Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

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-- Oui, surtout si vous voulez suivre les instructions que je vais
vous donner.

-- A moi?

-- Oui, a vous. Il y a une bonne et sainte action a faire,
monsieur, et beaucoup d'argent a gagner en meme temps."

Mme Bonacieux savait qu'en parlant d'argent a son mari, elle le
prenait par son faible.

Mais un homme, fut-ce un mercier, lorsqu'il a cause dix minutes
avec le cardinal de Richelieu, n'est plus le meme homme.

"Beaucoup d'argent a gagner! dit Bonacieux en allongeant les
levres.

-- Oui, beaucoup.

-- Combien, a peu pres?

-- Mille pistoles peut-etre.

-- Ce que vous avez a me demander est donc bien grave?

-- Oui.

-- Que faut-il faire?

-- Vous partirez sur-le-champ, je vous remettrai un papier dont
vous ne vous dessaisirez sous aucun pretexte, et que vous
remettrez en main propre.

-- Et pour ou partirai-je?

-- Pour Londres.

-- Moi, pour Londres! Allons donc, vous raillez, je n'ai pas
affaire a Londres.

-- Mais d'autres ont besoin que vous y alliez.

-- Quels sont ces autres? Je vous avertis, je ne fais plus rien en
aveugle, et je veux savoir non seulement a quoi je m'expose, mais
encore pour qui je m'expose.

-- Une personne illustre vous envoie, une personne illustre vous
attend: la recompense depassera vos desirs, voila tout ce que je
puis vous promettre.

-- Des intrigues encore, toujours des intrigues! merci, je m'en
defie maintenant, et M. le cardinal m'a eclaire la-dessus.

-- Le cardinal! s'ecria Mme Bonacieux, vous avez vu le cardinal?

-- Il m'a fait appeler, repondit fierement le mercier.

-- Et vous vous etes rendu a son invitation, imprudent que vous
etes.

-- Je dois dire que je n'avais pas le choix de m'y rendre ou de ne
pas m'y rendre, car j'etais entre deux gardes. Il est vrai encore
de dire que, comme alors je ne connaissais pas Son Eminence, si
j'avais pu me dispenser de cette visite, j'en eusse ete fort
enchante.

-- Il vous a donc maltraite? il vous a donc fait des menaces?

-- Il m'a tendu la main et m'a appele son ami, -- son ami!
entendez-vous, madame? -- je suis l'ami du grand cardinal!

-- Du grand cardinal!

-- Lui contesteriez-vous ce titre, par hasard, madame?

-- Je ne lui conteste rien, mais je vous dis que la faveur d'un
ministre est ephemere, et qu'il faut etre fou pour s'attacher a un
ministre; il est des pouvoirs au-dessus du sien, qui ne reposent
pas sur le caprice d'un homme ou l'issue d'un evenement; c'est a
ces pouvoirs qu'il faut se rallier.

-- J'en suis fache, madame, mais je ne connais pas d'autre pouvoir
que celui du grand homme que j'ai l'honneur de servir.

-- Vous servez le cardinal?

-- Oui, madame, et comme son serviteur je ne permettrai pas que
vous vous livriez a des complots contre la surete de l'Etat, et
que vous serviez, vous, les intrigues d'une femme qui n'est pas
francaise et qui a le coeur espagnol. Heureusement, le grand
cardinal est la, son regard vigilant surveille et penetre jusqu'au
fond du coeur."

Bonacieux repetait mot pour mot une phrase qu'il avait entendu
dire au comte de Rochefort; mais la pauvre femme, qui avait compte
sur son mari et qui, dans cet espoir, avait repondu de lui a la
reine, n'en fremit pas moins, et du danger dans lequel elle avait
failli se jeter, et de l'impuissance dans laquelle elle se
trouvait. Cependant connaissant la faiblesse et surtout la
cupidite de son mari elle ne desesperait pas de l'amener a ses
fins.

"Ah! vous etes cardinaliste, monsieur, s'ecria-t-elle ah! vous
servez le parti de ceux qui maltraitent votre femme et qui
insultent votre reine!

-- Les interets particuliers ne sont rien devant les interets de
tous. Je suis pour ceux qui sauvent Etat", dit avec emphase
Bonacieux.

