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The Art of Short Selling: Book Review
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Agent to the Stars by John Scalzi">Book Review: Agent to the Stars by John Scalzi
A Cambridge School of Art graduate?s first book has been lauded in the international press. Kazuno Kohara, from Japan, who graduated from the MA in Children?s Book Illustration in 2007, has had her first book voted as one of 10 Best Illustrated

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Le vicomte de Bragelonne, Tome III. written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Le vicomte de Bragelonne, Tome III.

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Et Porthos fit clapper sa langue.

Le roi ouvrit de grands yeux charmes, et, tout en attaquant du
faisan en daube qu'on lui presentait:

-- Voila, monsieur du Vallon, un manger que je convoiterais, dit-
il. Quoi! le mouton entier?

-- Entier, oui, Sire.

-- Passez donc ces faisans a M. du Vallon; je vois que c'est un
amateur.

L'ordre fut execute.

Puis, revenant au mouton:

-- Et cela n'est pas trop gras?

-- Non, Sire; les graisses tombent en meme temps que le jus et
surnagent; alors mon ecuyer tranchant les enleve avec une cuiller
d'argent, que j'ai fait faire expres.

-- Et vous demeurez? demanda le roi.

-- A Pierrefonds, Sire.

-- A Pierrefonds; ou est cela, monsieur du Vallon? du cote de
Belle-Ile?

-- Oh! non pas, Sire, Pierrefonds est dans le Soissonnais.

-- Je croyais que vous me parliez de ces moutons a cause des pres
sales.

-- Non, Sire, j'ai des pres qui ne sont pas sales, c'est vrai,
mais qui n'en valent pas moins.

Le roi passa aux entremets, mais sans perdre de vue Porthos, qui
continuait d'officier de son mieux.

-- Vous avez un bel appetit, monsieur du Vallon, dit-il, et vous
faites un bon convive.

-- Ah! ma foi! Sire, si Votre Majeste venait jamais a Pierrefonds,
nous mangerions bien notre mouton a nous deux, car vous ne manquez
pas d'appetit non plus, vous.

D'Artagnan poussa un bon coup de pied a Porthos sous la table.
Porthos rougit.

-- A l'age heureux de Votre Majeste, dit Porthos pour se
rattraper, j'etais aux mousquetaires, et nul ne pouvait me
rassasier. Votre Majeste a bel appetit, comme j'avais l'honneur de
le lui dire, mais elle choisit avec trop de delicatesse pour etre
appelee un grand mangeur.

Le roi parut charme de la politesse de son antagoniste.

-- Taterez-vous de ces cremes? dit-il a Porthos?

-- Sire, Votre Majeste me traite trop bien pour que je ne lui dise
pas la verite tout entiere.

-- Dites, monsieur du Vallon, dites.

-- Eh bien! Sire, en fait de sucreries, je ne connais que les
pates, et encore il faut qu'elles soient bien compactes; toutes
ces mousses m'enflent l'estomac, et tiennent une place qui me
parait trop precieuse pour la si mal occuper.

-- Ah! messieurs, dit le roi en montrant Porthos voila un
veritable modele de gastronomie. Ainsi mangeaient nos peres, qui
savaient si bien manger, ajouta Sa Majeste, tandis que nous, nous
picorons.

Et, en disant ces mots, il prit une assiette de blanc de volaille
melee de jambon.

Porthos, de son cote, entama une terrine de perdreaux et de rales.

L'echanson remplit joyeusement le verre de Sa Majeste.

-- Donnez de mon vin a M. du Vallon, dit le roi.

C'etait un des grands honneurs de la table royale, D'Artagnan
pressa le genou de son ami.

-- Si vous pouvez avaler seulement la moitie de cette hure de
sanglier que je vois la, dit-il a Porthos, je vous juge duc et
pair dans un an.

-- Tout a l'heure, dit flegmatiquement Porthos, je m'y mettrai.

Le tour de la hure ne tarda pas a venir en effet, car le roi
prenait plaisir a pousser ce beau convive, il ne fit point passer
de mets a Porthos, qu'il ne les eut degustes lui-meme: il gouta
donc la hure. Porthos se montra beau joueur, au lieu d'en manger
la moitie, comme avait dit d'Artagnan, il en mangea les trois
quarts.

