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The Art of Short Selling: Book Review
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Agent to the Stars by John Scalzi">Book Review: Agent to the Stars by John Scalzi
A Cambridge School of Art graduate?s first book has been lauded in the international press. Kazuno Kohara, from Japan, who graduated from the MA in Children?s Book Illustration in 2007, has had her first book voted as one of 10 Best Illustrated

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Le vicomte de Bragelonne, Tome I. written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Le vicomte de Bragelonne, Tome I.

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-- Voila comment tout s'explique, en effet, dit Porthos.

Et il embrassa d'Artagnan avec une si grande amitie, que le
mousquetaire en perdit la respiration pendant cinq minutes.

-- Allons, allons, plus fort que jamais, dit d'Artagnan, et
toujours dans les bras, heureusement.

Porthos salua d'Artagnan avec un gracieux sourire.

Pendant les cinq minutes ou d'Artagnan avait repris sa
respiration, il avait reflechi qu'il avait un role fort difficile
a jouer. Il s'agissait de toujours questionner sans jamais
repondre. Quand la respiration lui revint, son plan de campagne
etait fait.


Chapitre LXX -- Ou les idees de d'Artagnan, d'abord fort
troublees, commencent a s'eclaircir un peu


D'Artagnan prit aussitot l'offensive.

-- Maintenant que je vous ai tout dit, cher ami, ou plutot que
vous avez tout devine, dites-moi ce que vous faites ici, couvert
de poussiere et de boue?

Porthos essuya son front, et regardant autour de lui avec orgueil:

-- Mais il me semble, dit-il, que vous pouvez le voir, ce que je
fais ici!

-- Sans doute, sans doute; vous levez des pierres.

-- Oh! pour leur montrer ce que c'est qu'un homme, aux faineants!
dit Porthos avec mepris. Mais vous comprenez...

-- Oui, vous ne faites pas votre etat de lever des pierres,
quoiqu'il y en ait beaucoup qui en font leur etat et qui ne les
levent pas comme vous. Voila donc ce qui me faisait vous demander
tout a l'heure: "Que faites-vous ici, baron?"

-- J'etudie la topographie, chevalier.

-- Vous etudiez la topographie?

-- Oui; mais vous-meme, que faites-vous sous cet habit bourgeois?

D'Artagnan reconnut qu'il avait fait une faute en se laissant
aller a son etonnement. Porthos en avait profite pour riposter
avec une question.

Heureusement d'Artagnan s'attendait a cette question.

-- Mais, dit-il, vous savez que je suis bourgeois, en effet;
l'habit n'a donc rien d'etonnant, puisqu'il est en rapport avec la
condition.

-- Allons donc, vous, un mousquetaire!

-- Vous n'y etes plus, mon bon ami; j'ai donne ma demission.

-- Bah!

-- Ah! mon Dieu, oui!

-- Et vous avez abandonne le service?

-- Je l'ai quitte.

-- Vous avez abandonne le roi?

-- Tout net.

Porthos leva les bras au ciel comme fait un homme qui apprend une
nouvelle inouie.

-- Oh! par exemple, voila qui me confond, dit-il.

-- C'est pourtant ainsi.

-- Et qui a pu vous determiner a cela?

-- Le roi m'a deplu; Mazarin me degoutait depuis longtemps, comme
vous savez; j'ai jete ma casaque aux orties.

-- Mais Mazarin est mort.

-- Je le sais parbleu bien; seulement, a l'epoque de sa mort, la
demission etait donnee et acceptee depuis deux mois. C'est alors
que, me trouvant libre, j'ai couru a Pierrefonds pour voir mon
cher Porthos. J'avais entendu parler de l'heureuse division que
vous aviez faite de votre temps, et je voulais pendant une
quinzaine de jours diviser le mien sur le votre.

-- Mon ami, vous savez que ce n'est pas pour quinze jours que la
maison vous est ouverte: c'est pour un an, c'est pour dix ans,
c'est pour la vie.

-- Merci, Porthos.

-- Ah ca! vous n'avez point besoin d'argent? dit Porthos en
faisant sonner une cinquantaine de louis que renfermait son
gousset. Auquel cas, vous savez...

-- Non, je n'ai besoin de rien; j'ai place mes economies chez
Planchet, qui m'en sert la rente.

-- Vos economies?