C'etait une autre phrase du comte de Rochefort, qu'il avait
retenue et qu'il trouvait l'occasion de placer.

"Et savez-vous ce que c'est que Etat dont vous parlez? dit
Mme Bonacieux en haussant les epaules. Contentez-vous d'etre un
bourgeois sans finesse aucune, et tournez-vous du cote qui vous
offre le plus d'avantages.

-- Eh! eh! dit Bonacieux en frappant sur un sac a la panse
arrondie et qui rendit un son argentin; que dites-vous de ceci,
madame la precheuse?

-- D'ou vient cet argent?

-- Vous ne devinez pas?

-- Du cardinal?

-- De lui et de mon ami le comte de Rochefort.

-- Le comte de Rochefort! mais c'est lui qui m'a enlevee!

-- Cela se peut, madame.

-- Et vous recevez de l'argent de cet homme?

-- Ne m'avez-vous pas dit que cet enlevement etait tout politique?

-- Oui; mais cet enlevement avait pour but de me faire trahir ma
maitresse, de m'arracher par des tortures des aveux qui pussent
compromettre l'honneur et peut-etre la vie de mon auguste
maitresse.

-- Madame, reprit Bonacieux, votre auguste maitresse est une
perfide Espagnole, et ce que le cardinal fait est bien fait.

-- Monsieur, dit la jeune femme, je vous savais lache, avare et
imbecile, mais je ne vous savais pas infame!

-- Madame, dit Bonacieux, qui n'avait jamais vu sa femme en
colere, et qui reculait devant le courroux conjugal; madame, que
dites-vous donc?

-- Je dis que vous etes un miserable! continua Mme Bonacieux, qui
vit qu'elle reprenait quelque influence sur son mari. Ah! vous
faites de la politique, vous! et de la politique cardinaliste
encore! Ah! vous vous vendez, corps et ame, au demon pour de
l'argent.

-- Non, mais au cardinal.

-- C'est la meme chose! s'ecria la jeune femme. Qui dit Richelieu,
dit Satan.

-- Taisez-vous, madame, taisez-vous, on pourrait vous entendre!

-- Oui, vous avez raison, et je serais honteuse pour vous de votre
lachete.

-- Mais qu'exigez-vous donc de moi? voyons!

-- Je vous l'ai dit: que vous partiez a l'instant meme, monsieur,
que vous accomplissiez loyalement la commission dont je daigne
vous charger, et a cette condition j'oublie tout, je pardonne, et
il y a plus-elle lui tendit la main -- je vous rends mon amitie."

Bonacieux etait poltron et avare; mais il aimait sa femme: il fut
attendri. Un homme de cinquante ans ne tient pas longtemps rancune
a une femme de vingt-trois. Mme Bonacieux vit qu'il hesitait:

"Allons, etes-vous decide? dit-elle.

-- Mais, ma chere amie, reflechissez donc un peu a ce que vous
exigez de moi; Londres est loin de Paris, fort loin, et peut-etre
la commission dont vous me chargez n'est-elle pas sans dangers.

-- Qu'importe, si vous les evitez!

-- Tenez, madame Bonacieux, dit le mercier, tenez, decidement, je
refuse: les intrigues me font peur. J'ai vu la Bastille, moi.
Brrrrou! c'est affreux, la Bastille! Rien que d'y penser, j'en ai
la chair de poule. On m'a menace de la torture. Savez-vous ce que
c'est que la torture? Des coins de bois qu'on vous enfonce entre
les jambes jusqu'a ce que les os eclatent! Non, decidement, je
n'irai pas. Et morbleu! que n'y allez-vous vous-meme? car, en
verite, je crois que je me suis trompe sur votre compte jusqu'a
present: je crois que vous etes un homme, et des plus enrages
encore!

-- Et vous, vous etes une femme, une miserable femme, stupide et
abrutie. Ah! vous avez peur! Eh bien, si vous ne partez pas a
l'instant meme, je vous fais arreter par l'ordre de la reine, et
je vous fais mettre a cette Bastille que vous craignez tant."