-- Il est impossible, dit le roi a demi-voix, qu'un gentilhomme
qui soupe si bien tous les jours, et avec de si belles dents, ne
soit pas le plus honnete homme de mon royaume.

-- Entendez-vous? dit d'Artagnan a l'oreille de son ami.

-- Oui, je crois que j'ai un peu de faveur, dit Porthos en se
balancant sur sa chaise.

-- Oh! vous avez le vent en poupe. Oui! oui! oui!

Le roi et Porthos continuerent de manger ainsi a la grande
satisfaction des convies, dont quelques-uns, par emulation,
avaient essaye de les suivre, mais avaient du renoncer en chemin.

Le roi rougissait, et la reaction du sang a son visage annoncait
le commencement de la plenitude.

C'est alors que Louis XIV, au lieu de prendre de la gaiete, comme
tous les buveurs, s'assombrissait et devenait taciturne.

Porthos, au contraire, devenait guilleret et expansif.

Le pied de d'Artagnan dut lui rappeler plus d'une fois cette
particularite.

Le dessert parut.

Le roi ne songeait plus a Porthos; il tournait ses yeux vers la
porte d'entree, et on l'entendit demander parfois pourquoi
M. de Saint-Aignan tardait tant a venir.

Enfin, au moment ou Sa Majeste terminait un pot de confitures de
prunes avec un grand soupir, M. de Saint-Aignan parut.

Les yeux du roi, qui s'etaient eteints peu a peu, brillerent
aussitot.

Le comte se dirigea vers la table du roi, et, a son approche,
Louis XIV se leva.

Tout le monde se leva, Porthos meme, qui achevait un nougat
capable de coller l'une a l'autre les deux machoires d'un
crocodile. Le souper etait fini.


Chapitre CLIV -- Apres souper


Le roi prit le bras de Saint-Aignan et passa dans la chambre
voisine.

-- Que vous avez tarde, comte! dit le roi.

-- J'apportais la reponse, Sire, repondit le comte.

-- C'est donc bien long pour elle de repondre a ce que je lui
ecrivais?

-- Sire, Votre Majeste avait daigne faire des vers; Mlle de La
Valliere a voulu payer le roi de la meme monnaie, c'est-a-dire en
or.

-- Des vers, de Saint-Aignan!... s'ecria le roi ravi. Donne,
donne.

Et Louis rompit le cachet d'une petite lettre qui renfermait
effectivement des vers que l'histoire nous a conserves, et qui
sont meilleurs d'intention que de facture.

Tels qu'ils etaient, cependant, ils enchanterent le roi, qui
temoigna sa joie par des transports non equivoques; mais le
silence general avertit Louis, si chatouilleux sur les
bienseances, que sa joie pouvait donner matiere a des
interpretations.

Il se retourna et mit le billet dans sa poche; puis, faisant un
pas qui le ramena sur le seuil de la porte aupres de ses hotes:

-- Monsieur du Vallon, dit-il, je vous ai vu avec le plus vif
plaisir, et je vous reverrai avec un plaisir nouveau.

Porthos s'inclina, comme eut fait le colosse de Rhodes, et sortit
a reculons.

-- Monsieur d'Artagnan, continua le roi, vous attendrez mes ordres
dans la galerie; je vous suis oblige de m'avoir fait connaitre
M. du Vallon. Messieurs, je retourne demain a Paris, pour le
depart des ambassadeurs d'Espagne et de Hollande. A demain donc.

La salle se vida aussitot.

Le roi prit le bras de Saint-Aignan, et lui fit relire encore les
vers de La Valliere.

-- Comment les trouves-tu? dit-il.

-- Sire... charmants!

-- Ils me charment, en effet, et s'ils etaient connus...

-- Oh! les poetes en seraient jaloux; mais ils ne les connaitront
pas.

-- Lui avez-vous donne les miens?

-- Oh! Sire, elle les a devores.

-- Ils etaient faibles, j'en ai peur.

-- Ce n'est pas ce que Mlle de La Valliere en a dit.

-- Vous croyez qu'elle les a trouves de son gout?

-- J'en suis sur, Sire...

-- Il me faudrait repondre, alors.

-- Oh! Sire... tout de suite... apres souper... Votre Majeste se
fatiguera.

-- Je crois que vous avez raison: l'etude apres le repas est
nuisible.

