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Agent to the Stars by John Scalzi">Book Review: Agent to the Stars by John Scalzi
A Cambridge School of Art graduate?s first book has been lauded in the international press. Kazuno Kohara, from Japan, who graduated from the MA in Children?s Book Illustration in 2007, has had her first book voted as one of 10 Best Illustrated

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Le vicomte de Bragelonne, Tome I. written by Alexandre Dumas

A >> Alexandre Dumas >> Le vicomte de Bragelonne, Tome I.

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En effet, aussitot cet ordre donne, Fouquet s'enferma, et deux
valets de pied furent places en sentinelle a sa porte.

Alors Fouquet poussa un verrou, lequel deplacait un panneau qui
murait l'entree, et qui empechait que rien de ce qui se passait
dans ce cabinet fut vu ou entendu. Mais contre toute probabilite,
c'etait bien pour s'enfermer que Fouquet s'enfermait ainsi; car il
alla droit a son bureau, s'y assit, ouvrit le portefeuille et se
mit a faire un choix dans la masse enorme de papiers qu'il
renfermait. Il n'y avait pas dix minutes qu'il etait entre, et que
toutes les precautions que nous avons dites avaient ete prises,
quand le bruit repete de plusieurs petits coups egaux frappa son
oreille, et parut appeler toute son attention.

Fouquet redressa la tete, tendit l'oreille et ecouta. Les petits
coups continuerent. Alors le travailleur se leva avec un leger
mouvement d'impatience, et marcha droit a une glace derriere
laquelle les coups etaient frappes par une main ou par un
mecanisme invisible.

C'etait une grande glace prise dans un panneau. Trois autres
glaces absolument pareilles completaient la symetrie de
l'appartement.

Rien ne distinguait celle-la des autres. A n'en pas douter, ces
petits coups reiteres etaient un signal; car au moment ou Fouquet
approchait de la glace en ecoutant, le meme bruit se renouvela et
dans la meme mesure.

-- Oh! oh! murmura le surintendant avec surprise; qui donc est la-
bas? Je n'attendais personne aujourd'hui.

Et, sans doute pour repondre au signal qui avait ete fait, le
surintendant tira un clou dore dans cette meme glace et l'agita
trois fois. Puis, revenant a sa place et se rasseyant:

-- Ma foi, qu'on attende, dit-il.

Et se replongeant dans l'ocean de papier deroule devant lui, il ne
parut songer qu'au travail. En effet, avec une rapidite
incroyable, une lucidite merveilleuse, Fouquet dechiffrait les
papiers les plus longs, les ecritures les plus compliquees, les
corrigeant, les annotant d'une plume emportee comme par la fievre,
et l'ouvrage fondant entre ses doigts, les signatures, les
chiffres, les renvois se multipliaient comme si dix commis, c'est-
a-dire cent doigts et dix cerveaux, eussent fonctionne, au lieu de
cinq doigts et du seul esprit de cet homme.

De temps en temps seulement, Fouquet, abime dans ce travail,
levait la tete pour jeter un coup d'oeil furtif sur une horloge
placee en face de lui.

C'est que Fouquet se donnait sa tache; c'est que, cette tache une
fois donnee, en une heure de travail il faisait, lui, ce qu'un
autre n'eut point accompli dans sa journee: toujours certain, par
consequent, pourvu qu'il ne fut point derange, d'arriver au but
dans le delai que son activite devorante avait fixe. Mais, au
milieu de ce travail ardent, les coups secs du petit timbre place
derriere la glace retentirent encore une fois, plus presses, et
par consequent plus instants.

-- Allons, il parait que la dame s'impatiente, dit Fouquet;
voyons, voyons, du calme, ce doit etre la comtesse; mais non, la
comtesse est a Rambouillet pour trois jours. La presidente, alors.
Oh! la presidente ne prendrait point de ces grands airs; elle
sonnerait bien humblement, puis elle attendrait mon bon plaisir.
Le plus clair de tout cela, c'est que je ne puis savoir qui cela
peut etre, mais que je sais bien qui cela n'est pas. Et puisque ce
n'est pas vous, marquise, puisque ce ne peut etre vous, foin de
tout autre!