Bonacieux tomba dans une reflexion profonde, il pesa murement les
deux coleres dans son cerveau, celle du cardinal et celle de la
reine: celle du cardinal l'emporta enormement.

"Faites-moi arreter de la part de la reine, dit-il, et moi je me
reclamerai de Son Eminence."

Pour le coup, Mme Bonacieux vit qu'elle avait ete trop loin, et
elle fut epouvantee de s'etre si fort avancee. Elle contempla un
instant avec effroi cette figure stupide, d'une resolution
invincible, comme celle des sots qui ont peur.

"Eh bien, soit! dit-elle. Peut-etre, au bout du compte, avez-vous
raison: un homme en sait plus long que les femmes en politique, et
vous surtout, monsieur Bonacieux, qui avez cause avec le cardinal.
Et cependant, il est bien dur, ajouta-t-elle, que mon mari, un
homme sur l'affection duquel je croyais pouvoir compter, me traite
aussi disgracieusement et ne satisfasse point a ma fantaisie.

-- C'est que vos fantaisies peuvent mener trop loin, reprit
Bonacieux triomphant, et je m'en defie.

-- J'y renoncerai donc, dit la jeune femme en soupirant; c'est
bien, n'en parlons plus.

-- Si, au moins, vous me disiez quelle chose je vais faire a
Londres, reprit Bonacieux, qui se rappelait un peu tard que
Rochefort lui avait recommande d'essayer de surprendre les secrets
de sa femme.

-- Il est inutile que vous le sachiez, dit la jeune femme, qu'une
defiance instinctive repoussait maintenant en arriere: il
s'agissait d'une bagatelle comme en desirent les femmes, d'une
emplette sur laquelle il y avait beaucoup a gagner."

Mais plus la jeune femme se defendait, plus au contraire Bonacieux
pensa que le secret qu'elle refusait de lui confier etait
important. Il resolut donc de courir a l'instant meme chez le
comte de Rochefort, et de lui dire que la reine cherchait un
messager pour l'envoyer a Londres.

"Pardon, si je vous quitte, ma chere madame Bonacieux, dit-il;
mais, ne sachant pas que vous me viendriez voir, j'avais pris
rendez-vous avec un de mes amis, je reviens a l'instant meme, et
si vous voulez m'attendre seulement une demi-minute, aussitot que
j'en aurai fini avec cet ami, je reviens vous prendre, et, comme
il commence a se faire tard, je vous reconduis au Louvre.

-- Merci, monsieur, repondit Mme Bonacieux: vous n'etes point
assez brave pour m'etre d'une utilite quelconque, et je m'en
retournerai bien au Louvre toute seule.

-- Comme il vous plaira, madame Bonacieux, reprit l'ex-mercier.
Vous reverrai-je bientot?

-- Sans doute; la semaine prochaine, je l'espere, mon service me
laissera quelque liberte, et j'en profiterai pour revenir mettre
de l'ordre dans nos affaires, qui doivent etre quelque peu
derangees.

-- C'est bien; je vous attendrai. Vous ne m'en voulez pas?

-- Moi! pas le moins du monde.

-- A bientot, alors?

-- A bientot."

Bonacieux baisa la main de sa femme, et s'eloigna rapidement.

"Allons, dit Mme Bonacieux, lorsque son mari eut referme la porte
de la rue, et qu'elle se trouva seule, il ne manquait plus a cet
imbecile que d'etre cardinaliste! Et moi qui avais repondu a la
reine, moi qui avais promis a ma pauvre maitresse... Ah! mon Dieu,
mon Dieu! elle va me prendre pour quelqu'une de ces miserables
dont fourmille le palais, et qu'on a placees pres d'elle pour
l'espionner! Ah! monsieur Bonacieux! je ne vous ai jamais beaucoup
aime; maintenant, c'est bien pis: je vous hais! et, sur ma parole,
vous me le paierez!"

Au moment ou elle disait ces mots, un coup frappe au plafond lui
fit lever la tete, et une voix, qui parvint a elle a travers le
plancher, lui cria:

"Chere madame Bonacieux, ouvrez-moi la petite porte de l'allee, et
je vais descendre pres de vous."