-- Le travail du poete surtout; et puis, en ce moment, il y aurait
preoccupation chez Mlle de La Valliere.

-- Quelle preoccupation?

-- Ah! Sire, comme chez toutes ces dames.

-- Pourquoi?

-- A cause de l'accident de ce pauvre de Guiche.

-- Ah! mon Dieu! est-il arrive un malheur a de Guiche?

-- Oui, Sire, il a toute une main emportee, il a un trou a la
poitrine, il se meurt.

-- Bon Dieu! et qui vous a dit cela?

-- Manicamp l'a rapporte tout a l'heure chez un medecin de
Fontainebleau, et le bruit s'en est repandu ici.

-- Rapporte? Pauvre de Guiche! et comment cela lui est-il arrive?

-- Ah! voila, Sire! comment cela lui est-il arrive?

-- Vous me dites cela d'un air tout a fait singulier, de Saint-
Aignan. Donnez-moi des details... Que dit-il?

-- Lui, ne dit rien, Sire, mais les autres.

-- Quels autres?

-- Ceux qui l'ont rapporte, Sire.

-- Qui sont-ils, ceux-la?

-- Je ne sais, Sire; mais M. de Manicamp le sait, M. de Manicamp
est de ses amis.

-- Comme tout le monde, dit le roi.

-- Oh! non, reprit de Saint-Aignan, vous vous trompez, Sire; tout
le monde n'est pas precisement des amis de M. de Guiche.

-- Comment le savez-vous?

-- Est-ce que le roi veut que je m'explique?

-- Sans doute, je le veux.

-- Eh bien! Sire, je crois avoir oui parler d'une querelle entre
deux gentilshommes.

-- Quand?

-- Ce soir meme, avant le souper de Votre Majeste.

-- Cela ne prouve guere. J'ai fait des ordonnances si severes a
l'egard des duels, que nul, je suppose, n'osera y contrevenir.

-- Aussi Dieu me preserve d'accuser personne! s'ecria de Saint-
Aignan. Votre Majeste m'a ordonne de parler, je parle.

-- Dites donc alors comment le comte de Guiche a ete blesse.

-- Sire, on dit a l'affut.

-- Ce soir?

-- Ce soir.

-- Une main emportee! un trou a la poitrine! Qui etait a l'affut
avec M. de Guiche?

-- Je ne sais, Sire... Mais M. de Manicamp sait ou doit savoir.

-- Vous me cachez quelque chose, de Saint-Aignan.

-- Rien, Sire, rien.

-- Alors expliquez-moi l'accident; est-ce un mousquet qui a creve?

-- Peut-etre bien. Mais, en y reflechissant, non, Sire, car on a
trouve pres de de Guiche son pistolet encore charge.

-- Son pistolet? Mais, on ne va pas a l'affut avec un pistolet, ce
me semble.

-- Sire, on ajoute que le cheval de de Guiche a ete tue, et que le
cadavre du cheval est encore dans la clairiere.

-- Son cheval? De Guiche va a l'affut a cheval? De Saint-Aignan,
je ne comprends rien a ce que vous me dites. Ou la chose s'est-
elle passee?

-- Sire, au bois Rochin, dans le rond-point.

-- Bien. Appelez M. d'Artagnan.

De Saint-Aignan obeit. Le mousquetaire entra.

-- Monsieur d'Artagnan, dit le roi, vous allez sortir par la
petite porte du degre particulier.

-- Oui, Sire.

-- Vous monterez a cheval.

-- Oui, Sire.

-- Et vous irez au rond-point du bois Rochin. Connaissez-vous
l'endroit?

-- Sire, je m'y suis battu deux fois.

-- Comment! s'ecria le roi, etourdi de la reponse.

-- Sire, sous les edits de M. le cardinal de Richelieu repartit
d'Artagnan avec son flegme ordinaire.

-- C'est different, monsieur. Vous irez donc la, et vous
examinerez soigneusement les localites. Un homme y a ete blesse,
et vous y trouverez un cheval mort. Vous me direz ce que vous
pensez sur cet evenement.

-- Bien, Sire.

-- Il va sans dire que c'est votre opinion a vous, et non celle
d'un autre que je veux avoir.

-- Vous l'aurez dans une heure, Sire.

-- Je vous defends de communiquer avec qui que ce soit.

