il sera, et dis a Sa Majeste que
je la supplie bien humblement de m'excuser, mais qu'une affaire de
la plus haute importance me rappelle a Londres. Venez, monsieur,
venez."

Et tous deux reprirent au galop le chemin de la capitale.


CHAPITRE XXI
LA COMTESSE DE WINTER

Tout le long de la route, le duc se fit mettre au courant par
d'Artagnan non pas de tout ce qui s'etait passe, mais de ce que
d'Artagnan savait. En rapprochant ce qu'il avait entendu sortir de
la bouche du jeune homme de ses souvenirs a lui, il put donc se
faire une idee assez exacte d'une position de la gravite de
laquelle, au reste, la lettre de la reine, si courte et si peu
explicite qu'elle fut, lui donnait la mesure. Mais ce qui
l'etonnait surtout, c'est que le cardinal, interesse comme il
l'etait a ce que le jeune homme ne mit pas le pied en Angleterre,
ne fut point parvenu a l'arreter en route. Ce fut alors, et sur la
manifestation de cet etonnement, que d'Artagnan lui raconta les
precautions prises, et comment, grace au devouement de ses trois
amis qu'il avait eparpilles tout sanglants sur la route, il etait
arrive a en etre quitte pour le coup d'epee qui avait traverse le
billet de la reine, et qu'il avait rendu a M. de Wardes en si
terrible monnaie. Tout en ecoutant ce recit, fait avec la plus
grande simplicite, le duc regardait de temps en temps le jeune
homme d'un air etonne, comme s'il n'eut pas pu comprendre que tant
de prudence, de courage et de devouement s'alliat avec un visage
qui n'indiquait pas encore vingt ans.

Les chevaux allaient comme le vent, et en quelques minutes ils
furent aux portes de Londres. D'Artagnan avait cru qu'en arrivant
dans la ville le duc allait ralentir l'allure du sien, mais il
n'en fut pas ainsi: il continua sa route a fond de train,
s'inquietant peu de renverser ceux qui etaient sur son chemin. En
effet, en traversant la Cite deux ou trois accidents de ce genre
arriverent; mais Buckingham ne detourna pas meme la tete pour
regarder ce qu'etaient devenus ceux qu'il avait culbutes.
D'Artagnan le suivait au milieu de cris qui ressemblaient fort a
des maledictions.

En entrant dans la cour de l'hotel, Buckingham sauta a bas de son
cheval, et, sans s'inquieter de ce qu'il deviendrait, il lui jeta
la bride sur le cou et s'elanca vers le perron. D'Artagnan en fit
autant, avec un peu plus d'inquietude, cependant, pour ces nobles
animaux dont il avait pu apprecier le merite; mais il eut la
consolation de voir que trois ou quatre valets s'etaient deja
elances des cuisines et des ecuries, et s'emparaient aussitot de
leurs montures.

Le duc marchait si rapidement, que d'Artagnan avait peine a le
suivre. Il traversa successivement plusieurs salons d'une elegance
dont les plus grands seigneurs de France n'avaient pas meme
l'idee, et il parvint enfin dans une chambre a coucher qui etait a
la fois un miracle de gout et de richesse. Dans l'alcove de cette
chambre etait une porte, prise dans la tapisserie, que le duc
ouvrit avec une petite clef d'or qu'il portait suspendue a son cou
par une chaine du meme metal. Par discretion, d'Artagnan etait
reste en arriere; mais au moment ou Buckingham franchissait le
seuil de cette porte, il se retourna, et voyant l'hesitation du
jeune homme:

"Venez, lui dit-il, et si vous avez le bonheur d'etre admis en la
presence de Sa Majeste, dites-lui ce que vous avez vu."

Encourage par cette invitation, d'Artagnan suivit le duc, qui
referma la porte derriere lui.

