Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Le vicomte de Bragelonne, Tome III. written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Le vicomte de Bragelonne, Tome III.

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-- Et personne n'a pu prendre la lettre?

-- Personne, car personne n'est entre.

-- De dehors, mais de l'interieur?

-- De l'endroit ou j'etais cache, je pouvais voir jusqu'au fond de
la chambre.

-- Ecoute, dit Fouquet, en regardant fixement le laquais, si cette
lettre s'est trompee de destination, avoue-le-moi; car s'il faut
qu'une erreur ait ete commise, tu la paieras de ta tete.

Tobie tressaillit, mais se remit aussitot.

-- Monseigneur, dit-il, j'ai depose la lettre a l'endroit ou j'ai
dit, et je ne demande qu'une demi-heure pour vous prouver que la
lettre est entre les mains de Mlle de La Valliere ou pour vous
rapporter la lettre elle-meme.

Aramis observait curieusement le laquais.

Fouquet etait facile dans sa confiance; vingt ans cet homme
l'avait bien servi.

-- Va, dit-il, c'est bien; mais apporte-moi la preuve que tu dis.

Le laquais sortit.

-- Eh bien! qu'en pensez-vous? demanda Fouquet a Aramis.

-- Je pense qu'il faut, par un moyen quelconque, vous assurer de
la verite. Je pense que la lettre est ou n'est pas parvenue a La
Valliere; que, dans le premier cas, il faut que La Valliere vous
la rende ou vous donne la satisfaction de la bruler devant vous;
que, dans le second, il faut ravoir la lettre, dut-il nous en
couter un million. Voyons, n'est-ce pas votre avis?

-- Oui; mais cependant, mon cher eveque, je crois que vous vous
exagerez la situation.

-- Aveugle, aveugle que vous etes! murmura Aramis.

-- La Valliere, que nous prenons pour une politique de premiere
force, est tout simplement une coquette qui espere que je lui
ferai la cour parce que je la lui ai deja faite, et qui,
maintenant qu'elle a recu confirmation de l'amour du roi, espere
me tenir en lisiere avec la lettre. C'est naturel.

Aramis secoua la tete.

-- Ce n'est point votre avis? dit Fouquet.

-- Elle n'est pas coquette.

-- Laissez-moi vous dire...

-- Oh! je me connais en femmes coquettes, fit Aramis.

-- Mon ami! mon ami!

-- Il y a longtemps que j'ai fait mes etudes, voulez-vous dire.
Oh! les femmes ne changent pas.

-- Oui, mais les hommes changent, et vous etes aujourd'hui plus
soupconneux qu'autrefois.

Puis, se mettant a rire:

-- Voyons, dit-il, si La Valliere veut m'aimer pour un tiers et le
roi pour deux tiers, trouvez-vous la condition acceptable?

Aramis se leva avec impatience.

-- La Valliere, dit-il, n'a jamais aime et n'aimera jamais que le
roi.

-- Mais enfin, dit Fouquet, que feriez-vous?

-- Demandez-moi plutot ce que j'eusse fait.

-- Eh bien! qu'eussiez-vous fait?

-- D'abord, je n'eusse point laisse sortir cet homme.

-- Tobie?

-- Oui, Tobie; c'est un traitre!

-- Oh!

-- J'en suis sur! je ne l'eusse point laisse sortir qu'il ne m'eut
avoue la verite.

-- Il est encore temps.

-- Comment cela?

-- Rappelons-le, et interrogez-le a votre tour.

-- Soit!

-- Mais je vous assure que la chose est bien inutile. Je l'ai
depuis vingt ans, et jamais il ne m'a fait la moindre confusion,
et cependant, ajouta Fouquet en riant, c'etait facile.

-- Rappelez-le toujours. Ce matin, il m'a semble voir ce visage-la
en grande conference avec un des hommes de M. Colbert.

-- Ou donc cela?

-- En face des ecuries.

-- Bah! tous mes gens sont a couteaux tires avec ceux de ce
cuistre.

-- Je l'ai vu, vous dis-je! et sa figure, qui devait m'etre
inconnue quand il est entre tout a l'heure, m'a frappe
desagreablement.

