Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Les trois mousquetaires written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Les trois mousquetaires

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-- Et soupconne-t-il, demanda Mme Bonacieux avec embarras, la
cause de cet evenement?

-- Il l'attribuait, je crois, a une cause politique.

-- J'en ai doute d'abord, et maintenant je le pense comme lui.
Ainsi donc, ce cher M. Bonacieux ne m'a pas soupconnee un seul
instant...?

-- Ah! loin de la, madame, il etait trop fier de votre sagesse et
surtout de votre amour."

Un second sourire presque imperceptible effleura les levres rosees
de la belle jeune femme.

"Mais, continua d'Artagnan, comment vous etes-vous enfuie?

-- J'ai profite d'un moment ou l'on m'a laissee seule, et comme je
savais depuis ce matin a quoi m'en tenir sur mon enlevement, a
l'aide de mes draps je suis descendue par la fenetre; alors, comme
je croyais mon mari ici, je suis accourue.

-- Pour vous mettre sous sa protection?

-- Oh! non, pauvre cher homme, je savais bien qu'il etait
incapable de me defendre; mais comme il pouvait nous servir a
autre chose, je voulais le prevenir.

-- De quoi?

-- Oh! ceci n'est pas mon secret, je ne puis donc pas vous le
dire.

-- D'ailleurs, dit d'Artagnan (pardon, madame, si, tout garde que
je suis, je vous rappelle a la prudence), d'ailleurs je crois que
nous ne sommes pas ici en lieu opportun pour faire des
confidences. Les hommes que j'ai mis en fuite vont revenir avec
main-forte; s'ils nous retrouvent ici nous sommes perdus. J'ai
bien fait prevenir trois de mes amis, mais qui sait si on les aura
trouves chez eux!

-- Oui, oui, vous avez raison, s'ecria Mme Bonacieux effrayee;
fuyons, sauvons-nous."

A ces mots, elle passa son bras sous celui de d'Artagnan et
l'entraina vivement.

"Mais ou fuir? dit d'Artagnan, ou nous sauver?

-- Eloignons-nous d'abord de cette maison, puis apres nous
verrons."

Et la jeune femme et le jeune homme, sans se donner la peine de
refermer la porte, descendirent rapidement la rue des Fossoyeurs,
s'engagerent dans la rue des Fosses-Monsieur-le-Prince et ne
s'arreterent qu'a la place Saint-Sulpice.

"Et maintenant, qu'allons-nous faire, demanda d'Artagnan, et ou
voulez-vous que je vous conduise?

-- Je suis fort embarrassee de vous repondre, je vous l'avoue, dit
Mme Bonacieux; mon intention etait de faire prevenir M. de La
Porte par mon mari, afin que M. de La Porte put nous dire
precisement ce qui s'etait passe au Louvre depuis trois jours, et
s'il n'y avait pas danger pour moi de m'y presenter.

-- Mais moi, dit d'Artagnan, je puis aller prevenir M. de La
Porte.

-- Sans doute; seulement il n'y a qu'un malheur: c'est qu'on
connait M. Bonacieux au Louvre et qu'on le laisserait passer, lui,
tandis qu'on ne vous connait pas, vous, et que l'on vous fermera
la porte.

-- Ah! bah, dit d'Artagnan, vous avez bien a quelque guichet du
Louvre un concierge qui vous est devoue, et qui grace a un mot
d'ordre..."

Mme Bonacieux regarda fixement le jeune homme.

"Et si je vous donnais ce mot d'ordre, dit-elle, l'oublieriez-vous
aussitot que vous vous en seriez servi?

-- Parole d'honneur, foi de gentilhomme! dit d'Artagnan avec un
accent a la verite duquel il n'y avait pas a se tromper.

-- Tenez, je vous crois; vous avez l'air d'un brave jeune homme,
d'ailleurs votre fortune est peut-etre au bout de votre
devouement.

-- Je ferai sans promesse et de conscience tout ce que je pourrai
pour servir le roi et etre agreable a la reine, dit d'Artagnan;
disposez donc de moi comme d'un ami.

-- Mais moi, ou me mettrez-vous pendant ce temps-la?