Et il poursuivit sa besogne, malgre les appels reiteres du timbre.
Cependant, au bout d'un quart d'heure, l'impatience gagna Fouquet
a son tour; il brula plutot qu'il n'acheva le reste de son
ouvrage, repoussa ses papiers dans le portefeuille, et donnant un
coup d'oeil a son miroir, tandis que les petits coups continuaient
plus presses que jamais:

-- Oh! oh! dit-il, d'ou vient cette fougue? Qu'est-il arrive, et
quelle est l'Ariane qui m'attend avec une pareille impatience?
Voyons.

Alors il appuya le bout de son doigt sur le clou parallele a celui
qu'il avait tire. Aussitot la glace joua comme le battant d'une
porte et decouvrit un placard assez profond, dans lequel le
surintendant disparut comme dans une vaste boite. La, il poussa un
nouveau ressort, qui ouvrit, non pas une planche, mais un bloc de
muraille, et sortit par cette tranchee, laissant la porte se
refermer d'elle-meme.

Alors Fouquet descendit une vingtaine de marches qui s'enfoncaient
en tournoyant sous la terre, et trouva un long souterrain dalle et
eclaire par des meurtrieres imperceptibles. Les parois de ce
souterrain etaient couvertes de dalles, et le sol de tapis. Ce
souterrain passait sous la rue meme qui separait la maison de
Fouquet du parc de Vincennes. Au bout du souterrain tournoyait un
escalier parallele a celui par lequel Fouquet etait descendu. Il
monta cet autre escalier, entra par le moyen d'un ressort pose
dans un placard semblable a celui de son cabinet, et, de ce
placard, il passa dans une chambre absolument vide, quoique
meublee avec une supreme elegance.

Une fois entre, il examina soigneusement si la glace fermait sans
laisser de trace, et, content sans doute de son observation, il
alla ouvrir, a l'aide d'une petite cle de vermeil, les triples
tours d'une porte situee en face de lui.

Cette fois, la porte ouvrait sur un beau cabinet meuble
somptueusement et dans lequel se tenait assise sur des coussins
une femme d'une beaute supreme, qui, au bruit des verrous, se
precipita vers Fouquet.

-- Ah! mon Dieu! s'ecria celui-ci reculant d'etonnement: madame la
marquise de Belliere, vous, vous ici!

-- Oui, murmura la marquise; oui, moi, monsieur.

-- Marquise, chere marquise, ajouta Fouquet pret a se prosterner.
Ah! mon Dieu! mais comment donc etes-vous venue? Et moi qui vous
ai fait attendre!

-- Bien longtemps, monsieur, oh! oui, bien longtemps.

-- Je suis assez heureux pour que cette attente vous ait dure,
marquise?

-- Une eternite, monsieur; oh! j'ai sonne plus de vingt fois;
n'entendiez vous pas?

-- Marquise, vous etes pale, vous etes tremblante.

-- N'entendiez-vous donc pas qu'on vous appelait?

-- Oh! si fait, j'entendais bien, madame; mais je ne pouvais
venir. Comment supposer que ce fut vous, apres vos rigueurs, apres
vos refus? Si j'avais pu soupconner le bonheur qui m'attendait,
croyez-le bien, marquise, j'eusse tout quitte pour venir tomber a
vos genoux, comme je le fais en ce moment.

La marquise regarda autour d'elle.

-- Sommes-nous bien seuls, monsieur? demanda-t-elle.

-- Oh! oui, madame, je vous en reponds.

-- En effet, dit la marquise tristement.

-- Vous soupirez?

-- Que de mysteres, que de precautions, dit la marquise avec une
legere amertume et comme on voit que vous craignez de laisser
soupconner vos amours!

-- Aimeriez-vous mieux que je les affichasse?

-- Oh! non, et c'est d'un homme delicat, dit la marquise en
souriant.

-- Voyons, voyons, marquise, pas de reproches, je vous en supplie!

-- Des reproches, ai-je le droit de vous en faire?

-- Non, malheureusement non; mais, dites-moi, vous, que depuis un
an j'aime sans retour et sans espoir...

-- Vous vous trompez: sans espoir, c'est vrai; mais sans retour,
non.

-- Oh! pour moi, a l'amour, il n'y a qu'une preuve, et cette
preuve, je l'attends encore.