-- Excepte avec celui qui me donnera une lanterne, dit d'Artagnan.

-- Oui, bien entendu, dit le roi en riant de cette liberte, qu'il
ne tolerait que chez son capitaine des mousquetaires.

D'Artagnan sortit par le petit degre.

-- Maintenant, qu'on appelle mon medecin, ajouta Louis.

Dix minutes apres, le medecin du roi arrivait essouffle.

-- Monsieur, vous allez, lui dit le roi, vous transporter avec
M. de Saint-Aignan ou il vous conduira, et me rendrez compte de
l'etat du malade que vous verrez dans la maison ou je vous prie
d'aller.

Le medecin obeit sans observation, comme on commencait des cette
epoque a obeir a Louis XIV, et sortit precedant de Saint-Aignan.

-- Vous, de Saint-Aignan, envoyez-moi Manicamp, avant que le
medecin ait pu lui parler.

De Saint-Aignan sortit a son tour.


Chapitre CLV -- Comment d'Artagnan accomplit la mission dont le
roi l'avait charge


Pendant que le roi prenait ces dernieres dispositions pour arriver
a la verite, d'Artagnan, sans perdre une seconde, courait a
l'ecurie, decrochait la lanterne, sellait son cheval lui-meme, et
se dirigeait vers l'endroit designe par Sa Majeste.

Il n'avait, suivant sa promesse, vu ni rencontre personne, et,
comme nous l'avons dit, il avait pousse le scrupule jusqu'a faire,
sans l'intervention des valets d'ecurie et des palefreniers, ce
qu'il avait a faire.

D'Artagnan etait de ceux qui se piquent, dans les moments
difficiles, de doubler leur propre valeur.

En cinq minutes de galop, il fut au bois, attacha son cheval au
premier arbre qu'il rencontra, et penetra a pied jusqu'a la
clairiere.

Alors il commenca de parcourir a pied, et sa lanterne a la main,
toute la surface du rond-point, vint, revint, mesura, examina, et,
apres une demi-heure d'exploration il reprit silencieusement son
cheval, et s'en revint reflechissant et au pas a Fontainebleau.

Louis attendait dans son cabinet: il etait seul et crayonnait sur
un papier des lignes qu'au premier coup d'oeil d'Artagnan reconnut
inegales et fort raturees.

Il en conclut que ce devaient etre des vers.

Il leva la tete et apercut d'Artagnan.

-- Eh bien! monsieur, dit-il, m'apportez-vous des nouvelles?

-- Oui, Sire.

-- Qu'avez-vous vu?

-- Voici la probabilite, Sire, dit d'Artagnan.

-- C'etait une certitude que je vous avais demandee.

-- Je m'en rapprocherai autant que je pourrai; le temps etait
commode pour les investigations dans le genre de celles que je
viens de faire: il a plu ce soir et les chemins etaient
detrempes...

-- Au fait, monsieur d'Artagnan.

-- Sire, Votre Majeste m'avait dit qu'il y avait un cheval mort au
carrefour du bois Rochin; j'ai donc commence par etudier les
chemins.

"Je dis les chemins, attendu qu'on arrive au centre du carrefour
par quatre chemins.

"Celui que j'avais suivi moi-meme presentait seul des traces
fraiches. Deux chevaux l'avaient suivi cote a cote: leurs huit
pieds etaient marques bien distinctement dans la glaise.

"L'un des cavaliers etait plus presse que l'autre. Les pas de l'un
sont toujours en avant de l'autre d'une demi-longueur de cheval.

-- Alors vous etes sur qu'ils sont venus a deux? dit le roi.

-- Oui, Sire. Les chevaux sont deux grandes betes d'un pas egal,
des chevaux habitues a la manoeuvre, car ils ont tourne en
parfaite oblique la barriere du rond-point.

-- Apres, monsieur?

-- La, les cavaliers sont restes un instant a regler sans doute
les conditions du combat; les chevaux s'impatientaient. L'un des
cavaliers parlait, l'autre ecoutait et se contentait de repondre.
Son cheval grattait la terre du pied, ce qui prouve que, dans sa
preoccupation a ecouter, il lui lachait la bride.

-- Alors il y a eu combat?

-- Sans conteste.

-- Continuez; vous etes un habile observateur.