-- Pourquoi n'avez-vous rien dit pendant qu'il etait la?

-- Parce que c'est a la minute seulement que je vois clair dans
mes souvenirs.

-- Oh! oh! voila que vous m'effrayez, dit Fouquet.

Et il frappa sur le timbre.

-- Pourvu qu'il ne soit pas trop tard, dit Aramis.

Fouquet frappa une seconde fois.

Le valet de chambre ordinaire parut.

-- Tobie! dit Fouquet, faites venir Tobie.

Le valet de chambre referma la porte.

-- Vous me laissez carte blanche, n'est-ce pas?

-- Entiere.

-- Je puis employer tous les moyens pour savoir la verite?

-- Tous.

-- Meme l'intimidation?

-- Je vous fais procureur a ma place.

On attendit dix minutes, mais inutilement.

Fouquet, impatiente, frappa de nouveau sur le timbre.

-- Tobie! cria-t-il.

-- Mais, monseigneur, dit le valet, on le cherche.

-- Il ne peut etre loin, je ne l'ai charge d'aucun message.

-- Je vais voir, monseigneur.

Aramis, pendant ce temps, se promenait impatiemment mais
silencieusement dans le cabinet.

On attendit dix minutes encore.

Fouquet sonna de maniere a reveiller toute une necropole.

Le valet de chambre rentra assez tremblant pour faire croire a une
mauvaise nouvelle.

-- Monseigneur se trompe, dit-il avant meme que Fouquet
l'interrogeat, Monseigneur aura donne une commission a Tobie, car
il a ete aux ecuries prendre le meilleur coureur, et, monseigneur,
il l'a selle lui-meme.

-- Eh bien?

-- Il est parti.

-- Parti?... s'ecria Fouquet. Que l'on coure, qu'on le rattrape!

-- La! la! dit Aramis en le prenant par la main, calmons-nous;
maintenant, le mal est fait.

-- Le mal est fait?

-- Sans doute, j'en etais sur. Maintenant, ne donnons pas l'eveil;
calculons le resultat du coup et parons-le, si nous pouvons.

-- Apres tout, dit Fouquet, le mal n'est pas grand.

-- Vous trouvez cela? dit Aramis.

-- Sans doute. Il est bien permis a un homme d'ecrire un billet
d'amour a une femme.

-- A un homme, oui; a un sujet, non; surtout quand cette femme est
celle que le roi aime.

-- Eh! mon ami, le roi n'aimait pas La Valliere il y a huit jours;
il ne l'aimait meme pas hier, et la lettre est d'hier; je ne
pouvais pas deviner l'amour du roi, quand l'amour du roi
n'existait pas encore.

-- Soit, repliqua Aramis; mais la lettre n'est malheureusement pas
datee. Voila ce qui me tourmente surtout. Ah! si elle etait datee
d'hier seulement, je n'aurais pas pour vous l'ombre d'une
inquietude.

Fouquet haussa les epaules.

-- Suis-je donc en tutelle, dit-il, et le roi est-il donc roi de
mon cerveau et de ma chair?

-- Vous avez raison, repliqua Aramis; ne donnons pas aux choses
plus d'importance qu'il ne convient; puis d'ailleurs... eh bien!
si nous sommes menaces, nous avons des moyens de defense.

-- Oh! menaces! dit Fouquet, vous ne mettez pas cette piqure de
fourmi au nombre des menaces qui peuvent compromettre ma fortune
et ma vie, n'est ce pas?

-- Eh! pensez-y, monsieur Fouquet, la piqure d'une fourmi peut
tuer un geant, si la fourmi est venimeuse.

-- Mais cette toute-puissance dont vous parliez, voyons, est-elle
deja evanouie?

-- Je suis tout-puissant, soit; mais je ne suis pas immortel.

-- Voyons, retrouver Tobie serait le plus presse, ce me semble.
N'est-ce point votre avis?

-- Oh! quant a cela, vous ne le retrouverez pas, dit Aramis, et,
s'il vous etait precieux, faites-en votre deuil.

-- Enfin, il est quelque part dans le monde, dit Fouquet.