-- Je viens vous l'apporter, monsieur.

Fouquet voulut entourer la marquise de ses bras, mais elle se
degagea d'un geste.

-- Vous tromperez-vous donc toujours, monsieur, et n'accepterez-
vous pas de moi la seule chose que je veuille vous donner, le
devouement?

-- Ah! vous ne m'aimez pas, alors; le devouement n'est qu'une
vertu, l'amour est une passion.

-- Ecoutez-moi, monsieur, je vous en supplie; je ne serais pas
venue ici sans un motif grave, vous le comprenez bien.

-- Peu m'importe le motif, puisque vous voila, puisque je vous
parle, puisque je vous vois.

-- Oui, vous avez raison, le principal est que j'y sois, sans que
personne m'ait vue, et que je puisse vous parler.

Fouquet se laissa tomber a deux genoux.

-- Parlez, parlez, madame, dit-il, je vous ecoute.

La marquise regardait Fouquet a ses genoux, et il y avait dans les
regards de cette femme une etrange expression d'amour et de
melancolie.

-- Oh! murmura-t-elle enfin, que je voudrais etre celle qui a le
droit de vous voir a chaque minute, de vous parler a chaque
instant! Que je voudrais etre celle qui veille sur vous, celle qui
n'a pas besoin de mysterieux ressorts pour appeler, pour faire
apparaitre comme un sylphe l'homme qu'elle aime, pour le regarder
une heure, et puis le voir disparaitre dans les tenebres, d'un
mystere encore plus etrange a sa sortie qu'il n'etait a son
arrivee. Oh!... c'est une femme bien heureuse.

-- Par hasard, marquise, dit Fouquet en souriant, parleriez-vous
de ma femme?

-- Oui, certes, j'en parle.

-- Eh bien! n'enviez pas son sort, marquise; de toutes les femmes
avec lesquelles je suis en relations, Mme Fouquet est celle qui me
voit le moins, qui me parle le moins et qui a le moins de
confidences avec moi.

-- Au moins, monsieur, n'en est-elle pas reduite a appuyer, comme
je l'ai fait, la main sur un ornement de glace pour vous faire
venir; au moins ne lui repondez-vous pas par ce bruit mysterieux,
effrayant, d'un timbre dont le ressort vient je ne sais d'ou; au
moins ne lui avez-vous jamais defendu de chercher a percer le
secret de ces communications, sous peine de voir se rompre a
jamais votre liaison avec elle, comme vous le defendez a celles
qui sont venues ici avant moi et qui y viendront apres moi.

-- Ah! chere marquise, que vous etes injuste et que vous savez peu
ce que vous faites en recriminant contre le mystere! c'est avec le
mystere seulement que l'on peut aimer sans trouble, c'est avec
l'amour sans trouble qu'on peut etre heureux. Mais revenons a
vous, a ce devouement dont vous me parliez, ou plutot trompez-moi,
marquise, et me laissez croire que ce devouement, c'est de
l'amour.

-- Tout a l'heure, reprit la marquise en passant sur ses yeux
cette main modelee sur les plus suaves contours de l'antique, tout
a l'heure j'etais prete a parler, mes idees etaient nettes,
hardies; maintenant, je suis tout interdite, toute troublee, toute
tremblante; je crains de venir vous apporter une mauvaise
nouvelle.

-- Si c'est a cette mauvaise nouvelle que je dois votre presence,
marquise, que cette mauvaise nouvelle soit la bienvenue; ou
plutot, marquise, puisque vous voila, puisque vous m'avouez que je
ne vous suis pas tout a fait indifferent, laissons de cote cette
mauvaise nouvelle, et ne parlons que de vous.

-- Non, non, au contraire, demandez-la-moi; exigez que je vous la
dise a l'instant, que je ne me laisse detourner par aucun
sentiment; Fouquet, mon ami, il y va d'un interet immense.

-- Vous m'etonnez, marquise; je dirai meme plus, vous me faites
presque peur, vous, si serieuse, si reflechie, vous qui connaissez
si bien le monde ou nous vivons. C'est donc grave.

-- Oh! tres grave, ecoutez!

-- D'abord, comment etes-vous venue ici?

-- Vous le saurez tout a l'heure; mais, d'abord, au plus presse.