CHAPITRE XVIII
L'AMANT ET LE MARI

"Ah! madame, dit d'Artagnan en entrant par la porte que lui
ouvrait la jeune femme, permettez-moi de vous le dire, vous avez
la un triste mari.

-- Vous avez donc entendu notre conversation? demanda vivement
Mme Bonacieux en regardant d'Artagnan avec inquietude.

-- Tout entiere.

-- Mais comment cela? mon Dieu!

-- Par un procede a moi connu, et par lequel j'ai entendu aussi la
conversation plus animee que vous avez eue avec les sbires du
cardinal.

-- Et qu'avez-vous compris dans ce que nous disions?

-- Mille choses: d'abord, que votre mari est un niais et un sot,
heureusement; puis, que vous etiez embarrassee, ce dont j'ai ete
fort aise, et que cela me donne une occasion de me mettre a votre
service, et Dieu sait si je suis pret a me jeter dans le feu pour
vous; enfin que la reine a besoin qu'un homme brave, intelligent
et devoue fasse pour elle un voyage a Londres. J'ai au moins deux
des trois qualites qu'il vous faut, et me voila."

Mme Bonacieux ne repondit pas, mais son coeur battait de joie, et
une secrete esperance brilla a ses yeux.

"Et quelle garantie me donnerez-vous, demanda-t-elle, si je
consens a vous confier cette mission?

-- Mon amour pour vous. Voyons, dites, ordonnez: que faut-il
faire?

-- Mon Dieu! mon Dieu! murmura la jeune femme, dois-je vous
confier un pareil secret, monsieur? Vous etes presque un enfant!

-- Allons, je vois qu'il vous faut quelqu'un qui vous reponde de
moi.

-- J'avoue que cela me rassurerait fort.

-- Connaissez-vous Athos?

-- Non.

-- Porthos?

-- Non.

-- Aramis?

-- Non. Quels sont ces messieurs?

-- Des mousquetaires du roi. Connaissez-vous M. de Treville, leur
capitaine?

-- Oh! oui, celui-la, je le connais, non pas personnellement, mais
pour en avoir entendu plus d'une fois parler a la reine comme d'un
brave et loyal gentilhomme.

-- Vous ne craignez pas que lui vous trahisse pour le cardinal,
n'est-ce pas?

-- Oh! non, certainement.

-- Eh bien, revelez-lui votre secret, et demandez-lui, si
important, si precieux, si terrible qu'il soit, si vous pouvez me
le confier.

-- Mais ce secret ne m'appartient pas, et je ne puis le reveler
ainsi.

-- Vous l'alliez bien confier a M. Bonacieux, dit d'Artagnan avec
depit.

-- Comme on confie une lettre au creux d'un arbre, a l'aile d'un
pigeon, au collier d'un chien.

-- Et cependant, moi, vous voyez bien que je vous aime.

-- Vous le dites.

-- Je suis un galant homme!

-- Je le crois.

-- Je suis brave!

-- Oh! cela, j'en suis sure.

-- Alors, mettez-moi donc a l'epreuve."

Mme Bonacieux regarda le jeune homme, retenue par une derniere
hesitation. Mais il y avait une telle ardeur dans ses yeux, une
telle persuasion dans sa voix, qu'elle se sentit entrainee a se
fier a lui. D'ailleurs elle se trouvait dans une de ces
circonstances ou il faut risquer le tout pour le tout. La reine
etait aussi bien perdue par une trop grande retenue que par une
trop grande confiance. Puis, avouons-le, le sentiment involontaire
qu'elle eprouvait pour ce jeune protecteur la decida a parler.

"Ecoutez, lui dit-elle, je me rends a vos protestations et je cede
a vos assurances. Mais je vous jure devant Dieu qui nous entend,
que si vous me trahissez et que mes ennemis me pardonnent, je me
tuerai en vous accusant de ma mort.

-- Et moi, je vous jure devant Dieu, madame, dit d'Artagnan, que
si je suis pris en accomplissant les ordres que vous me donnez, je
mourrai avant de rien faire ou dire qui compromette quelqu'un."

Alors la jeune femme lui confia le terrible secret dont le hasard
lui avait deja revele une partie en face de la Samaritaine. Ce fut
leur mutuelle declaration d'amour.