-- Vous avez raison; laissez-moi faire, repondit Aramis.


Chapitre CXXXVIII -- Les quatre chances de Madame


La reine Anne avait fait prier la jeune reine de venir lui rendre
visite.

Depuis quelque temps, souffrante et tombant du haut de sa beaute,
du haut de sa jeunesse, avec cette rapidite de declin qui signale
la decadence des femmes qui ont beaucoup lutte, Anne d'Autriche
voyait se joindre au mal physique la douleur de ne plus compter
que comme un souvenir vivant au milieu des jeunes beautes, des
jeunes esprits et des jeunes puissances de sa Cour.

Les avis de son medecin, ceux de son miroir, la desolaient bien
moins que ces avertissements inexorables de la societe des
courtisans qui, pareils aux rats du navire, abandonnent la cale ou
l'eau va penetrer grace aux avaries de la vetuste.

Anne d'Autriche ne se trouvait pas satisfaite des heures que lui
donnait son fils aine.

Le roi, bon fils, plus encore avec affectation qu'avec affection,
venait d'abord passer chez sa mere une heure le matin et une heure
le soir; mais, depuis qu'il s'etait charge des affaires de l'Etat,
la visite du matin et celle du soir s'etaient reduites d'une demi-
heure; puis, peu a peu, la visite du matin avait ete supprimee.

On se voyait a la messe; la visite meme du soir etait remplacee
par une entrevue, soit chez le roi en assemblee, soit chez Madame,
ou la reine venait assez complaisamment par egard pour ses deux
fils.

Il en resultait cet ascendant immense sur la Cour que Madame avait
conquis, et qui faisait de sa maison la veritable reunion royale.

Anne d'Autriche le sentit.

Se voyant souffrante et condamnee par la souffrance a de
frequentes retraites, elle fut desolee de prevoir que la plupart
de ses journees, de ses soirees, s'ecouleraient solitaires,
inutiles, desesperees.

Elle se rappelait avec terreur l'isolement ou jadis la laissait le
cardinal de Richelieu, fatales et insupportables soirees, pendant
lesquelles pourtant elle avait pour se consoler la jeunesse, la
beaute, qui sont toujours accompagnees de l'espoir.

Alors elle forma le projet de transporter la Cour chez elle et
d'attirer Madame, avec sa brillante escorte, dans la demeure
sombre et deja triste ou la veuve d'un roi de France, la mere d'un
roi de France, etait reduite a consoler de son veuvage anticipe la
femme toujours larmoyante d'un roi de France.

Anne reflechit.

Elle avait beaucoup intrigue dans sa vie. Dans le beau temps,
alors que sa jeune tete enfantait des projets toujours heureux,
elle avait pres d'elle, pour stimuler son ambition et son amour,
une amie plus ardente, plus ambitieuse qu'elle-meme, une amie qui
l'avait aimee, chose rare a la Cour, et que de mesquines
considerations avaient eloignee d'elle.

Mais depuis tant d'annees, excepte Mme de Motteville, excepte la
Molena, cette nourrice espagnole, confidente en sa qualite de
compatriote et de femme, qui pouvait se flatter d'avoir donne un
bon avis a la reine?

Qui donc aussi, parmi toutes ces jeunes tetes, pouvait lui
rappeler le passe, par lequel seulement elle vivait?

Anne d'Autriche se souvint de Mme de Chevreuse, d'abord exilee
plutot de sa volonte a elle-meme que de celle du roi, puis morte
en exil femme d'un gentilhomme obscur.

Elle se demanda ce que Mme de Chevreuse lui eut conseille
autrefois en pareil cas dans leurs communs embarras d'intrigues,
et, apres une serieuse meditation, il lui sembla que cette femme
rusee, pleine d'experience et de sagacite, lui repondait de sa
voix ironique:

-- Tous ces petits jeunes gens sont pauvres et avides. Ils ont
besoin d'or et de rentes pour alimenter leurs plaisirs, prenez-
les-moi par l'interet.

Anne d'Autriche adopta ce plan.

Sa bourse etait bien garnie; elle disposait d'une somme
considerable amassee par Mazarin pour elle et mise en lieu sur.

