Books: Book review: 'The Mercy Papers' and 'Downtown Owl'
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Book Review: The Horror, the Horror
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How to live what Michael Pollan preaches
The Mercy Papers A Memoir of Three Weeks By Robin Romm 213 pages. Scribner. $22. The foundational condition of being human is that we're going to die. Almost as basic a truth is that we seem incapable of believing it. The collision of these inconsonant

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Le vicomte de Bragelonne, Tome III. written by Alexandre Dumas

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-- Ne vous jouez pas de moi, monseigneur, dit-il.

-- Voyons, faisons vite, monsieur Vanel. Vous dites que
M. Gourville vous a parle de la charge de M. Fouquet?

-- M. Pelisson aussi.

-- Officiellement, ou officieusement?

-- Voici leurs paroles: "Ces gens du Parlement sont ambitieux et
riches; ils devraient bien se cotiser pour faire deux ou trois
millions a M. Fouquet, leur protecteur, leur lumiere."

-- Et vous avez dit?

-- J'ai dit que, pour ma part, je donnerais dix mille livres s'il
le fallait.

-- Ah! vous aimez donc M. Fouquet? s'ecria M. Colbert avec un
regard plein de haine.

-- Non; mais M. Fouquet est notre procureur general; il s'endette,
il se noie; nous devons sauver l'honneur du corps.

-- Voila qui m'explique pourquoi M. Fouquet sera toujours sain et
sauf tant qu'il occupera sa charge, repliqua Colbert.

-- La-dessus, poursuivit Vanel, M. Gourville a ajoute: "Faire
l'aumone a M. Fouquet, c'est toujours un procede humiliant auquel
il repondra par un refus; que le Parlement se cotise pour acheter
dignement la charge de son procureur general, alors tout va bien,
l'honneur du corps est sauf, et l'orgueil de M. Fouquet sauve."

-- C'est une ouverture cela.

-- Je l'ai considere ainsi, monseigneur.

-- Eh bien! monsieur Vanel, vous irez trouver immediatement
M. Gourville ou M. Pelisson; connaissez-vous quelque autre ami de
M. Fouquet?

-- Je connais beaucoup M. de La Fontaine.

-- La Fontaine le rimeur?

-- Precisement; il faisait des vers a ma femme, quand M. Fouquet
etait de nos amis.

-- Adressez-vous donc a lui pour obtenir une entrevue de M. le
surintendant.

-- Volontiers; mais la somme?

-- Au jour et a l'heure fixes, monsieur Vanel, vous serez nanti de
la somme, ne vous inquietez point.

-- Monseigneur, une telle munificence! Vous effacez le roi, vous
surpassez M. Fouquet.

-- Un moment... ne faisons pas abus des mots. Je ne vous donne pas
quatorze cent mille livres, monsieur Vanel: j'ai des enfants.

-- Eh! monsieur, vous me les pretez; cela suffit.

-- Je vous les prete, oui.

-- Demandez tel interet, telle garantie qu'il vous plaira,
monseigneur, je suis pret, et, vos desirs etant satisfaits, je
repeterai encore que vous surpassez les rois et M. Fouquet en
munificence. Vos conditions?

-- Le remboursement en huit annees.

-- Oh! tres bien.

-- Hypotheque sur la charge elle-meme.

-- Parfaitement; est-ce tout?

-- Attendez. Je me reserve le droit de vous racheter la charge a
cent cinquante mille livres de benefice si vous ne suiviez pas,
dans la gestion de cette charge, une ligne conforme aux interets
du roi et a mes desseins.

-- Ah! ah! dit Vanel un peu emu.

-- Cela renferme-t-il quelque chose qui vous puisse choquer,
monsieur Vanel? dit froidement Colbert.

-- Non, non, repliqua vivement Vanel.

-- Eh bien! nous signerons cet acte quand il vous plaira. Courez
chez les amis de M. Fouquet.

-- J'y vole...

-- Et obtenez du surintendant une entrevue.

-- Oui, monseigneur.

-- Soyez facile aux concessions.

-- Oui.

-- Et les arrangements une fois pris?...

-- Je me hate de le faire signer.

