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The Art of Short Selling: Book Review
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Agent to the Stars by John Scalzi">Book Review: Agent to the Stars by John Scalzi
A Cambridge School of Art graduate?s first book has been lauded in the international press. Kazuno Kohara, from Japan, who graduated from the MA in Children?s Book Illustration in 2007, has had her first book voted as one of 10 Best Illustrated

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Le vicomte de Bragelonne, Tome I. written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Le vicomte de Bragelonne, Tome I.

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-- Eh! dit avec depit le cardinal, que n'a-t-il comme vous, Sire,
un Jules Mazarin pres de lui! sa couronne lui eut ete gardee
intacte.

-- Je sais tout ce que ma maison doit a votre Eminence, repartit
fierement le roi, et croyez bien que pour ma part, monsieur, je ne
l'oublierai jamais. C'est justement parce que mon frere le roi
d'Angleterre n'a pas pres de lui le genie puissant qui m'a sauve,
c'est pour cela, dis-je, que je voudrais lui concilier l'aide de
ce meme genie, et prier votre bras de s'etendre sur sa tete, bien
assure, monsieur le cardinal, que votre main, en le touchant
seulement, saurait lui remettre au front sa couronne, tombee au
pied de l'echafaud de son pere.

-- Sire, repliqua Mazarin, je vous remercie de votre bonne opinion
a mon egard, mais nous n'avons rien a faire la-bas: ce sont des
enrages qui renient dieu et qui coupent la tete a leurs rois. Ils
sont dangereux, voyez-vous, Sire, et sales a toucher depuis qu'ils
se sont vautres dans le sang royal et dans la boue covenantaire.
Cette politique-la ne m'a jamais convenu, et je la repousse.

-- Aussi pouvez-vous nous aider a lui en substituer une autre.

-- Laquelle?

-- La restauration de Charles II, par exemple.

-- Eh! mon Dieu! repliqua Mazarin, est-ce que par hasard le pauvre
Sire se flatterait de cette chimere?

-- Mais oui, repliqua le jeune roi, effraye des difficultes que
semblait entrevoir dans ce projet l'oeil si sur de son ministre;
il ne demande meme pour cela qu'un million.

-- Voila tout. Un petit million, s'il vous plait? fit ironiquement
le cardinal en forcant son accent italien. Un petit million, s'il
vous plait, mon frere? Famille de mendiants, va!

-- Cardinal, dit Louis XIV en relevant la tete, cette famille de
mendiants est une branche de ma famille.

-- Etes-vous assez riche pour donner des millions aux autres,
Sire? avez-vous des millions?

-- Oh! repliqua Louis XIV avec une supreme douleur qu'il forca
cependant, a force de volonte, de ne point eclater sur son visage;
oh! oui, monsieur le cardinal, je sais que je suis pauvre, mais
enfin la couronne de France vaut bien un million, et pour faire
une bonne action, j'engagerai, s'il le faut, ma couronne. Je
trouverai des juifs qui me preteront bien un million?

-- Ainsi, Sire, vous dites que vous avez besoin d'un million?
demanda Mazarin.

-- Oui, monsieur, je le dis.

-- Vous vous trompez beaucoup, Sire, et vous avez besoin de bien
plus que cela. Bernouin!... Vous allez voir, Sire, de combien vous
avez besoin en realite... Bernouin!

-- Eh quoi! cardinal, dit le roi, vous allez consulter un laquais
sur mes affaires?

-- Bernouin! cria encore le cardinal sans paraitre remarquer
l'humiliation du jeune prince. Avance ici, et dis-moi le chiffre
que je te demandais tout a l'heure, mon ami.

-- Cardinal, cardinal, ne m'avez-vous pas entendu? dit Louis
palissant d'indignation.

-- Sire, ne vous fachez pas; je traite a decouvert les affaires de
Votre Majeste, moi. Tout le monde en France le sait, mes livres
sont a jour. Que te disais-je de me faire tout a l'heure,
Bernouin?

-- Votre Eminence me disait de lui faire une addition.

-- Tu l'as faite, n'est-ce pas?

-- Oui, monseigneur.