-- L'un des deux cavaliers est reste en place, celui qui ecoutait;
l'autre a traverse la clairiere, et a d'abord ete se mettre en
face de son adversaire. Alors celui qui etait reste en place a
franchi le rond-point au galop jusqu'aux deux tiers de sa
longueur, croyant marcher sur son ennemi; mais celui-ci avait
suivi la circonference du bois.

-- Vous ignorez les noms, n'est-ce pas?

-- Tout a fait, Sire. Seulement, celui-ci qui avait suivi la
circonference du bois montait un cheval noir.

-- Comment savez-vous cela?

-- Quelques crins de sa queue sont restes aux ronces qui
garnissent le bord du fosse.

-- Continuez.

-- Quant a l'autre cheval, je n'ai pas eu de peine a en faire le
signalement, puisqu'il est reste mort sur le champ de bataille.

-- Et de quoi ce cheval est-il mort?

-- D'une balle qui lui a troue la tempe.

-- Cette balle etait celle d'un pistolet ou d'un fusil?

-- D'un pistolet, Sire. Au reste, la blessure du cheval m'a
indique la tactique de celui qui l'avait tue. Il avait suivi la
circonference du bois pour avoir son adversaire en flanc. J'ai
d'ailleurs, suivi ses pas sur l'herbe.

-- Les pas du cheval noir?

-- Oui, Sire.

-- Allez, monsieur d'Artagnan.

-- Maintenant que Votre Majeste voit la position des deux
adversaires, il faut que je quitte le cavalier stationnaire pour
le cavalier qui passe au galop.

-- Faites.

-- Le cheval du cavalier qui chargeait fut tue sur le coup.

-- Comment savez-vous cela?

-- Le cavalier n'a pas eu le temps de mettre pied a terre et est
tombe avec lui. J'ai vu la trace de sa jambe, qu'il avait tiree
avec effort de dessous le cheval. L'eperon, presse par le poids de
l'animal, avait laboure la terre.

-- Bien. Et qu'a-t-il dit en se relevant?

-- Il a marche droit sur son adversaire.

-- Toujours place sur la lisiere du bois?

-- Oui, Sire. Puis, arrive a une belle portee, il s'est arrete
solidement, ses deux talons sont marques l'un pres de l'autre, il
a tire et a manque son adversaire.

-- Comment savez-vous cela, qu'il l'a manque?

-- J'ai trouve le chapeau troue d'une balle.

-- Ah! une preuve, s'ecria le roi.

-- Insuffisante, Sire, repondit froidement d'Artagnan: c'est un
chapeau sans lettres, sans armes; une plume rouge comme a tous les
chapeaux; le galon meme n'a rien de particulier.

-- Et l'homme au chapeau troue a-t-il tire son second coup?

-- Oh! Sire, ses deux coups etaient deja tires.

-- Comment avez-vous su cela?

-- J'ai retrouve les bourres du pistolet.

-- Et la balle qui n'a pas tue le cheval, qu'est-elle devenue?

-- Elle a coupe la plume du chapeau de celui sur qui elle etait
dirigee, et a ete briser un petit bouleau de l'autre cote de la
clairiere.

-- Alors, l'homme au cheval noir etait desarme, tandis que son
adversaire avait encore un coup a tirer.

-- Sire, pendant que le cavalier demonte se relevait, l'autre
rechargeait son arme. Seulement, il etait fort trouble en la
rechargeant, la main lui tremblait.

-- Comment savez-vous cela?

-- La moitie de la charge est tombee a terre, et il a jete la
baguette, ne prenant pas le temps de la remettre au pistolet.

-- Monsieur d'Artagnan, ce que vous dites la est merveilleux!

-- Ce n'est que de l'observation, Sire, et le moindre batteur
d'estrade en ferait autant.

-- On voit la scene rien qu'a vous entendre.

-- Je l'ai, en effet, reconstruite dans mon esprit, a peu de
changements pres.

-- Maintenant, revenons au cavalier demonte. Vous disiez qu'il
avait marche sur son adversaire tandis que celui-ci rechargeait
son pistolet?

-- Oui; mais au moment ou il visait lui-meme, l'autre tira.

-- Oh! fit le roi, et le coup?

-- Le coup fut terrible, Sire; le cavalier demonte tomba sur la
face apres avoir fait trois pas mal assures.

-- Ou avait-il ete frappe?