-- Gardez-vous-en bien!... Ne parlez jamais de signature avec
M. Fouquet, ni de dedit, ni meme de parole, entendez-vous? vous
perdriez tout!

-- Eh bien! alors, monseigneur, que faire? C'est trop difficile...

-- Tachez seulement que M. Fouquet vous touche dans la main...
Allez!


Chapitre CLXXXII -- Chez la reine mere


La reine mere etait dans sa chambre a coucher au Palais-Royal avec
Mme de Motteville et la _senora_ Molina. Le roi, attendu jusqu'au
soir, n'avait pas paru; la reine, tout impatiente, avait envoye
chercher souvent de ses nouvelles.

Le temps semblait etre a l'orage. Les courtisans et les dames
s'evitaient dans les antichambres et les corridors pour ne point
se parler de sujets compromettants.

Monsieur avait joint le roi des le matin pour une partie de
chasse.

Madame demeurait chez elle, boudant tout le monde.

Quant a la reine mere, apres avoir fait ses prieres en latin, elle
causait menage avec ses deux amies en pur castillan.

Mme de Motteville, qui comprenait admirablement cette langue,
repondait en francais.

Lorsque les trois dames eurent epuise toutes les formules de la
dissimulation et de la politesse pour en arriver a dire que la
conduite du roi faisait mourir de chagrin la reine, la reine mere
et toute sa parente, lorsqu'on eut, en termes choisis, fulmine
toutes les imprecations contre Mlle de La Valliere, la reine mere
termina les recriminations par ces mots pleins de sa pensee et de
son caractere:

-- _Estos hijos!_ dit-elle a Molina.

C'est-a-dire: "Ces enfants!"

Mot profond dans la bouche d'une mere; mot terrible dans la bouche
d'une reine qui, comme Anne d'Autriche, celait de si singuliers
secrets dans son ame assombrie.

-- Oui, repliqua Molina, ces enfants! a qui toute mere se
sacrifie.

-- A qui, repliqua la reine, une mere a tout sacrifie.

Et elle n'acheva pas sa phrase. Il lui sembla, quand elle leva les
yeux vers le portrait en pied du pale Louis XIII, que son epoux
laissait une fois encore la lumiere monter a ses yeux ternes, le
courroux gonfler ses narines de toile. Le portrait s'animait; il
ne parlait pas, il menacait. Un profond silence succeda aux
dernieres paroles de la reine. La Molina se mit a fourrager les
rubans et les dentelles d'une vaste corbeille. Mme de Motteville,
surprise de cet eclair qui avait illumine simultanement
d'intelligence le regard de la confidente et celui de la
maitresse, Mme de Motteville, disons-nous, baissa les yeux en
femme discrete, et, ne cherchant plus a voir, ecouta de toutes ses
oreilles. Elle ne surprit qu'un "hum!" significatif de la duegne
espagnole, image de la circonspection. Elle surprit aussi un
soupir exhale comme un souffle du sein de la reine.

Elle leva la tete aussitot.

-- Vous souffrez? dit-elle.

-- Non, Motteville, non; pourquoi dis-tu cela?

-- Votre Majeste avait gemi.

-- Tu as raison, en effet; oui, je souffre un peu.

-- M. Valot est pres d'ici, chez Madame, je crois.

-- Chez Madame, pourquoi?

-- Madame a ses nerfs.

-- Belle maladie! M. Valot a bien tort d'etre chez Madame, quand
un autre medecin guerirait Madame...

Mme de Motteville leva encore ses yeux surpris.

-- Un medecin autre que M. Valot? dit-elle; qui donc?

-- Le travail, Motteville, le travail... Ah! si quelqu'un est
malade, c'est ma pauvre fille.

-- C'est aussi Votre Majeste.

-- Moins ce soir.

-- Ne vous y fiez pas, madame!

Et, comme pour justifier cette menace, de Mme de Motteville, une
douleur aigue mordit la reine au coeur, la fit palir et la
renversa sur un fauteuil avec tous les symptomes d'une pamoison
soudaine.

-- Mes gouttes! murmura-t-elle.

-- Prout! prout! repliqua la Molina, qui, sans hater sa marche,
alla tirer d'une armoire d'ecaille doree un grand flacon de
cristal de roche et l'apporta ouvert a la reine.