-- Dites, marquise, dites! Je vous en supplie, prenez en pitie mon
impatience.

-- Vous savez que M. Colbert est nomme intendant des finances?

-- Bah! Colbert, le petit Colbert?

-- Oui, Colbert, le petit Colbert.

-- Le factotum de M. de Mazarin?

-- Justement.

-- Eh bien! que voyez-vous la d'effrayant, chere marquise? Le
petit Colbert intendant, c'est etonnant, j'en conviens, mais ce
n'est pas terrible.

-- Croyez-vous que le roi ait donne, sans motifs pressants, une
pareille place a celui que vous appelez un petit cuistre?

-- D'abord, est-ce bien vrai que le roi la lui ait donnee.

-- On le dit.

-- Qui le dit?

-- Tout le monde.

-- Tout le monde, ce n'est personne; citez-moi quelqu'un qui
puisse etre bien informe et qui le dise.

-- Mme Vanel.

-- Ah! vous commencez a m'effrayer, en effet, dit Fouquet en
riant; le fait est que si quelqu'un est bien renseigne, ou doit
etre bien renseigne, c'est la personne que vous nommez.

-- Ne dites pas de mal de la pauvre Marguerite, monsieur Fouquet,
car elle vous aime toujours.

-- Bah! vraiment? C'est a ne pas croire. Je pensais que ce petit
Colbert, comme vous disiez tout a l'heure, avait passe par-dessus
cet amour-la et l'avait empreint d'une tache d'encre ou d'une
couche de crasse.

-- Fouquet, Fouquet, voila donc comme vous etes pour celles que
vous abandonnez?

-- Allons, n'allez-vous pas prendre la defense de Mme Vanel,
marquise?

-- Oui, je la prendrai; car, je vous le repete, elle vous aime
toujours, et la preuve, c'est qu'elle vous sauve.

-- Par votre entremise, marquise; c'est adroit a elle. Nul ange ne
pourrait m'etre plus agreable, et me mener plus surement au salut.
Mais d'abord, comment connaissez-vous Marguerite?

-- C'est mon amie de couvent.

-- Et vous dites donc qu'elle vous a annonce que M. Colbert etait
nomme intendant?

-- Oui.

-- Eh bien! eclairez-moi, marquise; voila M. Colbert intendant,
soit. En quoi un intendant, c'est-a-dire mon subordonne, mon
commis, peut-il me porter ombrage ou prejudice, fut-ce M. Colbert?

-- Vous ne reflechissez pas, monsieur, a ce qu'il parait, repondit
la marquise.

-- A quoi?

-- A ceci: que M. Colbert vous hait.

-- Moi! s'ecria Fouquet. Eh! mon Dieu! marquise, d'ou sortez-vous
donc? Mais, tout le monde me hait, celui-la comme les autres.

-- Celui-la plus que les autres.

-- Plus que les autres, soit.

-- Il est ambitieux.

-- Qui ne l'est pas, marquise?

-- Oui; mais a lui son ambition n'a pas de borne.

-- Je le vois bien, puisqu'il a tendu a me succeder pres de
Mme Vanel.

-- Et qu'il a reussi; prenez-y garde.

-- Voudriez-vous dire qu'il a la pretention de passer d'intendant
surintendant?

-- N'en avez-vous pas eu deja la crainte?

-- Oh! oh! fit Fouquet, me succeder pres de Mme Vanel, soit; mais
pres du roi, c'est autre chose. La France ne s'achete pas si
facilement que la femme d'un maitre des comptes.

-- Eh! monsieur, tout s'achete; quand ce n'est point par l'or,
c'est par l'intrigue.

-- Vous savez bien le contraire, vous, madame, vous a qui j'ai
offert des millions.

-- Il fallait, au lieu de ces millions, Fouquet, m'offrir un amour
vrai, unique, absolu; j'eusse accepte. Vous voyez bien que tout
s'achete, si ce n'est pas d'une facon, c'est de l'autre.

-- Ainsi M. Colbert, a votre avis, est en train de marchander ma
place de surintendant? Allons, allons, marquise, tranquillisez-
vous, il n'est pas encore assez riche pour l'acheter.

-- Mais s'il vous la vole?