-- N'avez-vous pas une personne chez laquelle M. de La Porte
puisse revenir vous prendre?

-- Non, je ne veux me fier a personne.

-- Attendez, dit d'Artagnan; nous sommes a la porte d'Athos. Oui,
c'est cela.

-- Qu'est-ce qu'Athos?

-- Un de mes amis.

-- Mais s'il est chez lui et qu'il me voie?

-- Il n'y est pas, et j'emporterai la clef apres vous avoir fait
entrer dans son appartement.

-- Mais s'il revient?

-- Il ne reviendra pas; d'ailleurs on lui dirait que j'ai amene
une femme, et que cette femme est chez lui.

-- Mais cela me compromettra tres fort, savez-vous!

-- Que vous importe! on ne vous connait pas; d'ailleurs nous
sommes dans une situation a passer par-dessus quelques
convenances!

-- Allons donc chez votre ami. Ou demeure-t-il?

-- Rue Ferou, a deux pas d'ici.

-- Allons."

Et tous deux reprirent leur course. Comme l'avait prevu
d'Artagnan, Athos n'etait pas chez lui: il prit la clef, qu'on
avait l'habitude de lui donner comme a un ami de la maison, monta
l'escalier et introduisit Mme Bonacieux dans le petit appartement
dont nous avons deja fait la description.

"Vous etes chez vous, dit-il; attendez, fermez la porte en dedans
et n'ouvrez a personne, a moins que vous n'entendiez frapper trois
coups ainsi: tenez; et il frappa trois fois: deux coups rapproches
l'un de l'autre et assez forts, un coup plus distant et plus
leger.

-- C'est bien, dit Mme Bonacieux; maintenant, a mon tour de vous
donner mes instructions.

-- J'ecoute.

-- Presentez-vous au guichet du Louvre, du cote de la rue de
l'Echelle, et demandez Germain.

-- C'est bien. Apres?

-- Il vous demandera ce que vous voulez, et alors vous lui
repondrez par ces deux mots: Tours et Bruxelles. Aussitot il se
mettra a vos ordres.

-- Et que lui ordonnerai-je?

-- D'aller chercher M. de La Porte, le valet de chambre de la
reine.

-- Et quand il l'aura ete chercher et que M. de La Porte sera
venu?

-- Vous me l'enverrez.

-- C'est bien, mais ou et comment vous reverrai-je?

-- Y tenez-vous beaucoup a me revoir?

-- Certainement.

-- Eh bien, reposez-vous sur moi de ce soin, et soyez tranquille.

-- Je compte sur votre parole.

-- Comptez-y."

D'Artagnan salua Mme Bonacieux en lui lancant le coup d'oeil le
plus amoureux qu'il lui fut possible de concentrer sur sa
charmante petite personne, et tandis qu'il descendait l'escalier,
il entendit la porte se fermer derriere lui a double tour. En deux
bonds il fut au Louvre: comme il entrait au guichet de Echelle,
dix heures sonnaient. Tous les evenements que nous venons de
raconter s'etaient succede en une demi-heure.

Tout s'executa comme l'avait annonce Mme Bonacieux. Au mot d'ordre
convenu, Germain s'inclina; dix minutes apres, La Porte etait dans
la loge; en deux mots, d'Artagnan le mit au fait et lui indiqua ou
etait Mme Bonacieux. La Porte s'assura par deux fois de
l'exactitude de l'adresse, et partit en courant. Cependant, a
peine eut-il fait dix pas, qu'il revint.

"Jeune homme, dit-il a d'Artagnan, un conseil.

-- Lequel?

-- Vous pourriez etre inquiete pour ce qui vient de se passer.

-- Vous croyez?

-- Oui. Avez-vous quelque ami dont la pendule retarde?

-- Eh bien?

-- Allez le voir pour qu'il puisse temoigner que vous etiez chez
lui a neuf heures et demie. En justice, cela s'appelle un alibi."