D'Artagnan rayonnait de joie et d'orgueil. Ce secret qu'il
possedait, cette femme qu'il aimait, la confiance et l'amour,
faisaient de lui un geant.

"Je pars, dit-il, je pars sur-le-champ.

-- Comment! vous partez! s'ecria Mme Bonacieux, et votre regiment,
votre capitaine?

-- Sur mon ame, vous m'aviez fait oublier tout cela, chere
Constance! oui, vous avez raison, il me faut un conge.

-- Encore un obstacle, murmura Mme Bonacieux avec douleur.

-- Oh! celui-la, s'ecria d'Artagnan apres un moment de reflexion,
je le surmonterai, soyez tranquille.

-- Comment cela?

-- J'irai trouver ce soir meme M. de Treville, que je chargerai de
demander pour moi cette faveur a son beau-frere, M. des Essarts.

-- Maintenant, autre chose.

-- Quoi? demanda d'Artagnan, voyant que Mme Bonacieux hesitait a
continuer.

-- Vous n'avez peut-etre pas d'argent?

-- Peut-etre est de trop, dit d'Artagnan en souriant.

-- Alors, reprit Mme Bonacieux en ouvrant une armoire et en tirant
de cette armoire le sac qu'une demi-heure auparavant caressait si
amoureusement son mari, prenez ce sac.

-- Celui du cardinal! s'ecria en eclatant de rire d'Artagnan qui,
comme on s'en souvient, grace a ses carreaux enleves, n'avait pas
perdu une syllabe de la conversation du mercier et de sa femme.

-- Celui du cardinal, repondit Mme Bonacieux; vous voyez qu'il se
presente sous un aspect assez respectable.

-- Pardieu! s'ecria d'Artagnan, ce sera une chose doublement
divertissante que de sauver la reine avec l'argent de Son
Eminence!

-- Vous etes un aimable et charmant jeune homme, dit
Mme Bonacieux. Croyez que Sa Majeste ne sera point ingrate.

-- Oh! je suis deja grandement recompense! s'ecria d'Artagnan. Je
vous aime, vous me permettez de vous le dire; c'est deja plus de
bonheur que je n'en osais esperer.

-- Silence! dit Mme Bonacieux en tressaillant.

-- Quoi?

-- On parle dans la rue.

-- C'est la voix...

-- De mon mari. Oui, je l'ai reconnue!"

D'Artagnan courut a la porte et poussa le verrou.

"Il n'entrera pas que je ne sois parti, dit-il, et quand je serai
parti, vous lui ouvrirez.

-- Mais je devrais etre partie aussi, moi. Et la disparition de
cet argent, comment la justifier si je suis la?

-- Vous avez raison, il faut sortir.

-- Sortir, comment? On nous verra si nous sortons.

-- Alors il faut monter chez moi.

-- Ah! s'ecria Mme Bonacieux, vous me dites cela d'un ton qui me
fait peur."

Mme Bonacieux prononca ces paroles avec une larme dans les yeux.
D'Artagnan vit cette larme, et, trouble, attendri, il se jeta a
ses genoux.

"Chez moi, dit-il, vous serez en surete comme dans un temple, je
vous en donne ma parole de gentilhomme.

-- Partons, dit-elle, je me fie a vous, mon ami."

D'Artagnan rouvrit avec precaution le verrou, et tous deux, legers
comme des ombres, se glisserent par la porte interieure dans
l'allee, monterent sans bruit l'escalier et rentrerent dans la
chambre de d'Artagnan.

Une fois chez lui, pour plus de surete, le jeune homme barricada
la porte; ils s'approcherent tous deux de la fenetre, et par une
fente du volet ils virent M. Bonacieux qui causait avec un homme
en manteau.

A la vue de l'homme en manteau, d'Artagnan bondit, et, tirant son
epee a demi, s'elanca vers la porte.

C'etait l'homme de Meung.

"Qu'allez-vous faire? s'ecria Mme Bonacieux; vous nous perdez.

-- Mais j'ai jure de tuer cet homme! dit d'Artagnan.