-- Pour constater la somme dont Sa Majeste avait besoin en ce
moment? Ne te disais-je pas cela? Sois franc, mon ami.

-- Votre Eminence me le disait.

-- Eh bien! quelle somme desirais-je?

-- Quarante-cinq millions, je crois.

-- Et quelle somme trouverions-nous en reunissant toutes nos
ressources?

-- Trente-neuf millions deux cent soixante mille francs.

-- C'est bien, Bernouin, voila tout ce que je voulais savoir;
laisse-nous maintenant, dit le cardinal en attachant son brillant
regard sur le jeune roi, muet de stupefaction.

-- Mais cependant... balbutia le roi.

-- Ah! vous doutez encore! Sire, dit le cardinal. Eh bien! voici
la preuve de ce que je vous disais. Et Mazarin tira de dessous son
traversin le papier couvert de chiffres, qu'il presenta au roi,
lequel detourna la vue, tant sa douleur etait profonde.

-- Ainsi, comme c'est un million que vous desirez, Sire, que ce
million n'est point porte la, c'est donc de quarante-six millions
qu'a besoin Votre Majeste. Eh bien! il n'y a pas de juifs au monde
qui pretent une pareille somme, meme sur la couronne de France. Le
roi, crispant ses poings sous ses manchettes, repoussa son
fauteuil.

-- C'est bien, dit-il, mon frere le roi d'Angleterre mourra donc
de faim.

-- Sire, repondit sur le meme ton Mazarin, rappelez-vous ce
proverbe que je vous donne ici comme l'expression de la plus saine
politique: "Rejouis-toi d'etre pauvre quand ton voisin est pauvre
aussi."

Louis medita quelques moments, tout en jetant un curieux regard
sur le papier dont un bout passait sous le traversin.

-- Alors, dit-il, il y a impossibilite a faire droit a ma demande
d'argent, monsieur le cardinal?

-- Absolue, Sire.

-- Songez que cela me fera un ennemi plus tard s'il remonte sans
moi sur le trone.

-- Si Votre Majeste ne craint que cela, qu'elle se tranquillise,
dit vivement le cardinal.

-- C'est bien, je n'insiste plus, dit Louis XIV.

-- Vous ai-je convaincu, au moins, Sire? dit le cardinal en posant
sa main sur celle du roi.

-- Parfaitement.

-- Toute autre chose, demandez-la, Sire, et je serai heureux de
vous l'accorder, vous ayant refuse celle-ci.

-- Toute autre chose, monsieur?

-- Eh! oui, ne suis-je pas corps et ame au service de Votre
Majeste? Hola! Bernouin, des flambeaux, des gardes pour Sa
Majeste! Sa Majeste rentre dans ses appartements.

-- Pas encore, monsieur, et puisque vous mettez votre bonne
volonte a ma disposition, je vais en user.

-- Pour vous, Sire? demanda le cardinal, esperant qu'il allait
enfin etre question de sa niece.

-- Non, monsieur, pas pour moi, repondit Louis, mais pour mon
frere Charles toujours.

La figure de Mazarin se rembrunit, et il grommela quelques paroles
que le roi ne put entendre.


Chapitre XI -- La politique de M. de Mazarin


Au lieu de l'hesitation avec laquelle il avait un quart d'heure
auparavant aborde le cardinal, on pouvait lire alors dans les yeux
du jeune roi cette volonte contre laquelle on peut lutter, qu'on
brisera peut-etre par sa propre impuissance, mais qui au moins
gardera, comme une plaie au fond du coeur, le souvenir de sa
defaite.

-- Cette fois, monsieur le cardinal, il s'agit d'une chose plus
facile a trouver qu'un million.

-- Vous croyez cela, Sire? dit Mazarin en regardant le roi de cet
oeil ruse qui lisait au plus profond des coeurs.

-- Oui, je le crois, et lorsque vous connaitrez l'objet de ma
demande...

-- Et croyez-vous donc que je ne le connaisse pas, Sire?

-- Vous savez ce qui me reste a vous dire?

-- Ecoutez, Sire, voila les propres paroles du roi Charles...

-- Oh! par exemple!

-- Ecoutez. Et si cet avare, ce pleutre d'Italien, a-t-il dit...