-- Ah! ceci est autre chose. Malheureusement, avant que d'arriver
a moi, c'est-a-dire au corps de la place, il faut detruire, il
faut battre en breche les ouvrages avances, et je suis diablement
bien fortifie, marquise.

-- Et ce que vous appelez vos ouvrages avances, ce sont vos
creatures, n'est-ce pas, ce sont vos amis?

-- Justement.

-- Et M. d'Emerys est-il de vos creatures?

-- Oui.

-- M. Lyodot est-il de vos amis?

-- Certainement.

-- M. de Vanin?

-- Oh! M. de Vanin, qu'on en fasse ce que l'on voudra, mais ...

-- Mais?...

-- Mais qu'on ne touche pas aux autres.

-- Eh bien! si vous voulez qu'on ne touche point a MM. d'Emerys et
Lyodot, il est temps de vous y prendre.

-- Qui les menace?

-- Voulez-vous m'entendre maintenant?

-- Toujours, marquise.

-- Sans m'interrompre?

-- Parlez.

-- Eh bien! ce matin, Marguerite m'a envoye chercher.

-- Ah!

-- Oui.

-- Et que vous voulait-elle?

-- "Je n'ose voir M. Fouquet moi-meme", m'a-t-elle dit.

-- Bah! pourquoi? pense-t-elle que je lui eusse fait des
reproches? Pauvre femme, elle se trompe bien, mon Dieu!

-- "Voyez-le, vous, et dites-lui qu'il se garde de M. de Colbert."

-- Comment, elle me fait prevenir de me garder de son amant?

-- Je vous ai dit qu'elle vous aime toujours.

-- Apres, marquise?

-- "M. de Colbert, a-t-elle ajoute, est venu il y a deux heures
m'annoncer qu'il etait intendant."

-- Je vous ai deja dit, marquise, que M. de Colbert n'en serait
que mieux sous ma main.

-- Oui, mais ce n'est pas le tout: Marguerite est liee, comme vous
savez, avec Mme d'Emerys et Mme Lyodot.

-- Oui.

-- Eh bien! M. de Colbert lui a fait de grandes questions sur la
fortune de ces deux messieurs, sur le degre de devouement qu'ils
vous portent.

-- Oh! quant a ces deux-la, je reponds d'eux; il faudra les tuer
pour qu'ils ne soient plus a moi.

-- Puis, comme Mme Vanel a ete obligee, pour recevoir une visite,
de quitter un instant M. Colbert, et que M. Colbert est un
travailleur, a peine le nouvel intendant est-il reste seul, qu'il
a tire un crayon de sa poche, et, comme il y avait du papier sur
une table, s'est mis a crayonner des notes.

-- Des notes sur Emerys et Lyodot?

-- Justement.

-- Je serais curieux de savoir ce que disaient ces notes.

-- C'est justement ce que je viens vous apporter.

-- Mme Vanel a pris les notes de Colbert et me les envoie?

-- Non, mais, par un hasard qui ressemble a un miracle, elle a un
double de ces notes.

-- Comment cela?

-- Ecoutez. Je vous ai dit que Colbert avait trouve du papier sur
une table?

-- Oui.

-- Qu'il avait tire un crayon de sa poche?

-- Oui.

-- Et avait ecrit sur ce papier?

-- Oui.

-- Eh bien! ce crayon etait de mine de plomb, dur par consequent:
il a marque en noir sur la premiere feuille et, sur la seconde, a
trace son empreinte en blanc.

-- Apres?

-- Colbert, en dechirant la premiere feuille, n'a pas songe a la
seconde.

-- Eh bien?

-- Eh bien! sur la seconde on pouvait lire ce qui avait ete ecrit
sur la premiere; Mme Vanel l'a lu et m'a envoye chercher.

-- Ah!

-- Puis, apres s'etre assuree que j'etais pour vous une amie
devouee, elle m'a donne le papier et m'a dit le secret de cette
maison.

-- Et ce papier? dit Fouquet en se troublant quelque peu.

-- Le voila, monsieur; lisez, dit la marquise.

Fouquet lut: "Noms des traitants a faire condamner par la Chambre
de justice: d'Emerys, ami de M. F. ...; Lyodot, ami de M. F. ...;
de Vanin, indif."

-- D'Emerys! Lyodot! s'ecria Fouquet en relisant.