Elle avait les plus belles pierreries de France, et surtout des
perles d'une telle grosseur, qu'elles faisaient soupirer le roi
chaque fois qu'il les voyait, parce que les perles de sa couronne
n'etaient que grains de mil aupres de celles-la.

Anne d'Autriche n'avait plus de beaute ni de charmes a sa
disposition. Elle se fit riche et proposa pour appat a ceux qui
viendraient chez elle, soit de bons ecus d'or a gagner au jeu,
soit de bonnes dotations habilement faites les jours de bonne
humeur, soit des aubaines de rentes qu'elle arrachait au roi en
sollicitant, ce qu'elle s'etait decidee a faire pour entretenir
son credit.

Et d'abord elle essaya de ce moyen sur Madame, dont la possession
lui etait la plus precieuse de toutes.

Madame, malgre l'intrepide confiance de son esprit et de sa
jeunesse, donna tete baissee dans le panneau qui etait ouvert
devant elle. Enrichie peu a peu par des dons par des cessions,
elle prit gout a ces heritages anticipes.

Anne d'Autriche usa du meme moyen sur Monsieur et sur le roi lui-
meme.

Elle institua chez elle des loteries.

Le jour ou nous sommes arrives, il s'agissait d'un medianoche chez
la reine mere, et cette princesse mettait en loterie deux
bracelets fort beaux en brillants et d'un travail exquis.

Les medaillons etaient des camees antiques de la plus grande
valeur; comme revenu, les diamants ne representaient pas une somme
bien considerable, mais l'originalite, la rarete de travail
etaient telles, qu'on desirait a la Cour non seulement posseder,
mais voir ces bracelets aux bras de la reine, et que, les jours ou
elles les portait, c'etait une faveur que d'etre admis a les
admirer en lui baisant les mains.

Les courtisans avaient meme a ce sujet adopte des variantes de
galanterie pour etablir cet aphorisme, que les bracelets eussent
ete sans prix s'ils n'avaient le malheur de se trouver en contact
avec des bras pareils a ceux de la reine.

Ce compliment avait eu l'honneur d'etre traduit dans toutes les
langues de l'Europe, plus de mille distiques latins et francais
circulaient sur cette matiere.

Le jour ou Anne d'Autriche se decida pour la loterie, c'etait un
moment decisif: le roi n'etait pas venu depuis deux jours chez sa
mere. Madame boudait apres la grande scene des dryades et des
naiades.

Le roi ne boudait plus; mais une distraction toute-puissante
l'enlevait au dessus des orages et des plaisirs de la Cour.

Anne d'Autriche opera sa diversion en annoncant la fameuse loterie
chez elle pour le soir suivant.

Elle vit, a cet effet, la jeune reine, a qui, comme nous l'avons
dit, elle demanda une visite le matin.

-- Ma fille, lui dit-elle, je vous annonce une bonne nouvelle. Le
roi m'a dit de vous les choses les plus tendres. Le roi est jeune
et facile a detourner; mais, tant que vous vous tiendrez pres de
moi, il n'osera s'ecarter de vous, a qui, d'ailleurs, il est
attache par une tres vive tendresse. Ce soir, il y a loterie chez
moi: vous y viendrez?

-- On m'a dit, fit la jeune reine avec une sorte de reproche
timide, que Votre Majeste mettait en loterie ses beaux bracelets,
qui sont d'une telle rarete, que nous n'eussions pas du les faire
sortir du garde-meuble de la couronne, ne fut-ce que parce qu'ils
vous ont appartenu.

-- Ma fille, dit alors Anne d'Autriche, qui entrevit toute la
pensee de la jeune reine et voulut la consoler de n'avoir pas recu
ce present, il fallait que j'attirasse chez moi a tout jamais
Madame.

-- Madame? fit en rougissant la jeune reine.

-- Sans doute; n'aimez-vous pas mieux avoir chez vous une rivale
pour la surveiller et la dominer, que de savoir le roi chez elle,
toujours dispose a courtiser comme a l'etre? Cette loterie est
l'attrait dont je me sers pour cela: me blamez-vous?