-- Sans doute, dit d'Artagnan; pourquoi voulez-vous que je n'aie
pas fait mes economies comme un autre, Porthos?

-- Moi! je ne veux pas cela; au contraire, je vous ai toujours
soupconne... c'est-a-dire Aramis vous a toujours soupconne d'avoir
des economies. Moi, voyez-vous, je ne me mele pas des affaires de
menage; seulement, ce que je presume, c'est que des economies de
mousquetaire, c'est leger.

-- Sans doute, relativement a vous, Porthos, qui etes
millionnaire; mais enfin je vais vous en faire juge. J'avais d'une
part vingt-cinq mille livres.

-- C'est gentil, dit Porthos d'un air affable.

-- Et, continua d'Artagnan, j'y ai ajoute, le 25 du mois dernier,
deux cents autres mille livres.

Porthos ouvrit des yeux enormes, qui demandaient eloquemment au
mousquetaire: "ou diable avez-vous vole une pareille somme, cher
ami?"

-- Deux cent mille livres! s'ecria-t-il enfin.

-- Oui, qui, avec vingt-cinq que j'avais, et vingt mille que j'ai
sur moi, me completent une somme de deux cent quarante-cinq mille
livres.

-- Mais voyons, voyons! d'ou vous vient cette fortune?

-- Ah! voila. Je vous conterai la chose plus tard, cher ami; mais
comme vous avez d'abord beaucoup de choses a me dire vous-meme,
mettons mon recit a son rang.

-- Bravo! dit Porthos, nous voila tous riches. Mais qu'avais-je
donc a vous raconter?

-- Vous avez a me raconter comment Aramis a ete nomme...

-- Ah! eveque de Vannes.

-- C'est cela, dit d'Artagnan, eveque de Vannes. Ce cher Aramis!
savez vous qu'il fait son chemin?

-- Oui, oui, oui! Sans compter qu'il n'en restera pas la.

-- Comment! vous croyez qu'il ne se contentera pas des bas
violets, et qu'il lui faudra le chapeau rouge?

-- Chut! cela lui est promis.

-- Bah! par le roi?

-- Par quelqu'un qui est plus puissant que le roi.

-- Ah! diable! Porthos, que vous me dites la de choses
incroyables, mon ami!

-- Pourquoi, incroyables? Est-ce qu'il n'y a pas toujours eu en
France quelqu'un de plus puissant que le roi?

-- Oh! si fait. Du temps du roi Louis XIII, c'etait le duc de
Richelieu; du temps de la regence, c'etait le cardinal Mazarin; du
temps de Louis XIV, c'est M...

-- Allons donc!

-- C'est M. Fouquet.

-- Tope! Vous l'avez nomme du premier coup.

-- Ainsi c'est M. Fouquet qui a promis le chapeau a Aramis?

Porthos prit un air reserve.

-- Cher ami, dit-il, Dieu me preserve de m'occuper des affaires
des autres et surtout de reveler des secrets qu'ils peuvent avoir
interet a garder. Quand vous verrez Aramis, il vous dira ce qu'il
croira devoir vous dire.

-- Vous avez raison, Porthos, et vous etes un cadenas pour la
surete. Revenons donc a vous.

-- Oui, dit Porthos.

-- Vous m'avez donc dit que vous etiez ici pour etudier la
topographie?

-- Justement.

-- Tudieu! mon ami, les belles choses que vous ferez!

-- Comment cela?

-- Mais ces fortifications sont admirables.

-- C'est votre opinion?

-- Sans doute. En verite, a moins d'un siege tout a fait en regle,
Belle-Ile est imprenable.

Porthos se frotta les mains.

-- C'est mon avis, dit-il.

-- Mais qui diable a fortifie ainsi cette bicoque?

Porthos se rengorgea.

-- Je ne vous l'ai pas dit?

-- Non.

-- Vous ne vous en doutez pas?

-- Non; tout ce que je puis dire, c'est que c'est un homme qui a
etudie tous les systemes et qui me parait s'etre arrete au
meilleur.

-- Chut! dit Porthos; menagez ma modestie, mon cher d'Artagnan.

-- Vraiment! repondit le mousquetaire; ce serait vous... qui...
Oh!

-- Par grace, mon ami!

-- Vous qui avez imagine, trace et combine entre eux ces bastions,
ces redans, ces courtines, ces demi-lunes, qui preparez ce chemin
couvert?