Tous deux se trouverent alors dans une petite chapelle toute
tapissee de soie de Perse et brochee d'or, ardemment eclairee par
un grand nombre de bougies. Au-dessus d'une espece d'autel, et au-
dessous d'un dais de velours bleu surmonte de plumes blanches et
rouges, etait un portrait de grandeur naturelle representant Anne
d'Autriche, si parfaitement ressemblant, que d'Artagnan poussa un
cri de surprise: on eut cru que la reine allait parler.

Sur l'autel, et au-dessous du portrait, etait le coffret qui
renfermait les ferrets de diamants.

Le duc s'approcha de l'autel, s'agenouilla comme eut pu faire un
pretre devant le Christ; puis il ouvrit le coffret.

"Tenez, lui dit-il en tirant du coffre un gros noeud de ruban bleu
tout etincelant de diamants; tenez, voici ces precieux ferrets
avec lesquels j'avais fait le serment d'etre enterre. La reine me
les avait donnes, la reine me les reprend: sa volonte, comme celle
de Dieu, soit faite en toutes choses."

Puis il se mit a baiser les uns apres les autres ces ferrets dont
il fallait se separer. Tout a coup, il poussa un cri terrible.

"Qu'y a-t-il? demanda d'Artagnan avec inquietude, et que vous
arrive-t-il, Milord?

-- Il y a que tout est perdu, s'ecria Buckingham en devenant pale
comme un trepasse; deux de ces ferrets manquent, il n'y en a plus
que dix.

-- Milord les a-t-il perdus, ou croit-il qu'on les lui ait voles?

-- On me les a voles, reprit le duc, et c'est le cardinal qui a
fait le coup. Tenez, voyez, les rubans qui les soutenaient ont ete
coupes avec des ciseaux.

-- Si Milord pouvait se douter qui a commis le vol... Peut-etre la
personne les a-t-elle encore entre les mains.

-- Attendez, attendez! s'ecria le duc. La seule fois que j'ai mis
ces ferrets, c'etait au bal du roi, il y a huit jours, a Windsor.
La comtesse de Winter, avec laquelle j'etais brouille, s'est
rapprochee de moi a ce bal. Ce raccommodement, c'etait une
vengeance de femme jalouse. Depuis ce jour, je ne l'ai pas revue.
Cette femme est un agent du cardinal.

-- Mais il en a donc dans le monde entier! s'ecria d'Artagnan.

-- Oh! oui, oui, dit Buckingham en serrant les dents de colere;
oui, c'est un terrible lutteur. Mais cependant, quand doit avoir
lieu ce bal?

-- Lundi prochain.

-- Lundi prochain! cinq jours encore, c'est plus de temps qu'il ne
nous en faut. Patrice! s'ecria le duc en ouvrant la porte de la
chapelle, Patrice!"

Son valet de chambre de confiance parut.

"Mon joaillier et mon secretaire!"

Le valet de chambre sortit avec une promptitude et un mutisme qui
prouvaient l'habitude qu'il avait contractee d'obeir aveuglement
et sans replique.

Mais, quoique ce fut le joaillier qui eut ete appele le premier,
ce fut le secretaire qui parut d'abord. C'etait tout simple, il
habitait l'hotel. Il trouva Buckingham assis devant une table dans
sa chambre a coucher, et ecrivant quelques ordres de sa propre
main.

"Monsieur Jackson, lui dit-il, vous allez vous rendre de ce pas
chez le lord-chancelier, et lui dire que je le charge de
l'execution de ces ordres. Je desire qu'ils soient promulgues a
l'instant meme.

-- Mais, Monseigneur, si le lord-chancelier m'interroge sur les
motifs qui ont pu porter Votre Grace a une mesure si
extraordinaire, que repondrai-je?

-- Que tel a ete mon bon plaisir, et que je n'ai de compte a
rendre a personne de ma volonte.