Celle-ci respira frenetiquement, a plusieurs reprises, et murmura:

-- C'est par la que le Seigneur me tuera. Soit faite par sa
volonte sainte!

-- On ne meurt pas pour mal avoir, ajouta la Molina en replacant
le flacon dans l'armoire.

-- Votre Majeste va bien, maintenant? demanda Mme de Motteville.

-- Mieux.

Et la reine posa son doigt sur ses levres pour commander la
discretion a sa favorite.

-- C'est etrange! dit, apres un silence, Mme de Motteville.

-- Qu'y a-t-il d'etrange? demanda la reine.

-- Votre Majeste se souvient-elle du jour ou cette douleur apparut
pour la premiere fois?

-- Je me souviens que c'etait un jour bien triste, Motteville.

-- Ce jour n'avait pas toujours ete triste pour Votre Majeste.

-- Pourquoi?

-- Parce que, vingt-trois ans auparavant, madame, Sa Majeste le
roi regnant, votre glorieux fils, etait ne a la meme heure.

La reine poussa un cri, pencha son front sur ses mains et s'abima
durant quelques secondes.

Etait-ce souvenir ou reflexion? etait-ce encore la douleur?

La Molina jeta sur Mme de Motteville un regard presque furieux,
tant il ressemblait a un reproche, et la digne femme, n'y ayant
rien compris, allait questionner pour l'acquit de sa conscience,
lorsque soudain Anne d'Autriche se levant:

-- Le 5 septembre! dit-elle; oui, ma douleur a paru le 5
septembre. Grande joie un jour, grande douleur un autre jour.
Grande douleur, ajouta-t-elle tout bas, expiation d'une trop
grande joie!

Et, a partir de ce moment, Anne d'Autriche, qui semblait avoir
epuise toute sa memoire et toute sa raison, demeura impenetrable,
l'oeil morne, la pensee vague, les mains pendantes.

-- Il faut nous mettre au lit, dit la Molina.

-- Tout a l'heure, Molina.

-- Laissons la reine, ajouta la tenace Espagnole.

Mme de Motteville se leva; des larmes brillantes et grosses comme
des larmes d'enfant coulaient lentement sur les joues blanches de
la reine.

Molina, s'en apercevant, darda sur Anne d'Autriche son oeil noir
et vigilant.

-- Oui, oui, reprit soudain la reine. Laissez-nous, Motteville.
Allez.

Ce mot _nous_ sonna desagreablement a l'oreille de la favorite
francaise. Il signifiait qu'un echange de secrets ou de souvenirs
allait se faire. Il signifiait qu'une personne etait de trop dans
l'entretien a sa plus interessante phase.

-- Madame, Molina suffira-t-elle au service de Votre Majeste?
demanda la Francaise.

-- Oui, repondit l'Espagnole.

Et Mme de Motteville s'inclina. Tout a coup une vieille femme de
chambre, vetue comme elle l'etait a la Cour d'Espagne en 1620,
ouvrit les portieres, et surprenant la reine dans ses larmes,
Mme de Motteville dans sa retraite savante, la Molina dans sa
diplomatie:

-- Le remede! le remede! cria-t-elle joyeusement a la reine en
s'approchant sans facon du groupe.

-- Quel remede, _Chica_? dit Anne d'Autriche.

-- Pour le mal de Votre Majeste, repondit celle-ci.

-- Qui l'apporte? demanda vivement Mme de Motteville; M. Valot?

-- Non, une dame de Flandre.

-- Une dame de Flandre? Une Espagnole? interrogea la reine.

-- Je ne sais.

-- Qui l'envoie?

-- M. Colbert.

-- Son nom?

-- Elle ne l'a pas dit.

-- Sa condition?

-- Elle le dira.

-- Son visage?

-- Elle est masquee.

-- Vois, Molina! s'ecria la reine.

-- C'est inutile, repondit tout a coup une voix ferme et douce a
la fois, partie de l'autre cote des tapisseries, voix qui fit
tressaillir les autres dames et frissonner la reine.

En meme temps, une femme masquee paraissait entre les rideaux.

Avant que la reine eut parle:

-- Je suis une dame du beguinage de Bruges, dit la dame inconnue,
et j'apporte, en effet, le remede qui doit guerir Votre Majeste.