D'Artagnan trouva le conseil prudent; il prit ses jambes a son
cou, il arriva chez M. de Treville, mais, au lieu de passer au
salon avec tout le monde, il demanda a entrer dans son cabinet.
Comme d'Artagnan etait un des habitues de l'hotel, on ne fit
aucune difficulte d'acceder a sa demande; et l'on alla prevenir
M. de Treville que son jeune compatriote, ayant quelque chose
d'important a lui dire, sollicitait une audience particuliere.
Cinq minutes apres, M. de Treville demandait a d'Artagnan ce qu'il
pouvait faire pour son service et ce qui lui valait sa visite a
une heure si avancee.

"Pardon, monsieur! dit d'Artagnan, qui avait profite du moment ou
il etait reste seul pour retarder l'horloge de trois quarts
d'heure; j'ai pense que, comme il n'etait que neuf heures vingt-
cinq minutes, il etait encore temps de me presenter chez vous.

-- Neuf heures vingt-cinq minutes! s'ecria M. de Treville en
regardant sa pendule; mais c'est impossible!

-- Voyez plutot, monsieur, dit d'Artagnan, voila qui fait foi.

-- C'est juste, dit M. de Treville, j'aurais cru qu'il etait plus
tard. Mais voyons, que me voulez-vous?"

Alors d'Artagnan fit a M. de Treville une longue histoire sur la
reine. Il lui exposa les craintes qu'il avait concues a l'egard de
Sa Majeste; il lui raconta ce qu'il avait entendu dire des projets
du cardinal a l'endroit de Buckingham, et tout cela avec une
tranquillite et un aplomb dont M. de Treville fut d'autant mieux
la dupe, que lui-meme, comme nous l'avons dit, avait remarque
quelque chose de nouveau entre le cardinal, le roi et la reine.

A dix heures sonnant, d'Artagnan quitta M. de Treville, qui le
remercia de ses renseignements, lui recommanda d'avoir toujours a
coeur le service du roi et de la reine, et qui rentra dans le
salon. Mais, au bas de l'escalier, d'Artagnan se souvint qu'il
avait oublie sa canne: en consequence, il remonta precipitamment,
rentra dans le cabinet, d'un tour de doigt remit la pendule a son
heure, pour qu'on ne put pas s'apercevoir, le lendemain, qu'elle
avait ete derangee, et sur desormais qu'il y avait un temoin pour
prouver son alibi, il descendit l'escalier et se trouva bientot
dans la rue.


CHAPITRE XI
L'INTRIGUE SE NOUE

Sa visite faite a M. de Treville, d'Artagnan prit, tout pensif, le
plus long pour rentrer chez lui.

A quoi pensait d'Artagnan, qu'il s'ecartait ainsi de sa route,
regardant les etoiles du ciel, et tantot soupirant tantot
souriant?

Il pensait a Mme Bonacieux. Pour un apprenti mousquetaire, la
jeune femme etait presque une idealite amoureuse. Jolie,
mysterieuse, initiee a presque tous les secrets de cour, qui
refletaient tant de charmante gravite sur ses traits gracieux,
elle etait soupconnee de n'etre pas insensible, ce qui est un
attrait irresistible pour les amants novices; de plus, d'Artagnan
l'avait delivree des mains de ces demons qui voulaient la fouiller
et la maltraiter, et cet important service avait etabli entre elle
et lui un de ces sentiments de reconnaissance qui prennent si
facilement un plus tendre caractere.

D'Artagnan se voyait deja, tant les reves marchent vite sur les
ailes de l'imagination, accoste par un messager de la jeune femme
qui lui remettait quelque billet de rendez-vous, une chaine d'or
ou un diamant. Nous avons dit que les jeunes cavaliers recevaient
sans honte de leur roi; ajoutons qu'en ce temps de facile morale,
ils n'avaient pas plus de vergogne a l'endroit de leurs
maitresses, et que celles-ci leur laissaient presque toujours de
precieux et durables souvenirs, comme si elles eussent essaye de
conquerir la fragilite de leurs sentiments par la solidite de
leurs dons.