-- Monsieur le cardinal!...

-- Voila le sens, sinon les paroles. Eh! mon Dieu! je ne lui en
veux pas pour cela, Sire; chacun voit avec ses passions.

"Il a donc dit: Et si ce pleutre d'Italien vous refuse le million
que nous lui demandons, Sire; si nous sommes forces, faute
d'argent, de renoncer a la diplomatie, eh bien! nous lui
demanderons cinq cents gentilshommes...

Le roi tressaillit, car le cardinal ne s'etait trompe que sur le
chiffre.

-- N'est-ce pas, Sire, que c'est cela? s'ecria le ministre avec un
accent triomphateur; puis il a ajoute de belles paroles, il a dit:
J'ai des amis de l'autre cote du detroit; a ces amis il manque
seulement un chef et une banniere.

"Quand ils me verront, quand ils verront la banniere de France,
ils se rallieront a moi, car ils comprendront que j'ai votre
appui. Les couleurs de l'uniforme francais vaudront pres de moi le
million que M. de Mazarin nous aura refuse.

"(Car il savait bien que je le refuserais, ce million.) Je
vaincrai avec ces cinq cents gentilshommes, Sire, et tout
l'honneur en sera pour vous. Voila ce qu'il a dit, ou a peu pres,
n'est-ce pas? en entourant ces paroles de metaphores brillantes,
d'images pompeuses, car ils sont bavards dans la famille! Le pere
a parle jusque sur l'echafaud.

La sueur de la honte coulait au front de Louis. Il sentait qu'il
n'etait pas de sa dignite d'entendre ainsi insulter son frere,
mais il ne savait pas encore comment on voulait, surtout en face
de celui devant qui il avait vu tout plier, meme sa mere. Enfin il
fit un effort.

-- Mais, dit-il, monsieur le cardinal, ce n'est pas cinq cents
hommes, c'est deux cents.

-- Vous voyez bien que j'avais devine ce qu'il demandait.

-- Je n'ai jamais nie, monsieur, que vous n'eussiez un oeil
profond, et c'est pour cela que j'ai pense que vous ne refuseriez
pas a mon frere Charles une chose aussi simple et aussi facile a
accorder que celle que je vous demande en son nom, monsieur le
cardinal, ou plutot au mien.

-- Sire, dit Mazarin, voila trente ans que je fais de la
politique. J'en ai fait d'abord avec M. le cardinal de Richelieu,
puis tout seul.

"Cette politique n'a pas toujours ete tres honnete, il faut
l'avouer; mais elle n'a jamais ete maladroite. Or, celle que l'on
propose en ce moment a Votre Majeste est malhonnete et maladroite
a la fois.

-- Malhonnete, monsieur!

-- Sire, vous avez fait un traite avec M. Cromwell.

-- Oui; et dans ce traite meme M. Cromwell a signe au-dessus de
moi.

-- Pourquoi avez-vous signe si bas, Sire? M. Cromwell a trouve une
bonne place, il l'a prise; c'etait assez son habitude. J'en
reviens donc a M. Cromwell. Vous avez fait un traite avec lui,
c'est-a-dire avec l'Angleterre, puisque quand vous avez signe ce
traite M. Cromwell etait l'Angleterre.

-- M. Cromwell est mort.

-- Vous croyez cela, Sire?

-- Mais sans doute, puisque son fils Richard lui a succede et a
abdique meme.