Chacun se tut. La beguine ne fit point un pas.

-- Parlez, dit la reine.

-- Quand nous serons seules, ajouta la beguine.

Anne d'Autriche adressa un regard a ses compagnes, celles-ci se
retirerent.

La beguine fit alors trois pas vers la reine et s'inclina
reverencieusement.

La reine regardait avec defiance cette femme qui la regardait
aussi avec des yeux brillants par les trous de son masque.

-- La reine de France est donc bien malade, dit Anne d'Autriche,
que l'on sait, au beguinage de Bruges, qu'elle a besoin d'etre
guerie?

-- Ne menacez point, reine, dit la beguine avec douceur; je suis
venue a vous pleine de respect et de compassion, j'y suis venue de
la part d'une amie.

-- Prouvez-le donc! Soulagez au lieu d'irriter.

-- Facilement; et Votre Majeste va voir si l'on est son amie.

-- Voyons.

-- Quel malheur est-il arrive a Votre Majeste depuis vingt-trois
ans?...

-- Mais, de grands malheurs: n'ai-je pas perdu le roi?

-- Je ne parle pas de ces sortes de malheurs. Je veux vous
demander si, depuis... la naissance du roi... une indiscretion
d'amie a cause quelque douleur a Votre Majeste.

-- Je ne vous comprends pas, repondit la reine en serrant les
dents pour cacher son emotion.

-- Je vais me faire comprendre. Votre Majeste se souvient que le
roi est ne le 3 septembre 1638, a onze heures un quart?

-- Oui, begaya la reine.

-- A midi et demi, continua la beguine, le dauphin, ondoye deja
par Mgr de Meaux sous les yeux du roi, sous vos yeux etait reconnu
heritier de la couronne de France. Le roi se rendit a la chapelle
du vieux chateau de Saint Germain pour entendre le _Te Deum_.

-- Tout cela est exact, murmura la reine.

-- L'accouchement de Votre Majeste s'etait fait en presence de feu
Monsieur, des princes, des dames de la Cour. Le medecin du roi,
Bouvard, et le chirurgien Honore se tenaient dans l'antichambre.
Votre Majeste s'endormit vers trois heures jusqu'a sept heures
environ, n'est-ce pas?

-- Sans doute; mais vous me recitez la ce que tout le monde sait
comme vous et moi.

-- J'arrive, madame, a ce que peu de personnes savent. Peu de
personnes, disais-je? helas! je pourrais dire deux personnes, car
il y en avait cinq seulement autrefois, et, depuis quelques
annees, le secret s'est assure par la mort des principaux
participants. Le roi notre seigneur dort avec ses peres; la sage-
femme Peronne l'a suivi de pres, Laporte est oublie deja.

La reine ouvrit la bouche pour repondre; elle trouva sous sa main
glacee, dont elle caressait son visage, les gouttes pressees d'une
sueur brulante.

-- Il etait huit heures, poursuivit la beguine; le roi soupait
d'un grand coeur; ce n'etaient autour de lui que joie, cris,
rasades; le peuple hurlait sous les balcons; les Suisses, les
mousquetaires et les gardes erraient par la ville, portes en
triomphe par les etudiants ivres.

Ces bruits formidables de l'allegresse publique faisaient gemir
doucement dans les bras de Mme de Hausac, sa gouvernante, le
dauphin, le futur roi de France, dont les yeux, lorsqu'ils
s'ouvriraient, devaient apercevoir deux couronnes au fond de son
berceau. Tout a coup Votre Majeste poussa un cri percant, et dame
Peronne reparut a son chevet.

Les medecins dinaient dans une salle eloignee. Le palais, desert a
force d'etre envahi, n'avait plus ni consignes ni gardes. La sage-
femme, apres avoir examine l'etat de Votre Majeste, se recria,
surprise, et, vous prenant en ses bras, eploree, folle de douleur,
envoya Laporte pour prevenir le roi que Sa Majeste la reine
voulait le voir dans sa chambre. Laporte, vous le savez, madame,
etait un homme de sang-froid et d'esprit. Il n'approcha pas du roi
en serviteur effraye qui sent son importance, et veut effrayer
aussi; d'ailleurs, ce n'etait pas une nouvelle effrayante que
celle qu'attendait le roi. Toujours est-il que Laporte parut, le
sourire sur les levres, pres de la chaise du roi et lui dit:

"-- Sire, la reine est bien heureuse et le serait encore plus de
voir Votre Majeste."