-- Je vous en prie...

-- Vous qui avez edifie cette lunette avec ses angles rentrants et
ses angles saillants?

-- Mon ami...

-- Vous qui avez donne aux jours de vos embrasures cette
inclinaison a l'aide de laquelle vous protegez si efficacement les
servants de vos pieces?

-- Eh! mon Dieu, oui.

-- Ah! Porthos, Porthos, il faut s'incliner devant vous, il faut
admirer! Mais vous nous avez toujours cache ce beau genie!
J'espere, mon ami, que vous allez me montrer tout cela dans le
detail.

-- Rien de plus facile. Voici mon plan.

-- Montrez.

Porthos conduisit d'Artagnan vers la pierre qui lui servait de
table et sur laquelle le plan etait etendu.

Au bas du plan etait ecrit, de cette formidable ecriture de
Porthos, ecriture dont nous avons eu deja l'occasion de parler:
"Au lieu de vous servir du carre ou du rectangle, ainsi qu'on le
faisait jusqu'aujourd'hui, vous supposerez votre place enfermee
dans un hexagone regulier. Ce polygone ayant l'avantage d'offrir
plus d'angles que le quadrilatere. Chaque cote de votre hexagone,
dont vous determinerez la longueur en raison des dimensions prises
sur la place, sera divise en deux parties, et sur le point milieu
vous eleverez une perpendiculaire vers le centre du polygone,
laquelle egalera en longueur la sixieme partie du cote. Par les
extremites, de chaque cote du polygone, vous tracerez deux
diagonales et qui iront couper la perpendiculaire. Ces deux
droites formeront les lignes de defense."

-- Diable! dit d'Artagnan s'arretant a ce point de la
demonstration; mais c'est un systeme complet, cela, Porthos?

-- Tout entier, fit Porthos. Voulez-vous continuer?

-- Non pas, j'en ai lu assez; mais puisque c'est vous, mon cher
Porthos, qui dirigez les travaux, qu'avez-vous besoin d'etablir
ainsi votre systeme par ecrit?

-- Oh! mon cher, la mort!

-- Comment, la mort?

-- Eh oui! nous sommes tous mortels.

-- C'est vrai, dit d'Artagnan; vous avez reponse a tout, mon ami.

Et il reposa le plan sur la pierre.

Mais si peu de temps qu'il eut eu ce plan entre les mains,
d'Artagnan avait pu distinguer, sous l'enorme ecriture de Porthos,
une ecriture beaucoup plus fine qui lui rappelait certaines
lettres a Marie Michon dont il avait eu connaissance dans sa
jeunesse. Seulement, la gomme avait passe et repasse sur cette
ecriture, qui eut echappe a un oeil moins exerce que celui de
notre mousquetaire.

-- Bravo, mon ami, bravo! dit d'Artagnan.

-- Et maintenant, vous savez tout ce que vous vouliez savoir,
n'est-ce pas? dit Porthos en faisant la roue.

-- Oh! mon Dieu, oui; seulement, faites-moi une derniere grace,
cher ami.

-- Parlez; je suis le maitre ici.

-- Faites-moi le plaisir de me nommer ce monsieur qui se promene
la-bas.

-- Ou, la-bas?

-- Derriere les soldats.

-- Suivi d'un laquais?

-- Precisement.

-- En compagnie d'une espece de maraud vetu de noir?

-- A merveille!

-- C'est M. Getard.

-- Qu'est-ce que M. Getard, mon ami?

-- C'est l'architecte de la maison.

-- De quelle maison?

-- De la maison de M. Fouquet.

-- Ah! ah! s'ecria d'Artagnan; vous etes donc de la maison de
M. Fouquet, vous, Porthos?

-- Moi! et pourquoi cela? fit le topographe en rougissant jusqu'a
l'extremite superieure des oreilles.

-- Mais, vous dites la maison, en parlant de Belle-Ile, comme si
vous parliez du chateau de Pierrefonds.

Porthos se pinca les levres.

-- Mon cher, dit-il, Belle-Ile est a M. Fouquet, n'est-ce pas?

-- Oui.

-- Comme Pierrefonds est a moi?

-- Certainement.

-- Vous etes venu a Pierrefonds?

-- Je vous ai dit que j'y etais ne voila pas deux mois.

-- Y avez-vous vu un monsieur qui a l'habitude de s'y promener une
regle a la main?