-- Eh bien! voila justement! Richard a herite a la mort de
Cromwell, et l'Angleterre a l'abdication de Richard. Le traite
faisait partie de l'heritage, qu'il fut entre les mains de
M. Richard ou entre les mains de l'Angleterre. Le traite est donc
bon toujours, valable autant que jamais. Pourquoi l'eluderiez-
vous, Sire? Qu'y a-t-il de change? Charles II veut aujourd'hui ce
que nous n'avons pas voulu il y a dix ans; mais c'est un cas
prevu. Vous etes l'allie de l'Angleterre, Sire, et non celui de
Charles II. C'est malhonnete sans doute, au point de vue de la
famille, d'avoir signe un traite avec un homme qui a fait couper
la tete au beau-frere du roi votre pere, et d'avoir contracte une
alliance avec un Parlement qu'on appelle la-bas un Parlement
Croupion; c'est malhonnete, j'en conviens, mais ce n'etait pas
maladroit au point de vue de la politique, puisque, grace a ce
traite, j'ai sauve a Votre Majeste, mineure encore, les tracas
d'une guerre exterieure, que la Fronde... vous vous rappelez la
Fronde, Sire (le jeune roi baissa la tete), que la Fronde eut
fatalement compliques. Et voila comme quoi je prouve a Votre
Majeste que changer de route maintenant sans prevenir nos allies
serait a la fois maladroit et malhonnete. Nous ferions la guerre
en mettant les torts de notre cote; nous la ferions, meritant
qu'on nous la fit, et nous aurions l'air de la craindre, tout en
la provoquant; car une permission a cinq cents hommes, a deux
cents hommes, a cinquante hommes, a dix hommes, c'est toujours une
permission. Un Francais, c'est la nation; un uniforme, c'est
l'armee. Supposez, par exemple, Sire, que vous avez la guerre avec
la Hollande, ce qui tot ou tard arrivera certainement, ou avec
l'Espagne, ce qui arrivera peut-etre si votre mariage manque
(Mazarin regarda profondement le roi), et il y a mille causes qui
peuvent faire manquer votre mariage; eh bien! approuveriez-vous
l'Angleterre d'envoyer aux Provinces-Unies ou a l'infante un
regiment, une compagnie, une escouade meme de gentilshommes
anglais? Trouveriez-vous qu'elle se renferme honnetement dans les
limites de son traite d'alliance?

Louis ecoutait; il lui semblait etrange que Mazarin invoquat la
bonne foi, lui l'auteur de tant de supercheries politiques qu'on
appelait des mazarinades.

-- Mais enfin, dit le roi, sans autorisation manifeste, je ne puis
empecher des gentilshommes de mon Etat de passer en Angleterre si
tel est leur bon plaisir.

-- Vous devez les contraindre a revenir, Sire, ou tout au moins
protester contre leur presence en ennemis dans un pays allie.

-- Mais enfin, voyons, vous, monsieur le cardinal, vous un genie
si profond, cherchons un moyen d'aider ce pauvre roi sans nous
compromettre.

-- Et voila justement ce que je ne veux pas, mon cher Sire, dit
Mazarin. L'Angleterre agirait d'apres mes desirs qu'elle n'agirait
pas mieux; je dirigerais d'ici la politique d'Angleterre que je ne
la dirigerais pas autrement.

"Gouvernee ainsi qu'on la gouverne, l'Angleterre est pour l'Europe
un nid eternel a proces. La Hollande protege Charles II: laissez
faire la Hollande; ils se facheront, ils se battront; ce sont les
deux seules puissances maritimes; laissez-les detruire leurs
marines l'une par l'autre; nous construirons la notre avec les
debris de leurs vaisseaux, et encore quand nous aurons de l'argent
pour acheter des clous.

-- Oh! que tout ce que vous me dites la est pauvre et mesquin,
monsieur le cardinal!

-- Oui, mais comme c'est vrai, Sire, avouez-le. Il y a plus:
j'admets un moment la possibilite de manquer a votre parole et
d'eluder le traite; cela se voit souvent, qu'on manque a sa parole
et qu'on elude un traite, mais c'est quand on a quelque grand
interet a le faire ou quand on se trouve par trop gene par le
contrat; eh bien! vous autoriseriez l'engagement qu'on vous
demande; la France, sa banniere, ce qui est la meme chose, passera
le detroit et combattra; la France sera vaincue.

-- Pourquoi cela?

-- Voila ma foi un habile general, que Sa Majeste Charles II, et
Worcester nous donne de belles garanties!

-- Il n'aura plus affaire a Cromwell, monsieur.

-- Oui, mais il aura affaire a Monck, qui est bien autrement
dangereux.