-- Oh! non! fit Marie-Therese en frappant dans ses mains avec cet
enfantillage de la joie espagnole.

-- Et vous ne regrettez plus, ma chere, que je ne vous aie pas
donne ces bracelets, comme c'etait d'abord mon intention?

-- Oh! non, oh! non, ma bonne mere!...

-- Eh bien! ma chere fille, faites-vous bien belle, et que notre
medianoche soit brillant: plus vous y serez gaie, plus vous y
paraitrez charmante, et vous eclipserez toutes les femmes par
votre eclat comme par votre rang.

Marie-Therese partit enthousiasmee.

Une heure apres, Anne d'Autriche recevait chez elle Madame, et, la
couvrant de caresses:

-- Bonnes nouvelles! disait-elle, le roi est charme de ma loterie.

-- Moi, dit Madame, je n'en suis pas aussi charmee; voir de beaux
bracelets comme ceux-la aux bras d'une autre femme que vous, ma
reine, ou moi, voila ce a quoi je ne puis m'habituer.

-- La! la! dit Anne d'Autriche en cachant sous un sourire une
violente douleur qu'elle venait de sentir, ne vous revoltez pas,
jeune femme... et n'allez pas tout de suite prendre les choses au
pis.

-- Ah! madame, le sort est aveugle... et vous avez, m'a-t-on dit,
deux cents billets?

-- Tout autant. Mais vous n'ignorez pas qu'il y en aura qu'un
gagnant?

-- Sans doute. A qui tombera-t-il? Le pouvez-vous dire? fit Madame
desesperee.

-- Vous me rappelez que j'ai fait un reve cette nuit... Ah! mes
reves sont bons... je dors si peu.

-- Quel reve?... Vous souffrez?

-- Non, dit la reine en etouffant, avec une constance admirable,
la torture d'un nouvel elancement dans le sein. J'ai donc reve que
le roi gagnait les bracelets.

-- Le roi?

-- Vous m'allez demander ce que le roi peut faire de bracelets,
n'est-ce pas?

-- C'est vrai.

-- Et vous ajouterez cependant qu'il serait fort heureux que le
roi gagnat, car, ayant ces bracelets, il serait force de les
donner a quelqu'un.

-- De vous les rendre, par exemple.

-- Auquel cas, je les donnerais immediatement; car vous ne pensez
pas, dit la reine en riant, que je mette ces bracelets en loterie
par gene. C'est pour les donner sans faire de jalousie; mais, si
le hasard ne voulais pas me tirer de peine, eh bien! je
corrigerais le hasard... je sais bien a qui j'offrirais les
bracelets.

Ces mots furent accompagnes d'un sourire si expressif, que Madame
dut le payer par un baiser de remerciement.

-- Mais, ajouta Anne d'Autriche, ne savez-vous pas aussi bien que
moi que le roi ne me rendrait pas les bracelets s'il les gagnait?

-- Il les donnerait a la reine, alors.

-- Non; par la meme raison qui fait qu'il ne me les rendrait pas;
attendu que, si j'eusse voulu les donner a la reine, je n'avais
pas besoin de lui pour cela.

Madame jeta un regard de cote sur les bracelets, qui, dans leur
ecrin, scintillaient sur une console voisine.

-- Qu'ils sont beaux! dit-elle en soupirant. Eh! mais, dit Madame,
voila-t il pas que nous oublions que le reve de Votre Majeste
n'est qu'un reve.

-- Il m'etonnerait fort, repartit Anne d'Autriche, que mon reve
fut trompeur; cela m'est arrive rarement.

-- Alors vous pouvez etre prophete.

-- Je vous ai dit, ma fille, que je ne reve presque jamais; mais
c'est une coincidence si etrange que celle de ce reve avec mes
idees! il entre si bien dans mes combinaisons!

-- Quelles combinaisons?

-- Celle-ci, par exemple, que vous gagnerez les bracelets.

-- Alors ce ne sera pas le roi.

-- Oh! dit Anne d'Autriche, il n'y a pas tellement loin du coeur
de Sa Majeste a votre coeur... a vous qui etes sa soeur cherie...
Il n'y a pas, dis-je, tellement loin, qu'on puisse dire que le
reve est menteur. Voyez pour vous les belles chances; comptez-les
bien.