-- Non; mais j'eusse pu l'y voir, s'il s'y promenait
effectivement.

-- Eh bien! ce monsieur, c'est M. Boulingrin.

-- Qu'est-ce que M. Boulingrin?

-- Voila justement. Si quand ce monsieur se promene une regle a la
main, quelqu'un me demande: "Qu'est-ce que M. Boulingrin?" je
reponds: "C'est l'architecte de la maison." Eh bien! M. Getard est
le Boulingrin de M. Fouquet. Mais il n'a rien a voir aux
fortifications, qui me regardent seul, entendez-vous bien? rien,
absolument.

-- Ah! Porthos, s'ecria d'Artagnan en laissant tomber ses bras
comme un vaincu qui rend son epee; ah! mon ami, vous n'etes pas
seulement un topographe herculeen, vous etes encore un
dialecticien de premiere trempe.

-- N'est-ce pas, repondit Porthos, que c'est puissamment raisonne?

Et il souffla comme le congre que d'Artagnan avait laisse echapper
le matin.

-- Et maintenant, continua d'Artagnan, ce maraud qui accompagne
M. Getard est-il aussi de la maison de M. Fouquet?

-- Oh! fit Porthos avec mepris, c'est un M. Jupenet ou Juponet,
une espece de poete.

-- Qui vient s'etablir ici?

-- Je crois que oui.

-- Je pensais que M. Fouquet avait bien assez de poetes la-bas:
Scudery, Loret, Pellisson, La Fontaine. S'il faut que je vous dise
la verite, Porthos, ce poete-la vous deshonore.

-- Eh! mon ami, ce qui nous sauve, c'est qu'il n'est pas ici comme
poete.

-- Comment donc y est-il?

-- Comme imprimeur, et meme vous me faites songer que j'ai un mot
a lui dire, a ce cuistre.

-- Dites.

Porthos fit un signe a Jupenet, lequel avait bien reconnu
d'Artagnan et ne se souciait pas d'approcher; ce qui amena tout
naturellement un second signe de Porthos.

Ce signe etait tellement imperatif, qu'il fallait obeir cette
fois.

Il s'approcha donc.

-- Ca! dit Porthos, vous voila debarque d'hier et vous faites deja
des votres.

-- Comment cela, monsieur le baron? demanda Jupenet tout
tremblant.

-- Votre presse a gemi toute la nuit, monsieur, dit Porthos, et
vous m'avez empeche de dormir, corne de boeuf!

-- Monsieur... objecta timidement Jupenet.

-- Vous n'avez rien encore a imprimer; donc vous ne devez pas
encore faire aller la presse. Qu'avez-vous donc imprime cette
nuit?

-- Monsieur, une poesie legere de ma composition.

-- Legere! Allons donc, monsieur, la presse criait que c'etait
pitie. Que cela ne vous arrive plus, entendez-vous?

-- Non, monsieur.

-- Vous me le promettez?

-- Je le promets.

-- C'est bien; pour cette fois, je vous pardonne. Allez!

Le poete se retira avec la meme humilite dont il avait fait preuve
en arrivant.

-- Eh bien! maintenant que nous avons lave la tete a ce drole,
dejeunons, dit Porthos.

-- Oui, dit d'Artagnan, dejeunons.

-- Seulement, dit Porthos, je vous ferai observer, mon ami, que
nous n'avons que deux heures pour notre repas.

-- Que voulez-vous! nous tacherons d'en faire assez. Mais pourquoi
n'avons-nous que deux heures?

-- Parce que la maree monte a une heure, et qu'avec la maree je
pars pour Vannes. Mais, comme je reviens demain, cher ami, restez
chez moi, vous y serez le maitre. J'ai bon cuisinier, bonne cave.

-- Mais non, interrompit d'Artagnan, mieux que cela.

-- Quoi?

-- Vous allez a Vannes, dites-vous?

-- Sans doute.

-- Pour voir Aramis?

-- Oui.

-- Eh bien! moi qui etais venu de Paris expres pour voir Aramis...

-- C'est vrai.

-- Je partirai avec vous.

-- Tiens! c'est cela.

-- Seulement, je devais commencer par voir Aramis, et vous apres.
Mais l'homme propose et Dieu dispose. J'aurai commence par vous,
je finirai par Aramis.

-- Tres bien!

-- Et en combien d'heures allez-vous d'ici a Vannes?