-- A deux endroits: a la main droite d'abord, puis, du meme coup,
a la poitrine.

-- Mais comment pouvez-vous deviner cela? demanda le roi plein
d'admiration.

-- Oh! c'est bien simple: la crosse du pistolet etait tout
ensanglantee, et l'on y voyait la trace de la balle avec les
fragments d'une bague brisee. Le blesse a donc eu, selon toute
probabilite, l'annulaire et le petit doigt emportes.

-- Voila pour la main, j'en conviens; mais la poitrine?

-- Sire, il y avait deux flaques de sang a la distance de deux
pieds et demi l'une de l'autre. A l'une de ces flaques, l'herbe
etait arrachee par la main crispee; a l'autre, l'herbe etait
affaissee seulement par le poids du corps.

-- Pauvre de Guiche! s'ecria le roi.

-- Ah! c'etait M. de Guiche? dit tranquillement le mousquetaire.
Je m'en etais doute; mais je n'osais en parler a Votre Majeste.

-- Et comment vous en doutiez-vous?

-- J'avais reconnu les armes des Grammont sur les fontes du cheval
mort.

-- Et vous le croyez blesse grievement?

-- Tres grievement, puisqu'il est tombe sur le coup et qu'il est
reste longtemps a la meme place; cependant il a pu marcher, en
s'en allant, soutenu par deux amis.

-- Vous l'avez donc rencontre, revenant?

-- Non; mais j'ai releve les pas des trois hommes: l'homme de
droite et l'homme de gauche marchaient librement, facilement; mais
celui du milieu avait le pas lourd. D'ailleurs, des traces de sang
accompagnaient ce pas.

-- Maintenant, monsieur, que vous avez si bien vu le combat
qu'aucun detail ne vous en a echappe, dites-moi deux mots de
l'adversaire de de Guiche.

-- Oh! Sire, je ne le connais pas.

-- Vous qui voyez tout si bien, cependant.

-- Oui, Sire, dit d'Artagnan, je vois tout; mais je ne dis pas
tout ce que je vois, et, puisque le pauvre diable a echappe, que
Votre Majeste me permette de lui dire que ce n'est pas moi qui le
denoncerai.

-- C'est cependant un coupable, monsieur, que celui qui se bat en
duel.

-- Pas pour moi, Sire, dit froidement d'Artagnan.

-- Monsieur, s'ecria le roi, savez-vous bien ce que vous dites?

-- Parfaitement, Sire; mais, a mes yeux, voyez-vous, un homme qui
se bat bien est un brave homme. Voila mon opinion. Vous pouvez en
avoir une autre; c'est naturel, vous etes le maitre.

-- Monsieur d'Artagnan, j'ai ordonne cependant...

D'Artagnan interrompit le roi avec un geste respectueux.

-- Vous m'avez ordonne d'aller chercher des renseignements sur un
combat, Sire; vous les avez. M'ordonnez-vous d'arreter
l'adversaire de M. de Guiche, j'obeirai; mais ne m'ordonnez point
de vous le denoncer, car, cette fois, je n'obeirai pas.

-- Eh bien! arretez-le.

-- Nommez-le moi, Sire.

Louis frappa du pied.

Puis, apres un instant de reflexion:

-- Vous avez dix fois, vingt fois, cent fois raison, dit-il.

-- C'est mon avis, Sire; je suis heureux que ce soit en meme temps
celui de Votre Majeste.

-- Encore un mot... Qui a porte secours a de Guiche?

-- Je l'ignore.

-- Mais vous parlez de deux hommes... Il y avait donc un temoin?

-- Il n'y avait pas de temoin. Il y a plus... M. de Guiche une
fois tombe, son adversaire s'est enfui sans meme lui porter
secours.

-- Le miserable!

-- Dame! Sire, c'est l'effet de vos ordonnances. On s'est bien
battu, on a echappe a une premiere mort, on veut echapper a une
seconde. On se souvient de M. de Boutteville... Peste!

-- Et, alors on devient lache.

-- Non, l'on devient prudent.

-- Donc, il s'est enfui?

-- Oui, et aussi vite que son cheval a pu l'emporter meme.

-- Et dans quelle direction?

-- Dans celle du chateau.

-- Apres?