On faisait alors son chemin par les femmes, sans en rougir. Celles
qui n'etaient que belles donnaient leur beaute, et de la vient
sans doute le proverbe, que la plus belle fille du monde ne peut
donner que ce qu'elle a. Celles qui etaient riches donnaient en
outre une partie de leur argent, et l'on pourrait citer bon nombre
de heros de cette galante epoque qui n'eussent gagne ni leurs
eperons d'abord, ni leurs batailles ensuite, sans la bourse plus
ou moins garnie que leur maitresse attachait a l'arcon de leur
selle.

D'Artagnan ne possedait rien; l'hesitation du provincial, vernis
leger, fleur ephemere, duvet de la peche, s'etait evaporee au vent
des conseils peu orthodoxes que les trois mousquetaires donnaient
a leur ami. D'Artagnan, suivant l'etrange coutume du temps, se
regardait a Paris comme en campagne, et cela ni plus ni moins que
dans les Flandres: l'Espagnol la-bas, la femme ici. C'etait
partout un ennemi a combattre, des contributions a frapper.

Mais, disons-le, pour le moment d'Artagnan etait mu d'un sentiment
plus noble et plus desinteresse. Le mercier lui avait dit qu'il
etait riche; le jeune homme avait pu deviner qu'avec un niais
comme l'etait M. Bonacieux, ce devait etre la femme qui tenait la
clef de la bourse. Mais tout cela n'avait influe en rien sur le
sentiment produit par la vue de Mme Bonacieux, et l'interet etait
reste a peu pres etranger a ce commencement d'amour qui en avait
ete la suite. Nous disons: a peu pres, car l'idee qu'une jeune
femme, belle, gracieuse, spirituelle, est riche en meme temps,
n'ote rien a ce commencement d'amour, et tout au contraire le
corrobore.

Il y a dans l'aisance une foule de soins et de caprices
aristocratiques qui vont bien a la beaute. Un bas fin et blanc,
une robe de soie, une guimpe de dentelle, un joli soulier au pied,
un frais ruban sur la tete, ne font point jolie une femme laide,
mais font belle une femme jolie, sans compter les mains qui
gagnent a tout cela; les mains, chez les femmes surtout, ont
besoin de rester oisives pour rester belles.

Puis d'Artagnan, comme le sait bien le lecteur, auquel nous
n'avons pas cache l'etat de sa fortune, d'Artagnan n'etait pas un
millionnaire; il esperait bien le devenir un jour, mais le temps
qu'il se fixait lui-meme pour cet heureux changement etait assez
eloigne. En attendant, quel desespoir que de voir une femme qu'on
aime desirer ces mille riens dont les femmes composent leur
bonheur, et de ne pouvoir lui donner ces mille riens! Au moins,
quand la femme est riche et que l'amant ne l'est pas, ce qu'il ne
peut lui offrir elle se l'offre elle-meme; et quoique ce soit
ordinairement avec l'argent du mari qu'elle se passe cette
jouissance, il est rare que ce soit a lui qu'en revienne la
reconnaissance.

Puis d'Artagnan, dispose a etre l'amant le plus tendre, etait en
attendant un ami tres devoue. Au milieu de ses projets amoureux
sur la femme du mercier, il n'oubliait pas les siens. La jolie
Mme Bonacieux etait femme a promener dans la plaine Saint-Denis ou
dans la foire Saint-Germain en compagnie d'Athos, de Porthos et
d'Aramis, auxquels d'Artagnan serait fier de montrer une telle
conquete. Puis, quand on a marche longtemps, la faim arrive;
d'Artagnan depuis quelque temps avait remarque cela. On ferait de
ces petits diners charmants ou l'on touche d'un cote la main d'un
ami, et de l'autre le pied d'une maitresse. Enfin, dans les
moments pressants, dans les positions extremes, d'Artagnan serait
le sauveur de ses amis.

Et M. Bonacieux, que d'Artagnan avait pousse dans les mains des
sbires en le reniant bien haut et a qui il avait promis tout bas
de le sauver? Nous devons avouer a nos lecteurs que d'Artagnan n'y
songeait en aucune facon, ou que, s'il y songeait, c'etait pour se
dire qu'il etait bien ou il etait, quelque part qu'il fut. L'amour
est la plus egoiste de toutes les passions.