-- Ah! mon Dieu! en six heures. Trois heures de mer d'ici a
Sarzeau, trois heures de route de Sarzeau a Vannes.

-- Comme c'est commode! Et vous allez souvent a Vannes, etant si
pres de l'eveche?

-- Oui, une fois par semaine. Mais attendez que je prenne mon
plan.

Porthos ramassa son plan, le plia avec soin et l'engouffra dans sa
large poche.

-- Bon! dit a part d'Artagnan, je crois que je sais maintenant
quel est le veritable ingenieur qui fortifie Belle-Ile. Deux
heures apres, a la maree montante, Porthos et d'Artagnan partaient
pour Sarzeau.


Chapitre LXXI -- Une procession a Vannes


La traversee de Belle-Ile a Sarzeau se fit assez rapidement, grace
a l'un de ces petits corsaires dont on avait parle a d'Artagnan
pendant son voyage, et qui, tailles pour la course et destines a
la chasse, s'abritaient momentanement dans la rade de Locmaria, ou
l'un d'eux, avec le quart de son equipage de guerre, faisait le
service entre Belle-Ile et le continent.

D'Artagnan eut l'occasion de se convaincre cette fois encore que
Porthos, bien qu'ingenieur et topographe, n'etait pas profondement
enfonce dans les secrets d'Etat.

Sa parfaite ignorance, au reste, eut passe pres de tout autre pour
une savante dissimulation. Mais d'Artagnan connaissait trop bien
tous les plis et replis de son Porthos pour ne pas y trouver un
secret s'il y etait, comme ces vieux garcons ranges et minutieux
savent trouver, les yeux fermes, tel livre sur les rayons de la
bibliotheque, telle piece de linge dans un tiroir de leur commode.

Donc, s'il n'avait rien trouve, ce ruse d'Artagnan, en roulant et
en deroulant son Porthos, c'est qu'en verite il n'y avait rien.

-- Soit, dit d'Artagnan; j'en saurai plus a Vannes en une demi-
heure que Porthos n'en a su a Belle-Ile en deux mois. Seulement,
pour que je sache quelque chose, il importe que Porthos n'use pas
du seul stratageme dont je lui laisse la disposition. Il faut
qu'il ne previenne point Aramis de mon arrivee.

Tous les soins du mousquetaire se bornerent donc pour le moment a
surveiller Porthos.

Et, hatons-nous de le dire, Porthos ne meritait pas cet exces de
defiance. Porthos ne songeait aucunement a mal.

Peut-etre, a la premiere vue, d'Artagnan lui avait-il inspire un
peu de defiance; mais presque aussitot d'Artagnan avait reconquis
dans ce bon et brave coeur la place qu'il y avait toujours
occupee, et pas le moindre nuage n'obscurcissait le gros oeil de
Porthos se fixant de temps en temps avec tendresse sur son ami.

En debarquant, Porthos s'informa si ses chevaux l'attendaient Et,
en effet, il les apercut bientot a la croix du chemin qui tourne
autour de Sarzeau et qui, sans traverser cette petite ville,
aboutit a Vannes. Ces chevaux etaient au nombre de deux: celui de
M. de Vallon et celui de son ecuyer.

Car Porthos avait un ecuyer depuis que Mousqueton n'usait plus que
du chariot comme moyen de locomotion.

D'Artagnan s'attendait a ce que Porthos proposat d'envoyer en
avant son ecuyer sur un cheval pour en ramener un autre, et il se
promettait, lui, d'Artagnan, de combattre cette proposition. Mais
rien de ce que presumait d'Artagnan n'arriva. Porthos ordonna tout
simplement au serviteur de mettre pied a terre et d'attendre son
retour a Sarzeau pendant que d'Artagnan monterait son cheval.

Ce qui fut fait.

-- Eh! mais vous etes homme de precaution, mon cher Porthos, dit
d'Artagnan a son ami lorsqu'il se trouva en selle sur le cheval de
l'ecuyer.

-- Oui; mais c'est une gracieusete d'Aramis. Je n'ai pas mes
equipages ici. Aramis a donc mis ses ecuries a ma disposition.

-- Bons chevaux, mordioux! pour des chevaux d'eveque, dit
d'Artagnan. Il est vrai qu'Aramis est un eveque tout particulier.