-- Votre vie est vouee en ce moment et ne vous appartient pas. Au
nom de la reine, je vous defends de vous jeter dans aucun peril
etranger a celui du voyage.

-- Et en votre nom, n'ordonnez-vous rien?

-- En mon nom, dit Mme Bonacieux avec une vive emotion; en mon
nom, je vous en prie. Mais ecoutons, il me semble qu'ils parlent
de moi."

D'Artagnan se rapprocha de la fenetre et preta l'oreille.

M. Bonacieux avait rouvert sa porte, et voyant l'appartement vide,
il etait revenu a l'homme au manteau qu'un instant il avait laisse
seul.

"Elle est partie, dit-il, elle sera retournee au Louvre.

-- Vous etes sur, repondit l'etranger, qu'elle ne s'est pas doutee
dans quelles intentions vous etes sorti?

-- Non, repondit Bonacieux avec suffisance; c'est une femme trop
superficielle.

-- Le cadet aux gardes est-il chez lui?

-- Je ne le crois pas; comme vous le voyez, son volet est ferme,
et l'on ne voit aucune lumiere briller a travers les fentes.

-- C'est egal, il faudrait s'en assurer.

-- Comment cela?

-- En allant frapper a sa porte.

-- Je demanderai a son valet.

-- Allez."

Bonacieux rentra chez lui, passa par la meme porte qui venait de
donner passage aux deux fugitifs, monta jusqu'au palier de
d'Artagnan et frappa.

Personne ne repondit. Porthos, pour faire plus grande figure,
avait emprunte ce soir-la Planchet. Quant a d'Artagnan, il n'avait
garde de donner signe d'existence.

Au moment ou le doigt de Bonacieux resonna sur la porte, les deux
jeunes gens sentirent bondir leurs coeurs.

"Il n'y a personne chez lui, dit Bonacieux.

-- N'importe, rentrons toujours chez vous, nous serons plus en
surete que sur le seuil d'une porte.

-- Ah! mon Dieu! murmura Mme Bonacieux, nous n'allons plus rien
entendre.

-- Au contraire, dit d'Artagnan, nous n'entendrons que mieux."

D'Artagnan enleva les trois ou quatre carreaux qui faisaient de sa
chambre une autre oreille de Denys, etendit un tapis a terre, se
mit a genoux, et fit signe a Mme Bonacieux de se pencher, comme il
le faisait vers l'ouverture.

"Vous etes sur qu'il n'y a personne? dit l'inconnu.

-- J'en reponds, dit Bonacieux.

-- Et vous pensez que votre femme?...

-- Est retournee au Louvre.

-- Sans parler a aucune personne qu'a vous?

-- J'en suis sur.

-- C'est un point important, comprenez-vous?

-- Ainsi, la nouvelle que je vous ai apportee a donc une
valeur...?

-- Tres grande, mon cher Bonacieux, je ne vous le cache pas.

-- Alors le cardinal sera content de moi?

-- Je n'en doute pas.

-- Le grand cardinal!

-- Vous etes sur que, dans sa conversation avec vous, votre femme
n'a pas prononce de noms propres?

-- Je ne crois pas.

-- Elle n'a nomme ni Mme de Chevreuse, ni M. de Buckingham, ni
Mme de Vernet?

-- Non, elle m'a dit seulement qu'elle voulait m'envoyer a Londres
pour servir les interets d'une personne illustre."

"Le traitre! murmura Mme Bonacieux.

-- Silence!" dit d'Artagnan en lui prenant une main qu'elle lui
abandonna sans y penser.

"N'importe, continua l'homme au manteau, vous etes un niais de
n'avoir pas feint d'accepter la commission, vous auriez la lettre
a present; Etat qu'on menace etait sauve, et vous...

-- Et moi?

-- Eh bien, vous! le cardinal vous donnait des lettres de
noblesse...

-- Il vous l'a dit?

-- Oui, je sais qu'il voulait vous faire cette surprise.

-- Soyez tranquille, reprit Bonacieux; ma femme m'adore, et il est
encore temps."

"Le niais! murmura Mme Bonacieux.

-- Silence!" dit d'Artagnan en lui serrant plus fortement la main.

"Comment est-il encore temps? reprit l'homme au manteau.