Cependant, que nos lecteurs se rassurent: si d'Artagnan oublie son
hote ou fait semblant de l'oublier, sous pretexte qu'il ne sait
pas ou on l'a conduit, nous ne l'oublions pas, nous, et nous
savons ou il est. Mais pour le moment faisons comme le Gascon
amoureux. Quant au digne mercier, nous reviendrons a lui plus
tard.

D'Artagnan, tout en reflechissant a ses futures amours, tout en
parlant a la nuit, tout en souriant aux etoiles, remontait la rue
du Cherche-Midi ou Chasse-Midi, ainsi qu'on l'appelait alors.
Comme il se trouvait dans le quartier d'Aramis, l'idee lui etait
venue d'aller faire une visite a son ami, pour lui donner quelques
explications sur les motifs qui lui avaient fait envoyer Planchet
avec invitation de se rendre immediatement a la souriciere. Or, si
Aramis s'etait trouve chez lui lorsque Planchet y etait venu, il
avait sans aucun doute couru rue des Fossoyeurs, et n'y trouvant
personne que ses deux autres compagnons peut-etre, ils n'avaient
du savoir, ni les uns ni les autres, ce que cela voulait dire. Ce
derangement meritait donc une explication, voila ce que disait
tout haut d'Artagnan.

Puis, tout bas, il pensait que c'etait pour lui une occasion de
parler de la jolie petite Mme Bonacieux, dont son esprit, sinon
son coeur, etait deja tout plein. Ce n'est pas a propos d'un
premier amour qu'il faut demander de la discretion. Ce premier
amour est accompagne d'une si grande joie, qu'il faut que cette
joie deborde, sans cela elle vous etoufferait.

Paris depuis deux heures etait sombre et commencait a se faire
desert. Onze heures sonnaient a toutes les horloges du faubourg
Saint-Germain, il faisait un temps doux. D'Artagnan suivait une
ruelle situee sur l'emplacement ou passe aujourd'hui la rue
d'Assas, respirant les emanations embaumees qui venaient avec le
vent de la rue de Vaugirard et qu'envoyaient les jardins
rafraichis par la rosee du soir et par la brise de la nuit. Au
loin resonnaient, assourdis cependant par de bons volets, les
chants des buveurs dans quelques cabarets perdus dans la plaine.
Arrive au bout de la ruelle, d'Artagnan tourna a gauche. La maison
qu'habitait Aramis se trouvait situee entre la rue Cassette et la
rue Servandoni.

D'Artagnan venait de depasser la rue Cassette et reconnaissait
deja la porte de la maison de son ami, enfouie sous un massif de
sycomores et de clematites qui formaient un vaste bourrelet au-
dessus d'elle lorsqu'il apercut quelque chose comme une ombre qui
sortait de la rue Servandoni. Ce quelque chose etait enveloppe
d'un manteau, et d'Artagnan crut d'abord que c'etait un homme;
mais, a la petitesse de la taille, a l'incertitude de la demarche,
a l'embarras du pas, il reconnut bientot une femme. De plus, cette
femme, comme si elle n'eut pas ete bien sure de la maison qu'elle
cherchait, levait les yeux pour se reconnaitre, s'arretait,
retournait en arriere, puis revenait encore. D'Artagnan fut
intrigue.

"Si j'allais lui offrir mes services! pensa-t-il. A son allure, on
voit qu'elle est jeune; peut-etre jolie. Oh! oui. Mais une femme
qui court les rues a cette heure ne sort guere que pour aller
rejoindre son amant. Peste! si j'allais troubler les rendez-vous,
ce serait une mauvaise porte pour entrer en relations."

Cependant, la jeune femme s'avancait toujours, comptant les
maisons et les fenetres. Ce n'etait, au reste, chose ni longue, ni
difficile. Il n'y avait que trois hotels dans cette partie de la
rue, et deux fenetres ayant vue sur cette rue; l'une etait celle
d'un pavillon parallele a celui qu'occupait Aramis, l'autre etait
celle d'Aramis lui-meme.