Ce jour-la, Louis XIII eut donne sa couronne a un pauvre pour un
Dieu gard! Gai, leger, vif, le roi sortit de table en disant, du
ton que Henri IV eut pu prendre:

"-- Messieurs, je vais voir ma femme."

Il arriva chez vous, madame, au moment ou dame Peronne lui tendait
un second prince, beau et fort comme le premier, en lui disant:
"Sire, Dieu ne veut pas que le royaume de France tombe en
quenouille.

Le roi, dans son premier mouvement, sauta sur cet enfant et cria:
"Merci, mon Dieu!"

La beguine s'arreta en cet endroit, remarquant combien souffrait
la reine. Anne d'Autriche, renversee dans son fauteuil, la tete
penchee, les yeux fixes, ecoutait sans entendre et ses levres
s'agitaient convulsivement pour une priere a Dieu ou pour une
imprecation contre cette femme.

-- Ah! ne croyez pas que, s'il n'y a qu'un dauphin en France,
s'ecria la beguine, ne croyez pas que, si la reine a laisse cet
enfant vegeter loin du trone, ne croyez pas qu'elle fut une
mauvaise mere. Oh! non... Il est des gens qui savent combien de
larmes elle a versees; il est des gens qui ont pu compter les
ardents baisers qu'elle donnait a la pauvre creature en echange de
cette vie de misere et d'ombre a laquelle la raison d'Etat
condamnait le frere jumeau de Louis XIV.

-- Mon Dieu! mon Dieu! murmura faiblement la reine.

-- On sait, continua vivement la beguine, que le roi, se voyant
deux fils, tous deux egaux en age, en pretentions, trembla pour le
salut de la France, pour la tranquillite de son Etat. On sait que
M. le cardinal de Richelieu, mande a cet effet par Louis XIII,
reflechit plus d'une heure dans le cabinet de Sa Majeste, et
prononca cette sentence: "Il y a un roi ne pour succeder a Sa
Majeste. Dieu en a fait naitre un autre pour succeder a ce premier
roi; mais, a present, nous n'avons besoin que du premier-ne;
cachons le second a la France comme Dieu l'avait cache a ses
parents eux-memes." Un prince, c'est pour l'Etat la paix et la
securite; deux competiteurs, c'est la guerre civile et l'anarchie.

La reine se leva brusquement, pale et les poings crispes.

-- Vous en savez trop, dit-elle d'une voix sourde, puisque vous
touchez aux secrets de l'Etat. Quant aux amis de qui vous tenez ce
secret, ce sont des laches, de faux amis. Vous etes leur complice
dans le crime qui s'accomplit aujourd'hui. Maintenant, a bas le
masque, ou je vous fais arreter par mon capitaine des gardes. Oh!
ce secret ne me fait pas peur! Vous l'avez eu, vous me le rendrez!
Il se glacera dans votre sein; ni ce secret ni votre vie ne vous
appartiennent plus a partir de ce moment!

Anne d'Autriche, joignant le geste a la menace, fit deux pas vers
la beguine.

-- Apprenez, dit celle-ci, a connaitre la fidelite, l'honneur, la
discretion de vos amis abandonnes.

Elle enleva soudain son masque.

-- Mme de Chevreuse! s'ecria la reine.

-- La seule confidente du secret, avec Votre Majeste.

-- Ah! murmura Anne d'Autriche, venez m'embrasser, duchesse.
Helas! c'est tuer ses amis, que se jouer ainsi avec leurs chagrins
mortels.

Et la reine, appuyant sa tete sur l'epaule de la vieille duchesse,
laissa echapper de ses yeux une source de larmes ameres.

-- Que vous etes jeune encore! dit celle-ci d'une voix sourde.
Vous pleurez!


Chapitre CLXXXIII -- Deux amies


La reine regarda fierement Mme de Chevreuse.