-- C'est un saint homme, repondit Porthos d'un ton presque
nasillard et en levant les yeux au ciel.

-- Alors il est donc bien change, dit d'Artagnan, car nous l'avons
connu passablement profane.

-- La grace l'a touche, dit Porthos.

-- Bravo! dit d'Artagnan, cela redouble mon desir de le voir, ce
cher Aramis.

Et il eperonna son cheval, qui l'emporta avec une nouvelle
rapidite.

-- Peste! dit Porthos, si nous allons de ce train-la, nous ne
mettrons qu'une heure au lieu de deux.

-- Pour faire combien, dites-vous, Porthos?

-- Quatre lieues et demie.

-- Ce sera aller bon pas.

-- J'aurais pu, cher ami, vous faire embarquer sur le canal; mais
au diable les rameurs ou les chevaux de trait! Les premiers vont
comme des tortues, les seconds comme des limaces, et quand on peut
se mettre un bon coursier entre les genoux, mieux vaut un bon
cheval que des rameurs ou tout autre moyen.

-- Vous avez raison, vous surtout, Porthos, qui etes toujours
magnifique a cheval.

-- Un peu lourd, mon ami; je me suis pese dernierement.

-- Et combien pesez-vous?

-- Trois cents! dit Porthos avec orgueil.

-- Bravo!

-- De sorte, vous comprenez, qu'on est force de me choisir des
chevaux dont le rein soit droit et large, autrement je les creve
en deux heures.

-- Oui, des chevaux de geant, n'est-ce pas, Porthos?

-- Vous etes bien bon, mon ami, repliqua l'ingenieur avec une
affectueuse majeste.

-- En effet, mon ami, repliqua d'Artagnan, il me semble que votre
monture sue deja.

-- Dame; il fait chaud. Ah! ah! voyez-vous Vannes maintenant?

-- Oui, tres bien. C'est une fort belle ville, a ce qu'il parait?

-- Charmante, selon Aramis, du moins; moi, je la trouve noire;
mais il parait que c'est beau, le noir, pour les artistes. J'en
suis fache.

-- Pourquoi cela, Porthos?

-- Parce que j'ai precisement fait badigeonner en blanc mon
chateau de Pierrefonds, qui etait gris de vieillesse.

-- Hum! fit d'Artagnan; en effet, le blanc est plus gai.

-- Oui, mais c'est moins auguste, a ce que m'a dit Aramis.
Heureusement qu'il y a des marchands de noir: je ferai
rebadigeonner Pierrefonds en noir, voila tout. Si le gris est
beau, vous comprenez, mon ami, le noir doit etre superbe.

-- Dame! fit d'Artagnan, cela me parait logique.

-- Est-ce que vous n'etes jamais venu a Vannes, d'Artagnan?

-- Jamais.

-- Alors vous ne connaissez pas la ville?

-- Non.

-- Eh bien! tenez, dit Porthos en se haussant sur ses etriers,
mouvement qui fit flechir l'avant-main de son cheval, voyez-vous
dans le soleil, la-bas, cette fleche?

-- Certainement, que je la vois.

-- C'est la cathedrale.

-- Qui s'appelle?

-- Saint-Pierre. Maintenant, la, tenez, dans le faubourg a gauche,
voyez vous une autre croix?

-- A merveille.

-- C'est Saint-Paterne, la paroisse de predilection d'Aramis.

-- Ah!

-- Sans doute. Voyez-vous, saint Paterne passe pour avoir ete le
premier eveque de Vannes. Il est vrai qu'Aramis pretend que non,
lui. Il est vrai qu'il est si savant, que cela pourrait bien
n'etre qu'un paro... qu'un para...

-- Qu'un paradoxe, dit d'Artagnan.

-- Precisement. Merci, la langue me fourchait... il fait si chaud.

-- Mon ami, fit d'Artagnan, continuez, je vous prie, votre
interessante demonstration. Qu'est-ce que ce grand batiment blanc
perce de fenetres?

-- Ah! celui-la, c'est le college des jesuites. Pardieu! vous avez
la main heureuse. Voyez-vous pres du college une grande maison a
clochetons a tourelles, et d'un beau style gothique, comme dit
cette brute de M. Getard?

-- Oui, je la vois. Eh bien?

-- Eh bien! c'est la que loge Aramis.

-- Quoi! il ne loge pas a l'eveche?