-- Amis de M. F., indiqua du doigt la marquise.

-- Mais que veulent dire ces mots: "A faire condamner par la
Chambre de justice"?

-- Dame! fit la marquise, c'est clair, ce me semble. D'ailleurs,
vous n'etes pas au bout. Lisez, lisez.

Fouquet continua: "Les deux premiers, a mort, le troisieme a
renvoyer, avec MM. d'Hautemont et de La Valette, dont les biens
seront seulement confisques."

-- Grand Dieu! s'ecria Fouquet, a mort, a mort, Lyodot et
d'Emerys! Mais, quand meme la Chambre de justice les condamnerait
a mort, le roi ne ratifiera pas leur condamnation, et l'on
n'execute pas sans la signature du roi.

-- Le roi a fait M. Colbert intendant.

-- Oh! s'ecria Fouquet, comme s'il entrevoyait sous ses pieds un
abime apercu, impossible! impossible! Mais qui a passe un crayon
sur les traces de celui de M. Colbert.

-- Moi. J'avais peur que le premier trait ne s'effacat.

-- Oh! je saurai tout.

-- Vous ne saurez rien, monsieur; vous meprisez trop votre ennemi
pour cela.

-- Pardonnez-moi, chere marquise, excusez-moi; oui, M. Colbert est
mon ennemi, je le crois; oui, M. Colbert est un homme a craindre,
je l'avoue. Mais... mais, j'ai le temps, et puisque vous voila,
puisque vous m'avez assure de votre devouement, puisque vous
m'avez laisse entrevoir votre amour, puisque nous sommes seuls...

-- Je suis venue pour vous sauver, monsieur Fouquet, et non pour
me perdre, dit la marquise en se relevant; ainsi, gardez-vous...

-- Marquise, en verite, vous vous effrayez par trop, et a moins
que cet effroi ne soit un pretexte...

-- C'est un coeur profond que ce M. Colbert! gardez-vous...

Fouquet se redressa a son tour.

-- Et moi? demanda-t-il.

-- Oh! vous, vous n'etes qu'un noble coeur. Gardez-vous! gardez-
vous!

-- Ainsi?

-- J'ai fait ce que je devais faire, mon ami, au risque de me
perdre de reputation. Adieu!

-- Non pas adieu, au revoir!

-- Peut-etre, dit la marquise.

Et, donnant sa main a baiser a Fouquet, elle s'avanca si
resolument vers la porte que Fouquet n'osa lui barrer le passage.
Quant a Fouquet, il reprit, la tete inclinee et avec un nuage au
front, la route de ce souterrain le long duquel couraient les fils
de metal qui communiquaient d'une maison a l'autre, transmettant,
au revers des deux glaces, les desirs et les appels des deux
correspondants.


Chapitre LV -- L'abbe Fouquet


Fouquet se hata de repasser chez lui par le souterrain et de faire
jouer le ressort du miroir. A peine fut-il dans son cabinet, qu'il
entendit heurter a la porte; en meme temps une voix bien connue
criait:

-- Ouvrez, monseigneur, je vous prie, ouvrez.

Fouquet, par un mouvement rapide, rendit un peu d'ordre a tout ce
qui pouvait deceler son agitation et son absence; il eparpilla les
papiers sur le bureau, prit une plume dans sa main, et a travers
la porte, pour gagner du temps:

-- Qui etes-vous? demanda-t-il.

-- Quoi! Monseigneur ne me reconnait pas? repondit la voix.

"Si fait, dit en lui-meme Fouquet, si fait, mon ami, je te
reconnais a merveille!"

Et tout haut:

-- N'etes-vous pas Gourville?

-- Mais oui, monseigneur.

Fouquet se leva jeta un dernier regard sur une de ses glaces, alla
a la porte, poussa le verrou, et Gourville entra.

-- Ah! monseigneur, monseigneur, dit-il, quelle cruaute!

-- Pourquoi?

-- Voila un quart d'heure que je vous supplie d'ouvrir et que vous
ne me repondez meme pas.

-- Une fois pour toutes, vous savez bien que je ne veux pas etre
derange lorsque je travaille. Or, bien que vous fassiez exception,
Gourville, je veux, pour les autres, que ma consigne soit
respectee.