"Ce brave marchand de biere dont nous parlons etait un illumine,
il avait des moments d'exaltation, d'epanouissement, de
gonflement, pendant lesquels il se fendait comme un tonneau trop
plein; par les fentes alors s'echappaient toujours quelques
gouttes de sa pensee, et a l'echantillon on connaissait la pensee
tout entiere. Cromwell nous a ainsi, plus de dix fois, laisse
penetrer dans son ame, quand on croyait cette ame enveloppee d'un
triple airain, comme dit Horace. Mais Monck! Ah! Sire, Dieu vous
garde de faire jamais de la politique avec M. Monck! C'est lui qui
m'a fait depuis un an tous les cheveux gris que j'ai!

"Monck n'est pas un illumine, lui, malheureusement, c'est un
politique; il ne se fend pas, il se resserre. Depuis dix ans il a
les yeux fixes sur un but, et nul n'a pu encore deviner lequel.

"Tous les matins, comme le conseillait Louis XI, il brule son
bonnet de la nuit. Aussi, le jour ou ce plan lentement et
solitairement muri eclatera, il eclatera avec toutes les
conditions de succes qui accompagnent toujours l'imprevu.

"Voila Monck, Sire, dont vous n'aviez peut-etre jamais entendu
parler, dont vous ne connaissiez peut-etre pas meme le nom, avant
que votre frere Charles II, qui sait ce qu'il est, lui, le
prononcat devant vous, c'est-a-dire une merveille de profondeur et
de tenacite, les deux seules choses contre lesquelles l'esprit et
l'ardeur s'emoussent. Sire, j'ai eu de l'ardeur quand j'etais
jeune, j'ai eu de l'esprit toujours. Je puis m'en vanter,
puisqu'on me le reproche. J'ai fait un beau chemin avec ces deux
qualites, puisque de fils d'un pecheur de Piscina, je suis devenu
Premier ministre du roi de France, et que dans cette qualite,
Votre Majeste veut bien le reconnaitre, j'ai rendu quelques
services au trone de Votre Majeste. Eh bien! Sire, si j'eusse
rencontre Monck sur ma route, au lieu d'y trouver M. de Beaufort,
M. de Retz, ou M. le prince, eh bien, nous etions perdus. Engagez-
vous a la legere, Sire, et vous tomberez dans les griffes de ce
soldat politique. Le casque de Monck, Sire, est un coffre de fer
au fond duquel il enferme ses pensees, et dont personne n'a la
clef. Aussi, pres de lui, ou plutot devant lui, je m'incline,
Sire, moi qui n'ai qu'une barrette de velours.

-- Que pensez-vous donc que veuille Monck, alors?

-- Eh! si je le savais, Sire, je ne vous dirais pas de vous defier
de lui, car je serais plus fort que lui; mais avec lui j'ai peur
de deviner; de deviner! vous comprenez mon mot? car si je crois
avoir devine, je m'arreterai a une idee, et, malgre moi, je
poursuivrai cette idee. Depuis que cet homme est au pouvoir la-
bas, je suis comme ces damnes de Dante a qui Satan a tordu le cou,
qui marchent en avant et qui regardent en arriere: je vais du cote
de Madrid, mais je ne perds pas de vue Londres. Deviner, avec ce
diable d'homme, c'est se tromper, et se tromper, c'est se perdre.
Dieu me garde de jamais chercher a deviner ce qu'il desire; je me
borne, et c'est bien assez, a espionner ce qu'il fait; or, je
crois -- vous comprenez la portee du mot je crois? je crois,
relativement a Monck, n'engage a rien --, je crois qu'il a tout
bonnement envie de succeder a Cromwell. Votre Charles II lui a
deja fait faire des propositions par dix personnes; il s'est
contente de chasser les dix entremetteurs sans rien leur dire
autre chose que: "Allez-vous-en, ou je vous fais pendre!" C'est un
sepulcre que cet homme! Dans ce moment-ci, Monck fait du
devouement au Parlement Croupion; de ce devouement, par exemple,
je ne suis pas dupe: Monck ne veut pas etre assassine. Un
assassinat l'arreterait au milieu de son oeuvre, et il faut que
son oeuvre s'accomplisse; aussi je crois, mais ne croyez pas ce
que je crois, je dis je crois par habitude; je crois que Monck
menage le Parlement jusqu'au moment ou il le brisera. On vous
demande des epees, mais c'est pour se battre contre Monck. Dieu
nous garde de nous battre contre Monck, Sire, car Monck nous
battra, et battu par Monck, je ne m'en consolerais de ma vie!
Cette victoire, je me dirais que Monck la prevoyait depuis dix
ans. Pour Dieu! Sire, par amitie pour vous, si ce n'est par
consideration pour lui, que Charles II se tienne tranquille; Votre
Majeste lui fera ici un petit revenu; elle lui donnera un de ses
chateaux. Eh! eh! attendez donc! mais je me rappelle le traite, ce
fameux traite dont nous parlions tout a l'heure! Votre Majeste
n'en a pas meme le droit, de lui donner un chateau!