"Pardieu! se dit d'Artagnan, auquel la niece du theologien
revenait a l'esprit; pardieu! il serait drole que cette colombe
attardee cherchat la maison de notre ami. Mais sur mon ame, cela y
ressemble fort. Ah! mon cher Aramis, pour cette fois, j'en veux
avoir le coeur net."

Et d'Artagnan, se faisant le plus mince qu'il put, s'abrita dans
le cote le plus obscur de la rue, pres d'un banc de pierre situe
au fond d'une niche.

La jeune femme continua de s'avancer, car outre la legerete de son
allure, qui l'avait trahie, elle venait de faire entendre une
petite toux qui denoncait une voix des plus fraiches. D'Artagnan
pensa que cette toux etait un signal.

Cependant, soit qu'on eut repondu a cette toux par un signe
equivalent qui avait fixe les irresolutions de la nocturne
chercheuse, soit que sans secours etranger elle eut reconnu
qu'elle etait arrivee au bout de sa course, elle s'approcha
resolument du volet d'Aramis et frappa a trois intervalles egaux
avec son doigt recourbe.

"C'est bien chez Aramis, murmura d'Artagnan. Ah! monsieur
l'hypocrite! je vous y prends a faire de la theologie!"

Les trois coups etaient a peine frappes, que la croisee interieure
s'ouvrit et qu'une lumiere parut a travers les vitres du volet.

"Ah! ah! fit l'ecouteur non pas aux portes, mais aux fenetres, ah!
la visite etait attendue. Allons, le volet va s'ouvrir et la dame
entrera par escalade. Tres bien!"

Mais, au grand etonnement de d'Artagnan, le volet resta ferme. De
plus, la lumiere qui avait flamboye un instant, disparut, et tout
rentra dans l'obscurite.

D'Artagnan pensa que cela ne pouvait durer ainsi, et continua de
regarder de tous ses yeux et d'ecouter de toutes ses oreilles.

Il avait raison: au bout de quelques secondes, deux coups secs
retentirent dans l'interieur.

La jeune femme de la rue repondit par un seul coup, et le volet
s'entrouvrit.

On juge si d'Artagnan regardait et ecoutait avec avidite.

Malheureusement, la lumiere avait ete transportee dans un autre
appartement. Mais les yeux du jeune homme s'etaient habitues a la
nuit. D'ailleurs les yeux des Gascons ont, a ce qu'on assure,
comme ceux des chats, la propriete de voir pendant la nuit.

D'Artagnan vit donc que la jeune femme tirait de sa poche un objet
blanc qu'elle deploya vivement et qui prit la forme d'un mouchoir.
Cet objet deploye, elle en fit remarquer le coin a son
interlocuteur.

Cela rappela a d'Artagnan ce mouchoir qu'il avait trouve aux pieds
de Mme Bonacieux, lequel lui avait rappele celui qu'il avait
trouve aux pieds d'Aramis.

"Que diable pouvait donc signifier ce mouchoir?"

Place ou il etait, d'Artagnan ne pouvait voir le visage d'Aramis,
nous disons d'Aramis, parce que le jeune homme ne faisait aucun
doute que ce fut son ami qui dialoguat de l'interieur avec la dame
de l'exterieur; la curiosite l'emporta donc sur la prudence, et,
profitant de la preoccupation dans laquelle la vue du mouchoir
paraissait plonger les deux personnages que nous avons mis en
scene, il sortit de sa cachette, et prompt comme l'eclair, mais
etouffant le bruit de ses pas, il alla se coller a un angle de la
muraille, d'ou son oeil pouvait parfaitement plonger dans
l'interieur de l'appartement d'Aramis.

Arrive la, d'Artagnan pensa jeter un cri de surprise: ce n'etait
pas Aramis qui causait avec la nocturne visiteuse, c'etait une
femme. Seulement, d'Artagnan y voyait assez pour reconnaitre la
forme de ses vetements, mais pas assez pour distinguer ses traits.