-- Monseigneur, en ce moment, consignes, portes, verrous et
murailles, j'eusse tout brise, renverse, enfonce.

-- Ah! ah! il s'agit donc d'un grand evenement? demanda Fouquet.

-- Oh! je vous en reponds, monseigneur! dit Gourville.

-- Et quel est cet evenement? reprit Fouquet un peu emu du trouble
de son plus intime confident.

-- Il y a une Chambre de justice secrete, monseigneur.

-- Je le sais bien; mais s'assemble-t-elle, Gourville?

-- Non seulement elle s'assemble, mais encore elle a rendu un
arret... monseigneur.

-- Un arret! fit le surintendant avec un frissonnement et une
paleur qu'il ne put cacher. Un arret! Et contre qui?

-- Contre deux de vos amis.

-- Lyodot, d'Emerys, n'est-ce pas?

-- Oui, monseigneur.

-- Mais arret de quoi?

-- Arret de mort.

-- Rendu! Oh! vous vous trompez, Gourville, et c'est impossible.

-- Voici la copie de cet arret que le roi doit signer aujourd'hui,
si toutefois il ne l'a point signe deja.

Fouquet saisit avidement le papier, le lut et le rendit a
Gourville.

-- Le roi ne signera pas, dit-il.

Gourville secoua la tete.

-- Monseigneur, M. Colbert est un hardi conseiller; ne vous y fiez
pas.

-- Encore M. Colbert! s'ecria Fouquet; ca! pourquoi ce nom vient-
il a tout propos tourmenter depuis deux ou trois jours mes
oreilles? C'est par trop d'importance, Gourville, pour un sujet si
mince. Que M. Colbert paraisse, je le regarderai; qu'il leve la
tete, je l'ecraserai; mais vous comprenez qu'il me faut au moins
une asperite pour que mon regard s'arrete, une surface pour que
mon pied se pose.

-- Patience, monseigneur; car vous ne savez pas ce que vaut
Colbert... Etudiez-le vite; il en est de ce sombre financier comme
des meteores que l'oeil ne voit jamais completement avant leur
invasion desastreuse; quand on les sent, on est mort.

-- Oh! Gourville, c'est beaucoup, repliqua Fouquet en souriant;
permettez-moi, mon ami, de ne pas m'epouvanter avec cette
facilite; meteore, M. Colbert! Corbleu! nous entendrons le
meteore... Voyons, des actes, et non des mots. Qu'a-t-il fait?

-- Il a commande deux potences chez l'executeur de Paris, repondit
simplement Gourville.

Fouquet leva la tete, et un eclair passa dans ses yeux.

-- Vous etes sur de ce que vous dites? s'ecria-t-il.

-- Voici la preuve, monseigneur.

Et Gourville tendit au surintendant une note communiquee par l'un
des secretaires de l'Hotel de Ville, qui etait a Fouquet.

-- Oui, c'est vrai, murmura le ministre, l'echafaud se dresse...
mais le roi n'a pas signe, Gourville, le roi ne signera pas.

-- Je le saurai tantot, dit Gourville.

-- Comment cela?

-- Si le roi a signe, les potences seront expediees ce soir a
l'Hotel de Ville, afin d'etre tout a fait dressees demain matin.

-- Mais non, non! s'ecria encore une fois Fouquet; vous vous
trompez tous, et me trompez a mon tour; avant-hier matin, Lyodot
me vint voir; il y a trois jours je recus un envoi de vin de
Syracuse de ce pauvre d'Emerys.

-- Qu'est-ce que cela prouve? repliqua Gourville, sinon que la
Chambre de justice s'est assemblee secretement, a delibere en
l'absence des accuses, et que toute la procedure etait faite quand
on les a arretes.

-- Mais ils sont donc arretes?

-- Sans doute.

-- Mais ou, quand, comment ont-ils ete arretes?

-- Lyodot, hier au point du jour; d'Emerys, avant-hier au soir,
comme il revenait de chez sa maitresse; leur disparition n'avait
inquiete personne; mais tout a coup Colbert a leve le masque et
fait publier la chose; on le crie a son de trompe en ce moment
dans les rues de Paris, et, en verite, monseigneur, il n'y a plus
guere que vous qui ne connaissiez pas l'evenement.

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