-- Non; l'eveche est en ruines. L'eveche, d'ailleurs, est dans la
ville, et Aramis prefere le faubourg. Voila pourquoi, vous dis-je,
il affectionne Saint-Paterne, parce que Saint-Paterne est dans le
faubourg. Et puis il y a dans ce meme faubourg un mail, un jeu de
paume et une maison de dominicains. Tenez, celle-la qui eleve
jusqu'au ciel ce beau clocher.

-- Tres bien.

-- Ensuite, voyez-vous, le faubourg est comme une ville a part; il
a ses murailles, ses tours, ses fosses; le quai meme y aboutit, et
les bateaux abordent au quai. Si notre petit corsaire ne tirait
pas huit pieds d'eau, nous serions arrives a pleines voiles jusque
sous les fenetres d'Aramis.

-- Porthos, Porthos, mon ami, s'ecria d'Artagnan, vous etes un
puits de science, une source de reflexions ingenieuses et
profondes. Porthos, vous ne me surprenez plus, vous me confondez.

-- Nous voici arrives, dit Porthos, detournant la conversation
avec sa modestie ordinaire.

"Et il etait temps, pensa d'Artagnan, car le cheval d'Aramis fond
comme un cheval de glace."

Ils entrerent presque au meme instant dans le faubourg, mais a
peine eurent-ils fait cent pas, qu'ils furent surpris de voir les
rues jonchees de feuillages et de fleurs.

Aux vieilles murailles de Vannes pendaient les plus vieilles et
les plus etranges tapisseries de France.

Des balcons de fer tombaient de longs draps blancs tout parsemes
de bouquets.

Les rues etaient desertes; on sentait que toute la population
etait rassemblee sur un point.

Les jalousies etaient closes, et la fraicheur penetrait dans les
maisons sous l'abri des tentures, qui faisaient de larges ombres
noires entre leurs saillies et les murailles. Soudain, au detour
d'une rue, des chants frapperent les oreilles des nouveaux
debarques. Une foule endimanchee apparut a travers les vapeurs de
l'encens qui montait au ciel en bleuatres flocons, et les nuages
de feuilles de roses voltigeant jusqu'aux premiers etages. Au-
dessus de toutes les tetes, on distinguait les croix et les
bannieres, signes sacres de la religion.

Puis, au-dessous de ces croix et de ces bannieres, et comme
protegees par elles, tout un monde de jeunes filles vetues de
blanc et couronnees de bleuets.

Aux deux cotes de la rue, enfermant le cortege, s'avancaient les
soldats de la garnison, portant des bouquets dans les canons de
leurs fusils et a la pointe de leurs lances.

C'etait une procession.

Tandis que d'Artagnan et Porthos regardaient avec une ferveur de
bon gout qui deguisait une extreme impatience de pousser en avant,
un dais magnifique s'approchait, precede de cent jesuites et de
cent dominicains, et escorte par deux archidiacres, un tresorier,
un penitencier et douze chanoines. Un chantre a la voix
foudroyante, un chantre trie certainement dans toutes les voix de
la France, comme l'etait le tambour-major de la garde imperiale
dans tous les geants de l'Empire, un chantre, escorte de quatre
autres chantres qui semblaient n'etre la que pour lui servir
d'accompagnement, faisait retentir les airs et vibrer les vitres
de toutes les maisons.

Sous le dais apparaissait une figure pale et noble, aux yeux
noirs, aux cheveux noirs meles de fils d'argent, a la bouche fine
et circonspecte, au menton proeminent et anguleux.

Cette tete, pleine de gracieuse majeste, etait coiffee de la mitre
episcopale, coiffure qui lui donnait, outre le caractere de la
souverainete, celui de l'ascetisme et de la meditation
evangelique.

-- Aramis! s'ecria involontairement le mousquetaire quand cette
figure altiere passa devant lui.

Le prelat tressaillit; il parut avoir entendu cette voix comme un
mort ressuscitant entend la voix du Sauveur. Il leva ses grands
yeux noirs aux longs cils et les porta sans hesiter vers l'endroit
d'ou l'exclamation etait partie. D'un seul coup d'oeil, il avait
vu Porthos et d'Artagnan pres de lui. De son cote, d'Artagnan,
grace a l'acuite de son regard, avait tout vu, tout saisi. Le
portrait en pied du prelat etait entre dans sa memoire pour n'en
plus sortir.

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