-- Je crois, dit-elle, que vous avez prononce le mot heureuse en
parlant de moi. Jusqu'a present, duchesse, j'avais cru impossible
qu'une creature humaine put se trouver moins heureuse que la reine
de France.

-- Madame, vous avez ete, en effet, une mere de douleurs. Mais, a
cote de ces miseres illustres dont nous nous entretenions tout a
l'heure, nous, vieilles amies, separees par la mechancete des
hommes; a cote, dis-je, de ces infortunes royales, vous avez les
joies peu sensibles, c'est vrai, mais fort enviees de ce monde.

-- Lesquelles? dit amerement Anne d'Autriche. Comment pouvez-vous
prononcer le mot joie, duchesse, vous qui tout a l'heure
reconnaissiez qu'il faut des remedes a mon corps et a mon esprit?

Mme de Chevreuse se recueillit un moment.

-- Que les rois sont loin des autres hommes! murmura-t-elle.

-- Que voulez-vous dire?

-- Je veux dire qu'ils sont tellement eloignes du vulgaire, qu'ils
oublient pour les autres toutes les necessites de la vie. Comme
l'habitant de la montagne africaine qui, du sein de ses plateaux
verdoyants rafraichis par les ruisseaux de neige, ne comprend pas
que l'habitant de la plaine meure de soif et de faim au milieu des
terres calcinees par le soleil.

La reine rougit legerement; elle venait de comprendre.

-- Savez-vous, dit-elle, que c'est mal de nous avoir delaissee?

-- Oh! madame, le roi a herite, dit-on, la haine que me portait
son pere. Le roi me congedierait s'il me savait au Palais-Royal.

-- Je ne dis pas que le roi soit bien dispose en votre faveur,
duchesse, repliqua la reine: mais, moi, je pourrais...
secretement.

La duchesse laissa percer un sourire dedaigneux qui inquieta son
interlocutrice.

-- Du reste, se hata d'ajouter la reine, vous avez tres bien fait
de venir ici.

-- Merci, madame!

-- Ne fut-ce que pour nous donner cette joie de dementir le bruit
de votre mort.

-- On avait dit effectivement que j'etais morte?

-- Partout.

-- Mes enfants n'avaient pas pris le deuil, cependant.

-- Ah! vous savez, duchesse, la Cour voyage souvent; nous voyons
peu MM. d'Albert et de Luynes, et bien des choses echappent dans
les preoccupations au milieu desquelles nous vivons constamment.

-- Votre Majeste n'eut pas du croire au bruit de ma mort.

-- Pourquoi pas? Helas! nous sommes mortels; ne voyez-vous pas que
moi, votre soeur cadette, comme nous disions autrefois, je penche
deja vers la sepulture?

-- Votre Majeste, si elle avait cru que j'etais morte, devait
s'etonner alors de n'avoir pas recu de mes nouvelles.

-- La mort surprend parfois bien vite, duchesse.

-- Oh! Votre Majeste! Les ames chargees de secrets comme celui
dont nous parlions tout a l'heure ont toujours un besoin
d'epanchement qu'il faut satisfaire d'avance. Au nombre des relais
prepares pour l'eternite, on compte la mise en ordre de ses
papiers.

La reine tressaillit.

-- Votre Majeste, dit la duchesse, saura d'une facon certaine le
jour de ma mort.

-- Comment cela?

-- Parce que Votre Majeste recevra le lendemain, sous une
quadruple enveloppe, tout ce qui a echappe de nos petites
correspondances si mysterieuses d'autrefois.

-- Vous n'avez pas brule? s'ecria Anne avec effroi.

-- Oh! chere Majeste, repliqua la duchesse, les traitres seuls
brulent une correspondance royale.

-- Les traitres?

-- Oui, sans doute; ou plutot ils font semblant de la bruler, la
gardent ou la vendent.

-- Mon Dieu!

-- Les fideles, au contraire, enfouissent precieusement de pareils
tresors; puis, un jour, ils viennent trouver leur reine, et lui
disent: "Madame, je vieillis, je me sens malade; il y a danger de
mort pour moi, danger de revelation pour le secret de Votre
Majeste; prenez donc ce papier dangereux et brulez-le vous-meme."

-- Un papier dangereux! Lequel?