-- Je les compte.

-- D'abord, celle du reve. Si le roi gagne, il est certain qu'il
vous donne les bracelets.

-- J'admets cela pour une.

-- Si vous les gagnez, vous les avez.

-- Naturellement; c'est encore admissible.

-- Enfin, si Monsieur les gagnait!

-- Oh! dit Madame en riant aux eclats, il les donnerait au
chevalier de Lorraine.

Anne d'Autriche se mit a rire comme sa bru, c'est-a-dire de si bon
coeur, que sa douleur reparut et la fit blemir au milieu de
l'acces d'hilarite.

-- Qu'avez-vous? dit Madame effrayee.

-- Rien, rien, le point de cote... J'ai trop ri... Nous en etions
a la quatrieme chance.

-- Oh! celle-la, je ne la vois pas.

-- Pardonnez-moi, je ne me suis pas exclue des gagnants, et, si je
gagne, vous etes sure de moi.

-- Merci! Merci! s'ecria Madame.

-- J'espere que vous voila favorisee, et qu'a present le reve
commence a prendre les solides contours de la realite.

-- En verite, vous me donnez espoir et confiance, dit Madame, et
les bracelets ainsi gagnes me seront cent fois plus precieux.

-- A ce soir donc!

-- A ce soir!

Et les princesses se separerent.

Anne d'Autriche, apres avoir quitte sa bru, se dit en examinant
les bracelets:

"Ils sont bien precieux, en effet, puisque par eux, ce soir, je me
serai concilie un coeur en meme temps que j'aurai devine un
secret."

Puis, se tournant vers son alcove deserte:

-- Est-ce ainsi que tu aurais joue, ma pauvre Chevreuse? dit-elle
au vide... Oui, n'est-ce pas?

Et, comme un parfum d'autrefois, toute sa jeunesse toute sa folle
imagination, tout le bonheur lui revinrent avec l'echo de cette
invocation.


Chapitre CXXXIX -- La loterie


Le soir, a huit heures, tout le monde etait rassemble chez la
reine mere.

Anne d'Autriche, en grand habit de ceremonie, belle des restes de
sa beaute et de toutes les ressources que la coquetterie peut
mettre en des mains habiles, dissimulait, ou plutot essayait de
dissimuler a cette foule de jeunes courtisans qui l'entouraient et
qui l'admiraient encore, grace aux combinaisons que nous avons
indiquees dans le chapitre precedent, les ravages deja visibles de
cette souffrance a laquelle elle devait succomber quelques annees
plus tard.

Madame, presque aussi coquette qu'Anne d'Autriche, et la reine,
simple et naturelle, comme toujours, etaient assises a ses cotes
et se disputaient ses bonnes graces.

Les dames d'honneur, reunies en corps d'armee pour resister avec
plus de force, et, par consequent, avec plus de succes aux
malicieux propos que les jeunes gens tenaient sur elles, se
pretaient, comme fait un bataillon carre, le secours mutuel d'une
bonne garde et d'une bonne riposte.

Montalais, savante dans cette guerre de tirailleur, protegeait
toute la ligne par le feu roulant qu'elle dirigeait sur l'ennemi.

De Saint-Aignan, au desespoir de la rigueur, insolente a force
d'etre obstinee, de Mlle de Tonnay-Charente, essayait de lui
tourner le dos; mais, vaincu par l'eclat irresistible des deux
grands yeux de la belle, il revenait a chaque instant consacrer sa
defaite par de nouvelles soumissions, auxquelles Mlle de Tonnay-
Charente ne manquait pas de riposter par de nouvelles
impertinences.

De Saint-Aignan ne savait a quel saint se vouer.

La Valliere avait non pas une cour, mais des commencements de
courtisans.

De Saint-Aignan, esperant par cette manoeuvre attirer les yeux
d'Athenais de son cote, etait venu saluer la jeune fille avec un
respect qui, a quelques esprits retardataires avait fait croire a
la volonte de balancer Athenais par Louise.