-- Sera-ce la reponse qu'il devra transmettre a Sa Majeste, reprit
en souriant le secretaire, si par hasard Sa Majeste avait la
curiosite de savoir pourquoi aucun vaisseau ne peut sortir des
ports de la Grande-Bretagne?

-- Vous avez raison, monsieur, repondit Buckingham; il dirait en
ce cas au roi que j'ai decide la guerre, et que cette mesure est
mon premier acte d'hostilite contre la France."

Le secretaire s'inclina et sortit.

"Nous voila tranquilles de ce cote, dit Buckingham en se
retournant vers d'Artagnan. Si les ferrets ne sont point deja
partis pour la France, ils n'y arriveront qu'apres vous.

-- Comment cela?

-- Je viens de mettre un embargo sur tous les batiments qui se
trouvent a cette heure dans les ports de Sa Majeste, et, a moins
de permission particuliere, pas un seul n'osera lever l'ancre."

D'Artagnan regarda avec stupefaction cet homme qui mettait le
pouvoir illimite dont il etait revetu par la confiance d'un roi au
service de ses amours. Buckingham vit, a l'expression du visage du
jeune homme, ce qui se passait dans sa pensee, et il sourit.

"Oui, dit-il, oui, c'est qu'Anne d'Autriche est ma veritable
reine; sur un mot d'elle, je trahirais mon pays, je trahirais mon
roi, je trahirais mon Dieu. Elle m'a demande de ne point envoyer
aux protestants de La Rochelle le secours que je leur avais
promis, et je l'ai fait. Je manquais a ma parole, mais qu'importe!
j'obeissais a son desir; n'ai-je point ete grandement paye de mon
obeissance, dites? car c'est a cette obeissance que je dois son
portrait."

D'Artagnan admira a quels fils fragiles et inconnus sont parfois
suspendues les destinees d'un peuple et la vie des hommes.

Il en etait au plus profond de ses reflexions, lorsque l'orfevre
entra: c'etait un Irlandais des plus habiles dans son art, et qui
avouait lui-meme qu'il gagnait cent mille livres par an avec le
duc de Buckingham.

"Monsieur O'Reilly, lui dit le duc en le conduisant dans la
chapelle, voyez ces ferrets de diamants, et dites-moi ce qu'ils
valent la piece."

L'orfevre jeta un seul coup d'oeil sur la facon elegante dont ils
etaient montes, calcula l'un dans l'autre la valeur des diamants,
et sans hesitation aucune:

"Quinze cents pistoles la piece, Milord, repondit-il.

-- Combien faudrait-il de jours pour faire deux ferrets comme
ceux-la? Vous voyez qu'il en manque deux.

-- Huit jours, Milord.

-- Je les paierai trois mille pistoles la piece, il me les faut
apres-demain.

-- Milord les aura.

-- Vous etes un homme precieux, monsieur O'Reilly, mais ce n'est
pas le tout: ces ferrets ne peuvent etre confies a personne, il
faut qu'ils soient faits dans ce palais.

-- Impossible, Milord, il n'y a que moi qui puisse les executer
pour qu'on ne voie pas la difference entre les nouveaux et les
anciens.

-- Aussi, mon cher monsieur O'Reilly, vous etes mon prisonnier, et
vous voudriez sortir a cette heure de mon palais que vous ne le
pourriez pas; prenez-en donc votre parti. Nommez-moi ceux de vos
garcons dont vous aurez besoin, et designez-moi les ustensiles
qu'ils doivent apporter."

L'orfevre connaissait le duc, il savait que toute observation
etait inutile, il en prit donc a l'instant meme son parti.

"Il me sera permis de prevenir ma femme? demanda-t-il.

-- Oh! il vous sera meme permis de la voir, mon cher monsieur
O'Reilly: votre captivite sera douce, soyez tranquille; et comme
tout derangement vaut un dedommagement, voici, en dehors du prix
des deux ferrets, un bon de mille pistoles pour vous faire oublier
l'ennui que je vous cause."