Au meme instant, la femme de l'appartement tira un second mouchoir
de sa poche, et l'echangea avec celui qu'on venait de lui montrer.
Puis, quelques mots furent prononces entre les deux femmes. Enfin
le volet se referma; la femme qui se trouvait a l'exterieur de la
fenetre se retourna, et vint passer a quatre pas de d'Artagnan en
abaissant la coiffe de sa mante; mais la precaution avait ete
prise trop tard, d'Artagnan avait deja reconnu Mme Bonacieux.

Mme Bonacieux! Le soupcon que c'etait elle lui avait deja traverse
l'esprit quand elle avait tire le mouchoir de sa poche; mais
quelle probabilite que Mme Bonacieux qui avait envoye chercher
M. de La Porte pour se faire reconduire par lui au Louvre, courut
les rues de Paris seule a onze heures et demie du soir, au risque
de se faire enlever une seconde fois?

Il fallait donc que ce fut pour une affaire bien importante; et
quelle est l'affaire importante d'une femme de vingt-cinq ans?
L'amour.

Mais etait-ce pour son compte ou pour le compte d'une autre
personne qu'elle s'exposait a de semblables hasards? Voila ce que
se demandait a lui-meme le jeune homme, que le demon de la
jalousie mordait au coeur ni plus ni moins qu'un amant en titre.

Il y avait, au reste, un moyen bien simple de s'assurer ou allait
Mme Bonacieux: c'etait de la suivre. Ce moyen etait si simple, que
d'Artagnan l'employa tout naturellement et d'instinct.

Mais, a la vue du jeune homme qui se detachait de la muraille
comme une statue de sa niche, et au bruit des pas qu'elle entendit
retentir derriere elle, Mme Bonacieux jeta un petit cri et
s'enfuit.

D'Artagnan courut apres elle. Ce n'etait pas une chose difficile
pour lui que de rejoindre une femme embarrassee dans son manteau.
Il la rejoignit donc au tiers de la rue dans laquelle elle s'etait
engagee. La malheureuse etait epuisee, non pas de fatigue, mais de
terreur, et quand d'Artagnan lui posa la main sur l'epaule, elle
tomba sur un genou en criant d'une voix etranglee:

"Tuez-moi si vous voulez, mais vous ne saurez rien."

D'Artagnan la releva en lui passant le bras autour de la taille;
mais comme il sentait a son poids qu'elle etait sur le point de se
trouver mal, il s'empressa de la rassurer par des protestations de
devouement. Ces protestations n'etaient rien pour Mme Bonacieux;
car de pareilles protestations peuvent se faire avec les plus
mauvaises intentions du monde; mais la voix etait tout. La jeune
femme crut reconnaitre le son de cette voix: elle rouvrit les
yeux, jeta un regard sur l'homme qui lui avait fait si grand-peur,
et, reconnaissant d'Artagnan, elle poussa un cri de joie.

"Oh! c'est vous, c'est vous! dit-elle; merci, mon Dieu!

-- Oui, c'est moi, dit d'Artagnan, moi que Dieu a envoye pour
veiller sur vous.

-- Etait-ce dans cette intention que vous me suiviez?" demanda
avec un sourire plein de coquetterie la jeune femme, dont le
caractere un peu railleur reprenait le dessus, et chez laquelle
toute crainte avait disparu du moment ou elle avait reconnu un ami
dans celui qu'elle avait pris pour un ennemi.

"Non, dit d'Artagnan, non, je l'avoue; c'est le hasard qui m'a mis
sur votre route; j'ai vu une femme frapper a la fenetre d'un de
mes amis...

-- D'un de vos amis? interrompit Mme Bonacieux.

-- Sans doute; Aramis est de mes meilleurs amis.

-- Aramis! qu'est-ce que cela?

-- Allons donc! allez-vous me dire que vous ne connaissez pas
Aramis?

-- C'est la premiere fois que j'entends prononcer ce nom.

-- C'est donc la premiere fois que vous venez a cette maison?

-- Sans doute.

-- Et vous ne saviez pas qu'elle fut habitee par un jeune homme?

-- Non.

-- Par un mousquetaire?

-- Nullement.

-- Ce n'est donc pas lui que vous veniez chercher?

-- Pas le moins du monde. D'ailleurs, vous l'avez bien vu, la
personne a qui j'ai parle est une femme.

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