-- Comment cela?

-- Oui, oui, Sa Majeste s'est engagee a ne pas donner
l'hospitalite au roi Charles, a le faire sortir de France meme.
C'est pour cela que vous ferez comprendre a votre frere qu'il ne
peut rester chez nous, que c'est impossible, qu'il nous compromet,
ou moi-meme...

-- Assez, monsieur! dit Louis XIV en se levant. Que vous me
refusiez un million, vous en avez le droit: vos millions sont a
vous; que vous me refusiez deux cents gentilshommes, vous en avez
le droit encore, car vous etes Premier ministre, et vous avez, aux
yeux de la France, la responsabilite de la paix et de la guerre;
mais que vous pretendiez m'empecher, moi le roi, de donner
l'hospitalite au petit-fils de Henri IV, a mon cousin germain, au
compagnon de mon enfance! la s'arrete votre pouvoir, la commence
ma volonte.

-- Sire, dit Mazarin, enchante d'en etre quitte a si bon marche,
et qui n'avait d'ailleurs si chaudement combattu que pour en
arriver la; Sire, je me courberai toujours devant la volonte de
mon roi; que mon roi garde donc pres de lui ou dans un de ses
chateaux le roi d'Angleterre, que Mazarin le sache, mais que le
ministre ne le sache pas.

-- Bonne nuit, monsieur, dit Louis XIV, je m'en vais desespere.

-- Mais convaincu, c'est tout ce qu'il me faut, Sire, repliqua
Mazarin.

Le roi ne repondit pas, et se retira tout pensif, convaincu, non
pas de tout ce que lui avait dit Mazarin, mais d'une chose au
contraire qu'il s'etait bien garde de lui dire, c'etait de la
necessite d'etudier serieusement ses affaires et celles de
l'Europe, car il les voyait difficiles et obscures.

Louis retrouva le roi d'Angleterre assis a la meme place ou il
l'avait laisse.

En l'apercevant, le prince anglais se leva; mais du premier coup
d'oeil il vit le decouragement ecrit en lettres sombres sur le
front de son cousin.

Alors, prenant la parole le premier, comme pour faciliter a Louis
l'aveu penible qu'il avait a lui faire:

-- Quoi qu'il en soit, dit-il, je n'oublierai jamais toute la
bonte, toute l'amitie dont vous avez fait preuve a mon egard.

-- Helas! repliqua sourdement Louis XIV, bonne volonte sterile,
mon frere!

Charles II devint extremement pale, passa une main froide sur son
front, et lutta quelques instants contre un eblouissement qui le
fit chanceler.

-- Je comprends, dit-il enfin, plus d'espoir!

Louis saisit la main de Charles II.

-- Attendez, mon frere, dit-il, ne precipitez rien, tout peut
changer; ce sont les resolutions extremes qui ruinent les causes;
ajoutez, je vous en supplie, une annee d'epreuve encore aux annees
que vous avez deja subies. Il n'y a, pour vous decider a agir en
ce moment plutot qu'en un autre, ni occasion ni opportunite; venez
avec moi, mon frere, je vous donnerai une de mes residences, celle
qu'il vous plaira d'habiter; j'aurai l'oeil avec vous sur les
evenements, nous les preparerons ensemble; allons, mon frere, du
courage!

Charles II degagea sa main de celle du roi, et se reculant pour le
saluer avec plus de ceremonie:

-- De tout mon coeur, merci, repliqua-t-il, Sire, mais j'ai prie
sans resultat le plus grand roi de la terre, maintenant je vais
demander un miracle a Dieu.