D'Artagnan ne revenait pas de la surprise que lui causait ce
ministre, qui remuait a pleines mains les hommes et les millions.

Quant a l'orfevre, il ecrivit a sa femme en lui envoyant le bon de
mille pistoles, et en la chargeant de lui retourner en echange son
plus habile apprenti, un assortiment de diamants dont il lui
donnait le poids et le titre, et une liste des outils qui lui
etaient necessaires.

Buckingham conduisit l'orfevre dans la chambre qui lui etait
destinee, et qui, au bout d'une demi-heure, fut transformee en
atelier. Puis il mit une sentinelle a chaque porte, avec defense
de laisser entrer qui que ce fut, a l'exception de son valet de
chambre Patrice. Il est inutile d'ajouter qu'il etait absolument
defendu a l'orfevre O'Reilly et a son aide de sortir sous quelque
pretexte que ce fut. Ce point regle, le duc revint a d'Artagnan.

"Maintenant, mon jeune ami, dit-il, l'Angleterre est a nous deux;
que voulez-vous, que desirez-vous?

-- Un lit, repondit d'Artagnan; c'est, pour le moment, je l'avoue,
la chose dont j'ai le plus besoin."

Buckingham donna a d'Artagnan une chambre qui touchait a la
sienne. Il voulait garder le jeune homme sous sa main, non pas
qu'il se defiat de lui, mais pour avoir quelqu'un a qui parler
constamment de la reine.

Une heure apres fut promulguee dans Londres l'ordonnance de ne
laisser sortir des ports aucun batiment charge pour la France, pas
meme le paquebot des lettres. Aux yeux de tous, c'etait une
declaration de guerre entre les deux royaumes.

Le surlendemain, a onze heures, les deux ferrets en diamants
etaient acheves, mais si exactement imites, mais si parfaitement
pareils, que Buckingham ne put reconnaitre les nouveaux des
anciens, et que les plus exerces en pareille matiere y auraient
ete trompes comme lui.

Aussitot il fit appeler d'Artagnan.

"Tenez, lui dit-il, voici les ferrets de diamants que vous etes
venu chercher, et soyez mon temoin que tout ce que la puissance
humaine pouvait faire, je l'ai fait.

-- Soyez tranquille, Milord: je dirai ce que j'ai vu; mais Votre
Grace me remet les ferrets sans la boite?

-- La boite vous embarrasserait. D'ailleurs la boite m'est
d'autant plus precieuse, qu'elle me reste seule. Vous direz que je
la garde.

-- Je ferai votre commission mot a mot, Milord.

-- Et maintenant, reprit Buckingham en regardant fixement le jeune
homme, comment m'acquitterai-je jamais envers vous?"

D'Artagnan rougit jusqu'au blanc des yeux. Il vit que le duc
cherchait un moyen de lui faire accepter quelque chose, et cette
idee que le sang de ses compagnons et le sien lui allait etre paye
par de l'or anglais lui repugnait etrangement.

"Entendons-nous, Milord, repondit d'Artagnan, et pesons bien les
faits d'avance, afin qu'il n'y ait point de meprise. Je suis au
service du roi et de la reine de France, et fais partie de la
compagnie des gardes de M. des Essarts, lequel, ainsi que son
beau-frere M. de Treville, est tout particulierement attache a
Leurs Majestes. J'ai donc tout fait pour la reine et rien pour
Votre Grace. Il y a plus, c'est que peut-etre n'eusse-je rien fait
de tout cela, s'il ne se fut agi d'etre agreable a quelqu'un qui
est ma dame a moi, comme la reine est la votre.

-- Oui, dit le duc en souriant, et je crois meme connaitre cette
autre personne, c'est...

-- Milord, je ne l'ai point nommee, interrompit vivement le jeune
homme.

-- C'est juste, dit le duc; c'est donc a cette personne que je
dois etre reconnaissant de votre devouement.

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