-- Apres, j'ai eu l'honneur de le dire a Votre Majeste, deux
hommes, a pied, sont venus qui ont emmene M. de Guiche.

-- Quelle preuve avez-vous que ces hommes soient venus apres le
combat?

-- Ah! une preuve manifeste; au moment du combat, la pluie venait
de cesser, le terrain n'avait pas eu le temps de l'absorber et
etait devenu humide: les pas enfoncent; mais apres le combat, mais
pendant le temps que M. de Guiche est reste evanoui, la terre
s'est consolidee et les pas s'impregnaient moins profondement.

-- Monsieur d'Artagnan, dit-il, vous etes, en verite, le plus
habile homme de mon royaume.

-- C'est ce que pensait M. de Richelieu, c'est ce que disait
M. de Mazarin, Sire.

-- Maintenant, il nous reste a voir si votre sagacite est en
defaut.

-- Oh! Sire, l'homme se trompe: _Errare humanum est_, dit
philosophiquement le mousquetaire.

-- Alors vous n'appartenez pas a l'humanite, monsieur d'Artagnan,
car je crois que vous ne vous trompez jamais.

-- Votre Majeste disait que nous allions voir.

-- Oui.

-- Comment cela, s'il lui plait?

-- J'ai envoye chercher M. de Manicamp, et M. de Manicamp va
venir.

-- Et M. de Manicamp sait le secret?

-- De Guiche n'a pas de secrets pour M. de Manicamp.

-- Nul n'assistait au combat, je le repete, et, a moins que
M. de Manicamp ne soit un de ces deux hommes qui l'ont ramene...

-- Chut! dit le roi, voici qu'il vient: demeurez la et pretez
l'oreille.

-- Tres bien, Sire, dit le mousquetaire.

A la meme minute, Manicamp et de Saint-Aignan paraissaient au
seuil de la porte.


Chapitre CLVI -- L'affut


Le roi fit un signe au mousquetaire, l'autre a de Saint-Aignan.

Le signe etait imperieux et signifiait: "Sur votre vie, taisez-
vous!"

D'Artagnan se retira, comme un soldat, dans l'angle du cabinet.

De Saint-Aignan, comme un favori, s'appuya sur le dossier du
fauteuil du roi.

Manicamp, la jambe droite en avant, le sourire aux levres, les
mains blanches et gracieuses, s'avanca pour faire sa reverence au
roi.

Le roi rendit le salut avec la tete.

-- Bonsoir, monsieur de Manicamp, dit-il.

-- Votre Majeste m'a fait l'honneur de me mander aupres d'elle,
dit Manicamp.

-- Oui, pour apprendre de vous tous les details du malheureux
accident arrive au comte de Guiche.

-- Oh! Sire, c'est douloureux.

-- Vous etiez la?

-- Pas precisement, Sire.

-- Mais vous arrivates sur le theatre de l'accident quelques
instants apres cet accident accompli?

-- C'est cela, oui, Sire, une demi-heure a peu pres.

-- Et ou cet accident a-t-il eu lieu?

-- Je crois, Sire, que l'endroit s'appelle le rond-point du bois
Rochin.

-- Oui, rendez-vous de chasse.

-- C'est cela meme, Sire.

-- Eh bien! contez-moi ce que vous savez de details sur ce
malheur, monsieur de Manicamp. Contez.

-- C'est que Votre Majeste est peut-etre instruite, et je
craindrais de la fatiguer par des repetitions.

-- Non, ne craignez pas.

Manicamp regarda tout autour de lui; il ne vit que d'Artagnan
adosse aux boiseries, d'Artagnan calme, bienveillant, bonhomme, et
de Saint-Aignan avec lequel il etait venu, et qui se tenait
toujours adosse au fauteuil du roi avec une figure egalement
gracieuse.

Il se decida donc a parler.

-- Votre Majeste n'ignore pas, dit-il, que les accidents sont
communs a la chasse?

-- A la chasse?

-- Oui, Sire, je veux dire a l'affut.

-- Ah! ah! dit le roi, c'est a l'affut que l'accident est arrive?

-- Mais oui, Sire, hasarda Manicamp; est-ce que Votre Majeste
l'ignorait?

-- Mais a peu pres, dit le roi fort vite, car toujours Louis XIV
repugna a mentir; c'est donc a l'affut, dites-vous, que l'accident
est arrive?

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