Et il sortit sans vouloir en entendre davantage, le front haut, la
main fremissante, avec une contraction douloureuse de son noble
visage, et cette sombre profondeur du regard qui, ne trouvant plus
d'espoir dans le monde des hommes, semble aller au-dela en
demander a des mondes inconnus.

L'officier des mousquetaires, en le voyant ainsi passer livide,
s'inclina presque a genoux pour le saluer.

Il prit ensuite un flambeau, appela deux mousquetaires et
descendit avec le malheureux roi l'escalier desert, tenant a la
main gauche son chapeau, dont la plume balayait les degres.

Arrive a la porte, l'officier demanda au roi de quel cote il se
dirigeait, afin d'y envoyer les mousquetaires.

-- Monsieur, repondit Charles II a demi-voix, vous qui avez connu
mon pere, dites-vous, peut-etre avez-vous prie pour lui? Si cela
est ainsi, ne m'oubliez pas non plus dans vos prieres. Maintenant
je m'en vais seul, et vous prie de ne point m'accompagner ni de me
faire accompagner plus loin.

L'officier s'inclina et renvoya ses mousquetaires dans l'interieur
du palais.

Mais lui demeura un instant sous le porche pour voir Charles II
s'eloigner et se perdre dans l'ombre de la rue tournante.

-- A celui-la, comme autrefois a son pere, murmura-t-il, Athos,
s'il etait la, dirait avec raison: "Salut a la Majeste tombee!"

Puis, montant les escaliers:

-- Ah! le vilain service que je fais! dit-il a chaque marche. Ah!
le piteux maitre! La vie ainsi faite n'est plus tolerable, et il
est temps enfin que je prenne mon parti!... Plus de generosite,
plus d'energie! continua-t-il.

"Allons, le maitre a reussi, l'eleve est atrophie pour toujours.
Mordioux! je n'y resisterai pas. Allons, vous autres, continua-t-
il en entrant dans l'antichambre, que faites-vous la a me regarder
ainsi? Eteignez ces flambeaux et rentrez a vos postes! Ah! vous me
gardiez? Oui, vous veillez sur moi, n'est-ce pas, bonnes gens?
Braves niais! je ne suis pas le duc de Guise, allez, et l'on ne
m'assassinera pas dans le petit couloir. D'ailleurs, ajouta-t-il
tout bas, ce serait une resolution, et l'on ne prend plus de
resolutions depuis que M. le cardinal de Richelieu est mort. Ah! a
la bonne heure, c'etait un homme, celui-la! C'est decide, des
demain je jette la casaque aux orties!

Puis, se ravisant:

-- Non, dit-il, pas encore! J'ai une superbe epreuve a faire, et
je la ferai; mais celle-la, je le jure, ce sera la derniere,
mordioux!

Il n'avait pas acheve, qu'une voix partit de la chambre du roi.

-- Monsieur le lieutenant! dit cette voix.

-- Me voici, repondit-il.

-- Le roi demande a vous parler.

-- Allons, dit le lieutenant, peut-etre est-ce pour ce que je
pense. Et il entra chez le roi.


Chapitre XII -- Le roi et le lieutenant


Lorsque le roi vit l'officier pres de lui, il congedia son valet
de chambre et son gentilhomme.

-- Qui est de service demain, monsieur? demanda-t-il alors. Le
lieutenant inclina la tete avec une politesse de soldat et
repondit:

-- Moi, Sire.

-- Comment, encore vous?

-- Moi toujours.

-- Comment cela se fait-il, monsieur?

-- Sire, les mousquetaires, en voyage, fournissent tous les postes
de la maison de Votre Majeste, c'est-a-dire le votre, celui de la
reine mere et celui de M. le cardinal, qui emprunte au roi la
meilleure partie ou plutot la plus nombreuse partie de sa garde
royale.

-- Mais les interims?

-- Il n'y a d'interim, Sire, que pour vingt ou trente hommes qui
se reposent sur cent vingt. Au Louvre, c'est different, et si
j'etais au Louvre, je me reposerais sur mon brigadier; mais en
route, Sire, on ne sait ce qui peut arriver et j'aime assez faire
ma besogne moi-meme.

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