Mais ceux-la, c'etaient ceux qui n'avaient ni vu ni entendu
raconter la scene de la pluie. Seulement, comme la majorite etait
deja informee, et bien informee, sa faveur declaree avait attire a
elle les plus habiles comme les plus sots de la Cour.

Les premiers, parce qu'ils disaient, les uns, comme Montaigne:
"Que sais je?"

Les autres, parce qu'ils disaient comme Rabelais: "Peut-etre?"

Le plus grand nombre avait suivi ceux-la, comme dans les chasses
cinq ou six limiers habiles suivent seuls la fumee de la bete,
tandis que tout le reste de la meute ne suit que la fumee des
limiers.

Mesdames et la reine examinaient les toilettes de leurs filles et
de leurs dames d'honneur, ainsi que celles des autres dames; et
elles daignaient oublier qu'elles etaient reines pour se souvenir
qu'elles etaient femmes.

C'est-a-dire qu'elles dechiraient impitoyablement tout porte-jupe,
comme eut dit Moliere.

Les regards des deux princesses tomberent simultanement sur La
Valliere qui, ainsi que nous l'avons dit etait fort entouree en ce
moment. Madame fut sans pitie.

-- En verite, dit-elle en se penchant vers la reine mere, si le
sort etait juste, il favoriserait cette pauvre petite La Valliere.

-- Ce n'est pas possible, dit la reine mere en souriant.

-- Comment cela?

-- Il n'y a que deux cents billets, de sorte que tout le monde n'a
pu etre porte sur la liste.

-- Elle n'y est pas alors?

-- Non.

-- Quel dommage! Elle eut pu les gagner et les vendre.

-- Les vendre? s'ecria la reine.

-- Oui, cela lui aurait fait une dot, et elle n'eut pas ete
obligee de se marier sans trousseau, comme cela arrivera
probablement.

-- Ah bah! vraiment? Pauvre petite! dit la reine mere, n'a-t-elle
pas de robes?

Et elle prononca ces mots en femme qui n'a jamais pu savoir ce que
c'etait que la mediocrite.

-- Dame, voyez: je crois, Dieu me pardonne, qu'elle a la meme jupe
ce soir qu'elle avait ce matin a la promenade, et qu'elle aura pu
conserver, grace au soin que le roi a pris de la mettre a l'abri
de la pluie.

Au moment meme ou Madame prononcait ces paroles, le roi entrait.

Les deux princesses ne se fussent peut-etre point apercues de
cette arrivee, tant elles etaient occupees a medire. Mais Madame
vit tout a coup La Valliere, qui etait debout en face de la
galerie, se troubler et dire quelques mots aux courtisans qui
l'entouraient; ceux-ci s'ecarterent aussitot. Ce mouvement ramena
les yeux de Madame vers la porte. En ce moment, le capitaine des
gardes annonca le roi.

A cette annonce, La Valliere, qui jusque-la avait tenu les yeux
fixes sur la galerie, les abaissa tout a coup.

Le roi entra.

Il etait vetu avec une magnificence pleine de gout, et causait
avec Monsieur et le duc de Roquelaure, qui tenaient, Monsieur sa
droite, le duc de Roquelaure sa gauche.

Le roi s'avanca d'abord vers les reines, qu'il salua avec un
gracieux respect. Il prit la main de sa mere, qu'il baisa, adressa
quelques compliments a Madame sur l'elegance de sa toilette, et
commenca a faire le tour de l'assemblee.

La Valliere fut saluee comme les autres, pas plus, pas moins que
les autres.

Puis Sa Majeste revint a sa mere et a sa femme.

Lorsque les courtisans virent que le roi n'avait adresse qu'une
phrase banale a cette jeune fille si recherchee le matin, ils
tirerent sur-le-champ une conclusion de cette froideur.

Cette conclusion fut que le roi avait eu un caprice, mais que ce
caprice etait deja evanoui.

Cependant on eut du remarquer une chose, c'est que, pres de La
Valliere, au nombre des courtisans, se trouvait M. Fouquet, dont
la respectueuse politesse servit de maintien a la jeune fille, au
milieu des differentes emotions qui l'agitaient visiblement.

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