-- Quant a moi, je n'en ai qu'un, c'est vrai, mais il est bien
dangereux.

-- Oh! duchesse, dites, dites!

-- C'est ce billet... date du 2 aout 1644, ou vous me recommandiez
d'aller a Noisy-le-Sec pour voir ce cher et malheureux enfant. Il
y a cela de votre main, madame: "Cher malheureux enfant."

Il se fit un silence profond a ce moment: la reine sondait
l'abime, Mme de Chevreuse tendait son piege.

-- Oui, malheureux, bien malheureux! murmura Anne d'Autriche;
quelle triste existence a-t-il menee, ce pauvre enfant, pour
aboutir a une si cruelle fin!

-- Il est mort? s'ecria vivement la duchesse avec une curiosite
dont la reine saisit avidement l'accent sincere.

-- Mort de consomption, mort oublie, fletri, mort comme ces
pauvres fleurs donnees par un amant et que la maitresse laisse
expirer dans un tiroir pour les cacher a tout le monde.

-- Mort! repeta la duchesse avec un air de decouragement qui eut
bien rejoui la reine, s'il n'eut ete tempere par un melange de
doute. Mort a Noisy-le-Sec?

-- Mais oui, dans les bras de son gouverneur, pauvre serviteur
honnete, qui n'a pas survecu longtemps.

-- Cela se concoit: c'est si lourd a porter un deuil et un secret
pareils.

La reine ne se donna pas la peine de relever l'ironie de cette
reflexion. Mme de Chevreuse continua.

-- Eh bien! madame, je m'informai, il y a quelques annees, a
Noisy-le-Sec meme, du sort de cet enfant si malheureux. On
m'apprit qu'il ne passait pas pour etre mort, voila pourquoi je ne
m'etais pas affligee tout d'abord avec Votre Majeste. Oh! certes,
si je l'eusse cru, jamais une allusion a ce deplorable evenement
ne fut venue reveiller les bien legitimes douleurs de Votre
Majeste.

-- Vous dites que l'enfant ne passait pas pour etre mort a Noisy?

-- Non, madame.

-- Que disait-on de lui, alors?

-- On disait... On se trompait sans doute.

-- Dites toujours.

-- On disait qu'un soir, vers 1645, une dame belle et majestueuse,
ce qui se remarqua malgre le masque et la mante qui la cachaient,
une dame de haute qualite, de tres haute qualite sans doute, etait
venue dans un carrosse a l'embranchement de la route, la meme,
vous savez, ou j'attendais des nouvelles du jeune prince, quand
Votre Majeste daignait m'y envoyer.

-- Eh bien?

-- Et que le gouverneur avait mene l'enfant a cette dame.

-- Apres?

-- Le lendemain, gouverneur et enfant avaient quitte le pays.

-- Vous voyez bien! il y a du vrai la-dedans, puisque,
effectivement, le pauvre enfant mourut d'un de ces coups de foudre
qui font que, jusqu'a sept ans, au dire des medecins, la vie des
enfants tient a un fil.

-- Oh! ce que dit Votre Majeste est la verite; nul ne le sait
mieux que vous, madame; nul ne le croit plus que moi. Mais admirez
la bizarrerie...

"Qu'est-ce encore?" pensa la reine.

-- La personne qui m'avait rapporte ces details, qui avait ete
s'informer de la sante de l'enfant, cette personne...

-- Vous aviez confie un pareil soin a quelqu'un? Oh! duchesse!

-- Quelqu'un de muet comme Votre Majeste, comme moi-meme; mettons
que c'est moi-meme, madame. Ce quelqu'un, dis-je, passant quelque
temps apres en Touraine...

-- En Touraine?

-- Reconnut le gouverneur et l'enfant, pardon! crut les
reconnaitre, vivants tous deux, gais et heureux et florissants
tous deux, l'un dans sa verte vieillesse, l'autre dans sa jeunesse
en fleur! Jugez, d'apres cela, ce que c'est que les bruits qui
courent, ayez donc foi, apres cela, a quoi que ce soit de ce qui
se passe en ce monde. Mais je fatigue Votre Majeste. Oh! ce n'est
pas mon intention, et je prendrai conge d'elle apres lui avoir
renouvele l'assurance de mon respectueux devouement.

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