-- Je retourne au Louvre, je demande Mme Bonacieux, je dis que
j'ai reflechi, je renoue l'affaire, j'obtiens la lettre, et je
cours chez le cardinal.

-- Eh bien, allez vite; je reviendrai bientot savoir le resultat
de votre demarche."

L'inconnu sortit.

"L'infame! dit Mme Bonacieux en adressant encore cette epithete a
son mari.

-- Silence!" repeta d'Artagnan en lui serrant la main plus
fortement encore.

Un hurlement terrible interrompit alors les reflexions de
d'Artagnan et de Mme Bonacieux. C'etait son mari, qui s'etait
apercu de la disparition de son sac et qui criait au voleur.

"Oh! mon Dieu! s'ecria Mme Bonacieux, il va ameuter tout le
quartier."

Bonacieux cria longtemps; mais comme de pareils cris, attendu leur
frequence, n'attiraient personne dans la rue des Fossoyeurs, et
que d'ailleurs la maison du mercier etait depuis quelque temps
assez mal famee, voyant que personne ne venait, il sortit en
continuant de crier, et l'on entendit sa voix qui s'eloignait dans
la direction de la rue du Bac.

"Et maintenant qu'il est parti, a votre tour de vous eloigner, dit
Mme Bonacieux; du courage, mais surtout de la prudence, et songez
que vous vous devez a la reine.

-- A elle et a vous! s'ecria d'Artagnan. Soyez tranquille, belle
Constance, je reviendrai digne de sa reconnaissance; mais
reviendrai-je aussi digne de votre amour?"

La jeune femme ne repondit que par la vive rougeur qui colora ses
joues. Quelques instants apres, d'Artagnan sortit a son tour,
enveloppe, lui aussi, d'un grand manteau que retroussait
cavalierement le fourreau d'une longue epee.

Mme Bonacieux le suivit des yeux avec ce long regard d'amour dont
la femme accompagne l'homme qu'elle se sent aimer; mais lorsqu'il
eut disparu a l'angle de la rue, elle tomba a genoux, et joignant
les mains:

"O mon Dieu! s'ecria-t-elle, protegez la reine, protegez-moi!"


CHAPITRE XIX
PLAN DE CAMPAGNE

D'Artagnan se rendit droit chez M. de Treville. Il avait reflechi
que, dans quelques minutes, le cardinal serait averti par ce damne
inconnu, qui paraissait etre son agent, et il pensait avec raison
qu'il n'y avait pas un instant a perdre.

Le coeur du jeune homme debordait de joie. Une occasion ou il y
avait a la fois gloire a acquerir et argent a gagner se presentait
a lui, et, comme premier encouragement, venait de le rapprocher
d'une femme qu'il adorait. Ce hasard faisait donc presque du
premier coup, pour lui, plus qu'il n'eut ose demander a la
Providence.

M. de Treville etait dans son salon avec sa cour habituelle de
gentilshommes. D'Artagnan, que l'on connaissait comme un familier
de la maison, alla droit a son cabinet et le fit prevenir qu'il
l'attendait pour chose d'importance.

D'Artagnan etait la depuis cinq minutes a peine, lorsque
M. de Treville entra. Au premier coup d'oeil et a la joie qui se
peignait sur son visage, le digne capitaine comprit qu'il se
passait effectivement quelque chose de nouveau.

Tout le long de la route, d'Artagnan s'etait demande s'il se
confierait a M. de Treville, ou si seulement il lui demanderait de
lui accorder carte blanche pour une affaire secrete. Mais
M. de Treville avait toujours ete si parfait pour lui, il etait si
fort devoue au roi et a la reine, il haissait si cordialement le
cardinal, que le jeune homme resolut de tout lui dire.

"Vous m'avez fait demander, mon jeune ami? dit M. de Treville.

-- Oui, monsieur, dit d'Artagnan, et vous me pardonnerez, je
l'espere, de vous avoir derange, quand vous saurez de quelle chose
importante il est question.

-- Dites alors, je vous ecoute.

-- Il ne s'agit de rien de moins, dit d'Artagnan, en baissant la
voix, que de l'honneur et peut-etre de la vie de la reine.

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